Un rayon de soleil caressant sa joue le réveilla. Il ouvrit un œil, puis deux, et cligna des paupières sous la violence de la lumière. Son esprit encore embrumé de sommeil lui disait que cela n'était pas normal. Son cerveau se reconnecta rapidement et il comprit qu'il avait trop dormit. Il n'était pas vraiment en retard, mais allait devoir préparer quelque chose de rapide pour le petit déjeuner de l'équipage. Il soupira et s'étira doucement contre le corps chaud pressé contre lui. Il se serait bien rendormi, mais il devait se mettre à la tâche, l'estomac vide de leur Capitaine étant une menace bien trop sérieuse pour l'ignorer.

Il déposa un rapide baiser sur le torse du dormeur et se releva en silence. Un regard sur le tas de vêtements au sol lui rappela l'état de son t-shirt. Il était hors de question qu'il cuisine avec ça sur le dos, question d'hygiène. Il était de même impensable de retourner dans la cabine des garçons pour chercher des vêtements propres. Il les réveillerait et serait assaillis avant d'être prêt à leur servir leur repas. Sans plus réfléchir, il attrapa le manteau, ou l'espèce de robe, ou quoi que porte comme nom la chose, de Zoro et l'enfila. Il était un peu grand pour lui, mais la ceinture rouge enroulée autour de sa taille ferait l'affaire.

Il s'apprêtait à combler la distance le séparant du comptoir de la cuisine et de la promesse de la première cigarette de la journée quand un grognement l'arrêta. Il se retourna et déglutit en voyant l'expression de Zoro, qui était à présent réveillé et le fixait de son regard intense. Il n'aurait jamais cru que le marimo serait rancunier pour si peu. Il était sur le point de se justifier et de défendre chèrement sa peau lorsque le bretteur se leva, nullement gêné de sa nudité. Il se rapprocha en deux pas et d'un geste brusque et ferme, attrapa Sanji par la ceinture et l'attira violement à lui. Il prit aussitôt possession de sa bouche et la ravit si passionnément, si sauvagement, que Sanji en perdit toute volonté.

Alors il s'était trompé ? Ce n'était pas de la colère qu'il avait aperçu dans son regard mais de l'envie ? Du désir ? Peu importait, le fait était là et Sanji était bien décidé à profiter de l'occasion, oubliant toute idée de petit déjeuner. Il laissa ses mains se poser sur le corps offert pressé contre lui, glissant sur son dos puissant avant d'empoigner ses fesses à pleines mains et le coller un peu plus à lui. Un grognement appréciateur lui répondit, suivit par une nouvelle salve de langue, lèvres et dents dérobant sa bouche.

Ils auraient probablement continué ainsi pendant longtemps si le bruit d'une porte se refermant ne les avait pas fait sursauter, les arrachant à leur transe passionnelle. Sanji se figea d'abord, tentant de maîtriser les battements furieux de son cœur, puis osa un coup d'œil derrière lui. Heureusement, il ne s'agissait que de Franky, accompagné de Brook, et pas une de ses précieuses lady. Il se serait senti incroyablement gêné et honteux d'avoir à leur faire subir un tel spectacle.

Les deux lascars avaient la bouche grande ouverte et semblaient en état de choc, les yeux exorbités… du moins pour ceux qui en avaient. Mais malgré cette absence d'organe, Sanji remarqua un regard du squelette en direction du postérieur du marimo. De SON marimo. Un accès de jalousie le prit et il s'empressa d'ouvrir le manteau tout en faisant un pas de côté pour cacher son bien aux yeux convoiteurs. D'un geste rapide, il entoura Zoro avec tout en l'attirant contre lui. Il eut un instant d'absence lorsque leurs corps nus se rencontrèrent, mais revint bien rapidement à la réalité quand une voix douce et chaude s'éleva.

- Eh bien, je pense que le petit déjeuner n'est-pas prêt. Il serait peut-être préférable de les laisser seuls.

Sanji risqua un nouveau regard en arrière et cru défaillir en voyant sa jolie Robin sortir de derrière l'énorme masse que constituait Franky.

- Robin-chwan…

Mais il se trouva à court de mots. Que pouvait-il bien dire pour se justifier lorsqu'il se trouvait dans une telle position ? Il sentit le sourire carnassier de Zoro en leur direction. Il en avait profité pour entourer sa taille de ses bras. Le bâtard semblait s'amuser de la situation. Cependant, il ne dit rien tant que les autres étaient encore dans la pièce, mais sitôt sortis et la porte refermée, il repoussa violement Zoro qui, surpris, se retrouva les quatre fers en l'air sur le futon. La vision n'était pas désagréable en soi, mais Sanji n'était plus d'humeur.

- Nettoie tout ce merdier et va te laver, tu empestes, lança-t-il rudement.

Sans un regard de plus, il se détourna et rejoignit sa cuisine en réajustant sa tenue. Il irait prendre une douche et se changerait après. Le temps pressait, il n'y avait plus une minute à perdre. Il composa de suite son menu dans sa tête et sortit tous les ingrédients nécessaires. Perdu dans ses préparations, il n'entendit qu'à peine Zoro grommeler puis s'habiller comme il put et ranger le futon. Il le vit du coin de l'œil monter l'échelle menant au pont supérieur, un paquet de linge sale sous le bras.

