Rating : M pour violence

Genre : Drame (malheurs qui arrivent faute de l'homme, rien de prédestiné, pas d'instance supérieur qui décide); horreur (violences, fic "noire", meurtres) mystère (il en faut toujours) presque Death-fic...

Disclaimer : Tout appartient à J.K.R sauf l'idée de cette fic. Autopsie appartient au groupe Eths, Le départ à Maissiat, Plutôt Rêver à Melissmell et Cannonball à Damien Rice. Carole, Raphaël, Saendro, Nathan et Gaëtan sont encore et toujours à moi.

Note 1 : Merci pour les reviews tout d'abord, ensuite chapitre un peu plus long que les précédents j'espère que l'attente aura été méritée surtout qu'il était agréable à écrire. On se rapproche doucement de la fin... Il reste sûrement des fautes. Merci pour les propositions de prénoms, vouv vous rendrez sûrement compte qu'elles m'ont servie. J'arrête le blabla... ah non. Un passage un peu plus long que les dernières fois avec Tom :)

Note 2 : Si vous voulez un texte pour voir un peu la relation Nathan/Morgan, allez sur mon compte fictionpress (même pseudo) le texte s'appelle "Rencontre" (il est assez court et un peu vieux). J'en mettrai peut-être un sur Raphaël si cela interesse quelqu'un.

Note 3 : $ blabla italique $ = souvenirs, retour en arrière


Bonne lecture !


Chapitre 9 : Autopsie

« La vie n'est qu'un immense théâtre, où tout le monde joue un rôle.

Et bien souvent en coulisses, une déception amère l'emporte.

Tellement de parure pour si peu de grandeur d'âme

à en croire certain une étincelle est une flamme. »

.

Autopsie – Eths

L'eau bout. Il retire le couvercle, ouvre un placard, prend un paquet. Il verse les pâtes dans la casserole. Il regarde sans vraiment le voir, le mouvement de l'eau alors que les aliments la touche. Il repense à la réaction de Carole, l'horreur qu'il a lu dans son regard à ce moment là. Et, il ne peut s'empêcher de revoir un des seuls cours qu'il a vraiment suivi pendant cette époque.

L'instinct maternel n'est pas inné.

Il n'avait pas vraiment compris comment on pouvait abandonner son enfant mais, en voyant ce regard il a su. Cet éclat de destruction dirigé contre elle même. Il comprend enfin cette phrase qui lui avait paru si étrange, qu'il ne comprenait pas alors qu'il voyait toutes ces femmes heureuses avec leurs enfants. Enfants, enfants, toujours ce mot à la bouche.

L'instinct maternel n'est pas inné. L'être humain n'a pas d'instinct mais sa nature est une somme de possibilité.

Deux jours ont passé depuis sa révélation et la jeune femme n'est pas sortie de la chambre où elle s'est réfugiée. Elle dort peu, mange à peine, ne parle plus.

Elle devient une ombre.

Il regarde la porte en bois clair, scrute les quelques fissures présentes dans l'encadrement. Étrangement il ne réussit pas à ressentir de la pitié où un autre sentiment pour cette femme. La sœur d'un ami. Il est peut-être vraiment sans cœur, comme il lui a dit. Tout ça lui paraît tellement loin, sans aucun sens.

.

L'appartement est silencieux, trop alors que deux personnes s'y trouvent. Une musique trouble soudain l'atmosphère pesante.

.

- « Votre cœur sous la pierre. Votre cœur, ce fou s'en est allé. Le vent l'a balayé comme tout les autres cœurs. Étrange et solitaire... »*

.

La mélodie semble triste mais Nathan ne peut pas en être sûr car elle s'arrête rapidement. Il ne cherche pas vraiment à entendre la conversation mais perçoit tout de même les paroles de Carole.

La surprise dans sa voix.

- Lin' ?

- ...

- Non, je ne compte pas rentrer tout de suite...

- ...

- Tu ne m'as rien fait, ne t'inquiète pas. Pense à ton frère, ton... jumeau...

- ...

- Je sais. Je ne peux pas revenir, pas tout de suite. Les parents...

- …

- Non, Lin' !

- ...

- Il n'y a rien à ajouter, Lin'. Je ne rentrerai pas... pas encore...

- ...

- Comment peux-tu croire qu'il y a quelqu'un d'autre ? Lin'...

Sa voix est pleine de lassitude et ce sentiment de... tristesse se confirme. La jeune femme doit avoir raccroché car Nathan n'entend plus un son. La porte de la chambre s'ouvre après quelques minutes.

