Rating : M pour violence
Genre : Drame (malheurs qui arrivent faute de l'homme, rien de prédestiné, pas d'instance supérieur qui décide); horreur (violences, fic "noire", meurtres) mystère (il en faut toujours) presque Death-fic...
Disclaimer : Tout appartient à J.K.R sauf l'idée de cette fic. Le fruit des anges appartient au groupe Eths, Mon dieu à Edith Piaf. Carole, Raphaël, Saendro et Nathan sont encore et toujours à moi.
Note 1 : Je trouve vite fait le temps de poster ce chapitre, plus tard que je voulais mais pas trop eu le temps d'écrire avec le théâtre et le bac blanc pas vraiment révisé... Bref quelques informations importantes :
Ce chapitre est un chapitre avec des points de vues multiples, les changements sont le plus souvent illustré ainsi :
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paroles de chanson
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Note 2 : Il y aura également un peu de tendresse au rendez-vous de ce chapitre (tout ne peut pas être noir tout le temps...) mais aussi de nouvelles informations sur le passé d'Harry, notamment juste après son « agression »
Mussant du verbe musser = cacher
Note 3 : $ italique $ = retour en arrière/souvenirs
"italique" = documents écrits
Merci encore pour les reviews, les mises en alerte/favoris.
Bonne lecture !
Ce chapitre se passe le 12 septembre
Chapitre 10 : Le Fruit des Anges
« Moi le fruit des autres, des autres
J'implore mon effort, effort »
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Le fruit des anges – Eths
« Des chrysanthèmes dans mon cercueil pourrissant »
Carole ne lui a toujours pas répondu.
« Aux côtés des glaïeuls sur mon être sanglant »
Il est là depuis presque deux mois, pour elle et il est juste ignoré. Il n'est plus sorti depuis un moment, il n'en a plus le courage, pas plus pour regarder les informations.
« L'attente éternelle pour lui semble futile »
Une certaine peur le prend à chaque fois, celle d'entendre ses mots prononcés par un journaliste.
« Dans cette horreur pure, je ne peux le comprendre, »
Mais ce ne sont pas eux qui le terrifient, ce sont ses réactions. Il a peur d'être heureux, heureux que Tom pense à lui.
« L'Unique Fondement. Attend le mon cœur vil ! »
Harry s'est déjà demandé de nombreuses fois s'il n'était pas fou, si on ne devrait pas l'enfermer loin de tous. Il ne sait jamais quoi penser.
« Enchanteresse elle veille, viens prendre »
Qu'est ce qui est normal ?
« Mon âme ! Et dessine y notre tunnel doré. »
Qu'est ce qui ne l'est plus ?
« Je veux pouvoir y croire, en notre liberté. »
Il caresse doucement la plume sur la couverture de son carnet. Il hésite à l'ouvrir. Il sait qu'il n'est pas bon de remuer son passé mais il a ce besoin, celui de le revoir et pourtant d'avoir peur d'y arriver. Ce petit livre a cependant quelque chose de rassurant, il renferme son histoire, celle que peu connaissent et connaîtront. C'est peut-être aussi une façon de se sentir en sécurité, savoir que quoi qu'il arrive cela ne s'effacera pas.
« Je l'ai revu, cette nuit... Ce n'était qu'un rêve pourtant j'aurai souhaité qu'il soit réel. Je suis peut-être accro, addict... ou tout autre mot voulant dire la même chose.
Tout semblait si réel. Sa peau si pâle... ses yeux possessifs et sa voix. Je sais que c'est faux, il ne m'a jamais vraiment caressé ainsi. Avec cette douceur trop gentille. Et pourtant je me souviens qu'il pouvait l'être sinon, pourquoi serait-il venu me voir ? Je ne peux croire qu'il n'a fait ça que pour me détruire, il n'y avait aucune raison. Je n'étais qu'un gamin perdu cette première fois et lui un être d'une beauté... je m'égare je crois.
Je suis toujours confus. Je ne réussis pas à croire qu'il ai vraiment fait ça. Je ne crois plus rien, toujours ce fameux choc comme aime si bien le dire .
Je ne le crois plus...
Tom... j'ai encore ce nom en tête quand je me réveille suite à un cauchemar. Un à cause de lui... et pourtant je le cherche à mes cotés »
Il ne rêve presque plus de lui, il se croyait guérit mais il se rend compte, qu'en revenant ici, ce n'est pas du tout le cas. Ce serait presque le contraire. Son obsession – car il n'y a pas d'autre mot – semble grossir. Et, quand il regarde certaines phrases qu'il a écrit il s'interroge encore plus sur son état.