Il soupira et délaissa un instant ses couteaux pour aller ouvrir la porte de la cuisine. Comme prévu, Robin et les deux autres zigotos patientaient sur le pont. Il invita sa précieuse brune à entrer et lui proposa un café qu'elle accepta. Elle ne fit aucune remarque alors qu'il reprenait son travail et en fut soulagé. L'équipage était certes au courant, depuis peu, de leur relation, il n'était néanmoins pas habituel qu'on les retrouve en posture si compromettante. Et Sanji n'était pas encore prêt à s'afficher ouvertement devant les autres. Question de fierté.

Il en était là de ses réflexions lorsqu'une boule de caoutchouc fit irruption dans sa cuisine en criant à tout va son besoin de viande. Il fit taire son bruyant Capitaine d'un bon coup de pieds sur sa tête dure et reprit le fil de ses préparatifs. Encore quelques minutes et tout serait prêt. L'équipage était maintenant au complet, hormis son marimo, et encore une fois, il se réjouit qu'aucune remarque ne fuse concernant son accoutrement inhabituel.

Finalement, il servit tout le monde, s'excusant pour son retard, puis s'esquiva en direction de la cabine des garçons. Il prenait la direction de la salle de bain avec des affaires propres quand il croisa Zoro qui en revenait. Ils échangèrent un regard complice en passant l'un à côté de l'autre puis continuèrent leur route.

Pourtant Sanji s'arrêta quelques pas plus loin et se retourna.

- Je t'ai gardé ta part sur le plan de travail, je te conseille de te dépêcher si tu ne veux pas trouver ton assiette vide.

Et sur cette recommandation, il reprit sa route, amusé par la réaction immédiate de Zoro.

Une nouvelle journée commençait en mer, et elle ne commençait pas trop mal au goût de Sanji.


Pourtant, vers le milieu de la journée, Usopp, qui était de garde dans la vigie, annonçait un navire de la Marine à deux heures.

Sanji sortit de sa cuisine, en plein préparatifs du repas, et regarda du haut du balcon l'imposant navire grandir à l'horizon. Il ne savait pas pourquoi, mais un mauvais pressentiment le prit. Cependant, penché dangereusement sur le bastingage, Luffy était déjà en mode bataille. L'affrontement était désormais inévitable. Il trouva le même regard décidé et impatient sur le visage de Zoro et soupira. Ces deux imbéciles étaient toujours prêts à se battre.

Il soupira à nouveau et retourna dans sa cuisine pour stopper toute cuisson. Ils ne mangeraient certainement pas à l'heure ce midi. Il retourna à l'extérieur et se demanda un instant s'ils s'étaient tous donné le mot. Hier des pirates, aujourd'hui, la Marine.

Il se rapprocha du bord tribord et s'appuya contre le bastingage. Il sortit ensuite son paquet de cigarettes ainsi que son briquet et entreprit de s'en allumer une nouvelle. Le navire fondait sur eux à une vitesse inimaginable. Même s'ils avaient voulus s'échapper, ils n'y auraient pas réussis à moins d'utiliser un Coup de Burst et de vider les réserves de cola. Se faisant une raison, il descendit sur le pont, se posta près de Zoro, et attendit.

Pas longtemps puisqu'en quelques minutes seulement, le navire était sur eux. Le bâtiment était au moins trois fois plus gros qu'eux, et Sanji se demanda un instant combien d'hommes il pouvait contenir. Le vaisseau fit une manœuvre pour se retrouver bord à bord avec le Sunny, le faisant non négligemment tanguer sous la secousse. Les grappins volèrent pour accoupler les deux navires. Sanji ne voyait pas ce qu'il se passait chez l'ennemi, il les dominait tellement que tous ce qu'ils pouvaient voir étaient les hublots du pont inférieur. Le cuisinier se demanda vaguement pourquoi la Marine ne les avaient pas tirés au canon. Peut-être se sentait-elle supérieure et à l'abri dans leur gros bateau. Erreur courante, mais complètement stupide.

Et puis soudain, quelques hommes apparurent au niveau du bastingage. Le commandant, apparemment un simple Capitaine, fit les sommations d'usages mais perdit sa voix quand un poing élastique le plia en deux. Le reste ne fut plus que chaos. En deux secondes, Luffy était sur le pont ennemi, Zoro à sa suite. Sanji prit le temps de terminer sa cigarette puis sauta également à bord en suivant les autres.

Quand il arriva sur le pont supérieur, il eut une meilleure vision de ce qui les attendait. Une bonne centaine de marins se tenait prêt à combattre, peut-être même plus. Sans compter tous ceux qui n'étaient pas encore visibles, cachés dans les ponts inférieurs et prêts à prendre le relais en cas de nécessité.

Sanji se décida enfin à participer à l'affrontement. Un regard vers ses précieuses ladies lui apprit qu'elles n'étaient pas en danger immédiat. Tout semblait parfait, et pourtant cette appréhension ne quittait pas son cœur. Pour la faire disparaitre, il se jeta dans la bataille et assomma le premier homme assez stupide pour venir l'affronter d'un puissant coup de pied dans l'estomac. Plusieurs autres rejoignirent le malheureux en quelques minutes et Sanji commença à trouver sa vitesse de croisière.

