Histoire Sans Fin
Chapitre 36 :
Mieux se comprendre, c'est important
(POV Remus)
Je pousse un profond soupir en appuyant mon front sur la vitre. Harry et Drago sont revenus. Harry et Drago savent. Ils savent ce que je suis et ce qui m'est arrivé. Je me mords la lèvre, remettant mes cheveux en place, ne pouvant m'empêcher d'être nerveux, même en sachant que je n'ai pas à l'être.
Ca ne change rien. Combien de fois me l'ont-il répété, tous. Mais pour moi cela change quelque chose, à tel point que j'ai du utiliser une pensine avant de pouvoir dépasser le stade des simples baisers avec Sirius. Trois ans à peine avant qu'il n'aille en prison.
Je ne dois pas penser à ça, surtout pas.
On frappe à la porte de mes appartements et instinctivement je sais qui c'est. Je soupire profondément et vais ouvrir. C'est Harry, comme je l'avais pressenti. Il me fait un petit sourire auquel je réponds, puis je lui fais signe d'entrer, ce qu'il fait. Puis il vient se blottir contre moi, me prenant par surprise. Je passe mes bras autour de lui.
« Tu m'as manqué, » me murmure-t-il.
Je souris doucement.
« Toi aussi, » réponds-je. « Viens. Je te sers quelque chose ? »
« Un whisky, s'il te plait, » répond-il.
« Tu bois trop, » fais-je en fronçant les sourcils mais en m'exécutant alors qu'il se laisse tomber dans un fauteuil.
« Mais non, » répond-il en levant les yeux au ciel.
Je secoue la tête avec amusement et viens m'asseoir à coté de lui en lui tendant son verre.
« Comment tu te sens ? » me demande-t-il alors doucement.
« Bien, » réponds-je, éludant la question sous-jacente. « Je suis très heureux de te revoir. »
« Je ne parle pas de ça, et tu le sais, » me rétorque-t-il.
Je détourne les yeux et garde le silence.
« Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ? » fait-il avec douceur.
« Je savais que tu finirais par le découvrir, » réponds-je en haussant les épaules. « Par lâcheté, aussi, peut-être. J'avais peur de ta réaction. Je n'aurais pas pu supporter de te perdre, après tes parents et Sirius. »
« Qu'est-ce qui te fait croire que je serai parti ? » m'agresse-t-il presque. « Que seulement j'en aurais eu l'idée ? »
Je hausse les épaules.
« Ne m'en veux pas, Harry, c'était simplement trop dur, » fais-je en détournant le regard. « Que ce soit pour te parler de Sirius… ou de mon père. »
Je l'entends soupire.
« Pardonne-moi, » murmure-t-il. « Je n'ai pas à m'énerver contre toi. Mais ça m'a fait un choc de savoir que… Sirius et toi… quant à ton père, » reprend-il d'une voix plus forte, « ça ne change strictement rien. Je m'en fiche. Je ne vais pas te juger différemment sous prétexte que c'était un cinglé. »
Je me tourne vers lui et lui fais un petit sourire.
« Merci, » réponds-je. « Ca compte beaucoup pour moi. »
Il me sourit en retour.
« Vous étiez unis ? » me demande-t-il doucement.
Je regarde ailleurs encore une fois, attristé mais apaisé.
« Oui, nous le sommes, » réponds-je doucement en posant une main sur mon cœur. « Et j'en suis heureux. L'union est un lien paradoxal, Harry. Il rend la mort et l'absence de l'autre dure et cruelle, mais en même temps, on sait qu'il est toujours là, quelque part… avec moi… »
Il y a un long silence durant lequel mes pensées et mes souvenirs repartent loin, là-bas, au-delà des guerres, lorsque j'étais jeune et élève de cette école. Je me revois avec Sirius, James, Lily, dans la Tour de Gryffondor, la veille de notre départ définitif, je repense à nos discussions, au professeur Sprea, Boisselier, à Spica, toutes nos aventures…
Puis je secoue la tête et reviens à la réalité en me tournant vers Harry.
« Et toi, comment tu vas ? » fais-je.
Il me sourit.