Carole semble fatiguée, ses traits sont tirés et, une vrai lassitude se voit dans ses mouvements. Ses longs cheveux sont emmêlés et ses mèches de couleur sont ternes.

Ils mangent en silence, face à face. Depuis qu'elle est ici, les journées sont ainsi. Elle, enfermée dans la chambre et lui faisant semblant de ne rien voir, rien entendre, rien comprendre.

Avant qu'elle ne se relève il lui annonce qu'il doit sortir. Carole hausse les épaules, cela ne l'intéresse pas. Il fait ce qu'il veut. Après tout, plus rien ne l'intéresse.

Elle finit par acquiescer.

.

Alors qu'il revient Nathan découvre Carole face à la fenêtre. Elle tient un cadre et le regarde étrangement, cherche quelque chose. Il n'a pas besoin d'essayer de voir ce qu'elle regarde, ça ne peut être que cette photo. Pourtant, son brusque intérêt le surprend alors que, quelques heures plus tôt, elle semblait s'éloigner encore plus.

Mais, pourquoi cette photo ?

Pourquoi elle ?

Juste celle qu'il voudrait pouvoir oublier, oublier ce passé qu'il essaie de fuir plus que tout.

$ Les doux flocons virevoltent doucement au gré du vent. La rue est vide, comme à chaque fois qu'il se met à neiger dans cette ville. Il n'y a plus que le bruit de la neige déposant sa couche blanche sur toute la cité. Il n'y a plus que ces arbres croulant sous une charge trop lourde.

Cette place est magnifique, avec son jardin, sa fontaine sous la neige et ces lions majestueux dans chaque coin de la place.

C'est un spectacle magnifique... pour celui qui veut voir. $

Nathan sait que sur cette photo, il sourit. Il leur sourit. Pourtant il aimerait pouvoir l'ignorer, ignorer qu'il est possible de ressentir.

$ Nathan se met à courir, puis se retourne. Il s'arrête enfin et fixe un des deux hommes qui le suivent. Il se sent bien aujourd'hui, n'éprouve pas ce besoin de se perdre, de ne rien ressentir. Il veut vivre !

Il ne se rappelait plus vraiment ce que ça voulait dire. Il était déjà trop loin à cette époque. $

Nathan s'avance un peu plus dans la pièce et Carole le remarque enfin. Elle lui montre la photo et demande qui ils sont.

Le jeune homme fixe le cadre, sans répondre. Il regarde les deux autres personnes, côte-à-côte. Le premier, grand, les cheveux noirs et les yeux gris-bleu. Il est habillé d'un long manteaux gris, classique. Il s'attarde ensuite sur le second, plus petit qui, sur l'image, le fixe de ses yeux d'un bleu tirant sur le violet. Les deux s'ignorent, mais se concentrent sur lui. Lui, qui n'est rien et eux qui ont tout.

Raphaël... Morgan...

Il se rappelle de la présence de Carole, attendant une réponse qu'il lui donne dans un murmure tout en se détournant :

- Ils ne sont pas importants...

Il sent soudainement Carole qui le retient mais elle le lâche dès qu'elle se rend compte de son geste. Elle semble hésiter. Il la voit plusieurs fois commencer une phrase, mais se ravise ensuite. Elle finit par poser sa question. Celle qu'elle voulait sans doute poser depuis un moment.

- Harry... Comment tu le connais ?

- A la fac, bien sûr.

- C'est faux, tu n'es pas allé à la fac.

Il ne s'offusque pas du ton de la jeune se disant qu'il aurait pu trouver un meilleur mensonge, quelques paroles plus plausible. Il finit par se décider à lui dire la vérité, ou une partie au moins.

$ La nuit est froide, il s'éloigne de la chaleur du bar et de sa musique entêtante. Alors qu'il se dirige vers une petite ruelle il voit une silhouette adossée contre un mur. Nathan sent que la drogue commence à faire effet mais il s'approche tout de même et commence à provoquer la silhouette qui se révèle être un jeune homme.

En temps normal il n'aurait certainement pas eu un comportement aussi stupide mais, la drogue commence à altérer ses sens, ses pensées.

Il provoque donc le jeune homme. Ce dernier ne réagit pas, reste impassible. Alors qu'il va rajouter quelque chose Nathan sent sa tête tourner et chuchote avant de s'évanouir qu'il les avait oubliées.

Après un temps indéterminé il se réveille dans une petite pièce, un jeune homme – sûrement celui qu'il a accosté – se trouve devant une fenêtre. De dos, il semble jeune et a des cheveux noirs. Ses habits sont sombres et semblent assez classiques. Il ne voit rien d'autre.

