Chapitre 3 : Cauchemar.

" Dans un futur lointain...

- Nous avons essayé, nous avons combattu. Mais rien de ce que nous pouvions faire n'était déterminant. Ce fut tragique, la période la plus sombre de nos vies. Une noirceur qui n'a jamais totalement disparue. Affaiblis, nous n'avions plus personne d'autre sur qui compter. L'espoir s'était éteint.

De courts bips résonnèrent autour des deux soeurs, annonciateur de l'arrivée imminente. Elles scellèrent leurs armures, uniques, et vérifièrent leurs armes. Leur équipement ne ressemblait à aucun autre, conçu spécialement pour elles. Itany déposa l'appareil sur la table à coté d'elle et ses doigts caressèrent un cadre où était affiché la photo d'une femme. Des larmes roulèrent sur ses joues.

- Tu crois qu'elles sont fières de nous ? (Demanda-t-elle tout bas.)

Sa soeur la dévisagea longuement.

- Tu as peur, Itany ?

L'intéressée opina sombrement, le visage crispé. Kayla la prit dans ses bras et la serra tout contre son coeur.

- Chuuut, je suis là. Tout va bien se passer. (Dit-elle d'une voix rassurante.)

Itany se blottit dans les bras de sa soeur. Kayla avait toujours été la plus forte, la plus sage d'entre elles. Elle avait toujours été présente pour elle et Itany ne doutait pas devoir tout à sa soeur.

Un sifflement s'éleva comme la porte coulissait.

- Nous arrivons bientôt, mesdemoiselles. (Déclara un homme d'une voix tendue.)"

" Il y a quelques heures...

Le vieil homme tenait un datapad à la main et vérifiait les arrivées des vaisseaux. Son visage était creusé par de larges cernes et une profonde détresse se lisait dans ses yeux. Pour autant, il restait droit et il émanait de lui un sentiment de puissance et d'autorité naturelle.

- Combien de bâtiments manquent au rapport ? (Demanda-t-il à l'adresse de l'homme qui se tenait sur sa droite.)

- Près d'une cinquantaine, Amiral.

Le vieil homme poussa un long et profond soupir. Environ trois cents vaisseaux avaient quitté le système Hélios sain et sauf. Seuls deux cent avaient donné signe de vie depuis, moins de cent cinquante étaient venus au rendez-vous. Le danger était omni-présent et désormais, les organiques ne pouvaient plus compter que sur eux même. Mais depuis la débâcle, les relations inter espèces étaient tendus. Chaque race souhaitait ardemment sauver son peuple et sa civilisation, les prémunir de l'annihilation, de la moisson. Chaque leader voulait avoir le contrôle de la flotte afin de l'envoyer sur son monde et sauver ce qui pouvait l'être. Mais en définitive, tous savaient qu'ils ne pourraient rien faire seuls, que la seule chance de préserver ne serait-ce qu'un fragment de leurs cultures respectives étaient de travailler ensemble. Traqués par les Moissonneurs, les organiques étaient poussés à bout et il leur faudra bientôt bouger pour éviter tout danger. Hackett secoua doucement la tête. Il devait se préparer au pire.

- Nous leur laissons encore une journée. Puis, il nous faudra partir avant que les Moissonneurs ne nous repèrent.

L'intendant acquiesça.

- Il en sera fait selon vos ordres, Amiral.

- Et qu'en est-il de Shepard et du Normandy ?

- Nous avons reçu un signal de retour, mais aucune réponse. Nous ignorons s'ils sont en chemin ou non.

- Bien. Rompez.