Comment ose-t-il écrire ceci ? Ces lignes qui ne veulent rien dire, à part peut-être pour lui...
« … Il pourrait être la mer qui veut devenir un lac.
Le Chao devenant Paradis.
Le Démon souhaitant être Ange.
Un ange... ce mot dérisoire est dangereux. La foi les veut purs mais ce n'est que façade. La vie n'est que façade. Le destin n'est que façade ! Dieux, qui sont-ils ? Juste un fruit d'une société déjà pourrie. Une illusion pour faire croire aux destins, aux Enfers, aux Paradis.
Mais... il n'y a rien. Juste l'Eau coulant, l'Air soufflant, le Feu consumant et la Terre brisant. Brisant nos pauvres existences qui s'épuisent aussi vite que l'eau dans les mains d'un enfant.
Fragile, fragile est la vie et risibles, risibles sont nos combats incessants. Nous suivons juste les courants. Certains croient être uniques, suivre leur propre voie. Tout les courants sont déjà tracés. Nous y entrons et nous laissons emporter. Une rivière courant se jeter à la mer.
Nous sommes risibles de nous croire uniques. Nous ne sommes rien, rien de plus qu'une minuscule goutte fragile... »
Alors qu'il relit ces lignes il ne comprend pas sa révolte, et pourquoi il devait autant extérioriser ses sentiments. Peut-être croyait-il encore à sa liberté ?
Ces mots n'ont plus vraiment de sens, ils sont le passé, alors qu'il était encore perdu dans ce nouveau monde.
Harry se relève et abandonne le carnet sur le vieux fauteuil de l'hôtel. Il n'est plus temps de fuir. Il allume tout d'abord la télévision et se dirige ensuite dans la salle de bain. Il allume l'eau de la douche, la laisse chauffer. Lentement il enlève son T-shirt, trop grand, légèrement déchiré dans le dos. Il s'engouffre dans la douche et laisse l'eau brûlante rougir sa peau. Lorsque le liquide commence à refroidir il sort et s'arrête devant le miroir.
Il sait que ce reflet est lui pourtant, il n'a pas l'impression d'être là. Il observe ce jeune homme trop pâle, trop maigre. Ces cheveux ont encore poussé, plus d'un mois qu'il est parti. Et alors qu'il se détourne, il le voit vraiment pour la première fois. Il est là, dans le bas de son dos, ce tatouage.
Il ne sait plus pourquoi il l'a fait, peut-être une autre manière de se souvenir, de lui appartenir. Il observe un moment le dessin. Un crâne et autour de lui un serpent s'enroulant presque sensuellement. Lentement comme par peur de voir le serpent bouger il touche une des écailles, puis une autre. Le reptile semble tellement réaliste. Il regarde enfin la dernière 'touche' du tatouage, le corbeau fièrement dressé.
Pourquoi a-t-il fait ce tatouage ? Peut-être veut-il toujours souffrir mais, inconsciemment il est là où il ne peut pas le voir directement. Il attrape une chemise qui traîne et l'enfile, elle recouvre enfin le bas de son dos et l'œuvre disparaît. Œuvre dont le tatoueur était réellement fier même s'il ne comprenait pas la symbolique du dessin.
Harry sort de la salle de bain et soudain se fige. Il a oublié la télévision. La voix froide d'une journaliste retentit mais, ce ne sont pas ses mots à elle. Harry le sait dès la première phrase :
« Je t'ai vu aujourd'hui, toujours aussi... beau mon ange. Qui croirait qu'une jolie petite chienne se cache derrière cette façade. Et pourquoi les caches-tu ?
Toi, tu ne m'as pas vu mais... je suis toujours là. Chaque pas pourrait être ton dernier. Comme cette fille si infâme que ces cris tenaient plus des hurlements d'un vieux cochon...
Elles ne valent plus rien...
Maintenant, c'est ton tour petit Ange. Il est temps de payer et de retourner dans ce tunnel sculpté de nos doigts ensanglantés... »
Pendant quelques secondes il ne réagit pas, reste figé la main contre la poignée de la porte de la salle de bain. Ces mots il s'en rappelle, c'était ce matin là, le dernier où il l'a vraiment vu.
$ Ils sont tous les deux assis dans l'herbe du parc pas très loin, les Dursley sont partis quelques jours en vacances chez Marge pour Noël ou... quelque chose dans le genre. Ce n'est pas important, il n'y a que Tom qui compte. Harry se laisse en peu plus aller contre le torse derrière lui. Il sent une des mains de Tom qui caresse ses cheveux alors que l'autre dessine des formes imaginaires sur son ventre.