Il finit par se retourner et Nathan rencontre deux yeux bleus avec des touches de vert. Il ne trouve pas cette couleur naturelle mais ne dit rien alors que l'autre demande presque avec cynisme :

- Ça t'arrive souvent de t'ouvrir les veines puis d'aller traîner dans les rues en accostant des inconnus ?

Nathan se rend alors compte que ses deux avants-bras sont bandés et cachent ses nombreuses cicatrices. Il relève la tête, lui répond sans aucune émotion :

- Je travaillais...$

Bien sûr, Nathan ne dit pas à Carole ces quelques paroles échangées, elle n'a pas à connaître son passé. De plus, elle semble sceptique et finit par dire :

- Je ne te crois pas. Je ne sais pas pourquoi tu me mens mais arrête...

- Pourquoi ?

- Harry n'a pas le droit de vivre en dehors de chez nos... parents. Je ne sais pas pourquoi mais c'est ainsi donc, il ne peut avoir un appartement ou même une chambre. Tu ne peux pas l'avoir rencontré ainsi.

.

Un mois passe avec une routine finalement bien installée. Nathan et Carole « vivent » ensembles mais s'ignorent. La grossesse de la jeune femme ne se remarque pas vraiment malgré les cinq mois passés. Il voit les regards haineux qu'elle jette parfois en direction de cet enfant qu'elle n'a jamais désiré. Pourtant elle ne semble pas réussir à le haïr autant qu'elle le souhaite, même si c'est l'enfant d'un monstre.

Le téléphone sonne, Nathan décroche et se fige lorsqu'il reconnaît la voix :

- Nath'... Je sais que tu es à Londres.

- Saendro, finit-il par saluer plutôt froidement.

- Comme je disais, je sais où tu es mais je ne le dirai pas à Raphaël et encore moins à Morgan. Ils n'ont qu'a chercher un peu si au moins un d'eux tient à toi... Sinon, quitte à prendre des vacances, prends contact avec la dissidence. Et ne dis pas que ce ne sont pas des vacances. Tu n'as rien touché depuis que tu as fuis. Rien, ni personne et je t'en féliciterais presque.

- Tu m'observes ?

- Je prends soin de toi. Nuance...

Après un quart d'heure de discussion quasiment à sens unique Nathan raccroche. Alors qu'il va pour prévenir sa colocataire qu'il sort il entend du bruit dans la chambre. Il s'arrête devant la porte en bois et écoute avant d'entrer :

- Que j'ai prié, que j'ai prié. Moi qui ne crois plus en ce monde. Qu'un Dieu qu'un maître pouvait m'aider. Sortir mon cœur d'entre les tombes.**

C'est la première fois qu'il l'entend à nouveau chanter. Sa tristesse, son dégoût, tout ses sentiments se transmettent dans son chant.

- Je peux leur dire que j'ai trouvé. Dans les faubourgs la plus belle larme. Qui peut couvrir, qui peut fermer. Les déchirures à la mâchoire. Ce qu'ils m'ont fait, ce qu'ils m'ont fait. Livré mon âme, vendu mon corps...**

Il se détourne finalement de la porte et laisse la jeune femme seule. Il ne veut plus entendre cette voix chanter ainsi sa peine, ses souffrances.

Elle devinera bien qu'il est sorti et, pour une fois, ne le regardera pas avec ses yeux vides de tout intérêt pour le monde extérieure. Au fil des jours elle se détache de plus en plus de ce qui l'entoure. Nathan sait parfaitement quelle sera la prochaine étape. Même cet après-midi alors que la photo semblait l'atteindre, il y avait un vide. Il a l'impression de se revoir quand le retour en arrière était encore possible.

Pourtant ils n'ont rien en commun. Lui, est devenu ainsi par bravade, tout faire pour ne pas être ce que son père voulait faire de lui. Il n'avait aucune raison valable pour sombrer et n'en a aucune pour arrêter. C'est cela que Raphaël ne comprend pas, ce besoin de pourrir la vie de son père même après sa chère mort. Celui qui voulait tout commander et ne se contentait pas d'un fils trop féminin. Et puis, lui, aime cette vie, l'a voulue.

Il ferme doucement la porte de l'appartement alors que les dernières bribes de la chanson résonnent. Il sait où se trouve le quartier général des dissidents grâce à Saendro. Alors qu'il marche dans les rues peu remplies il se perd dans ses pensées et se rappelle comment ils ont rejoint cette cause qui ne les intéressait aucunement. Ils ne se sentaient pas concernés par les histoires anglaises, n'y trouvaient aucun intérêts et ne voyaient pas la menace planant au dessus d'eux. Elle ne l'intéresse toujours pas mais il ne peut pas les abandonner une seconde fois.