L'intendant salua puis s'en alla, laissant l'Amiral seul avec ses pensées. Le vieil homme était las. Le poids des années pesait sur ses épaule et rendait son corps lourd. Il jeta le datapad sur son lit et se servit un verre de whisky écossais qu'il vida d'une traite. Le liquide roula dans sa bouche, coula dans sa gorge, mais ne lui procura aucune sensation, aucun plaisir. Il poussa un profond soupir et se prit la tête entre les mains. Que devait-il faire ? Que pouvait-il faire ? Les alarmes du vaisseau retentirent, brisant les pensées de l'Amiral. Des coups rapides suivirent moins de trente secondes plus tard à la porte et Hackett reprit une expression déterminée en lissant rapidement son uniforme.

- Entrez !

La porte coulissa et laissa entrer un soldat en armure.

- Amiral, forces Moissonneurs en approche !

- Quoi ? (Le vieil homme écarquilla les yeux puis se reprit rapidement.) Evacuation immédiate ! Dites aux vaisseaux de passer le relais au plus vite ! Envoyez des coordonnées de saut, dispersez la flotte pour réduire les chances d'interception.

- Monsieur, ils nous encerclent...

Le sang du vieil homme ne fit qu'un tour. Il se précipita hors de sa cabine et rejoignit le pont, suivi par le soldat.

- Comment ont-ils pu nous encercler et nous prendre ainsi au dépourvu ? (Tonna-t-il, furieux.)

- On l'ignore, tout était calme, et soudain...

Une violente secousse traversa tout le vaisseau et envoya valser nombre de ses occupants. Hackett se raccrocha au fauteuil d'un ingénieur pour ne pas tomber et regarda autour de lui la panique s'installer.

- Bouclier à 20 % ! Pertes d'énergies dans les niveaux deux, trois et cinq !

- 5% de la flotte détruite !

- L'étau Moissonneur se resserre !

- Nombreux vaisseaux à la dérive !

- Portes du hangar bloquées, impossible de lancer les chasseurs !

Hackett se redressa et assimila les informations, réfléchissant à toute vitesse.

- Coordonnez nos tirs avec ceux de la flotte, concentrez vous sur un seul coté afin d'ouvrir une brèche ! Nous ne pouvons pas éviter les pertes, mais nous allons essayer de sauver ce que l'on peut ! Marquez moi les cibles !

- A vos ordres !

Un nouveau tir toucha le vaisseau qui vibra intensément. Des écrans de contrôles explosèrent sous la surcharge, tuant certains de leurs occupants.

- Boucliers perdus ! Intégrité de la coque sous les 80 % ! On ne tiendra pas un tir de plus, Amiral !

- Engagez les manoeuvres d'évitements ! Appel à tous les bâtiments, demande de soutien !

- Arizona, Kansas et Paris répondent à l'appel et se mettent en formation !

- Et ces cibles, vous me les avez marqués ?

- Oui Amiral, un destroyer vient de céder !

- Poursuivez !

L'espace prenait une teinte rouge, constellé d'explosions et de Moissonneurs faisant feu. La flotte organique subissait de lourdes pertes continues. Les vaisseaux se tordaient et s'ouvraient, tombaient en morceaux. Des modules de survies partaient dans tous les sens. Ils ne faisaient rarement plus de quelques kilomètres avant d'être réduits en cendres. Hackett serra les poings jusqu'au sang, comptant les secondes. Une vingtaine de vaisseaux avaient répondu à son appel de détresse, autant qui furent détruit pour le sauver.

- Brèche dans la formation Moissonneur ! (Annonça une voix.)

- Engouffrez-vous dedans sans tarder, envoyez l'ordre à tous les bâtiments de se replier sur le champ !

- Ordres transmis, Amiral !

- Accélérez !

- Moteurs à pleines puissances ! On ne peut pas aller plus vite !

- Dérivez l'alimentation générale vers les moteurs, ainsi que celle des canons ! Et renforcez les boucliers par la même occasion !

- Mais sans canon, nous ne pourrons plus nous défendre !

- C'est déjà le cas !

Le vaisseau était secoué par des explosions de plus en plus puissantes.

- Hangar dépressurisé, cabines de l'équipage aussi.

- Activez les champs de confinement !

