Through the Looking Glass

Disclamer : Les personnages utilisés dans cette fanfiction sont la propriété de SquareSoft/Squarenix. Seuls les personnages de Rin, Lexarian, Edgard, Sirius et Angie m'appartiennent.

Merci à eux d'avoir crée des mondes et des personnages qui nous font rêver encore et encore, chaque jour, égaillant notre petit monde.

Cette fanfiction se déroule dans le monde de Final Fantasy septième du nom.

Je vous souhaite à présent une très bonne et agréable lecture, en espérant que cela vous plaise.

Chapitre Douze

Les cauchemars

De l'eau glissait à travers ses doigts. Une eau froide, visqueuse. Il mit longtemps à s'apercevoir qu'il s'agissait en réalité non pas d'eau, mais de sang.

« EH ! Réveille-toi ! » hurla une voix masculine à l'oreille d'un sportif endormi sur la banquette arrière d'un buggy.

Lexarian se réveilla en sursaut, baigné dans l'incompréhension. Au volant du buggy, qui traversait les plaines boisées au sud de Canyon Cosmos, Edgard venait d'hurler afin de sortir son ami d'un mauvais rêve. Le sportif scruta les alentours, tandis que les souvenirs revenaient à grand pas.

Ils n'étaient plus que deux, dans le véhicule tout terrain.

« Tu cauchemardais : tu gémissais dans ton sommeil. » expliqua Edgard, sans rien dire d'autre.

Lexarian ouvrit la bouche pour répondre, mais il restait muet. Il ne savait ni quoi dire, ni quoi penser, ni même quoi faire. Il se sentait perdu. Edgard, pour une rare fois, essayait de garder ses sentiments enfouis, et voulut même rassurer son ami, mais aucun mot de consolation ou d'aide ne lui traversa l'esprit.

Après tout, Rin n'était plus là. Elle était partie. Et eux, ils étaient impuissants. Ils ne savaient pas où elle s'était dirigée, ils ne savaient pas comment la rejoindre, ni même la joindre car leurs téléphones n'étaient pas connectés au nouveau réseau de ce monde.

Ils étaient séparés. Et il était impossible de savoir si leur amie était encore vivante.

Au fond d'eux, ils évitaient de se poser cette ultime question, de peur de sombrer dans la folie, bien que Lexarian ne fût pas loin de cet état.

« On doit faire comme on a dit, en espérant qu'elle nous rejoigne. » murmura Edgard.

Il n'y eut aucune réponse.

Ce jour-là, Lexarian ne parla pas du voyage, pas plus qu'il ne parla le soir même lorsqu'ils arrivèrent à un petit village de pêcheur où on leur offrit le couvert.

/\/\/

Le soir tombait aussi, dans la plaine de Nibel.

Epuisée, une jeune fille se posa quelques instants sur un tronc d'arbre. Ses jambes lui faisaient mal, et ses mains tremblaient. La fatigue ? La peur ? Le mélange des deux ?

Elle n'en savait rien.

Elle se redressa : elle ne pouvait pas s'arrêter. Elle continuerait à marcher pendant la nuit encore, et sans doute le lendemain, et la nuit du lendemain.

Jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus.

/\/\/

La nuit était tombée depuis longtemps. Fatigué, il s'assit sur une pierre, le long d'un ruisseau, et en profita pour boire un peu.

Il savait qu'elle essayait de la distancer, mais il ne la laisserait pas faire. Il la traquerait jusqu'à la voir de ses propres yeux, et quand elle s'y attendrait le moins, il finirait ce qu'il avait commencé.

/\/\/

Edgard ne dormait plus depuis longtemps lorsque le soleil se leva sur le petit port de Sahlga, petite ville à l'extrême sud de Canyon Cosmos. Il était assis sur une chaise, adossé à la fenêtre de sa chambre, qui donnait sur les ruelles de la ville. Tout était calme. Trop calme.

Lui qui aimait autrefois le silence, il vint à le détester.

Dans son lit, Lexarian dormait. Morphée était venu le chercher très tard, la nuit dernière. Il dormirait certainement encore quelques heures, épuisé qu'il était.

Honnêtement, il ne savait pas quoi penser. Edgard s'empêchait de réfléchir à ce qu'il s'était passé, ayant trop peur de craquer à nouveau, comme il avait pu le faire lorsqu'Angie avait disparu.

