Souvenir…
Par Mélanie
Mot de l'auteur: Après quelque réflexion suite aux reviews, j'ai décidé de transformer mon OS en une petite série de Flash-Back.
Remerciements: à mes quatre premiers reviewers: Laura-067, Naseis, nono-chan230 et Earenya :)
Disclaimer: Les personnages, les lieux et l'univers appartiennent à JK Rowling…
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Le froid… Le froid était mordant. Tout était sombre. Ses yeux se levèrent vers l'extérieur. Malgré la clarté du ciel, les étoiles ne scintillaient pas. Elles étaient comme figées, glacées… à jamais privées de la chaleur qui les faisait briller. Tout comme lui… Depuis l'instant où il avait ouvert les yeux, pas un brin de soleil, pas un brin de chaleur… pas un brin de vie. Et pourtant, la vie, il n'en manquait pas ici. Des cris, des hurlements, des pleurs… Des lamentations, des appels au secours, des plaintes. Voici l'ambiance dans laquelle il devait vivre à présent… Voilà la dernière demeure de Sirius Black.
Lentement, il se laissa glisser le long de la paroi humide. Sa tête reposait sur une brique disjointe. Ses yeux fixaient un point qu'ils ne voyaient pas. Ils ne clignaient plus. Ils étaient secs, écarquillés, complètement desséchés de toute larme. Et Dieu sait qu'il en verserait s'il le pouvait encore… Ses joues, creuses et sales, reflétaient le chagrin qu'il avait déjà montré. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Son corps reposait là, simplement, sur le sol humide et crasseux de sa cellule. Petite chose insignifiante au milieu de tant d'autres. Une ombre se faufila. Il avait froid. Mais était-ce le froid extérieur? Ou peut-être celui de son cœur… Avait-il seulement encore un cœur? Il ne le sentait plus battre. Mais, à quoi servait-il à présent? Il pouvait bien s'arrêter… Un frisson l'envahit soudain. Ses pensées, doucement, firent surface. Il ramena ses jambes à lui, les entourant d'une étreinte bien trop faible. Son menton se posa sur ses genoux. Ses yeux, toujours ouverts, fixaient continuellement ce même point. Innocent… Innocent… Il était innocent… Ce n'était pas lui… Il n'était qu'une victime… Victime… James… Son cœur se serra -apparemment, il battait toujours. James… Sa gorge se noua. Mort… Il était mort… Coupable… Il était bien coupable…
Dans une brûlure, ses yeux se fermèrent enfin. Il voulait pleurer. Il voulait crier. Il voulait hurler son désespoir… Il voulait que rien ne soit arrivé. Ses pupilles étaient brûlantes… Il les sentaient sous ses paupières closes. Petite sensation de vie… Il était en vie. Il voudrait être mort. Il voudrait échanger sa place. Que James soit en vie à sa place… Il ne méritait pas de vivre. Comment un être aussi insignifiant que lui pouvait vivre lorsque d'autres, inestimables, n'étaient plus? A nouveau, ses paupières se soulevèrent. A nouveau, ses yeux fixaient le vide. Ils ne voyaient rien. Ou plutôt, ils ne voyaient rien d'existant. Car devant ses pupilles glacées, un souvenir remontait.
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Il devait être assez tard, ce jour-là, le soleil ayant disparut depuis quelques heures, pour laisser naître une lune tout juste décroissante. Des éclats de discussions résonnaient encore à l'intérieur du hall, lorsque deux Gryffondor y pénétrèrent, suivis de quelques regards amourachés de jeunes filles encore attablées. Le sourire aux lèvres, les deux jeunes garçons riaient encore de leurs péripéties racontées au souper.
Comment décrire ces deux garçons? Car les premiers mots qui venaient immédiatement à l'esprit d'une jeune élève étaient étrangement synonymes: séduisants, beaux, mignons, charmants, attirants… Drôles, amusants, farceurs… Mais surtout: Maraudeurs. Tel était leur surnom: ils étaient les Maraudeurs. Qui plus est, les meneurs de cette joyeuse bande… Mais si l'on devait décrire James Potter, ce serait le portrait d'un jeune garçon d'une quatorzaine d'années, plein de vie, le sourire toujours accroché aux lèvres et les yeux, noisettes, pétillant continuellement de cette petite malice que le monde lui connaissait si bien. Poursuiveur de son état, James possédait une silhouette plutôt élancée, mais avait peu à peu acquis une taille raisonnable. Ses cheveux, de leur côté, étaient d'un noir d'ébène étonnant et inlassablement ébouriffé d'une main prétentieuse... Quant à la description de Sirius, ce serait celle d'un garçon souriant de ce petit air moqueur, les yeux, d'un gris étonnamment clair, étincelants du même éclat de vie de son ami, et le don pour avoir toujours le mot pour rire. D'une carrure un peu plus musclée -batteur oblige-, Sirius faisait une tête de plus que son ami, fait qu'il rappelait souvent au grand dam de ce dernier. Ses cheveux à lui, du même noir d'ébène, étaient bien plus soignés, s'éparpillant agréablement autour de ses épaules, tandis que quelques mèches effrontées lui chatouillaient le nez. Une multitude de points communs réunissait les deux amis, mais c'était sans conteste leur charme qui retenait l'attention… et leur goût inné pour les catastrophes.