Ils sortirent de l'étau Moissonneurs, imité par moins d'un tiers de la flotte. Deux bâtiments explosèrent juste derrière eux. Ils prirent la direction du relais quand une nouvelle secousse fit vibrer le vaisseau et envoya tout le monde à la renverse. De nombreux postes explosèrent les uns après les autres, la fumée envahit le pont en même temps que les incendies et la panique. Et ils furent plongé dans le noir.

- Que ce passe-t-il ?

- Plus d'énergie !

Les secondes s'écoulèrent dans le crépitement des flammes, le crissement du métal et les cris. Les lumières de secours s'activèrent et de l'eau sortit du plafond pour éteindre les feux, sans réel succès.

- Nous avons perdus trois réacteurs, impossible de rejoindre le relais. (Annonça une femme d'une voix tremblante.)

Hackett regarda les écrans encore allumés et posa son regard sur une planète un peu plus loin.

- Emmenez-nous là bas, c'est notre unique chance !

Le vaisseau se dirigea vers la planète à allure réduite, secoué par de violentes explosions le long de sa coque. Le métal vibra et grinça. Un tir écarlate transperça la coque et découpa le bâtiment en deux.

- Evacuation ! Evacuation !

L'avant du vaisseau partit à la dérive et l'arrière fonça à toute allure vers le sol. Ses occupants courraient dans tous les sens, se précipitant vers les modules de survies. Une femme se précipita sur Hackett et attrapa sa manche pour le tirer.

- Venez ! (Hurla-t-elle.)

- Partez ! (Ordonna le vieil homme.)

Elle le dévisagea sans comprendre et de nouvelles explosions retentirent autour d'eux. La jeune femme fut soufflée et se cogna la tête. Elle se redressa maladroitement et regarda autour d'elle. Quelqu'un attrapa sa main et la tira vers les modules. Elle suivit cet inconnu sans réellement comprendre.

Hackett regarda les gens autour de lui partir, les incitant à le laisser, malgré leurs protestations. Il baissa les yeux vers ses jambes, osant regarder pour la première fois la blessure qui le faisait souffrir depuis de longues minutes. Un morceau de métal avait traversé son mollet et le maintenait prisonnier. Il ferma les yeux un instant et prit une profonde inspiration pour oublier la douleur. Puis, il tapota sur l'écran face à lui.

- Ici l'Amiral Hackett. Si vous recevez ce message...

Les grincements du vaisseau redoublèrent d'intensité et les secousses s'accentuèrent. Hackett parla d'une voix forte pour couvrir le bruit ambiant. Et alors qu'il appuyait sur l'écran, une violente explosion souffla les restes du pont. Hackett ferma les yeux pour ne pas voir les flammes fondre sur lui. Le vaisseau se crasha et s'enfonça profondément dans le sol."

Une journée et demi. C'est le temps qu'il fallut à IDA pour analyser et décrypter le contenu de la boîte noire. Enormément de données furent impossible à récupérer, beaucoup d'images furent perdus, et beaucoup d'interférences rendirent le son inaudible à de nombreux moments. Mais l'équipage put voir les derniers moments du croiseur ainsi que ceux de Hackett. Ils demeurèrent silencieux, le visage grave.

- Ici l'Amiral Hackett. Si vous recevez ce message, alors il reste un espoir. Vous êtes peut-être parmi les derniers survivants de la galaxie. Mais tout n'est pas perdu. Il existe une base souterraine sur un monde d'Eden non habité. Le dernier recours en vue de protéger notre héritage et notre culture. Vous y serez à l'abri. Ne laissez pas...

Le bruit d'une explosion rendit le reste inaudible. Le silence s'installa dans la cabine.

- Les coordonnées sont dans un fichier joint. (Finit par dire IDA.)

- Je dois retourner parmi les miens. Sauver ce qui peut l'être. (Murmura Tali'Zorah.)