$ La nuit est douce pour cette mi-août mais il ne s'en plaint pas. L'homme se tient face à lui et le regarde, possesseur, repu. Il n'y fait pas attention et attrape l'argent en évitant de penser à la main qui frôle le bas de son dos alors que l'autre part sans se retourner, son affaire terminée.

- Pourquoi fais-tu ça ? demande froidement une voix masculine dans son dos.

Nathan se retourne, surpris. Au début il n'aperçoit qu'une vague silhouette dans l'ombre puis, elle bouge et il découvre un homme. Il est grand et sa couleur de cheveux est tout sauf banale, rousse. Il doit être là depuis un moment, l'a sûrement observé avant de se manifester.

- Que veux-tu ?

- Voir Saendro, bien sûr.

Nathan ne réagit pas vraiment, ne demande pas comment il le connait. C'est le problème de Saendro. Il n'en a rien à faire. Il veut juste dormir et oublier ces hommes qui « l'honorent » la nuit. Il fait signe à l'étranger – vu son accent – de le suivre. Ils commencent par marcher dans des petites rues, désertes, à cause de l'heure tardive. Le roux se met alors à parler, doucement, sa voix est presque apaisante :

- Nous avons un groupe de résistance en Angleterre, la « dissidence ». Je souhaiterais que Saendro rentre en contact avec eux. Moi, je ne peux pas, j'appartiens au Ministère...

Il continue à parler mais Nathan ne l'écoute pas, il marche juste sans penser et le conduit à Saendro. L'autre ne semble pas s'offusquer du silence de son guide. Il parle juste pour faire passer le temps il semblerait. $

.

.

Nathan arrive enfin devant le Crâne Corbeau. L'après-midi est bien entamée et il rentre sans problème. Après de nombreuses vérifications il est enfin introduit dans un petit salon. Les meubles sont peu nombreux et tous dans un bois sombre. Du chêne ou, peut-être de l'acajou.

La pièce est vide, une bouteille de whisky est posée sur une table basse, à moitié pleine. Toute la pièce est impersonnelle, déserte. Aucune vrai chaleur n'en ressort. Alors qu'il observe cela avec détachement la porte s'ouvre sur un jeune homme blond aux traits aristocratiques. Il le regarde avec dédain mais Nathan ne le remarque même pas. Il lui fait signe de s'asseoir mais Nathan ne bouge pas, il attend.

Ils restent ainsi, sans prononcer un mot pendant un long moment, puis finalement excédé par le comportement de l'autre, Draco se met à parler. Il ne fait pas attention s'il est écouté mais obéit juste aux ordres de Severus.

- Le Projet Humain a été mis en route, grâce à un informateur nous savons enfin de quoi il est question. Leur premier but est d'être présent sur la planète entière, en tant que pouvoir suprême. Le gouvernement anglais ou plutôt le Ministère qui tire les ficelles se veut empereur. Pour cela ils ne veulent pas de révolte et voilà le Projet Humain. Un centre d'expérimentation va bientôt être ré-ouvert en Allemagne après la fermeture du précédent il y a trois ans. Ils testent de nouveaux médicaments sur de jeunes enfants mais nous ne savons pas quoi exactement. Une copie du dossier a déjà été envoyée en France, à Saendro. Sur ce, rajoute Draco toujours aussi glacial, vous pouvez repartir.

Il quitte la pièce, laissant Nathan à nouveau seul. Il n'a rien appris de vraiment nouveau mais maintenant, ils savent qu'ils ont un lien avec le réseau de France. Au moins une chose, par rapport à sa présence, pouvant être nommée bénéfique.

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Le soir Nathan ressort, il se sent étouffer dans son appartement. L'impression d'être toujours observé ne le quitte plus. Chaque ombre devient une silhouette menaçante, devient un danger de plus.

L'air tiède du soir le calme un peu. Il se dirige vers le parc et s'assoit sur un vieux banc en bois couvert de lierre, au verni écaillé. Il ferme les yeux et ne les rouvre que lorsqu'il sent une présence à coté de lui. Un homme avec des cheveux noirs mi-longs le regarde. Nathan le dévisage et reste un moment à fixer ses yeux noirs qui lui semblent avoir des reflets rougeâtres. Le jeune homme se sent analyser par cet inconnu qui ressemble au fauve cherchant sa proie. Ils restent silencieux, pourtant l'atmosphère n'est pas chargée. Au bout d'un moment l'inconnu parle, sa voix n'est presque qu'un murmure :

- Crois-tu en la liberté ?