« Bien, » répond-il. « Content d'être de retour. »
« Tu as décidé de ce que tu allais faire de ta vie, alors ? »
« Albus m'avait proposé d'être ton assistant durant un certain temps, » me dit-il doucement. « Je pense que je vais accepter puisque Drago va venir travailler ici. »
Je souris.
« Ca me ferait très plaisir, » réponds-je. « Le métier d'Auror ne te tente plus ? »
Il secoue la tête et boit une gorgée de son verre.
« Je pense avoir vu suffisamment de sang et d'horreur dans ma vie, » répond-il tristement. « Maintenant, ça suffit. »
« Je comprends, » dis-je dans un murmure. « Et comment va Drago ? »
« A peu près bien, » répond-il pensivement. « Fatigué, je pense. Tout comme moi. Il est avec Severus pour le moment. Après nous devons aller voir Albus. Vivement que les procès aient lieu, » ajoute-t-il. « Que ce pan de sa vie puisse tourner, enfin. »
Je hausse un sourcil surpris, mais je ne pose pas de question. Quoi que cela veuille sous-entendre, cela ne me regarde pas. Et si Harry tient à m'en parler, il le fera. Il y a une certaine colère dans sa voix, quelque chose que j'ignore, probablement.
« Il y avait quelqu'un d'autre qui était au courant de votre voyage, » dis-je doucement.
« Ah oui ? » me fait Harry, l'air surpris. « Qui ? »
« Andromeda. »
Harry marque une pause.
« La petite Andromeda Black ? La cousine de Sirius ? »
« Oui, » fais-je. « Mais elle était beaucoup plus discrète que nous. Elle rassemblait les informations, en tirait ses conclusions, mais seule et sans en parler. Elle était à Serpentard mais n'avait pas beaucoup d'amis. »
« Oui, je sais, » réponds-je. « Que lui est-il arrivé ? »
« Elle est morte, » réponds-je. « Pas longtemps après que nous ayons quitté l'école. Tué par Lucius, Narcissa et Bellatrix. »
« Oh, » fait Harry.
Il accuse le coup mais je vois bien qu'il est plus touché qu'il ne me laisse le voir. Je sais qu'il appréciait beaucoup Andromeda en tant que professeur.
« Je suis désolé de ne pas avoir pu te soutenir plus après la mort de Sirius, » me dit-il ensuite.
« Ce n'est pas un problème, » réponds-je. « Tu étais suffisamment abattu comme ça. »
« Non, je… vraiment, » insiste-t-il. « C'est déjà horrible de perdre les gens qu'on aime. Je n'ose imaginer… son compagnon d'âme… »
« Je te l'ai dit, » dis-je faiblement. « C'est une situation très paradoxale. Il me manque, oui, il me manque horriblement, comme si on m'avait arraché le cœur pour le brûler vif. Mais pourtant… je sais que quelque part, il m'attend, et que nous nous retrouverons, un jour ou l'autre. »
Je marque une pause.
« Aucune présence ne peut apaiser cette disparition, » continue-je, les yeux dans le vague. « Cela n'aurait rien changé que tu tentes de t'occuper de moi. »
« Pour le principe, » s'entête-t-il. « J'aurais dû. »
Je hausse les épaules. Vu l'état dans lequel l'avait mis la mort de Sirius, je ne vois vraiment pas ce qu'il aurait pu faire pour moi.
« Mon Dieu, Harry, tu te serais vu à cette époque, » dis-je dans un murmure, plus pour moi que pour lui. « Je ne crois pas avoir vu quelqu'un maigrir autant et aussi vite que tu l'as fait. Tu ne t'intéressais même plus au Quidditch, tu ne faisais plus rien, Harry, tu ne faisais que te laisser dépérir… »
« C'est Drago qui m'a redonné envie de me battre, » me répond-il doucement. « Pas directement, mais il n'y a aucun doute sur le fait que c'est grâce à lui. »
« Que s'est-il passé ? » fais-je, curieux, tournant mon regard vers lui.