Il soupira, fatigué moralement. Ses lamentations intérieures furent coupées par un petit vibreur, dont la présence l'étonna. Il leva la tête, surpris, lorsqu'il vit le téléphone de Lexarian bouger à côté de la table de chevet de ce dernier.

Un réveil ?

Non, le réveil de Lexarian était une musique, pas un vibreur. Sans comprendre, Edgard se jeta sur le téléphone mobile de son ami : l'écran annonçant l'arrivée d'un nouveau message s'afficha devant ses yeux.

Pourtant, ils ne pouvaient pas recevoir de message, étant donné qu'ils n'étaient pas sur le bon réseau.

« Lexarian ? » murmura Edgard, donnant un coup pour réveiller celui-ci.

« Hum ? » grogna l'endormi.

Le sportif se redressa, emmitouflé dans ses draps. Il avait des cernes imposants sous les yeux rougis. Edgard lui tendit le téléphone, et ils restèrent à se regarder, silencieux, comme s'ils n'osaient y croire.

Lexarian ouvrit le message, et lut à voix haute :

« Je vais bien. Bisous, Rin. »

Lexarian cligna des yeux. Une seconde vibration retentit, venant du téléphone d'Edgard, cette fois-ci. Ce dernier attrapa son bien à toute vitesse, et lut à son tour le message qu'il venait de recevoir :

« Frappe Lexarian un bon coup, je suis sûre qu'il est en train de se morfondre. » murmura l'anglais.

Le sportif redressa la tête, étonné, et se prit un coup à la figure sans vraiment s'y attendre. Il glissa sur le côté et se relaissa tomber dans son lit.

« Je hais cette gosse. » murmura-t-il. « Et tu n'étais pas obligé de faire ce qu'elle te dit.

-Oui, mais maintenant, tu parles. » souligna l'anglais.

Ils échangèrent un sourire rassuré.

« Elle a réussi à lui échapper. Il ne peut plus nous retrouver, désormais, à moins d'un coup de chance pour lui. » rappela Edgard.

Dans un sens, il se sentait rassuré. Dans un autre…

« …mais Rin est toute seule. » continua-t-il, pensif.

« Ca ne la dérange pas d'être seule. » réfuta Lexarian. « Mais j'espère qu'elle ne fera pas de bêtises.

-Je vais lui demander où elle se trouve ! » lança l'anglais, en attrapant son téléphone.

« Tu peux toujours essayer, elle ne te répondra pas. Elle nous laisse le champ libre pour trouver un moyen de quitter cet endroit, pendant qu'elle nous protège. Elle ne nous rejoindra pas tant qu'on pourra quitter cette planète. Par contre le coup du téléphone, je ne comprends pas, comment elle a fait ?

-Elle a bidouillé son téléphone lorsque l'on était à Canyon, tu te souviens ?

-Ouais, vaguement. Je dormais plus ou moins.

-Je ne pensais pas qu'elle réussirait à nous mettre sur le réseau. Mais elle l'a fait.

-Elle est pleine de ressources. Elle a du bidouiller avec la technologie d'ici. Ou elle a peut-être trouvé des pseudos cartes SIM d'ici. » plaisanta Lexarian.

Le jeune sportif se rallongea dans son lit. Edgard ne dit rien, comprenant que son ami avait besoin de sommeil. Le soleil commença à montrer le bout de son nez tandis que les deux jeunes amis furent apaisés par les messages de Rin. Tout irait bien désormais.

Peut-être.

/\/\/

Cette même journée, Lexarian et Edgard empruntèrent un petit bateau de croisière qui naviguait jusqu'à Mideel. La traversée allait durer cinq jours complets.

De temps en temps, ils recevaient quelques messages de leur amie, leur indiquant sa bonne santé. Ils espéraient bientôt trouver une solution, un moyen, de retourner chez eux.

Lexarian avait retrouvé son humour détestable et Edgard son calme légendaire. Ils ne devaient pas craquer. Ils devaient se montrer forts, même divisés.

Mais ils n'étaient que des étudiants.

Lors d'un quatrième jour de la traversée, Edgard surprit son ami sportif assit contre un hublot, les yeux rouges, au bord des larmes. Lexarian souffla un grand coup et retourna coder quelques lignes, pour un petit jeu en 2D. Cela lui permettait de s'occuper et de penser à autre chose. L'anglais, quant à lui, découvrait de plus en plus de sentiments et de facettes à ses amis. Une Rin prête à tout. Un Lexarian inquiet. Qui sait ce que leur réserverait l'avenir. Une Rin et un Lexarian fous de rage ? L'idée le fit rire intérieurement : jamais il n'avait vu ces deux là réellement en colère.