L'ivresse et l'euphorie de la bagarre l'occupèrent pendant un long moment et il n'eut pas le temps de vérifier si l'équipage allait bien. Une nouvelle vague de marins approcha et il eut besoin de toute sa concentration pour s'en débarrasser. Pas qu'ils étaient forts, mais leur nombre était assez gênant.

Il prit alors appui sur ses mains et terrassa rapidement ses ennemis en tournant sur lui-même, envoyant des coups de pieds à tout va. Il se remit ensuite debout, ajusta son costume, puis profita du répit momentané pour jeter un coup d'œil aux alentours.

De l'autre côté du pont, sa chère Robin semblait coopérer avec Franky et tous deux faisaient le ménage dans les rangs ennemis. Un peu plus loin, Usopp, Chopper et sa tendre Nami prenaient également leur part de gloire. Il détourna le regard après avoir été témoin d'un orage artificiel qui carbonisa une dizaine de marins d'un coup. Il sursauta presque quand un squelette passa à toute allure devant lui lançant des "Yohoho" excités, suivit de près par quelques ennemis. Intrigué, il les suivit des yeux et s'amusa de voir Brook s'arrêter tout à coup, faire volte-face, et terrasser ses adversaires d'un seul coup de son épée. Les pauvres hommes n'avaient dû rien comprendre.

Il aperçut enfin Luffy et Zoro à l'autre bout du bateau, mais bientôt, une nouvelle vague déferla et il dut se remettre à combattre. Ces enfoirés commençaient vraiment à lui taper sur les nerfs et il doubla ses attaques, désirant en finir au plus vite. Il avait encore un repas à terminer et il savait que Luffy voudrait se mettre à table à peine revenu sur le Sunny. Et puis cette chaleur l'insupportait. Nami leur avait annoncé qu'ils n'étaient plus très loin d'une île estivale, et le climat s'en ressentait. D'un geste impatient, il retira une mèche trempée de sueur de son visage, puis termina les trois marins qui tenaient encore debout autour de lui.

Lorsqu'il releva la tête, il croisa le regard amusé de Zoro qui se trouvait maintenant non loin de lui. A nouveau libre pour quelques temps, il s'autorisa à le regarder un peu. D'ordinaire, il n'était pas très porté sur le fait de tuer ses ennemis. On pouvait très bien mettre un homme hors d'état de nuire sans le découper en morceaux. Pourtant à cet instant, ses convictions étaient un peu mises à mal. Le regard concentré et noir, l'efficacité et la grâce de ses gestes, recouvert du sang de ses ennemis, et surtout ce sourire en coin, carnassier et joueur… il était incroyablement sexy aux yeux de Sanji. Et tout indiquait que le sabreur prenait son pieds comme jamais. La vision était assez envoûtante et il était facilement compréhensible qu'on ait attribué à Zoro le surnom de Démon.

Il était perdu dans sa contemplation et baissa sa garde. Erreur fatale en pleine bataille. Il le comprit lorsqu'il entendit une détonation dans son dos, non loin de lui. Résigné, il attendit l'impact, mais rien ne vint. A la place, il vit Zoro trébucher. Il était à cet instant dos à lui et le blond se demanda ce qu'il se passait… jusqu'à ce qu'il distingue le cercle foncé qui se formait déjà sur le manteau vert. Son cœur s'arrêta. Non, ce n'était pas possible, pas Zoro ! Mais il dut se rendre à l'évidence quand le sabreur se retourna, une expression surprise au visage. Il vit son œil se poser quelque part derrière lui, puis son regard se baissa et Sanji le suivit. Un nouveau choc le secoua quand il découvrit un trou rouge sur le torse de Zoro. La balle l'avait transpercé de part en part.

Incapable de bouger, Sanji se sentait pâlir. Il avait déjà vu ça, il avait déjà été dans cette situation. Zoro blessé juste devant lui, et lui incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider. Et là il se souvint. Son cauchemar, c'était comme dans son cauchemar ! Une sueur froide le traversa tandis qu'il continua à regarder la scène d'horreur qui se jouait comme au ralenti devant lui. Zoro continuait à fixer sa blessure, comme s'il n'y croyait pas lui-même. Il remonta même sa main pour toucher le sang qui s'en écoulait abondamment. Puis il releva la tête, la bouche entrouverte, et leurs regards se croisèrent à nouveau.

Et là, quelque chose se réveilla en Sanji. L'esprit blanc, il n'avait plus qu'une idée en tête. D'un geste brusque, il se retourna et découvrit le tireur, l'arme fumante toujours à la main et le regard ahuri, comme s'il s'étonnait encore d'avoir touché sa cible. Fou de rage, Sanji fut en deux pas devant lui et il ne lui fallut que quelques secondes pour lui asséner une rafale de coup de pieds en plein visage. Cette fois, il était décidé à tuer. Et il ne s'arrêta que lorsque le corps de l'homme s'effondra, le crâne explosé comme une pastèque et la cervelle tapissant le sol. Aucune émotion, aucun regret ne se lisait dans les yeux bleus. Il avait fait ce qu'il avait à faire, point.

Et puis il se souvint de Zoro, et il se retourna juste à temps pour le voir tomber à genoux. Un hoquet le secoua et un flot de sang jaillit de sa bouche. Une nouvelle fois, Sanji sentit une nausée monter. Tout se passait comme dans son cauchemar. Sa plus grande peur venait de prendre vie devant ses yeux. Mais cette fois-ci c'était différent. Cette fois-ci il ne resterait pas à rien faire, assistant à la mort de l'homme de sa vie sans rien tenter.