La question est étrange et sort Nathan de ses pensées. Il regarde l'autre homme, attendant une réponse.

- Non.

- Pourquoi ? continue-t-il.

Il ne sait pas s'il doit répondre. Cet homme ressemble à un prédateur, un vrai et pourtant, lui, il ne semble pas l'intéresser. Il se décide alors et s'explique :

- La liberté totale n'existe pas vraiment, il lui faut toujours des contraintes pour exister. Et, si elle existe, elle se paie toujours. Nous ne sommes pas fait pour elle mais tous espèrent la trouver, jusqu'à se détruire. Alors, je ne veux pas y croire. Je ne peux pas croire que ce concept existe, ce n'est qu'un mot sinon... Sinon tous nous la trouverions un jour d'une manière ou d'une autre. Pour moi, Liberté n'existe pas.

- Tu n'en as pas besoin pour te détruire... Nathan...

Il se retourne brusquement et dévisage l'homme qui sourit. Comment le connaît-il ?

L'autre reprend :

- Je ne me suis pas présenté. Mon nom est, Tom Marvolo Riddle.

Tom... il a déjà entendu ce prénom. Où ? Il ne sait plus mais... après tout ce prénom est courant. Tom se relève et avant de partir se penche vers Nathan et murmure :

- Tu es très intéressant Nathan mais tu n'as pas assez envie de vivre. Je ne pense pas que nous nous reverrons.

Nathan regarde l'homme partir, réfléchit aux paroles sibyllines puis décide de ne pas y faire attention. Il rentre finalement à l'appartement qu'il trouve désert. Carole est toujours enfermée dans sa chambre. Doucement il ouvre la porte, elle dort. Son sommeil ne semble pas paisible, ses traits sont tirés mais il ne la réveille pas. Elle ne montre jamais sa peur, essaie toujours de la cacher et, il respecte cela. Il préfère la savoir ici, pour Harry. Il le fait juste pour lui, pour qu'il ne s'inquiète pas plus, c'est juste pour cette raison qu'il l'a prévenu. Mais, il sait qu'il ne le trahira pas et ne dira pas où il est aux deux autres. Eux, qui n'ont même pas pensé à le chercher à l'endroit où il se trouvait avant sa disparition. Après tout, il ne se cache pas vraiment. Ce sont presque des vacances pour lui. Il ne travaille pas, se sent mieux. Cependant il sait que ses besoins destructeurs reviennent peu à peu.

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Un mois qu'il a appelé Harry et il n'est toujours pas venu le voir. Il ne comprend plus, qu'est ce qui se passe ? Il repense aux paroles de Carole, comme quoi Harry n'a pas le droit de vivre en dehors de chez leurs parents. Ce soir là, il attend au Crâne Corbeau, certaines personnes disent l'avoir aperçu un soir ou deux, assis au bar. Mais, ils ne sont pas vraiment surs. Nathan préfère ça au fait de rester avec Carole qui, lorsqu'il lui fait un reproche ou lui parle juste, fond en larme. Il sait qu'elle supporte mal sa grossesse et surtout elle a encore refusé d'aller voir un médecin. Personne ne doit être au courant.

Il fait tourner doucement son verre de vodka, et écoute le violoniste sur scène.

$ Il est retourné sur scène, a pris son violon.

Czardas... il joue pour lui. Nathan l'observe de sa place au bar, alors qu'il joue. Ses yeux bleus tirant sur le gris sont cachés au public alors qu'il les ferme et se laisse emporter par la musique. Nathan reprend une gorgée d'alcool. Il ne sait pas pourquoi il ne boit que celui-ci mais, il l'aime, il ne connait que lui.

La musique cesse, Raphaël range son instrument et commence à se diriger vers lui. Nathan le regarde avancer encore un peu puis quitte doucement le bar. Il voit l'incompréhension dans son regard mais essaie de ne pas y prêter attention. Il passe devant un jeune homme aux cheveux noirs, sûrement d'origine mexicaine ou autre, il ne lui a jamais dit. L'homme lui fait un petit signe de tête et Nathan murmure :

- Merci Saendro.

Tous les deux ne veulent pas faire souffrir Raphaël, il ne doit pas être blessé plus qu'il ne l'est déjà.

Nathan tourne dans une ruelle, sors un sachet de sa poche. Il regarde un instant la poudre et finalement la prend. Il ne pourra pas tenir sinon. Il attend que les effets viennent, qu'il se sente bien puis retourne vers une autre ruelle.