Harry sait que leur relation n'est pas normal, depuis quelques mois ils sont beaucoup trop proches l'un de l'autre. Il recherche l'attention de Tom encore plus mais, ce dernier ne dit rien donc il continue. Et là, lâchement, il profite de l'excès de tendresse de l'homme. Il n'est jamais comme ça avec lui, pourtant il voudrait que cet instant ne s'arrête jamais.
Il sent un souffle chaud près de son oreille et un mot murmuré :
- Ange ?
Il ne répond pas, pas tout de suite, ne veut pas briser cet instant. Pourtant Tom finit par le repousser et se relève en murmurant :
- N'oublie pas ce tunnel sculpté de nos doigts.
Alors qu'il le voit partir, sans se retourner il ne peut s'empêcher de crier :
- TOM !
Il le voit qui attend, il se relève donc et s'approche presque craintivement et c'est ainsi qu'il demande faiblement :
- Tu reviendras ?
Il croit qu'il ne va pas lui répondre et puis, il sourit légèrement. Il voit sa main se lever et elle caresse doucement sa joue, en retrace ses contours alors qu'il lui répond :
- Bien sûr petit Ange. Tu sais que je reviens toujours pour toi.
Harry sourit timidement et ne peut s'empêcher de rougir. Il le fait de plus en plus depuis quelques mois et toujours devant Tom. Et là il le voit qui se penche encore vers lui. Il ne comprend plus rien alors qu'une main - qu'il trouve douce et chaude – lui relève le menton. Surpris, il reste un instant les yeux écarquillés quand il sent les lèvres de Tom presser légèrement les siennes.
Cela ne dure qu'un instant et il croit avoir rêvé en voyant Tom repartir tranquillement, comme il le fait toujours. Sans émotions. $
Il se retourne brusquement, attrape une veste légère et sort précipitamment.
Sa décision est enfin prise !
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« Suspend l'instant, suicide latent. Bonjour les anges insolents »
- Je veux arrêter !
Dans un fauteuil Blaise voit tout d'abord Severus mais aucune trace du cabot. Alors qu'il va se remettre à parler une petite porte s'ouvre et en sort Sirius Black. Le jeune homme ne se demande même plus pourquoi il est là depuis sa présentation en fanfare à toute l'organisation. Quoi de mieux qu'un Sirius Black roulant une pelle – il n'y a pas d'autre mot – à leur chef en plein milieu d'une réunion, pour faire enfin les présentations ?
- J'ai ramené tout ce qu'il nous faut pour...
Il s'interrompt en voyant Blaise mais surtout en entendant la voix froide et menaçante de Severus.
- Que me vaux le plaisir de te voir maintenant, Blaise. Et ne me dit pas que cette raison est ton départ.
Blaise ne flanche pas, il ne doit montrer aucune hésitation sinon, il ne pourra plus partir, il n'aura plus aucune chance contre l'esprit acéré du Chef. Il ne détourne pas son attention même quand il entend à nouveau la porte se fermer. Il attend juste que les premiers mot soient prononcés quand il se rendra compte qu'il ne plaisante pas.
- Pourquoi ?
Cette froide question est pire que tout mais, il ne doit pas flancher, il n'en peut plus de cette vie. Il doit arrêter.
- Tu ne peux pas partir maintenant !
- Je peux, si...
- Non ! Écoute moi pour une fois Blaise. Ils te connaissent, savent où tu habites. Même si tu n'as plus de liens avec nous ils ne te lâcheront pas, jamais ! Même si tu pars, ils te retrouveront ! Tu savais que cet engagement est à vie alors, dis moi, Blaise...
Le jeune homme ne l'écoute plus, il repense aux derniers événements, les différents messages transmis par les journalistes, toujours à propos de cet ange aux yeux verts. Et il repense à Poudlard. Pourquoi maintenant, il ne saurait le dire mais il se souvient d'une journée en particulier. Celle qui a vu la fin du célèbre Trio d'or.
$ - C'est vrai, tu n'es qu'une catin mais il t'appelle son Ange... $
Pourquoi se rappelle-t-il cette journée en particulier il ne saurait le dire mais il y a un lien avec toutes ces agressions.
$ - Tu veux qu'il te reprenne ? Petit Ange... » $
Blaise ne fait plus du tout attention aux propos de Severus, il comprend enfin les différents événements. Le Projet Humain et pourquoi certaines personnes sont citées. Toutes les « victimes » récente le ramenaient toujours à une seule personne, une personne qui a disparu depuis de nombreuses années.
Harry Potter.
Pourtant une autre personne est aussi touchée, une qui a l'air de n'avoir aucun lien avec l'Angleterre et pourtant...
Harry De Loua-Ange.
Il est toujours question d'ange au final...