- Je pense que nous devrions sauver autant de monde que possible avant de penser à nous cacher ! ( Intervint Garrus d'une voix forte.)

Ashley opina.

- Joker, direction Palaven, ensuite nous irons sur Rannoch.

- A vos ordres, Lieutenant.

- Merci.

Ashley inclina la tête, puis quitta la pièce. Une fois seule, ses épaules s'affaissèrent, des larmes roulèrent sur ses joues et des tremblements secouèrent son corps. Elle tapa du poing sur un mur.

- Merde...

Et elle demeura immobile un long moment. Traynor arriva dans le couloir et se figea, prise au dépourvu. Elle s'approcha et posa maladroitement la main sur l'épaule de Williams. Celle-ci releva la tête et lui jeta un regard noir.

- Vous allez bien ? (Demanda doucement Traynor.)

Ashely repoussa la main de Traynor d'une manière un peu sèche.

- ça va.

Et elle s'en alla. L'officier la regarda partir sans oser la suivre.

Palaven était la proie des flammes. Les Moissonneurs pullulaient à sa surface et dans les cieux, semant la mort sur les survivants qui se terraient un peu partout. Il y avait des milliers de signaux de détresse et plus aucune flotte en orbite. Les réseaux de communications étaient morts. Garrus regarda sa planète sans oser y croire, la détresse se lisant dans son regard.

- Impossible de passer. On se fera détruire. (Annonça Joker d'une voix sombre.)

Tali'Zorah se rapprocha de Garrus et lui prit la main. Le turien ne le remarqua même pas.

- Trois Moissonneurs quittent la planète et viennent vers nous.

- Sortez-nous d'ici. (Ordonna Ashley.)

Le Normandy fit demi tour et repassa le relais, fuyant les Moissonneurs et Palaven. Les heures s'écoulèrent, les planètes défilèrent, et le constat était le même partout. Les horreurs de Palaven touchaient toute la galaxie. Thessia, Rannoch, Tuchanka, la Terre... Joker et IDA étaient seuls dans le cockpit, naviguant de planète en planète, d'horreur en horreur. Le timonier cracha et tapa soudainement du poing sur le mur à sa gauche, la rage prenant le pas sur lui.

- Jeff ! ( S'écria IDA avec inquiétude.)

Du sang coulait le long du bras du timonier et gouttait sur le sol.

- On les a abandonné... (Murmura-t-il entre ses dents.)

- De quoi parlez-vous ?

- On les a tous abandonné ! La galaxie est en train de mourir, et nous, nous sommes toujours là...

- Nous avons fait tout ce que nous avons pu.

- Ce n'était pas assez...

- Qu'auriez-vous voulu faire de plus ?

- Je... (Il baissa les yeux.) Je ne sais pas. Simplement plus... Hackett est mort, Shepard est dans le coma, les mondes que nous avons connu sont à feu et à sang... (Il poussa un profond soupir.) Nous avons perdu.

IDA ne trouva rien à répondre. Elle se leva et posa une main compatissante sur l'épaule de son compagnon. Le timonier prit une profonde inspiration et posa sa main sur la sienne pour se redonner du courage. Il secoua légèrement la tête comme pour chasser ses pensées et se concentra de nouveau sur ses écrans.

- Combien de temps avant l'arrivée sur ce fameux monde d'Eden ? (Demanda-t-il d'une voix morne.)

- Deux jours.

Il opina, l'esprit ailleurs.

Le Normandy sortit de l'hyper espace deux jours plus tard et se dirigea vers la petite planète bleu. Il en fit le tour, scannant sa surface avec minutie à la recherche d'un danger, d'une base, d'un quelconque signe de vie. Les minutes s'écoulèrent dans une attente tendue.

- Je ne détecte rien. (Annonça IDA.) Mais il semblerait qu'à cet endroit, il y ait une grotte souterraine.