Il repensa également à Angie et aux propos de Rin sur la jeune femme aux cheveux roux.

Il souhaitait tellement revoir les deux femmes, en chair et en os : que le cauchemar se terminent enfin, sans le moindre accro.

/\/\/

Lorsque Rin posa pour la première fois les pieds dans la petite chambre d'auberge de Nibelhiem, elle fut parcourue d'un frisson. Ses yeux rêvèrent, un court instant, de l'ex-général Sephiroth, debout devant la petite fenêtre du couloir, les yeux hagards d'un jeune homme qui ne comprenait pas pourquoi le paysage lui semblait si familier.

Comme dans un rêve éveillé, la brunette passa derrière le général. Un soldat de première classe brun marcha à ses côtés, ainsi qu'un jeune soldat, blond, qui n'était autre que Cloud. Tant de souvenirs. Elle ne pouvait pas rester insensible à ce décor, maintenant qu'elle avait vu ce qu'il s'y était passé.

Et elle, elle dormirait dans cette même chambre. Elle chassa de sa tête les images du passé, et s'étala sur le lit, extenuée, comme une gosse l'aurait fait.

Six nuits et sept jours. Ses micro-sommeils suffisaient à peine à la garder sur ses deux jambes. Il ne la retrouverait plus désormais. Il ne connaissait pas ce monde. Il tâtonnait à l'aveuglette. Elle avait croisé le chemin de nombreux autres villages sur son chemin. Elle avait décidé, pour sa septième nuit, qu'elle pouvait enfin dormir, loin du danger.

Exténuée, elle faillit s'endormir comme ça, ses sacs encore à la main ou accrochés à l'épaule. Elle se força à se redresser, pour au moins prendre une douche, et un diner digne de ce nom. Elle lâcha ses affaires, et commença à se déshabiller de tous ses vêtements. La plupart appartenaient à Edgard. Le T-shirt et le pull en tout cas. Le reste, elle avait acheté des sous-vêtements dans les villes qu'ils avaient visité, afin d'avoir toujours des changes.

Entièrement nue, elle se rendit dans la petite salle de bain juxtaposée à la chambre qu'elle occupait et qui n'existait pas dans le jeu original. Sans attendre, elle fit couler autant d'eau chaude qu'elle le put, et une fois la baignoire remplie, elle s'y glissa avec un soupire de soulagement. C'était tellement agréable. Elle avait l'impression que ses muscles revenaient à la vie petit à petit.

« Et puis après, manger et dormir. » murmura-t-elle pour elle-même.

Elle resta bien une heure dans l'eau qui avait commencé à tiédir. Elle se lava et re-lava. Une semaine sans se laver était très désagréable, mais elle n'avait pas vraiment eut le temps.

Elle sortit enfin du bouillon grandeur nature et se sécha le corps et les cheveux. Ses longs cheveux noirs lui arrivaient jusqu'aux hanches. Un instant, elle jeta un coup d'œil à son reflet, dans le miroir qui se trouvait juste au dessus du lavabo. Elle y vit une jeune fille amaigrit et fatiguée.

Elle posa ses doigts sur ce reflet aux longs cheveux noirs.

« Rin… » murmura-t-elle, sans s'en rendre compte.

Ses yeux s'agrandirent sous la surprise. Elle se frappa le front, comme pour se réveiller.

« Tu es bien fatigué, ma grande ! » se rappela-t-elle à l'ordre.

Elle s'habilla de vêtements propres qu'elle avait transporté depuis Canyon Cosmos dans son sac, et se sentit d'un coup beaucoup plus fraîche. Elle natta ses cheveux, et descendit au rez-de-chaussée pour diner un bon plat bien mérité.

/\/\/

Elle revint une heure plus tard. Il n'était pas si tard, mais, sans vergogne, elle se déshabilla à nouveau, gardant seulement son boxer féminin et attrapa une longue chemise blanche qui devait appartenir à Edgard aussi, et se glissa dans ses draps, presque tremblante. Elle avait sérieusement besoin de sommeil.

/\/\/

Quelque chose de froid glissa dans son cou.