« Rien que le fait qu'il soit là, forcé à vivre dans quelques mètres carrés avec moi, me donnait envie de revivre, » me répond-il, les yeux dans le vague et un doux sourire jouant sur ses lèvres. « Et puis le jour où… »
Il rougit et ne finit pas sa phrase. Je hausse un sourcil surpris et narquois et insiste un peu.
« Le jour où ?… » fais-je, l'incitant à continuer.
Il soupire et se passe une main dans les cheveux avec gène.
« Où il m'a embrassé la première fois, » répond-il. « Je crois que ça a été le réel déclic… c'est là que j'ai recommencé à vivre une vie aussi normale que je le pouvais… en passant par un profond désir. »
Il rit légèrement et ramène ses jambes sous lui.
« Mon dieu, si tu savais, il me rendait dingue à toujours me chauffer, » sourit-il. « Et pourtant, il ne faisait rien de plus que… quelques regards, une façon de remettre ses cheveux en place, ou de laisser sa langue traîner au bord de ses lèvres quand il parlait. Et moi je bloquais en rougissant comme une pucelle effarouchée à chaque fois qu'il posait les yeux sur moi. »
Je ris doucement.
« Et comment avez-vous… concrétisé ? » fais-je, la curiosité me titillant depuis longtemps – Drago n'a jamais rien voulu me dire.
Il me fait un sourire narquois.
« Son coté Serpentard a tout fait, » me répond-il avec amusement. « Il a découvert quelque chose de très compromettant à mon sujet… et il en a profité pour me forcer à coucher avec lui. »
Je le regarde avec de grands yeux.
« Tu te rends compte que c'est très près de l'abus sexuel, ça ? » fais-je, plutôt interloqué.
Il me fait un sourire adorable en secouant la tête.
« Non, » me répond-il. « Pas au point où je le voulais. »
Je l'observe plusieurs secondes. Il est incroyablement beau avec cette expression de paix intérieure et d'amour au fond des yeux. Je souris légèrement. Ca fait tellement de bien de le voir comme ça.
« Tu es heureux ? » fais-je doucement.
Il me fait un sourire éclatant.
« Plus que jamais, » me répond-il avec enthousiasme.
« Alors tout va bien, » fais-je. « Ton bonheur est la preuve de la réussite des Maraudeurs. »
Son sourire se fait plus doux et il se lève pour venir s'asseoir sur mes genoux et se blottir contre moi comme un petit enfant.
« Ca t'a fait quel effet de les voir ? » dis-je à voix basse.
Il frotte son nez dans mon cou.
« C'était génial, » répond-il dans un murmure. « Et affreux en même temps. Génial de les connaître, affreux de les perdre à nouveau. Pire encore que la première fois, car j'étais un gosse et je ne peux pas m'en souvenir. Alors que là… »
Je pose mon menton dans ses cheveux.
« Ca va aller ? »
Il pousse un soupir.
« Bien sûr, » répond-il. « Je ne suis pas seul. »
On frappe à la porte et Harry relève la tête avec surprise. Je l'embrasse sur le front et il se lève pour que je puisse aller ouvrir la porte. Je reviens au salon quelques secondes plus tard, avec Drago qui, aussitôt, va prendre Harry dans ses bras. Je les observe du coin de l'œil et me rends compte à nouveau à quel point leur couple est parfait.
Ils s'embrassent brièvement, mais le bras de Drago ne quitte pas la taille d'Harry, comme s'il avait peur de le perdre. Ce que j'avais perçu il y a déjà si longtemps, quand ils étaient mes professeurs, m'apparaît aujourd'hui plus clairement que jamais.
Ils sont faits l'un pour l'autre, et la puissance de leurs sentiments est presque suffocante tant elle est forte.
« Nous allons voir Albus, maintenant, » me dit Harry en se détachant de Drago pour passer ses bras autour de moi en une étreinte fraternelle. « Merci, » me souffle-t-il à l'oreille. « Ca m'a fait du bien de parler avec toi. »
Je le serre brièvement dans mes bras et me détache de lui.
« A moi aussi, » réponds-je. « Va. On se reverra se week-end. »
Il hoche la tête et attrape la main de Drago avant de me faire une bise sur la joue et de quitter les lieux.