Sans trop savoir comment, il se retrouva à genoux devant lui, accueillant le corps de Zoro qui vacilla. Le sabreur posa sa tête contre son torse, luttant contre la douleur. Sanji encadra son visage de ses mains et l'aida à se redresser un peu. Il avait besoin de le voir, d'être sûr qu'il se battait, d'être sûr qu'il n'était pas mort.

- Zoro…

Il l'appela d'une voix cassée et fut soulagé lorsque son regard vert se fixa dans le sien. Mais un nouveau hoquet l'ébranla et une nouvelle effusion de sang le plia en deux. Sanji sentait la panique monter en lui. Il passa une main rassurante dans ses cheveux, puis se figea lorsqu'il entendit sa voix. Il tendit l'oreille pour parvenir à entendre ce que Zoro voulait lui dire.

- San… ji, ne… t'inquiète pas…

Ces quelques mots déclenchèrent une toux abominable et poussèrent enfin Sanji à réagir.

- CHOPPER ! hurla-t-il de toute la force de ses poumons pour se faire entendre malgré le brouhaha engendré par la bataille qui continuait à faire rage autour d'eux.

Et il attendit, Zoro tout contre lui, secoué maintenant de tremblements. Pourtant, il trouva encore la force de parler.

- Sanji… pleure pas… je suis pas encore mort.

- Tais-toi idiot, répondit-il alors qu'une nouvelle quinte de toux se déclencha.

Sanji renifla. Il n'avait même pas été conscient de pleurer, et c'était Zoro qui lui apprenait ? Comment l'avait-il su d'abord, il ne pouvait même pas le voir ? Pourtant, sa tête était contre son torse, contre son cœur. Il avait dû deviner. Il se mordit la lèvre inférieure pour étouffer un sanglot, et fut heureux de discerner le martèlement des petits sabots de Chopper qui arrivait enfin.

- Sanji, qu'est-ce qu'il y a ? demanda celui-ci un peu perdu.

Il n'avait sûrement pas vu ce qu'il s'était passé.

- Il a été touché par une balle.

Il vit les yeux du docteur s'agrandir, puis se poser sur Zoro. Il ne mit pas longtemps à trouver la blessure dans son dos qui saignait toujours autant. Sanji fut étonné qu'il n'ait pas son accès de panique habituelle quand quelqu'un était blessé, mais cela ne le rassura pas du tout.

- Chopper ?

- Ça à l'air assez sérieux, il faut que j'extraie la balle au plus vite.

- Inutile, elle est ressortie de l'autre côté, l'arrêta Sanji.

Les yeux du petit renne s'élargirent encore plus. Il contourna rapidement Zoro et Sanji éloigna un peu le blessé de lui pour permettre au médecin de constater les dégâts.

- Sanji, ramène-le tout de suite sur le Sunny.

Le ton de Chopper était sérieux et impérieux et Sanji comprit qu'il y avait urgence. Sans un mot de plus, il acquiesça et prit les choses en main.

- Zoro ? Tu m'entends ? demanda-t-il doucement.

Un grognement lui répondit et il continua.

- Accroche-toi à moi autant que tu le peux.

Puis sans attendre, il passa ses bras sous les fesses de Zoro et grâce à la force de ses jambes, se releva sans trop peiner. Le sabreur enroula les siennes autour de sa taille et il était soulagé de constater qu'il avait encore quelques forces. La position n'était pas des plus simples, mais il n'avait pas le temps. Rapidement, il prit la direction du Sunny, évitant les marins autant qu'il le put. Mais heureusement, leurs nakamas, conscients à présent de la situation, leur dégagèrent le chemin et ils arrivèrent sans encombre devant le bastingage. Là, Sanji fut surpris de constater que Franky avait construit en hâte une passerelle, qui les ramèneraient rapidement et en toute sécurité sur le Sunny.

En quelques secondes, ils furent à bord et Sanji prit aussitôt la direction de l'infirmerie où s'était déjà précipité Chopper. Il sentait le souffle de Zoro dans son cou qui s'affaiblissait, et ses jambes autour de lui qui desserraient leur étreinte. Il hâta alors le pas, priant qui voulait bien l'entendre pour que tout se passe bien. La montée des marches fut délicate, mais sitôt cet obstacle passé, il ne lui fallut plus que quelques secondes pour arriver enfin dans la petite infirmerie où Chopper s'activait. A peine entré, ce dernier lui demanda d'installer Zoro sur le lit.

Sans un mot, il l'y déposa aussi doucement qu'il le put et le maintint assis. Il était maintenant aux limites de l'inconscience et l'inquiétude de Sanji monta d'un cran. Maintenant qu'il avait un peu plus de recul, il pouvait voir la quantité de sang que le sabreur avait perdue. Tout lui rappelait tellement ce foutu cauchemar… Mais il n'eut pas le temps de s'apitoyer sur son sort ou de paniquer plus, le petit docteur lui demandait de l'aider à retirer le manteau de Zoro. Après quoi, Chopper regarda rapidement le point d'entrée de la balle avant de faire allonger le blessé sur le dos.