Lorsque Rin rouvrit les yeux, il faisait nuit. Elle n'y voyait pas grand-chose. Allongée de tout son long sur le ventre, la tête contre son oreiller, elle n'arriva pas sur le moment à se rappeler ce qui avait bien pu la réveiller. Elle était fatiguée pourtant, alors pourquoi son cerveau en avait-il décidé autrement ?

Doucement, ses neurones firent quelques connexions logiques vis-à-vis des sensations qu'elle avait pu ressentir. Elle se souvenait de quelque chose de froid dans son cou. C'était à la fois agréable, car elle avait chaud sous les multiples couettes qui bordaient son lit, et désagréable, la forçant à se réveiller.

Puis, petit à petit, les dernières connexions se firent.

C'était quelque chose de froid et de rond, comme…

Une pièce.

Une pièce de vingt-cinq gils, pour être exact.

« NON ! » s'écria Rin, en se redressant d'un coup.

L'adrénaline monta en elle, son cœur sembla s'arrêter de son côté, et tous ses membres tremblèrent d'un coup. Il y avait « quelque chose » au dessus d'elle. Elle se heurta violemment à la présence en se redressant. Elle n'était pas vraiment dans une position idéale pour réagir à ce genre de danger. Une main attrapa sa mâchoire, tandis qu'un bras l'entoura pour l'empêcher de s'enfuir. Elle se débattit aussi violemment qu'elle le put, alors que des larmes commencèrent à glisser sur ses joues.

C'était lui. Et il était là pour la tuer.

Elle jeta sa tête en arrière, heurtant la mâchoire de son agresseur, qui relâcha un court instant la prise qu'il avait sur elle, sous la surprise. Comme une anguille, elle s'extirpa et chuta du lit sans avoir le temps de se rattraper. Dans un dernière élan de survie, elle jeta son bras sur sa table de nuit, où se trouvait son arme de poing, mais ses doigts se refermèrent sur du vide. Son arme n'était plus là.

« C'est ça que tu cherches ? » ricana la voix de l'intrus.

Elle se retourna violemment vers le lit, à moitié étendue sur le parquet froid.

Il était là, assis sur le lit, l'air triomphant, l'arme à feu tournoyant dans sa main gauche, ses cheveux bruns toujours aussi en bataille. Comment avait-il réussi à la suivre ? Elle n'en savait rien, et elle n'avait pas le temps pour se poser la question. Elle cherchait davantage un moyen de s'échapper d'ici, le plus vite possible, mais la seule chose que son cerveau lui répétait, c'était qu'elle était prise au piège. Il était armé d'une dague mortelle et de matérias, dont une de vent, et il détenait son arme de poing. Pour la première fois qu'elle l'avait rencontré, elle se sentit impuissante.

Elle ne pouvait plus s'enfuir. Juste gagner du temps. Elle voulut essayer de discuter avec lui, mais aucun son ne sortit de sa bouche, et des larmes glissèrent le long de ses joues. Il la regarda, silencieux. Son sourire victorieux se changea en un masque impassible.

« Tu...pleures ? » murmura-t-il, en la regardant droit dans les yeux.

Le cœur de Rin n'arrêtait pas de battre à une vitesse déraisonnable et la peur qui lui tenaillait le ventre lui donnait chaud, beaucoup trop chaud. Elle allait mourir, d'un instant à l'autre. Elle, son esprit et son corps le savait. Elle sentait la "mort". Son corps le lui disait. C'était inévitable.

« Je… » commença-t-elle.

Mais elle fut incapable d'aligner deux mots intelligibles.

Il se releva, non sans avoir jeté l'arme de poing par la fenêtre qui était ouverte, entrée dont il avait dû se servir pour pénétrer dans la petite chambre d'auberge. L'idée qui avait effleuré l'esprit de Rin de récupérer son arme mourut aussitôt. Cette fois-ci, il n'y avait aucune alternative.

« Le petit jeu est terminé, Rin. » murmura la voix de Sirius.

« NON ! » hurla-t-elle, apeurée.