Une homme l'attend, il a la cinquantaine, pas moins. Aussitôt qu'il l'aperçoit il apostrophe Nathan et lui ordonne :

- Toujours pareil ! Mon ange...

Sur les deux derniers mots, la voix du vieil homme se fait plus sensuelle ou plutôt essaie de l'être. $

Il recommande une autre vodka, essaie d'oublier. Il fait lentement tourner la fine bague en argent, sa bague. Celle qu'il lui a offert avec leurs initiales.

R et N.

C'est risible quand il y repense. On pourrait croire qu'ils sont en couple mais, c'est impossible. Tout comme Raphaël le veut pour son ange, il ne peuvent être un couple. Il le ferait trop souffrir.

Il se lève, paie et quitte le bar.

Dehors, dans la nuit retentissent des cris. Ils viennent du sud de la ville. Des coups de feu résonnent puis plus rien, le silence reprend ses droits. Il n'y fait pas attention, il faut bien mourir...

Il marche, il n'a que ça à faire, le lendemain il ira sûrement acheter des poivrons et de quoi faire un flan**. Carole a des envies vraiment étrange mais, il a choisi de la garder chez lui, il l'assume maintenant.

Il soupire doucement alors que les cris reprennent. Il sursaute alors qu'il sent une main aux longs doigts se poser sur son épaule. Il se retourne et découvre l'inconnu de la dernière fois, le reconnaît.

- Tom ?

- Chut... répond l'autre doucement. On doit partir d'ici, il y a une rafle cette nuit, ils n'entreront pas dans les bâtiments mais tout ceux qui sont dehors seront arrêtés. Suis moi !

Nathan hésite alors qu'il le voit partir rapidement.

Peut-il lui faire confiance ?

Doit-il lui faire confiance ?

Pour la première fois depuis plusieurs mois il se sent plus vivant et, malgré ce que l'autre a affirmé la dernière fois, il veut vivre. Il s'en rend enfin compte. Son comportement destructeur lui permet de se sentir vivant en frôlant la mort. Alors qu'il entend des hurlements plus proches il se précipite à la suite de l'homme qui a disparu au coin d'une rue.

Ils marchent un moment en silence, s'arrêtent souvent, changent de direction. Les hommes du Ministère sont partout. Ils semblent chercher quelque chose ou, quelqu'un. Après plus de deux heures de fuite, ils réussissent à quitter le quartier pourtant Tom ne le lâche pas et l'entraîne hors de la ville. Ils sont devant une petite maison abandonnée. Nathan n'a pas le choix de rentrer.

La porte est refermée derrière lui. Il ne comprend pas, se retourne interrogateur. Tom le regarde étrangement. Nathan reconnaît la lueur au fond de ses yeux, la même que ses clients. Il n'en a pas peur, loin de là. Il en a l'habitude mais ne pensait pas revoir cet homme étrange.

Tom... pourquoi ce nom lui dit-il quelque chose ?

Il regarde un peu son environnement, se doutant que pour le moment il ne craint rien. Il s'approche d'une photo. Dessus, il peut voir un parc et un lac un peu plus loin. Un jeune homme aux cheveux noirs, à l'air grave, tient contre lui une jeune femme à peine plus jeune. Elle sourit joyeusement, ses yeux verts braqués vers l'objectif ou la personne tenant l'appareil. Tom, car il devine que c'est lui, a une main dans les cheveux roux de la jeune femme. Il semble plus paisible que maintenant.

A coté du cadre se trouve un couteau couvert de sang mais Nathan ne s'y arrête pas, après tout ce n'est pas son problème. Si il est avec un tueur au moins, il n'aura plus à vivre. Il sait qu'il est lâche, il n'a jamais eu le courage d'en finir et attend qu'un autre le fasse pour lui. La lâcheté est sûrement le seul mot qui le caractérise vraiment. L'autre mot est peut-être celui de son « travail » après tout, il le sait, il n'est pour beaucoup qu'une petite pute bien obéissante.

Encore un peu plus loin du cadre se trouve un morceau de papier. Dessus une fine écriture et quelques mots :

« On devrait arrêter de se voir. Lily... »

Sûrement la femme sur la photo mais, Nathan ne s'y intéresse pas, tout comme s'il se retrouvait face à un meurtrier.

Ils n'ont jamais compris sont détachement. Pourtant, ne s'arrêter sur rien, ne pas s'attacher évite beaucoup de souffrances. Il n'aime pas souffrir mais, tout le monde souffre.

$ - Nath' ?