Tout en prononçant ces mots, elle afficha la zone sur les écrans. Les détecteurs renvoyaient l'image d'un trou sous la terre et le signal se brouillait jusqu'à disparaître.

- Des brouilleurs... (Marmonna Ashley.) On va descendre.

Accompagnée d'IDA et de Tali'Zorah, Williams se dirigea vers le hangar. Liara intercepta le groupe dans l'ascenseur.

- Lieutenant, je voudrais parler à Tali s'il vous plait.

- Faites vite.

La Quarienne et l'Asari s'écartèrent des autres.

- Que puis-je pour vous, courtière de l'ombre ?

- Ne m'appelez pas comme ça s'il vous plait... (Déclara l'Asari d'une voix triste. Elle tendit à la jeune femme une boîte.) J'aimerais que vous scanniez cet objet et que vous me disiez à votre retour si je pourrais le brancher dans la base et créer un réseau.

La Quarienne regarda l'objet avec curiosité et s'exécuta, passant son omni-tech par dessus.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un héritage... (Devant le regard de Tali, elle ajouta :) Je vous en dirais plus en temps voulu, vous avez ma parole.

Tali opina et termina son scanner. Les propriétés de l'appareil s'affichèrent sur son écran.

- C'est complexe. Il vous faudra une source d'énergie capable de l'alimenter.

- C'est pour cela que je vous demande de voir si une telle chose sera possible.

- Je vous fais confiance, Liara. Je reviendrais avec les informations que vous me demandez.

- Merci.

La Quarienne s'inclina puis rejoignit Williams et IDA à bord du Kodiak. Le vaisseau les emmena sur la planète. Elles restèrent de longues heures au sol, à chercher une ouverture pour entrer dans la base.

Les sensations étaient étranges. Les sons semblaient éthérés, les objets et les personnes vaporeux. Le sol tanguait sous ses pieds et se déformait, rendant ses déplacements chaotiques. Elle ne parvenait pas à distinguer une personne d'une autre. Les visages se mélangeaient, anonymes dans la foule. Parfois, elle reconnaissait quelqu'un, une personne qui fut un ami, un compagnon, une connaissance. Mais ils disparaissaient aussi vite qu'ils étaient arrivés sans qu'elle n'ait le temps de leur parler. D'ailleurs, elle n'y parvenait pas. Sa langue était de plomb et ses bras ankylosés.

Soudain, une lumière aveuglante emplit son champ de vision. Des traits écarlates noyèrent le ciel au dessus d'elle, les cris et la panique résonnèrent comme les gens essayaient de fuir. Des immeubles explosèrent et le sol s'ouvrit en deux. La fumée et la mort flottèrent dans l'air en l'espace de quelques secondes. Et ce bruit horrible, annonciateur de la mort, ce grondement métallique... Elle ressentit des picotements à la base de sa nuque et en eut la chair de poule.

- Impuissante... (Murmura une voix caverneuse.)

Elle regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne. Le sol explosa sous ses pieds et elle fut soufflée plus loin. Elle poussa un gémissement et essaya de se redresser. Quelqu'un arriva vers elle en courant et en l'appelant.

- Shepard ! C'est pas le moment de dormir !

La vue de l'intéressée était troublée et elle ne parvenait pas à reconnaître la voix qui s'adressait à elle, à voir son visage. Mais elle pouvait deviner que c'était une Asari. Des sons gutturaux résonnèrent autour d'elles et l'Asari se mit en garde. Elle déchaîna ses pouvoirs biotiques dans un concert d'explosions, déchiquetant tout ennemi à sa portée. Mirlina essaya de se redresser, mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Son corps était comme figé. Les monstres s'accumulèrent autour de son alliée, de plus en plus proches, de plus en plus nombreux. Elle essaya de l'appeler, de la prévenir du danger, mais ses lèvres restèrent figées, sa langue demeura inerte. Et une voix résonna à l'intérieur de son crâne.

- Impuissante... (Répéta-t-elle.) Responsable...