Elle ne voulait pas mourir. Elle ne voulait vraiment pas. Il y avait des gens qui l'attendaient. Des gens à qui elle avait promis de rester en vie et de les retrouver. Elle se redressa, comme une furie, et se retourna vers la fenêtre, sans réfléchir. Elle fut sans doute trop lente, car une main l'attrapa par le col de sa chemise de nuit et la ramena vers l'intérieur de la pièce, sans le moindre ménagement, l'étranglant à moitié. Elle se débattit, frappa, griffa, et le fit lâcher à nouveau. Puis elle voulut le frapper, mais il esquiva sans le moindre mal. Elle n'était pas faite pour le combat. Elle n'avait jamais appris à se défendre au corps à corps. Elle puisa dans ses dernières forces. Il l'attrapa par la gorge et la jeta violement contre un meuble qui arrivait à mis hauteur de la brunette, et tous les éléments qui se trouvait sur son rebord, vases, cadres et autres breloques, explosèrent sous le choc. La douleur fut intense, et elle crut un instant que sa colonne lâcherait. Elle essaya de lui assener un nouveau coup, lui faisant lâcher son étreinte et tenta de fuir droit vers cette fichue fenêtre. En vain, une nouvelle fois, car un vent violent la projeta contre le mur le plus proche, qu'elle percuta de plein fouet.

Il n'y avait aucune sortie, aucune alternative.

Il avait gagné.

Elle se laissa glisser contre le mur, épuisée. Un mince filet de sang glissa le long de ses lèvres et de nombreuses coupures laissèrent également échapper le liquide vital. Ses membres lui faisaient mal. Il ne l'avait pas ménagé. Pourquoi l'aurait-il fait, d'ailleurs ? Il allait la tuer, après tout.

Assise par terre et adossée contre le mur qu'elle avait percuté, elle releva faiblement la tête.

« C'est fini, Rin. Tu le sais.

-Je…croyais que…tu ne pouvais pas me retrouver...que…si on était séparé… » hoqueta-t-elle.

Il s'accroupit devant elle. Il avait perdu depuis longtemps son sourire. Après tout, il n'aimait pas tuer les gens. Il n'y avait aucun plaisir là-dedans. Pendant un moment, il avait senti un certain challenge à la retrouver, mais ce n'était que passager. La fille en face de lui tremblait de ton son être, comme un animal blessé.

« C'est vrai… » avoua-t-il. « Mais j'ai réussi à te suivre, dans la forêt. Tu laissais des traces dans ton sillage. On m'a apprit à traquer, Rin. Je t'ai suivi, et quand j'ai enfin compris que tu t'arrêtais enfin de courir, je suis passé à l'action. »

Rin serra les dents. Dans un sens, il avait l'impression d'avoir une poupée devant lui. Une poupée brisée, qui retenait au mieux sa peur et ses larmes. Il releva son menton, afin qu'elle le regarde dans les yeux, et murmura doucement.

« Rin, tu sais, si tu meures, tes deux amis pourront retourner saint et sauf sur votre planète. »

La brunette cligna des yeux, surprise, sans pour autant briser le contact visuel. Ses larmes disparurent peu à peu, tandis qu'elle portait intérêt aux propos de son futur meurtrier.

« …ils…retourneraient sur Terre ? » balbutia-t-elle.

« Oui, normalement. » admit Sirius.

« Pourquoi ?

-Parce que c'est toi qui les as emmenés ici, Rin. »

Ses yeux s'agrandirent de stupeur. Il semblait sérieux.

« Moi ?

-Du moins, je le pense. Je ne vois pas tes compagnons réaliser ce genre d'exploit.

-Mais…je ne sais même pas…

-Il existe des gens, Rin, qui possèdent un lien puissant avec les autres dimensions. Lorsque les gens rêvent, ils se déplacent dans une autre dimension, mais il s'agit uniquement de leur esprit. Certains ne rêvent pas énormément, d'autre, plus étroitement lié aux dimensions, rêvent dès qu'ils s'endorment. D'autres enfin, et ce sont de rares exceptions, sont capables de se téléporter d'une dimension à une autre, altérant drastiquement les événements prévus dans celle-ci. C'est un crime. Condamné par la mort. Si tu meures, Rin, le pont qui relie toi et tes amis à ce monde s'effondrera, et ils retourneront à l'instant même dans votre monde d'origine.

-Et si…ce n'est pas moi ? »

Ils se regardèrent, silencieux. Rin comprit alors. Quelques larmes revinrent.

« Tu les tueras. Et comme ils seront plus que tous les deux, tu pourras à nouveau les localiser. Et alors…tu les tueras. Comment peux-tu être sûr que c'est moi ?