Sanji le regardait sans rien dire, un peu perdu et se sentant presque inutile. Sitôt Zoro allongé, il se plaça au bout du lit à sa tête et laissa ses mains caresser distraitement ses cheveux verts. Chopper inspectait avec minutie la blessure et le silence était pesant. Puis le petit renne se redressa et Sanji ne put s'empêcher de demander.

- Alors ?

- Ça devrait aller, répondit Chopper. Une fois l'hémorragie jugulée tout devrait aller bien…

- Devrait ?

- Je vais faire tout mon possible Sanji. Visiblement aucun organe vital n'a été touché, sinon il serait déjà mort, mais c'est tout de même très sérieux.

- Tu es le meilleur Chopper, je suis sûr que tu vas y arriver, répondit le cuisinier en toute confiance.

Pour toute réponse, le médecin rougit fortement puis retourna quelques instants à son bureau. Le regard de Sanji se perdit sur le torse de Zoro, fixant la blessure d'un œil vide. Oui, tout était différent. Zoro allait s'en sortir, il devait s'en sortir. Sanji avait une entière confiance en Chopper. Il lui avait déjà sauvé la vie une fois, il était certain qu'il réussirait une deuxième fois. Ses yeux revinrent vers le visage de son amant et il sursauta quand il découvrit que son œil vert était posé sur lui. Il ne détourna pas le regard jusqu'à ce que Chopper revienne vers eux.

- Zoro, tu m'entends ? demanda celui-ci doucement. Je vais devoir t'endormir, d'accord ?

Un léger hochement de tête lui répondit et le docteur prépara aussitôt la seringue. Mais à ce moment, Zoro leva le bras droit au-dessus de sa tête, cherchant Sanji. Ce dernier compris sa demande silencieuse. Il prit sa main dans la sienne puis se rapprocha et s'agenouilla près de lui de manière à ce qu'il le voie plus facilement. De son autre main, il caressa tendrement sa joue, son regard perdu dans le sien.

- T'as intérêt à te réveiller marimo, lança-t-il en souriant.

- Promis cook, répondit Zoro d'une voix lourde.

Chopper venait de lui injecter le calmant et l'effet se faisait déjà sentir. Sanji ne lâcha pas la main de Zoro et l'accompagna jusqu'à ce que ses paupières se ferment. Il lui caressa à nouveau la joue puis déposa un tendre baiser sur son front avant de se redresser.

- Maintenant Sanji je vais te demander de sortir, demanda Chopper.

- Quoi ? s'étonna celui-ci, Je ne peux pas rester ?

- Non, tu me gênerais, c'est mieux que tu partes.

- Tu n'as pas besoin d'aide ? insista le cuisinier.

- Sanji !

Le blond soupira et se fit une raison. Il aurait voulu rester, être présent pour Zoro et assister Chopper au cas où, pourtant il ne pouvait pas insister plus.

- Je t'appellerais dès que j'aurais fini, ajouta Chopper, comprenant ses inquiétudes.

Sanji acquiesça silencieusement puis, après un dernier regard au visage endormis de Zoro, il sortit de la pièce, en prenant bien soin de refermer la porte derrière lui. Il resta là quelques instants, écoutant les faibles bruits qui passaient à travers le panneau de bois. Puis il plongea sa main dans la poche intérieure de sa veste, en retira son paquet de cigarettes et entreprit d'en allumer une. Ses mains étaient tremblantes, il devait se reprendre. Maintenant, il ne pouvait plus rien faire qu'attendre. La vie de Zoro n'était plus entre ses mains.

Il fit quelques pas et s'installa sur la première chaise venue. Il termina rapidement sa cigarette tout en tapotant nerveusement sur la table de ses doigts. C'est là qu'il réalisa enfin que ses mains étaient couvertes de sang… comme dans ses souvenirs, comme dans son cauchemar. Un regard en contrebas lui apprit que son costume était également écarlate. Une grosse tâche rouge maculait sa chemise là où le torse de Zoro s'était appuyé pendant le trajet jusqu'ici. L'odeur métallique lui donna la nausée et il alluma une deuxième cigarette pour en couvrir le goût dans sa bouche.

Et il continua à fixer ses mains, l'inquiétude et la peur lui nouant l'estomac. Pourquoi fallait-il que tout se rejoue une nouvelle fois ? Malgré sa détermination, il avait échoué. Une fois de plus il n'avait pu aider Zoro. N'était-il pas encore assez fort ? L'entrainement de ces deux dernières années avait-il été à ce point inutile ? Il avait tout fait pour s'améliorer. Il avait supporté cet enfer, pensant à Zoro chaque fois qu'il était sur le point de craquer, et tout ça pour rien ? Tout ça pour revivre ce genre de choses sitôt revenu dans ses bras ?

Petit à petit, il sentit la colère monter en lui. Il était en colère contre lui-même, contre ces okamas qui finalement ne lui avaient rien apporté. Et puis en colère contre ce lâche, ce marin qui lui avait tiré dans le dos. A cet instant, il regretta de l'avoir tué si vite. Il aurait aimé le faire souffrir, le voir endurer milles souffrances et supplier pour sa vie. Car cet homme ne méritait rien de plus. Il avait entaché l'honneur d'un homme admirable par sa couardise. Il se rappelait encore ce jour où il avait vu Zoro pour la première fois, acceptant de face la dernière attaque de Mihawk pour ne pas mourir dans le plus grand déshonneur.

