Épilogue.

Vous questionnez-vous ? Vous demandez-vous ce qui c'est passé ? Ou bien, êtes-vous persuadé de le savoir ? Questionnez les gens autour de vous. Combien ont conscience de ce qu'il s'est réellement passé ? Combien ont vécu les horreurs de cette guerre ? Tout a été minutieusement préparé et elle s'est déroulée presque à l'orée de notre civilisation. Certains savent. Ils savent ce qui a été mit en oeuvre, le coût que cela a représenté, que ce soit en terme de devises, de main d'oeuvre, ou bien de vie. Ils savent que la guerre a été courte, mais intense et que nous sommes passé à un cheveu de l'anéantissement. Ils savent que c'est grâce à l'apport de nombreux autres cycles que cette victoire fut possible.

Quant aux autres, une partie le soupçonne, les autres vivent dans l'ignorance. Le plus souvent par peur.

Questionnez les gens autour de vous. Certains vous diront que c'est un rayon écarlate qui traversa la galaxie pour mettre un terme à la menace. D'autres jureront qu'il était bleu ou vert. Voir même multicolore. Au fond, cela n'a que peu d'importance. Ce qu'il faut retenir, c'est que c'est l'union de tous qui a permit cette victoire. D'anciennes rancunes ont été oubliées, de nouveaux pactes ont été scellés et nous avons tous, d'une manière ou d'une autre, grandit.

La perte des relais et de la Citadelle nous obligent à nous tourner vers l'avenir. Aucun d'entre nous ne sait de quoi il sera fait. Vivrons-nous en paix ? Saurons-nous nous défaire de nos démons pour avancer ensemble ? Ou bien nos vices, nos haines, reprendront-ils le dessus pour nous pousser à livrer bataille entre nous ?

Nous ne devons pas oublier le passé, mais nous devons vivre dans le présent et nous tourner vers l'avenir. Ensemble.


Itany hésita. Elle écrivit une nouvelle phrase, puis la raya avant de déposer son stylo. Elle parcourut la feuille du regard et lut avec attention les mots qu'elle avait couché sur le papier. Elle nota quelques fautes et tournure de phrases maladroites qu'elle raya ou remplaça.

- Avec un ordinateur, ça serait plus simple. (La taquina Sil.)

L'Alran se tenait dans l'embrasure de la porte, tenant fermement serré un linge contre son corps.

- Je préfère écrire à la main.

- Tu as fini ?

- Pas encore. (Dit-elle avec un sourire.) Il s'est endormi ?

- Je crois bien.

Itany déposa son bloc note et rejoignit sa compagne. Elle écarta doucement le linge pour dévoiler la tête de l'enfant et sourit.

- Il est tropgnon.

Le bébé Alran bougea dans son sommeil et émit un léger gargouillement. Ses yeux s'agitèrent sous ses paupières et le couple crut qu'il allait se réveiller. Mais ses traits s'adoucirent et il resta endormi. Les deux femmes le regardèrent avec tendresse et amour.

- Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? (S'enquit Sil après un moment.)

- ça fait déjà la troisième fois que tu me le demandes. Non. Au contraire. (Déclara Itany d'une voix douce.) Il est magnifique.

- Il me fait penser à son père.

- C'est un moyen pour toi de t'acquitter de ta dette envers Vlavya, n'est-ce pas ?

Sil opina.

- Je suis sûre qu'elle aurait voulu que ça soit toi qui le recueille.

- J'aurais préféré que sa compagne survive.

- Je sais.

L'Asari déposa un baiser sur la joue de son amante et s'approcha de son oreille.

- Et puis, ça nous permet de nous préparer pour plus tard. Quand nous aurons les nôtres. (Murmura-t-elle.)


Kayla scrutait les soldats du regard en silence, concentrée. Elle analysait leurs gestes, notait les mouvements qu'ils faisaient.

- Non non, ça ne va pas du tout. (Déclara-t-elle en tapant des mains.)

Les hommes quittèrent le tapis et reformèrent les rangs, se mettant au garde à vous. Kayla passa devant le groupe d'une démarche autoritaire, les toisant du regard. Peu avaient du respect envers elles. Beaucoup la trouvaient trop séduisante pour l'armée ou tout simplement trop fragile à cause de son aspect. Elle s'arrêta devant un soldat dont l'air narquois l'irritait et le pointa du doigt.

- Sur le tapis.

L'homme s'exécuta sans se presser. Une fois qu'il fut en place, Kayla se plaça face à lui.

- Contrer un biotique, ce n'est pas simplement lui sauter dessus ou le frapper avant qu'il ne décharge ses pouvoirs sur vous. Vous ne serez pas toujours au corps à corps.