Les zombis encerclèrent la biotique et lui sautèrent dessus, s'agglutinant sur son corps frêle. Celle-ci relâcha une puissance onde de choc qui fit voltiger ses ennemis dans tous les sens. Elle manqua chuter et posa genou à terre, à bout de souffle. Mais déjà, d'autres monstres se jetaient sur elle et elle ploya sous le nombre. Un cri retentit suivi de craquements horribles. Les zombis se retirèrent sans prêter attention à Shepard. La jeune femme sentit que son corps se débloquait enfin et se redressa. Elle avança vers le corps d'un pas mal assuré et se pencha au dessus. Baignée dans une mare de sang, le corps contusionné, tordu et brisé, reposait Aria T'loak, reine pirate d'Oméga. La tête de l'Asari bougea et son regard sans vie plongea dans celui de l'humaine. Des dizaines, des centaines de corps, apparurent tout autour de la jeune femme, affreusement mutilés. Tous la dardèrent de leurs yeux morts d'un air accusateur.

- Impuissante... (Dirent-elles en choeur.) Responsable...

Les voix résonnèrent autour et en elle. Elle gémit et se prit la tête entre les mains. De légers spasmes secouèrent son corps. Une multitude de souvenirs remontèrent et la mort de dizaines, de centaines, de milliers d'êtres lui revinrent en mémoire, toutes plus horribles les unes que les autres. Et chaque fois, elle fut impuissante. Elle revit les flammes lécher le corps d'Hackett et gémit. Les cadavres autour d'elle se relevèrent et l'encerclèrent, continuant de déclamer de leur voix monocorde avant de lui sauter dessus.

- Votre faute ! (Hurla Aria, son corps tombant en lambeaux, ses yeux perforés sortant de leurs orbites.)

Shepard poussa un hurlement de terreur.

Mirlina convulsa fortement sous les yeux horrifiés de ses amis. Chakwas tenait à la main des seringues et essayait de les planter dans le bras de sa patiente. Mais les spasmes de cette dernière la repoussait à chaque fois.

- Tenez-là fermement ! (Hurla l'humaine à l'égard de ses compagnons.)

James et Garrus s'exécutèrent. Il leur était de plus en plus difficile de retenir l'humaine dont les crises s'accentuaient. Garrus fut violemment repoussé en arrière et s'étala au sol en maugréant. Chakwas plongea les seringues dans le bras de l'humaine et en vida le contenu avant d'être rejetée en arrière à son tour. Elle se cogna la tête contre le mur et poussa un maigre grognement. Les convulsions continuèrent durant de longues minutes avant de ralentir pour finalement s'estomper. Le docteur se rapprocha de sa patiente et l'ausculta, le visage grave. Le coeur de Shepard battait à tout rompre, son corps était brûlant et en sueur et son activité cérébrale atteignait des pics dangereux. Cela faisait maintenant la quatrième crise depuis la découverte de l'épave, et la vieil femme se sentait toujours aussi impuissante. Les calmants perdaient en efficacité et elle n'avait pas de solution.

- Combien de calmants vous reste-t-il ? (S'enquit Garrus.)

- A peine cinq. Après ça, je ne pourrais plus lui venir en aide. (Elle marqua une pause, la mine sombre.) Et je doute qu'elle survive bien longtemps sans aide... Son coeur ne pourra pas résister à ces crises indéfiniment.

- On doit pouvoir faire quelque chose ! (S'écria Liara tout en caressant le front de son amante.) Je refuse de la laisser ainsi...

Des larmes roulèrent sur les joues de l'Asari comme la vision de Thessia changée en champ de mort lui revenait.

- Elle est tout ce qu'il me reste... (Murmura-t-elle tout bas.)

Javik s'avança.

- Alors aidez-là !

Liara le dévisagea sans comprendre.

- Comment ? (Demanda-t-elle d'une voix brisée.)

- En liant votre esprit au sien.