Et s'il ne survivait pas ? Et si, malgré son habilité, Chopper n'arrivait pas à le sauver ? Que dirait-on de lui ? Qu'il était mort dans la honte, privé de sa fierté à jamais ? Sanji ne pouvait supporter une telle chose. C'était inacceptable. Et pourtant que pouvait-il faire ? Il ne pouvait pas remonter le temps, le mal était fait. Tout ce qu'il pouvait faire était espérer que Zoro s'en sorte… et le venger. Certes le responsable était mort, mais il y en avait tant d'autres…

L'idée se renforça peu à peu dans son esprit. Ici il ne pouvait rien faire qu'attendre, à se ronger les sangs en fumant cigarette sur cigarette. Alors que là-bas, il pouvait rétablir l'équilibre, il pouvait se battre pour Zoro.

D'une main ferme, il desserra son nœud de cravate puis l'enleva. Il retira sa veste et déboutonna quelques boutons de sa chemise pour être plus à l'aise. Un dernier regard vers la porte de l'infirmerie et sa décision était prise. Rapidement, il sortit de la cuisine et se retrouva à nouveau sur le pont de l'énorme navire.

La bataille était toujours aussi intense et l'ennemi avait repris du poil de la bête. L'absence de trois des membres de l'équipage avait affaiblis ses nakamas et les avaient mis en difficultés. Il se reprocha alors d'avoir mis tant de temps à revenir. Il n'avait pensé qu'à Zoro alors qu'il aurait dû se soucier autant des autres. Mais il était là à présent et tout allait changer.

Il courut en direction de Nami et Usopp qui étaient encerclés et se mêla à la bataille. Mais cette fois-ci c'était différent de tout à l'heure. Il laissa sa colère et son envie de vengeance s'emparer de son corps et comme en transe, il mit à terre tous ceux qui croisaient ses pieds. Rapidement, il vint à bout de tous ceux qui menaçaient ses deux amis, et il se dirigea vers d'autres cibles, laissant derrière lui une mare de sang et un amoncellement de cadavres. Il n'avait pas vu le regard étonné et choqué de ses nakamas, mais même si cela avait été le cas, cela n'aurait pas eu d'importance. Peu importait ce qu'on pensait de lui à présent. Il s'était transformé en machine à tuer et plus rien ne pouvait l'arrêter.

Il continua ainsi, passant de groupe de soldats en groupe de soldats. Tous connurent le même sort, sauf quelques-uns, plus chanceux que les autres, qui échappèrent à sa furie. Le dernier qui se dressa devant lui fut un officier. Il était un peu plus fort que les autres, mais rien d'insurmontable pour Sanji. En quelques minutes, l'homme se retrouva au sol et il s'acharna sur lui, encore et encore. Jusqu'à ce qu'une voix calme mais ferme l'arrête et le ramène à la réalité.

- Sanji, c'est bon, je crois qu'il est mort.

Il releva la tête et croisa le regard à la fois autoritaire et inquiet de Luffy. Cela lui fit l'effet d'une douche froide et il retrouva ses esprits. Quand son regard se porta autour de lui, il crut défaillir. Une vision d'apocalypse se tenait devant lui, et il sentit la bile monter à sa gorge en pensant qu'il en était responsable. Partout des cadavres et des corps inconscients jonchaient le pont devenu rouge par tant de sang versé. Les survivants se serraient à l'extrémité du navire, le regard effrayé et terrorisé.

Inquiet, il tourna à nouveau le regard vers son Capitaine, attendant un reproche, mais Luffy ne semblait pas lui en vouloir.

- Comment va-t-il ? demanda-t-il simplement.

Sanji mit quelques instants avant de comprendre de qui il parlait.

- Chopper s'occupe de lui, répondit-il finalement d'une voix qu'il reconnut à peine.

- Viens, on retourne sur le Sunny, on n'a plus rien à faire ici.

Sanji acquiesça puis suivit son Capitaine sans un mot. Il traversa le pont en sens inverse, enjambant les morts. Son pantalon, lourd du sang de ses victimes jusqu'aux genoux, battait contre ses jambes à chaque pas, et ses chaussures laissaient des traces rouges derrière lui. Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il s'était passé. Comment avait-il pu perdre autant la tête. Pourtant, il ne regrettait rien. Il avait fait tout ça pour Zoro et si c'était à refaire, il le referait sans hésiter.

Bientôt, il se retrouva sur l'herbe du Sunny. Le silence ici était assourdissant. D'un regard morne, il regarda le navire de la Marine s'éloigner rapidement, pressé de mettre de la distance entre eux et les monstres de cet équipage. Puis il se tourna à nouveau vers son Capitaine, qui tenait dans ses bras les katanas de Zoro.

- Luffy…

- Tu n'as pas à t'excuser, le coupa aussitôt celui-ci.

Sanji allait protester, mais un grand sourire sur le visage de son voisin lui apprit que la discussion était close. Mais tous n'étaient pas comme lui. Il sentait les regards lourds et craintifs de ses autres nakamas sur lui et il n'aspira qu'à une chose, échapper à cette attention. Il se détourna alors et prit la direction de la cuisine. Il voulait avoir des nouvelles et se demandait si Chopper avait terminé. Pourtant, une voix chaude l'arrêta.

- Sanji-kun, appela Robin. Je pense que tu devrais aller te laver et te changer avant d'y aller.