En vérité, il n'a jamais vraiment disparu pour ses proches mais, personne ne savait où chercher se rend compte Blaise. Personne ne savait où regarder. Même lui n'a rien vu alors qu'ils se sont déjà rencontrés.
$ Encore ce hangar gris, ils se doivent d'être discrets parait-il... Blaise écoute attentivement ce que Saendro lui explique puis il laisse la parole à un autre jeune homme.
Pourquoi sont-ils tous aussi jeunes ? Pourquoi lui semble-t-il qu'ils sont les seuls à se battre pour quelques chose qu'ils ne connaissent plus forcément ? Ce n'est pas le moment d'y penser. Il ramène sont attention vers le jeune homme qui lui a été présenté sous le nom de Morgan. Il est assez grand, mais pas trop. Ses traits sont fins mais montrent tout de même qu'il ne vit pas dans la facilité, impression renforcée par la fine cicatrice le long de sa gorge. Blaise se sent déshabillé par son regard bleu foncé tirant presque sur un violet quasi-surnaturel.
Il prend enfin la parole :
- La rue n'est plus sûre. Ils commencent à enlever les jeunes près du Pont d'Escale. Il y a beaucoup de rumeurs mais rien d'assuré.
Alors qu'il va pour continuer son explication un cri soudain retentit dans le silence du hangar :
- Je ne suis pas un Ange ! Arrête de m'appeler ainsi !
Saendro se retourne brusquement et Blaise suit le mouvement, un peu surpris du soudain éclat. Près de la porte, il reconnaît un jeune homme qu'on lui a présenté sous le nom de Nathan et l'autre doit être Raphaël vu les différentes réactions et la brève description qui lui a été donné. Il n'y a pas vraiment de ressemblance avec Saendro et pourtant ils se sont présentés comme des frères. Blaise ne fait pas vraiment attention à ces deux là, son regard est attiré par un troisième individu.
Il se tient un peu à l'écart des deux autres mais est tout de même assez proche. Blaise ne peut s'empêcher de le détailler. Il est assez petit, presque frêle et ses vêtements sombres rendent sa peau encore plus blanche. Il repousse ses longues mèches noires dans son dos dans un geste de lassitude alors que le ton monte encore. Il s'approche doucement des deux autres, ses pas ont une certaine légèreté. Il pose finalement une main sur l'épaule de Nathan, le retient alors que la colère commence à se faire plus présente encore.
Nathan se retourne, le regarde un instant. Un regard absinthe contre un autre bleu et vert. Ils finissent par tous se détourner et retournent vaquer à leurs occupations. $
Il avait ensuite appris qu'il se nommait Harry mais n'avait jamais fait le lien avec Harry Potter. Il n'avait rien à faire du sort de ce Gryffondor et puis il n'y a pas qu'un Harry dans le monde. Mais, si c'est bien lui, il avait à peine dix-huit ans cette fois là et pourtant il paraissait plus vieux, plus las et... fragile. Il ne veut pas penser à toutes les conséquences, toutes les possibilités.
Il a presque peur de tout comprendre.
Et eux, tous, ils n'ont rien vu.
Ils ne voulaient pas vraiment comprendre...
- Blaise ! s'exclame soudain plus fortement Severus.
Le jeune homme relève à peine les yeux et se redresse. Il tourne le dos à Severus, geste qu'il n'avait encore jamais osé. Il ouvre la porte et la referme doucement, sans un regard en arrière.
Il est à nouveau dans la salle. Il voit Nathan au bar, un verre à la main. Son attention semble attirée par un adolescent, dans le coin le plus sombre. Pourtant il détourne le regard et le fixe sur le liquide clair de son verre.
Blaise s'approche de lui, sans hésitation. Il est déterminé à savoir sans pourtant, être sûr de le vouloir.
- Je dois voir Harry.
Nathan relève la tête, arrête d'observer sa vodka. Il n'y a aucuns sentiments apparents dans ses yeux absinthes. Il n'a aucune vrai réaction, se relève juste et lui fait signe de le suivre.
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« Mussant mon enfant, mon erreur et glisse sous ma langue. Mon sucre de mort.
La télévision est allumée, simple bruit de fond. Ils parlent encore de cette affaire, la plus mystérieuse du siècle dixit les journalistes. Elle n'y fait pas vraiment attention à cette « affaire de l'Ange ».
Sans qu'elle ne puisse vraiment se retenir sa main gauche passe doucement sur son ventre comme pour se rassurer. Ce n'est pas le cas, elle sent ce renflement bien que léger voire un peu trop pour le nombre de mois. Elle ne sait pas si elle est heureuse, ne le croit pas. Elle n'est plus heureuse depuis un moment déjà. Elle se cachait la vérité, maintenant elle le sait. Soline n'était qu'une excuse pour s'éloigner, s'éloigner d'une atmosphère trop pesante. Lui faire croire qu'elles ne devaient pas puis s'éloigner n'était qu'une excuse.