- Mais à distance, on a les flingues. (Répliqua le soldat d'un ton suffisant.)

- Ah oui ?

Il acquiesça, imité par les autres et un ricanement s'échappa de sa gorge.

- Prend une arme. (Ordonna l'Asari d'une voix froide.)

Le Bern marqua un temps d'hésitation avant de faire volte-face pour récupérer un fusil d'assaut. Il vérifia qu'il était chargé et se tourna vers Kayla.

- Tir.

Le soldat hésita, soudain mal à l'aise.

- C'est un ordre.

L'homme haussa les épaules et fit feu. Le fusil cracha les projectiles avec vélocité. Les balles fusèrent vers l'Asari et ricochèrent à moins d'un mètre d'elle vers le ciel. Une aura bleuté s'échappa de Kayla et fondit sur le Bern, englobant son arme qui lui échappa des mains. Puis, il fut soulevé de sol avant d'être envoyé en avant, s'étalant sur le tapis.

- Les implants biotiques se multiplient et leur puissance ne cesse d'augmenter. Vous devez être prêt à affronter n'importe quel danger. (Déclara Kayla sur le ton de la conversation.)

Le Bern se releva en crachant.

- Au corps à corps, je ne crains personne ! (Lâcha-t-il avec suffisance.)

- Vraiment ?

- Ouais.

Kayla l'invita à venir au contact. Le Bern se rapprocha d'une démarche décontractée. Une fois à portée de l'Asari, il envoya son poing vers son visage. Kayla évita le coup avec aisance et roula sur le coté. Elle repoussa son assaillant d'une pichenette biotique. Mais celui-ci retourna aussitôt à l'assaut. Kayla leva alors une barrière. Le soldat s'écrasa dessus dans un fracas. Kayla concentra son énergie et la relâcha d'un coup. La barrière explosa et envoya valdinguer le Bern à l'autre bout du tapis. Il tenta maladroitement de se redresser, le corps endolori. Il s'appuya sur ses bras mais ceux-ci lâchèrent sous son poids, secoués de court tremblements. Il demeura au sol, à bout de souffle.

- La leçon est terminée.

Les soldats restèrent interdit un long moment et regardèrent leur jeune et jolie instructrice s'éloigner. Puis ils se tournèrent vers leur camarade et l'aidèrent à se relever.

- Elle est très forte. (Commenta l'un d'eux.)

- Et vraiment sexy... (Ajouta un autre, entre admiration et peur.)

Kayla rejoignit le centre de commandement et monta à l'étage pour se rendre sur le balcon dominant le camp d'entraînement. Un officier était déjà là, contemplant les recrues, un sourire aux lèvres.

- Ils sauront rapidement à qui ils ont affaire. (Commenta l'homme.)

- Je l'espère pour eux.

- Les migraines sont passées ?

- Oui. Je me suis habituée aux implants.

Bagel se tourna vers Kayla.

- Vous êtes sûre que c'est de cette vie que vous voulez ?

Kayla inclina la tête sur le coté.

- Itany est ma soeur, et je l'aime. Elle a décidé d'être femme et mère malgré son jeune âge, et je suis heureuse pour elle. Peut-être qu'un jour, j'en éprouverais aussi le besoin. Mais pour l'heure, je pense que ma place est dans l'armée, comme mon père avant moi.

Bagel sourit et prit la main de l'Asari dans la sienne.

- ça me convient aussi.

Kayla vérifia que personne ne les regardait avant de déposer un baiser au coin des lèvres de l'officier.

- Plus tard, Vice Amiral. (Souffla-t-elle d'un ton complice.)

- J'attendrais. (Répondit Bagel sur le même ton.)


De nombreux siècles plus tard...

La neige était tombée durant des heures, recouvrant le sol d'une épaisse couche blanche. Deux êtres s'avancèrent sous les quelques flocons épars qui descendaient encore du ciel en tourbillonnant.

- Ça c'est vraiment passé comme ça ? (S'enquit l'enfant.)

- On ne saura jamais vraiment comment ça c'est passé, mais les archives retracent fidèlement l'histoire de nos prédécesseurs. Ils se sont livrés une guerre sans merci pour notre sécurité.

- C'est pour ça qu'on vit en paix ?

- Oui. S'ils n'avaient pas mit tout cela en oeuvre, s'ils n'avaient pas transmit leurs données, nous aurions été menacé.

- Qu'est-ce qu'on sait d'autre sur la fameuse Shepard ?

- Seulement ce qui se trouve dans les archives. Mais je ne t'ai pas raconté toutes les histoires.

- Oh, tu peux m'en raconter une autre, s'il te plait ?