Elle avait raison, comme toujours. Il devait être effrayant à voir, recouvert du sang de Zoro en haut, et de celui des marins sur ses jambes. Et puis Chopper ne le laisserait jamais entrer dans son infirmerie ainsi.

- Vas-y Sanji-kun, on viendra te chercher s'il y a du nouveau, confirma Nami.

Comment pouvait-il faire fi des conseils de ses précieuses ladies ? Sans un mot, il acquiesça de la tête et après un rapide détour par la cabine des garçons pour prendre des vêtements, il se dirigea vers la salle de bain.

Lorsqu'il revint dans sa cuisine, propre et vêtu d'un simple polo et d'un pantacourt, tous y étaient rassemblés, discutant doucement entre eux. Mais il n'y avait aucun signe de Chopper et la porte était toujours fermée. L'inquiétude revint en force. Que se passait-il ? Est-ce qu'il y avait des complications ? Zoro allait-il s'en sortir ?

Incapable de rester en place, il se dirigea vers ses fourneaux et reprit les préparations du repas qu'il avait abandonnées à l'arrivée de la Marine. En quelques minutes, tout fut prêt et il servit l'équipage qui grignota un peu. Lui n'avait pas faim alors il retourna en cuisine et prépara quelques sucreries et pâtisseries pour Chopper. Il aurait besoin de reprendre des forces quand il sortirait enfin.

Il mettait la touche finale quand un silence soudain le fit se retourner. La porte venait de s'ouvrir et le petit renne en sortit. Il paraissait épuisé.

- Chopper, comment il va ? demanda aussitôt Luffy.

- J'ai faillis le perdre à un moment mais tout va bien maintenant, répondit le docteur.

Un soupir de soulagement collectif se fit entendre et Sanji sentit un poids quitter sa poitrine d'un coup. Il se rapprocha des autres et osa poser la question qui lui démangeait les lèvres.

- Je peux le voir ?

- Oui, tu peux y aller. Il dort encore et la dernière transfusion n'est pas terminée mais ça ne devrait plus durer longtemps.

- Merci Chopper, tu es le meilleur, déclara Sanji en retrouvant le sourire.

La réaction du petit renne ne se fit pas attendre.

- La ferme, ça ne me fait pas du tout plaisir, crétin ! lança-t-il en gigotant dans tous les sens et en rougissant.

Un rire général éclata dans la cuisine à cette réaction si prévisible.

- Tu dois avoir faim, je t'ai préparé un petit quelque chose, annonça ensuite Sanji.

Un petit couinement enjoué se fit entendre sitôt que les yeux du médecin se posèrent sur l'assiette remplie de sucreries qui l'attendait. Sanji sourit à nouveau puis laissa l'animation reprendre dans la cuisine pour se diriger vers l'infirmerie. L'appréhension lui noua soudain l'estomac.

Il referma la porte derrière lui puis resta un instant sur le seuil. Zoro dormait dans le lit, un bandage entourait son torse et une transfusion comblait le manque de sang dans son organisme. Il paraissait paisible et calme, comme s'il dormait normalement. Rassuré, Sanji se rapprocha et s'agenouilla à ses côtés. Il prit sa main qui reposait à son côté dans la sienne puis se pencha sur lui et déposa un baiser sur ses lèvres. Celles-ci tressaillirent légèrement, signe qu'il n'était pas loin de se réveiller.

Le soulagement s'empara alors de Sanji et une larme s'échappa de ses yeux et roula sur sa joue. Encore une fois, il s'en était fallu de peu pour qu'il le perde. Encore une fois, il se retrouvait à son chevet, veillant sur lui silencieusement. Il savait que ce genre de situation ne pouvait être évité. Ils étaient des pirates après tout, des aventuriers avides de combats et de challenges. Ils connaissaient tous le risque et l'acceptaient. Mais c'était tellement difficile quand la personne qu'on aime était touchée. Tellement difficile…

Il caressa distraitement la tempe de Zoro tout en scrutant son visage. Même s'il savait qu'il avait besoin de repos, il désirait tellement qu'il ouvre les yeux et le rassure définitivement. Il avait besoin de sentir son regard sur lui. Besoin d'entendre sa voix et sentir ses mains sur lui. Il avait besoin de savoir qu'il était vivant, et que son cauchemar n'était rien de plus qu'un cauchemar.

Il n'eut à patienter que quelques minutes avant que Zoro ne bouge légèrement dans son sommeil. Il continua alors ses caresses sur son visage et dans ses cheveux pour l'appeler, le ramener à lui. Et puis finalement, les paupières clignèrent et l'œil de Zoro s'ouvrit. Le regard parut vague quelques secondes, puis il se fit plus fixe. Un faible sourire étira les fines lèvres.

- Sanji, murmura-t-il d'une voix un peu rauque.

La gorge nouée par l'émotion, le cuisinier fut incapable de répondre et lui sourit simplement. Et puis Zoro voulut parler à nouveau mais une quinte de toux l'en empêcha, et Sanji perdit son sourire. Il avait déjà vécu ça. Avec angoisse, il se releva et servit un verre d'eau d'une carafe posée sur le bureau de Chopper. Il déglutit avant de se retourner, mais à son grand soulagement, tout ce qu'il trouva fut son amant qui lui souriait. Avec précaution, il revint vers lui et l'aida à relever un peu la tête pour boire plus facilement. Le sabreur grimaça un peu sous la douleur, mais rien d'autre ne se produisit et Sanji respira à nouveau librement.