Elle ne sait vraiment pas pourquoi mais une vieille scène de son enfance lui revient, la première fois qu'elle a vu Harry. Elle n'avait pourtant que dix ans et lui quatre de plus mais, elle avait senti quelque chose. Elle ne sait toujours pas quoi cependant ce quelque chose n'allait pas avec la scène.
$ Un petit garçon se tient devant elle, Elizabeth lui a dit de s'occuper de lui, lui montrer la salle de bain et les différentes pièces. Elle ne sait pas d'où il vient et ne cherche pas à le savoir.
Il était couvert de haillons, des lambeaux de vieux vêtements gris mais il était visible qu'ils étaient beaucoup trop grands pour sa maigre silhouette. Ces morceaux de tissus ne cachaient aucunement les multiples coupures et bleus le recouvrant. Certains de ces bleus ayant la vague forme de doigts.
Il ne parlait jamais, s'enfermait dans le mutisme mais son regard était aussi expressif que les mots. Personne ne pouvait l'approcher mais, un jour tout cela cessa et il redevint « normal ». $
Voilà le détail ! Ce détail... comment l'a-t-elle oublié ?
Son regard... ce regard...
$ Le jour de ses quinze ans est arrivé, elle le cherche, veut être la première à lui souhaiter. Elle le retrouve dehors, il regarde le ciel bleu, sans un seul nuage. Il le contemple comme s'il n'en avait jamais vu de pareil.
Elle le trouve beau, tout simplement.
Elle parle, lui, écoute seulement, ne dit jamais rien. Elle finit par le complimenter, lui dit qu'elle trouve ses yeux magnifiques, une forêt où elle voudrait se perdre. Elle ne comprend pas vraiment la portée de ses mots et encore moins pourquoi li se fige. Il ne retient pas un regard emplit d'amertume et se relève en l'ignorant totalement. $
Voilà le détail !
Elle n'avait plus jamais revu le vert de ses yeux après ce jour, ces quelques paroles d'une gamine insouciante. Ce vert avait été remplacé par des lentilles d'un bleu presque banale si ce n'était les paillettes vertes foncées apparaissant à certains moments. Il n'avait donné aucune explication et n'a jamais montré à nouveau ces vrais yeux.
Le même jour il avait reçu une lettre, alors que personne ne lui écrivait jamais. L'enveloppe contenait également une narcisse. Elle avait surpris juste deux mots sur la lettre, « Mon Ange... ». Il s'en était aperçu et il ne lui avait plus parlé pendant un mois, l'évitant. Ce qu'elle n'avait pas vu était la honte dans son regard. Honte de se réjouir d'un mot de Tom, se réjouir qu'il pense à lui. Elle ne le comprenait jamais, un jour il paraissait normal puis un mot quelconque était prononcé et il se refermait. Il pouvait rester enfermé des jours, sans prononcer un mot, sans un geste inutile.
Le lien, elle l'a enfin trouvé, le vrai.
Ce qu'elle ne comprenait pas mais ressentait dès qu'elle s'approchait de son frère.
Elle se relève soudain, s'approche de la porte et, s'arrête.
Carole observe presque craintivement cette simple porte puis, son ventre. Elle a l'impression que tous peuvent savoir ce qui lui est arrivé à cause de cette simple présence. C'est stupide, elle le sait. Au pire ils croiront qu'elle est heureuse d'attendre cet « événement ». C'est peut-être cela qui la terrifie le plus, recevoir des félicitations d'une vieille dame aux bonnes intentions. Elle ne supporterait pas cela alors que depuis plusieurs mois elle a arrêté de penser, de vivre. Elle a essayé d'oublier cette nuit, faire comme si rien n'avait existé ce soir là. Mais elle n'y arrive pas, il y a toujours un détail qui lui rappelle, lui rappelle que...
Elle se détourne de la porte et se dirige vers la fenêtre. Carole contemple le bas de l'immeuble. Un gamin court, saute et retourne en riant vers sa mère qui l'accueille entre ses bras, souriante elle aussi.
Une vieille chanson lui revient alors et elle ne peut s'empêcher de la chanter, elle est tellement triste. Ces paroles résonnent en elle, elle leur trouve un écho.
- Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Laissez le moi. Encore un peu , mon amoureux !
Elle regarde encore cet enfant courir. La jeune femme aimerait tant que son fils fasse la même chose. Elle est persuadée que ce sera un fils, elle ne l'explique pas.