- Il se fait tard mais... d'accord, une autre histoire. (Déclara Itany avec un sourire.)

Elle posa une main sur l'épaule du jeune garçon, Lierb, petit fils de Vlavya. L'enfant tourna son regard vers elle avec un sourire innocent. Malgré l'absence de lien de parenté, elle retrouva en lui les traits de Sil. L'Alran lui manquait. Sa mort, deux années auparavant, avait laissé un vide dans le coeur de l'Asari.

Le temps avait passé, les races avaient plus ou moins oublié la guerre éclair contre les Moissonneurs, mais également la présence d'Itany ainsi que ses origines. La paix avait été dur à conserver et des conflits avaient éclaté avec le temps. Mais l'espoir demeurait. Contrairement à ce qu'avait laissé sous entendre l'être dénommé le Catalyseur...

Le Creuset était amarré à la Citadelle dont les bras étaient désormais déployés. Itany se tenait dans la salle de commande, seule. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Elle n'avait jamais vécu pareille moment. Mais elle savait ce qui l'attendait. Son père avait été à sa place, bien des millénaires auparavant et la jeune femme redoutait ce qui allait se passer. La voix de Sil résonna dans son oreille.

- Pourquoi est-ce qu'il ne se passe rien ?

- C'est normal. (Répondit-elle dans un murmure.) Pardonne-moi.

Et elle coupa son micro avant de le jeter au sol. Derrière elle résonna un bruit et une plateforme se suréleva. Itany grimpa dessus et se laissa conduire à l'extérieur de la Citadelle.

- Bienvenue. (Déclara une voix.)

Le changement d'atmosphère avait laissé Itany troublée. La jeune femme éprouvait des difficulté à respirer ou à se mouvoir. Elle avait l'impression d'avoir trop bu. Sa vision était brouillée et elle battit plusieurs fois des paupières pour l'affiner. Son regard fouilla la zone et une lueur incertaine ondula face à elle. Un être éthéré apparut et prit la forme de Shepard. Itany ouvrit la bouche mais demeura silencieuse, incapable d'émettre le moindre son, sous le choc.

- Papa ? (Lâcha-t-elle à mi voix après de nombreuses secondes.)

- Non. (Répondit l'apparition d'une voix neutre.) Je suis le Catalyseur.

- Pourquoi avez-vous cette apparence ?

- C'est ainsi que vous me voyez. C'est cette forme que votre subconscient donne à mon image. D'autres verraient une autre personne.

- Vous savez qui je suis ?

- Cela n'a pas d'importance. Mais oui. Vous êtes la fille du dernier être vivant avec lequel j'ai parlé. Heureuse coïncidence.

- Pourquoi ça ?

- Vous allez pouvoir faire ce que votre prédécesseur n'a pas pu faire.

- A savoir ?

- Mettre un terme à la guerre.

- En détruisant les Moissonneurs.

- C'est effectivement une possibilité.

Le Catalyseur se retourna et invita Itany à le suivre. Tout en marchant vers le pilier de lumière reliant la Citadelle et le Creuset, il lui expliqua les choses, les choix, les risques, l'incitant à choisir une voie plutôt qu'une autre.

- Si vous nous détruisez, ce conflit prendra fin. Mais la paix ne durera pas. Vos descendants recréeront des synthétiques et la guerre recommencera.

- Et si ça n'était pas le cas ?

- Les choses ne changent pas.

- Si. Elles peuvent.

- Croyez ce que vous voulez. Mais contrairement à ce que vous pensez, les Moissonneurs ne sont pas des monstres. Ils se contentent de maintenir un équilibre.

- Comment ça ?

- Combien d'espèces auraient pu vivre, se développer, sans notre concours ? Sans nous, les synthétiques détruiraient toute forme de vie dans la galaxie.

- Alors, les synthétiques sont le problème.

- Vraiment ? Mais ce sont les organiques qui créent les synthétiques. La faute leur incombe donc, non ?

- Qu'essayez-vous de me dire ?

- Il y a d'autres solutions, plus durable.

Itany dévisagea longuement l'apparition, se souvenant des paroles de son père.

- La synthèse ?

- Oui.

- Et si je refus ?

Il secoua la tête d'un air désolé.

- Le choix vous appartient.(Déclara-t-il d'un ton fataliste.)

Itany secoua doucement la tête pour revenir à la réalité. L'Asari n'avait plus que ses souvenirs, ceux qui avaient rempli les archives et qu'elle contait désormais à son petit fils. Des histoires qu'elle connaissait par coeur et qu'elle savait vrai.

- C'était sur un monde nommé Akuzé... (Commença-t-elle.)

Fin.