-Je n'en suis pas sûr. » admit Sirius. « Mais être sûr ou pas, ne change rien au problème. Tu vas mourir, Rin. »

La cage thoracique de Rin se compressa, sous la peur. Elle avait mal. Elle n'avait pas envie de mourir.

« Et si…et si c'était moi ?! Comment est-ce que je nous ais fait venir ici ? » hoqueta-t-elle.

« Parce que tu le voulais. Parce que tu désirais venir ici.

-Et si je désire de tout mon cœur retourner sur Terre, je devrais rentrer, non ?

-Oui. » admit à nouveau l'assassin.

Elle se concentra un instant de toutes ses forces, fermant inconsciemment les yeux. Elle espéra, de tout son cœur qu'elle et ses amis rentreraient chez eux. Elle pria longtemps. Très longtemps.

Une main sur son visage essuya les larmes qui coulaient à flots. Elle rouvrit ses paupières. En face, Sirius la fixait tristement, dans la pénombre de la pièce.

« Ce…n'est sans doute pas toi, finalement. » murmura-t-il. « Je…t'ai laissé une chance. Je ne peux plus reporter vos morts.

-...tu...ne peux pas nous ramener, avec tes pouvoirs ?

-...ce n'est pas possible. Seul celui de vous trois qui vous a emmené ici peut altérer le lien. Et encore, parfois...souvent même... le Voyageur ne contrôle pas ses pouvoirs, et n'arrive jamais à faire le chemin du retour. Je n'aime pas tuer, mais vous faites trop de dégâts sur la frise du temps. Vous compromettez l'existence de cet univers...

-Dé...solée..." laissa échapper Rin, la gorge serrée, comprenant un peu mieux le point de vue de son ennemi.

Le jeune gardien des dimensions attrapa la longue dague qui se trouvait à sa ceinture. Le son de la lame sortant de son fourreau de métal fit tressaillir la brunette. Les doigts de la jeune fille devinrent moites et elle ne décrocha pas son regard de son futur meurtrier.

« As-tu...un dernier souhait ?" demanda calmement Sirius.

Rin ne sut quoi dire. Elle haussa les épaules, perdue. Elle ne s'était pas attendue à cette gentillesse. Elle se mordit les lèvres, retenant au mieux ses larmes. Elle n'en savait rien.

Un souhait ?

"Ne les tue pas. Je t'en prie." murmura-t-elle.

"Je ne peux pas te promettre cela." réfuta Sirius, avec une grimace. "Un souhait...raisonnable."

Ses yeux le fixèrent à nouveau. Il était si près d'elle, la main sur la longue dague.

« …embrasse-moi. » articula-t-elle difficilement.

Dans d'autres circonstances, elle aurait rit devant la soudaine gêne qui s'afficha sur le visage de son meurtrier. Il recula de quelques centimètres, baigné dans l'incompréhension.

« Pardon ? » s'étonna-t-il.

« Je…j'aimerai me sentir aimée, même si c'est pour de faux, avant de mourir. Que…je ne meure pas triste… » s'expliqua-t-elle, maladroitement.

Ne pas se sentir seule. Se sentir aimée. Juste une dernière fois.

« J'ai…du mal à comprendre. Ce sentiment. Se sentir aimer. Aimer en retour. Se faire aimer.

-J'ai longtemps eu du mal aussi. » admit Rin, avec un dernier sourire triste. « Tu n'as jamais aimé quelqu'un ?

-Non. A vrai dire, je…n'ai pas de sentiments. Les gardiens en sont dénués. »

Rin se mordit les lèvres. Elle se sentit…triste. Mais cela expliquait beaucoup de choses.

« J'accèderai cependant à ta requête. » écourta-t-il, en voyant que Rin était sur le point de polémiquer sur ce détail.

La réalité revint à grand pas. C'est vrai, il allait la tuer, après tout. Il lui accordait juste une dernière volonté. Il était là, accroupi devant elle qui se trouvait adossé contre un mur ébranlé. Il hésita un longtemps moment. S'il n'avait pas de sentiments, sans doute n'avait-il jamais fait ça auparavant.

Leurs nez se touchèrent, et il recula, surpris sur l'instant, puis s'approcha lentement à nouveau, avant d'embrasser la petite poupée brune. C'était salé et doux à la fois, le tout mélangé à du sang. Les larmes qui coulaient sur les joues, glissaient jusqu'aux commissures des lèvres.