- Oui, Harry... demande-t-il doucement.

Le jeune homme hésite un instant, réfléchit, puis reprend :

- C'est comment, ne rien ressentir ?

Nathan le fixe un moment, il ne sait comment exprimer ce qu'il voudrait lui expliquer.

- C'est paisible, finit-il par répondre. Tu as l'impression de vivre dans un doux matelas de coton et pourtant, tu souffres plus dans un certains sens.

- Pourquoi ?

- Personne ne te comprends...$

.

Ils restent une journée ainsi, sans parler, sans bouger. Nathan surprend parfois les regards dangereux de Tom mais ce dernier se détourne toujours. Il semble se retenir, se retenir d'agir, de laisser ses pulsions aux commandes.

- Tu devrais partir, maintenant ! entend-il soudain.

Nathan se relève, part sans se retourner, il a senti la menace. Alors qu'il quitte la maison il se souvient enfin où il a déjà entendu ce nom.

$ La chaleur est étouffante même dans le hangar. Ils sont tous partis le laissant seul. La porte s'ouvre, Nathan voit alors une personne qu'il ne pensait pas revoir. Un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus pailletés de vert.

Au bout d'un moment ils se mettent à parler et Nathan ne peut s'empêcher de demander en voyant des cicatrices :

- Qui t'a fait ça ?

Harry regarde ses poignets et le serpent gravé avec un couteau. La façon dont ce serpent s'enroule autour du poignet malmené pourrait presque être artistique.

- Moi...

- Pourquoi ?

- Pour lui. Tom Marvolo Riddle...

Leur discussion s'était arrêtée là, alors que les autres revenaient enfin. $

.

Nathan marche, s'éloigne de cette cabane. Cette rencontre est étrange...

.

Septembre est enfin arrivé, les jours lui ont paru lents. Depuis cette nuit son envie de vivre a à nouveau disparue, il n'est plus qu'un fantôme et, pourtant, il s'empêche de retoucher à la drogue. Maintenant il accueille cette souffrance, celle du manque.

Carole semble même plus vivante que lui, elle n'est toujours pas ressortie. Sa grossesse commence enfin à se voir vraiment mais elle la camoufle sous des vêtements amples. Elle est enfin aller voir un médecin, à l'hôpital.

Il prépare à manger lorsqu'elle sort, elle s'approche, regarde le plat et soudain se met à crier :

- Des endives ? Des endives ?! Tu veux nous tuer en faisant ça !

Elle continue un petit moment puis finit par retourner s'enfermer avec précipitation, en pleurant. Nathan la regarde faire, il n'en peut plus de ses sautes d'humeur, il voudrait pouvoir retourner en France mais il ne peut pas encore les voir. Il ne veut pas voir le pardon dans les yeux de Raphaël et la compréhension de Morgan. Il ne peut pas.

Il passe devant un miroir et s'arrête pour s'observer vraiment.

Depuis combien de temps ne l'a-t-il pas fait?

Il ne sait plus mais il ne se reconnaît pas. Il est toujours aussi petit, sa peau est trop pâle. Il passe une main dans ses cheveux bruns, ils sont devenus plus longs depuis qu'il est parti. S'il le voulait il pourrait les attacher facilement maintenant. Pour finir il observe ses yeux. Est-ce vraiment les siens ? Il n'y a aucune vie dans ses prunelles vertes. Un vert d'absinthe, mais lui, ne mène pas à la folie. Il ne veut pas les faire souffrir alors il reste. Il continue son exil volontaire.

Comme tout les jours, il attrape une veste légère et se dirige vers le Crâne Corbeau. Il ne sait pas s'il espère recroiser Ron ou bien voir Harry, mais il y retourne.

Comme tout les jours, il s'assoit au bar et commande une vodka. Une radio en fond sonore résonne dans la salle presque vide. L'atmosphère est sereine et un peu lourde.

Dans un coin il voit un jeune homme. Son regard est perdu dans le vide, des yeux d'un marron terne. Ses cheveux retombent doucement devant son visage. Nathan l'observe, de loin. Il ne s'empêche même plus de penser alors que des souvenirs remontent.

$ - Gaëtan ! Gaëtan ! Reste avec moi !

Ses cris apeurés, désespérés résonnent dans la nuit froide. Il continue de secouer le jeune homme, il ne s'arrête pas de l'appeler. Il sent alors des mains le tirer doucement vers l'arrière, l'éloigner de l'autre. Il ne comprend pas, se retourne et voit Harry. Il ne le reconnaît pas tout de suite, ses cheveux sont plus longs, son regard moins vivant.