- Même si j'ai tort, Laissez le moi. Un peu... Même si j'ai tort. Laissez le moi. Encore... **
Elle finit par se détourner de ce tableau presque idyllique. Elle sait que cela n'arrivera jamais, car son enfant aura certainement les traits de son père. Père qu'il ne connaîtra jamais, peut-être comme sa mère. Et, que dira-t-elle quand il lui demandera où est son père, pourquoi il n'en a pas ?
Elle tire brusquement les rideaux et cache ainsi la rue et cet enfant trop heureux.
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Le bruit d'une porte qui s'ouvre, Nathan est revenu.
Elle se retourne et voit un autre homme derrière lui. Il est grand. Instinctivement elle recule imperceptiblement. L'homme à l'air assez jeune. Il avance soudain, pour se présenter mais elle ne retient pas son nom. Carole revoit un autre lieu, un autre homme. Elle recule jusqu'à rencontrer un mur et se laisse glisser contre ce dernier.
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« Enfermant l'enfant dans son cœur et glisse sous sa porte... »
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Nathan observe, silencieusement. Il passe devant Blaise et s'assoit près de Carole. Il ne la touche pas, ne fait rien. Il l'entend murmurer, pour elle même mais aussi pour lui :
- Les hommes... je les hais...
Et, alors qu'elle le regarde avec ce regard vert, perdu il ne peut s'empêcher de se revoir, se revoir alors qu'il ne cherchait qu'une chose...
$ - Je les hais... je les hais... je les hais... $
… la mort.
$ - Je les hais... je les hais... je les hais...
Il répète à l'infini ces trois mots, essaie de se convaincre. Il sent soudain un bras qui le tire puis il se retrouve contre un torse parfumé très légèrement.
Eau de Cologne.
Il repousse fermement cette personne et alors qu'elle veut le reprendre il se lève.
- Je les hais ! Laisse moi ! Va-t-en ! Barre-toi je t'ai dit !
Il doit lui offrir un spectacle bien pathétique avec ses vêtements couverts de sang, ce liquide chaud coulant légèrement de son bras droit.
Il n'a pas coupé assez profond.
Il n'a pas eu le temps.
Il continue à hurler tout ce qui lui passe par la tête – des insultes pour la plupart – et finalement il s'écroule.
Encore ses bras chauds, accueillants, réconfortants. Il se laisse enfin aller mais continue à murmurer :
- Je les hais, Raphaël... j'en peux plus. Pourquoi je continue ? Raph' me laisse pas...
- Chut... Nathan, tout va bien aller maintenant.
- Tu sais que c'est faux.
- Chut... $
Sans réfléchir il la prend contre lui, lui offre un peu de chaleur. Il ne comprend pas son geste alors qu'il fuit toutes sortes de contact en général. Carole commence par se débattre mais très vite abandonne.
- Chut... tout va bien aller maintenant.
Il répète ces mots, ses mots qui l'avaient rassuré* et il rajoute alors qu'il la sent se tendre :
- Je sais que c'est faux mais, chut, crois y un instant. Il n'est pas là, ne te trouvera pas...
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« … quelques mots de mort. »
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Autour d'une table deux personnes discutent, leur voix est basse. Juste assez forte pour permettre à l'autre de l'entendre. L'homme se lève et ramène un verre rempli d'un liquide ambré. Il le tend à sa femme, assise en face lui. C'est d'un ton légèrement inquiet qu'il demande :
- Qu'est ce qu'on va faire Elizabeth ? Il n'est toujours pas revenu.
La femme ne répond pas, elle tourne nerveusement une de ses longues anglaises chocolats, observe les nervures de la tables. Elle finit par relever la tête, qu'elle ne se souvient pas avoir baissée. Elle regard un moment les traits tirés de son mari. C'est lui qu'il l'avait convaincue de tirer Harry des griffes du Ministère. Il croyait que c'était son devoir en tant qu'ancien ami des Potter, pourtant il n'a jamais parlé de son lien à leur fils. Et là, alors qu'elle voit les courts cheveux noirs commençant à devenir gris elle se demande s'il n'est pas trop tard. S'ils n'ont pas fait une erreur quelque part.
- Arrête de t'inquiéter Henri, nous savions dès le départ qu'il repartirait.
- Mais...
- Non ! Tu crois que tu es le seul à souffrir ! Je le considère comme mon fils et je sais que tu voudrais lui dire votre lien mais, on ne peut pas !
- Alors, reprend Henri après un moment, on reste là en sachant qu'il peut se faire prendre à tout moment et accuser pour un motif futile ?