- Je ne vais pas mourir Sanji, je t'ai fait une promesse, s'éleva alors la voix de Zoro, plus calme et plus claire. Ce n'est pas comme dans ton cauchemar.

Ces simples paroles suffirent à le toucher et il fondit en larmes.

- Hey, pleure-pas, murmura Zoro alarmé.

D'un geste doux, il tenta d'essuyer ses larmes de sa main, puis l'attira à lui et Sanji se laissa faire. Il enfouit son visage contre son cou, respirant son odeur apaisante et réconfortante.

- Pardon, s'excusa-t-il finalement. Mais j'ai eu tellement peur.

- Désolé, je ne voulais pas t'inquiéter. Mais tout va bien maintenant alors reprend-toi d'accord ?

Sanji acquiesça et se recula un peu afin que leurs regards se croisent. Et malgré les larmes qui inondaient encore ses joues, il sourit sincèrement.

- T'avise plus de me refaire un truc comme ça marimo, sinon je te tue.

Le sabreur ne put s'empêcher de rire à cette remarque mais s'arrêta brusquement lorsque cela réveilla la douleur dans son ventre.

- Combien de temps je vais devoir rester comme ça ? bougonna-t-il en regardant Sanji.

- Aucune idée, quelques jours je pense.

- Fais chier…

- T'as intérêt à te tenir tranquille, sinon c'est moi qui m'occupe de toi ! menaça Sanji.

Un sourcil intéressé se leva sur le visage du bretteur, alors il s'empressa de l'arrêter.

- Pas comme ça imbécile ! Et après c'est moi que tu traites de pervers !

- Tu ES un pervers, s'amusa Zoro.

- Peut-être… mais toi aussi !

Ils échangèrent un sourire complice puis le silence s'immisça entre eux. Chacun aurait eu tant de choses à dire, pourtant ils se taisaient. Ils n'avaient pas l'habitude d'exprimer leurs sentiments, cela ne leur ressemblait pas. Mais même s'ils ne leurs donnaient pas vie au travers de mots, l'intensité d'un regard, la douceur d'un toucher leur apprenait tout ce qu'il y avait à savoir, dévoilait tout ce qui se cachait dans leurs cœurs. Le silence était agréable, apaisant. Tellement que le sommeil s'empara de Sanji. Il bâilla ouvertement, provoquant un rire lumineux chez Zoro. Cela lui valut une petit claque sur l'épaule, mais il n'y fit pas attention.

Avec douceur mais fermeté, il attira le corps de son amant à lui. Avec précaution, celui-ci s'installa contre lui, prenant soin de ne pas arracher l'aiguille plantée dans son bras qui continuait à lui insuffler la vie. Sanji cala sa tête contre l'épaule du sabreur, et celui-ci entoura ses épaules de son bras, l'amenant encore plus contre lui. Ils avaient besoin de cette proximité, besoin de sentir l'autre contre soi, sentir son cœur battre.

Des doigts légers caressant ses cheveux, un corps chaud pressé contre le sien, une odeur familière l'enveloppant tout entier, Sanji n'en demandait pas plus, n'en espérait pas plus. Bientôt, ses paupières se fermèrent et sa respiration ralenti, se calquant sur celle de Zoro. Cette fois, aucun cauchemar ne troublerait ses songes. Ce fut sa dernière pensée avant que les ombres n'envahissent son esprit.


Lorsqu'il entra dans son infirmerie, Chopper eut un instant d'hésitation. Ses deux nakamas étaient allongés sur le lit, enlacés et profondément endormis. Pourtant, il devait faire son travail. A pas feutrés, il entra alors plus en avant et se rapprocha du lit. La transfusion était terminée. Rapidement, il retira le tuyau, puis l'aiguille avec précaution. Un léger mouvement du bras lui fit craindre d'avoir réveillé Zoro. Il ne bougea pas pendant quelques instants puis reprit ses activités en ne voyant aucun changement sur le visage du dormeur.

Il plaça un pansement où se trouvait précédemment l'aiguille, prit rapidement la température et le poult de Zoro puis s'éloigna à nouveau. Il aurait aimé lui parler, savoir si tout allait bien et ce qu'il ressentait, mais il était nécessaire qu'il se repose et impensable qu'il le réveille. Il remit alors ses projets au lendemain et, sur la pointe de ses sabots, il quitta la pièce sans un bruit. Il referma doucement la porte derrière lui, et tira même le rideau pour les protéger des bruits et des regards indésirés. Puis une fois cela fait, il rosit légèrement en repensant à ce qu'il venait de voir puis pouffa dans son sabot. Ils étaient tellement mignons tous les deux.

Finalement, il s'éloigna de la porte et revint près de la table. Son assiette de sucreries n'était pas terminée et il était hors de question de la faire attendre plus longtemps !


Et voilà, c'est fini ! J'espère que cette deuxième partie vous aura autant plu que la première et merci à vous d'avoir lu ! Encore une fois, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ^^

Un grand merci à toutes celles qui ont commenté la première partie ainsi qu'à celles qui commenteront celle-ci, vos avis positifs me vont droit au cœur :D

A la prochaine !