- Laisse le Nath'... ça ne sert plus à rien, chuchote doucement Harry.

Harry le tire doucement, il se laisse faire, ne réagit plus. Il regarde son ami étendu sur le sol, ses cheveux bruns éparpillés autour de lui. Ses yeux tombent ensuite sur une seringue abandonnée et finalement le couteau. Il ne veut pas voir le sang mais ne réussit pas à l'ignorer. Ignorer le sang qui coule encore sur le bitume froid.

Nathan s'écroule dès qu'Harry le lâche, au bout de la petite rue.

- Gaëtan... pourquoi... chuchote-t-il.

Il ne comprend pas pourquoi il a fait ça.

- Laisse le. On doit partir Nathan ! $

Il avait eu le même regard vide que cet inconnu. Gaëtan, le seul qui l'avait compris. Après tout, lui aussi faisait la même chose mais n'avait pas le choix. Il était pris dans l'infernale spirale d'un réseau.

Il pourrait aller voir ce jeune homme, lui parler mais, ça ne servirait à rien alors, il se détourne et fait comme s'il n'existait pas.

Et, comme si quelqu'un voulait se moquer de lui, cette chanson passe soudain à la radio. Gaëtan aimait la chantonner quand il sentait qu'il allait craquer, quand il voulait s'échapper juste pour quelques minutes.

« There's still a little bit of your ghost your witness » (Il reste encore un petit peu de ton fantôme, ton témoin)

Pourquoi pense-t-il à lui maintenant alors qu'il a tout fait pour l'oublier ?

« Stones taught me to fly. Love taught me to lie. Life taught me to die » (les pierres m'ont appris à voler. L'amour m'a appris à mentir. La vie m'a appris à mourir.)

Oublier qu'il l'a vu mourir dans cette rue et qu'Harry l'a obligé à l'abandonner. Abandonner la seule personne dont il était encore proche à l'époque alors qu'il s'éloignait peu à peu des autres.

« So it's not hard to fall » (Alors ce n'est pas difficile de tomber.)

Gaëtan... le seul qui l'a empêché de vraiment réussir à se tuer. Il ne sait même plus où et surtout comment il l'a rencontré mais ce n'est pas important. Il y avait cette chanson, Cannonball de Damien Rice. Et, il chantait cette chanson comme si rien d'autre n'existait, comme si les pierres lui avaient vraiment appris à voler. Peut-être était ce vrai car, il n'était jamais libre...

Il ne veut plus y penser, juste enterrer ses souvenirs. Nathan se détourne complètement de ce jeune homme qui le lui rappelle tellement et recommande un autre verre.

Alors qu'il va pour le boire, il voit Blaise rentrer précipitamment dans la salle. Il est plus pâle que d'habitude, passe à coté de lui mais ne le remarque pas.

Il se dirige vers le salon vert.


* Maissiat – Le départ

** Melissmell – Plutôt rêver

*** poivron et flan : ça peut se manger ensemble (expérience personnelle) mais mieux vaut quand on est malade et qu'on n'a plus de goût car au final c'est très étrange... après si quelqu'un veut essayer à ses risques et périls


J'espère que ce chapitre vous a plu, je ne sais pas trop quoi penser du passage avec Tom mais je pense que son comportement a dû surprendre. C'est que je ne réussi pas à le voir comme une personne qui ne fait que tuer, il est intelligent et donc il sait quand se contenir pour servir ses intérêts car ses intérêts passent toujours avant le reste.

Le prochain chapitre est commencé mais se fera peut-être attendre car j'ai les TPE à finir (bon ça va pas prendre trop trop de temps), 10 jours de répétitions de théâtre pendant les vacances puis les représentations mais je vais trouver le temps d'écrire et essayer de le mettre avant le 15 mars (même si j'ai aussi le bac blanc de français lle 21 mars...)

Si quelqu'un veut se faire une idée pour la place dans le souvenir de Nathan (avec la neige) : tapper sur google image "jardin du mail angers", elle est fortement inspirées de ce jardin surtout pour les lions mais aussi la fontaine (surtout sous la neige)

Petit extrait :

Chapitre 10 : Le Fruit des Anges

« Des chrysanthèmes dans mon cercueil pourrissant »

[...] Une certaine peur le prend à chaque fois, celle d'entendre ses mots prononcés par un journaliste. Mais ce ne sont pas eux qui le terrifient, ce sont ses réactions. Il a peur d'être heureux, heureux que Tom pense à lui.


Je crois avoir tout dit, merci de continuer à lire même si l'attente est un peu longue.

Tsuh...