Elizabeth soupire puis se lève et se dirige vers Henri. Elle ne croyait pas que ce serait aussi difficile de prendre cet enfant et être obligé de lui mentir. Comment lui avouer que c'est eux qui auraient dû le garder ce soir là et que ses parents auraient alors été en Irlande pour un anniversaire ?
Comment lui dire qu'ils connaissaient ses parents et qu'ils auraient pu être toujours en vie ?
Ils ne peuvent pas, il est trop tard.
Un soupir las résonne dans la pièce peu éclairée.
- Et Carole ? Tu l'as eu ?
- Non, elle ne me parle plus vraiment. Elle dit juste que tout va bien...
- Elle ment toujours aussi mal, n'est ce pas ? Elle croit que je n'ai pas vu que, lorsqu'elle a démissionné pour harcèlement sexuel son patron était une femme.
- Ça les rassure de croire que tu ne vois rien, Liz'
Alors que la femme va répondre un bruit sourd retentit à l'étage, comme une chute, puis une porte claque. Elle se lève précipitamment et se dirige vers l'escalier juste en face d'elle. Le bruit rapide d'une personne descendant les escaliers se fait entendre. Elizabeth s'arrête alors qu'elle reçoit brusquement une jeune fille dans ses bras. Elle attend un moment avant de la repousser, elle semble paniquée. Elizabeth caresse doucement les longs cheveux blonds de l'adolescente puis lui redresse la tête. En fixant ces yeux bleus encore légèrement apeurés, Elizabeth demande calmement ce qui ne va pas.
L'adolescente semble se rappeler soudainement de l'origine de sa panique et se met à parler rapidement :
- Mein Brüder, mein Brüder... (mon frère, mon frère)
- Chut... calme toi Soline, explique moi !
- Wir schliefen, wenn... (nous dormions quand...)
- En français Soline.
La jeune fille prend quelques instants et essaie de se calmer. Elle cherche ces mots avant de dire :
- C'est Emeric ! Il faut que tu viennes ! On dormait et...
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« Ma porte est fermée, qu'est ce que tu as fait ? Je force, je force, elle s'ouvre »
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Il marche rapidement. Il sait où il doit aller maintenant. Une dernière chose à faire.
Il marche rapidement, sans s'arrêter, sans regarder. Il doit pourtant s'arrêter, un feu rouge. Sur le trottoir face à lui, trois hommes. Ils pourraient être banal mais Harry voit l'emblème sur leur chemise noire. Il se souvient alors avoir demandé à Hermione pourquoi une chemise noire. Elle ne savait pas trop, peut-être un hommage au régime totalitaire ou juste comme ça. Il est rare de la voir ainsi mais même si elle lui cache sa douleur, il l'a vue. Harry est encore plus motivé à en finir rapidement.
Le feu devient vert, il avance, croise les hommes sans un mot.
$ - Mione' ? Qui sont ces hommes ?
- Ces hommes ? De quoi tu parles ?
- Une pièce... des hommes et... leurs questions...
Hermione se relève soudain, elle semble inquiète.
- Ils t'ont parlés ? Ils ont dit quoi ? Ils t'ont fait quoi ?
Et elle continue ainsi jusqu'à ce qu'il l'arrête doucement.
- Ils n'ont rien fait, juste posé des questions.
- Juste... Juste... Juste posé des questions ?!
Elle semble sur le point de s'étouffer. D'indignation, de rage ou de peur il ne saurait pas vraiment le dire alors que sa colère explose.
- Mais tu ne comprends rien ! Ils sont les exécutants du gouvernement, il dicte ils agissent ! Tu es recherché !recherché Harry et toi ! Toi tu dis qu'ils ont juste posé des questions ? Tu es inconscient et chanceux surtout ! $
Les hommes le dépassent, ne font pas attention à lui, simple passant parmi les autres. Harry continue sa route plus calmement. Il ne sait pas vraiment quoi leur dire. Si, quoi leur dire il le sait mais comment... il a peur de leurs réactions.
La peur, son amie quotidienne alors que sa témérité semble l'avoir déserté depuis... lui !
Il arrive finalement devant l'immeuble où il trouvera Nathan. La dernière fois qu'il vient ici. Aujourd'hui, il y aura beaucoup de dernière fois pense-t-il. Mais cette fois, c'est la réalité et non un mensonge dit d'une voix froide et professionnelle.
$ Une chambre, blanche, impersonnelle. Une odeur médicamenteuse flotte dans l'air, un air vicié. Et cette voix, ce médecin qui lui parle sans sentiments :
- Monsieur Potter, vos blessures les plus graves sont guéris nous allons passer les derniers examens si vous le voulez bien.