Puis il recula de quelques centimètres, croisant les deux yeux verts embués de Rin. Ce fut court, car il l'embrassa à nouveau, plus passionnément. Il passa sa main libre sur la joue de la demoiselle. Rin fit de même, mais il se recula aussitôt, surpris. Il semblait hagard. Ils se regardèrent quelques secondes, silencieux. Sans que Rin ne s'y attende, il l'embrassa une dernière fois, longuement, avant de réellement se séparer d'elle.

« ...j'ai fais ce que tu voulais ? »

Rin eut un faible sourire triste.

« ...je me sens un peu mieux, désormais. » avoua-t-elle.

Mais elle allait mourir. Des yeux, elle vit la dague se redresser. C'était la dernière fois que quelqu'un l'embrasserait.

« Adieu, Rin… » murmura l'assassin.

« Adieu, Sirius. » répondit la brunette en fermant les yeux.

Son cœur battit à nouveau la chamade et la peur revint à grand pas. A travers ses paupières fermées, elle devina la dague prendre de l'élan. En un instant, qui sembla une éternité, l'arme s'abattit sur sa victime, silencieuse et meurtrière.

La loi était ainsi. Il n'y avait aucune dérogation.

La seule punition était la mort.

Après quelques secondes, Rin rouvrit les yeux, surprise. Elle n'avait rien sentit. La mort était-elle si rapide ? Elle redressa la tête, et aperçut la dague, plantée dans le parquet, à côté d'elle. La main qui la tenait tremblait comme une feuille. En face d'elle se trouvait un jeune homme perdu. Il fixait la dague, qu'il n'avait pu abattre sur sa victime, éberlué.

« Si…rius ?

-...tais-toi...» murmura l'assassin.

Il recula et se redressa d'un coup, l'arme dans ses mains. Un long moment, il fixa la jeune fille qui se trouvait adossée contre le mur. Quelque chose ne tournait pas rond chez lui. Il se prit la tête entre ses mains, sans savoir quoi faire.

A cet instant précis, il n'était pas capable. Quelque chose l'en empêchait. On lui avait pourtant bien dit de ne pas lié aux Voyageurs. Qu'il devait les tuer. En aucun cas se lier et les connaître.

« JE TE TUERAI, JE TE LE PROMETS. » lâcha-t-il, manquant de réveiller tout Nibelheim, tremblant.

Il se précipita vers la fenêtre et disparut sans aucune autre forme de procès ou explications de la petite chambre d'auberge, laissant adossée contre un mur, une jeune fille baignée dans l'incompréhension.

Le silence s'installa. Quelques voisins crièrent de leurs propres fenêtres pour hurler de faire moins de bruits à cette heure tardive.

Elle resta là, inactive, pendant quelques secondes, avant de se redresser brutalement, enfiler un pantalon et faire son sac. Elle ne pouvait pas rester là. Elle mettait les voiles, et espérait bien faire en sorte qu'une telle situation ne se recréer jamais, car elle savait pertinemment que la prochaine fois, il n'aurait pas de remord comme il venait d'en avoir.

« Tu ne me retrouveras pas, cette fois. Je te le promets. »

/\/\/

Ce matin-là, Lexarian reçut un message, comme d'habitude, alors qu'il débarquait enfin à Mideel en compagnie de l'anglais.

"Qu'est-ce qu'elle dit ?" demanda Ed, en jetant un œil au dessus de l'épaule du sportif.

"Des bêtises." répondit Lex en donnant le téléphone, tout en admirant le paysage.

Edgard lut le message à son tour. Tout était plutôt optimiste à vrai dire :

"Debout là-dedans !

En mettant de côté quelques désagréments, tout va pour le mieux ici.

A vrai dire, j'apprécie vraiment l'eau chaude pour me doucher. C'est horrible l'eau froide.

Toujours aussi beau ici, sinon.

Hâtez-vous, en tout cas. :p Retrouvez ce type et profitez du soleil. Bisous. Rin."

Edgard serra le téléphone entre ses doigts. Il redressa la tête vers Lexarian qui descendait le ponton du petit navire avec un sourire enjoué. L'anglais, lui, avait la gorge nouée. Il ouvrit la bouche, hésitant, mais se tut. Il ne pouvait pas lui dire. C'était impossible.

Non, Lexarian ne s'était sans doute pas rendu compte que les premières lettres de chaque retour à la ligne du message formaient le mot anglais "DEATH"...