A-t-il le choix ? Il ne dit rien. Regarde ce médecin vêtu de blanc et il pense à cette couleur pure pour cacher le sang de ceux que ce scientifique n'a pas pu ou n'a pas voulu aider, sauver. Lui n'a pas besoin de cette aide alors pourquoi la lui imposent-ils ?
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- Bien, Monsieur Potter, si vous voulez bien prendre ce dernier médicament.
Dernier ? Elle y croit vraiment cette femme, cette infirmière qui ne pense qu'à son bien. Son bien, son bien ! Le seul qui le voulait vraiment l'a trahi. Il entend le son du verre sur le sol. Harry regarde froidement par terre et voit des morceaux de verre, il marche dessus.
Du sang...
Il avance et enfonce le verre dans la plante de son pied droit. Une certaine douleur lui parvient mais plus fort est le cri de la seconde infirmière venant d'entrer.
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Encore des médicaments ! Son monde n'est plus que blanc, encore ces sédatifs.
Il sent une main douce effleurer ces cheveux, remettre une mèche en place. Il essaie de faire un mouvement mais ne réussit à rien. Ils lui ont encore mis une dose trop forte.
« C'est pour ton bien Harry » ils ne cessent de répéter avec ce « c'est la dernière fois ».
Il hait tellement ces deux phrases, elles qui n'ont pas plus de sens que les promesses qui lui sont toujours faites.
Il entend son prénom murmuré par une femme, elle lui dit bonjour... Cela fait tellement longtemps que personne ne lui a parlé aussi doucement mais c'est sûrement la seule fois avant que son monde ne redevienne blanc teinté de noir.
Noir, l'inconscience. Blanc, l'hypocrisie. $
Harry observe un moment la façade de l'immeuble. Les rideaux sont tirés mais il aperçoit du mouvement, des ombres derrières. Il sait qu'il y a du monde. Il entre, la dernière fois qu'il pénètre ce bâtiment et, cela ne lui fait rien.
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« Elle est là, elle meurt devant moi. Pourquoi tu as fait ça ? »
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Les doigts, longs et fins effleurent la lame immaculée. Elle se doit de l'être, pour lui. Il doit connaître le meilleur mais surtout la douleur.
Douleur du fer dans sa chair.
La lame tourne paresseusement dans sa main puis dans l'autre. Elle semble avoir sa propre vie. Une conscience peut-être.
Une arme a-t-elle une conscience ?
Peut-on dire d'elle, elle assoiffée de sang ? Et d'une autre, elle aime faire souffrir ?
Ou alors est-ce juste l'homme voulant se dédouaner de ses fautes qui leur a donné un semblant de personnalité ?
La lame d'argent brille, les faibles rayons du soleil la caressant doucement. Ce n'est qu'un simple couteau.
De l'argent et un manche en bois. Manche sculpté. Un corbeau referme ses ailes sur la lame alors qu'il se fait étranglé par un serpent blanc. Ce n'est qu'une œuvre d'art. Une œuvre d'art pouvant tuer. Ce qui est beau est dangereux...
La lame tourne, hypnotique alors que son propriétaire attend. La fin est proche, toute proche. Le tunnel va bientôt se refermer sur eux.
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« J'imagine bien la fin. Une histoire sans paroles. Dans mon faible intérieur je l'ai déjà rêvée. Tu poserais ta main sur mon cœur qui s'affole. Tu lirais mon bonheur sur mes lèvres enlarmées. » La fille d'Octobre
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* « Il répète ces mots, ses mots, qui l'avaient rassuré. » : cette phrase est volontaire, elle marque une insistance sur les mots qui pour Nathan sont tout d'abord ceux de Raphaël.
** Mon dieu. Edith Piaf. Une chanson magnifique que je trouve triste (surtout depuis une forme (petit spectacle) danse/théâtre qui l'utilisait) mais elle est surtout magnifique et collait bien au moment.
Un chapitre de plus de terminé, la fin se rapproche très vite. Ce chapitre est arrivé plus tard que voulu mais il est assez long. Prochain chapitre j'essairais de le mettre avant le 22 avril, avant que je parte à Londres.
Un petit extrait :
Chapitre 11 : Anima Exhalare
"Lentement, il ralentit le mouvement de sa main, la lame arrête de tournoyer. Il pose le couteau sur la petite table près de la photo de Lily. Il se relève enfin et sort sans un regard pour cet insignifiant abris poussiéreux. L'heure est enfin venue, il ne l'attendait pas vraiment mais il savait qu'elle viendrait. Après, il pourra enfin se concentrer sur une tâche bien plus importante que cet enfant, sa chère petite traînée."
Merci de lire et au prochain chapitre !