Et précisément, ce soir là…
Il devait être 23h lorsque les deux garçons décidèrent de rentrer à Gryffondor, laissant leur ami lycanthrope se reposer sereinement à l'infirmerie. Marchant dans un silence relatif, ils atteignirent le troisième étage, où Sirius écarta une tapisserie pour emprunter l'un de leur nombreux passages secrets: un escalier plutôt étroit qui permettait de grimper directement deux étages.
Le Maraudeur souriait d'un air amusé.
- Ce n'est tout de même pas ma faute s'il met son gros nez gras dans nos affaires sans arrêt.
- Et moi, je ne vois toujours pas pourquoi tu t'obstine à vouloir communiquer avec un idiot pareil, même si c'est pour lui faire avaler n'importe quoi.
- Le plaisir de l'humiliation: tu devrais essayer un jour, c'est très amusant! ricana Sirius en grimpant deux à deux les marches grinçantes.
Il allait se retourner vers James pour mieux appuyer ses propos, lorsque sa jambe traversa brusquement la marche sur laquelle il venait de poser le pied. S'enfonçant jusqu'à mi-cuisse, le jeune Black se retint de pousser un cri de surprise. James, quant à lui, réprimait avec peine le fou rire qui lui secouait les côtes.
- Pourquoi je ne suis pas étonné que ce soit à toi que ça arrive? parvint-il à articuler entre deux rires.
- Au lieu de rire comme un goret, tu pourrais pas venir me sortir de là? grogna Sirius d'un air agacé.
- Voyons, est-ce que tu le mérites vraiment…?
- Je promets de ne plus jamais ronfler à m'en arracher les poumons! gémit Sirius, affichant un petit regard de chien battu.
- Tu ne ronfles pas! Tu parles dans ton sommeil! Je doute que ce soit suffisant comme promesse, sourit James. Par contre, j'me souviens que mon balai commence sérieusement à se faire vieux, ajouta t'il d'un air malicieux.
Sirius ouvrit la bouche d'indignation:
- Hey! C'est pas du jeu, tu me dois déjà une moto, je te rappelle!
- Ah non, ça, ça compte pas! Tu n'as pas gagné entièrement le pari!
- Allez, James, sors moi de là…
Un sourire aux lèvres, James prit alors une attitude songeuse, le menton coincé entre son index et son pouce, signe d'intense réflexion chez le jeune garçon. Mais un bruit derrière lui le dissuada de continuer plus longtemps sa cogitation: le concierge, Apollon Picott, venait de pousser un grognement sourd au bas de l'escalier, cherchant sûrement d'où provenait ce bruit soudain. Les deux Maraudeurs s'immobilisèrent et retinrent malgré eux leur respiration. Si jamais Picott venait à découvrir leur passage…
Les secondes commencèrent à s'écouler, rapidement suivies des minutes… Au bout d'un temps qui leur parut une éternité, ils entendirent enfin les pas du concierge s'éloigner dans des râles incompréhensibles. Les deux jeunes gens poussèrent un soupir commun. Reportant son regard argenté sur son ami, Sirius recommença à s'agiter au milieu de sa prison de bois, provoquant d'étranges plaintes du matériau.
- Bon, tu viens m'aider, oui ou non? Je te signale qu'à cause de toi, on a bien failli se faire prendre.
James se tourna vivement vers lui.
- Hein? Ma faute? C'est toi qui est assez bêta pour te fourrer dans le premier trou que tu croise!
- Ouais, bon, ça va, on va pas en faire tout un chaudron. Viens me sortir de là, plutôt!
Levant un instant les yeux au ciel, James finit par céder à la requête de son ami et grimpa le peu de marches qui les séparaient l'un de l'autre. Il lui tendit alors une main, le sourire toujours moqueur, et lorsque Sirius l'attrapa, il commença à l'extirper de sa marche. Mais ce fut sans compter la malchance dont son ami pouvait faire preuve par moment…
Posant son pied libre sur la marche entêtée, le jeune Black passa purement et simplement à travers le sol, et, dans un fracas monumental, attira dans sa chute son ami dont il tenait toujours la main. Ils glissèrent alors sur des parois humides et étroites, avant de finir leur dégringolade par un dur atterrissage sur le sol rocailleux d'un probable cachot… Du moins, dur atterrissage pour Sirius, puisque James ne trouva meilleur coussin que son ami.
- OUTCH!
Plongés dans le noir, les deux Maraudeurs essayèrent tant bien que mal de se séparer l'un de l'autre.
- Bon, d'accord, je promets, je recommencerais plus… gémit James. Tout le monde a ses dix orteils?
- J'te le fais savoir dans un quart d'heure, quand j'pourrais enfin respirer librement, répondit Sirius, repoussant violemment son ami qui était encore assis sur lui.
James s'installa dans le noir, cherchant un instant le visage de son complice à travers l'obscurité.
- Quand je te disais qu'un première année était plus doué que toi! Y'a vraiment que toi pour traverser les sols… Même Peter ne pourrai prétendre au titre.
Pour toute réplique, Sirius grogna.
- Très appropriée comme réponse, ça, Patmol!
- Essaye plutôt de trouver ma baguette au lieu de me comparer à Peter!
- Ne me dis pas que tu l'as laissée tomber?
Sirius tourna un sourire éclatant vers son ami, ou plutôt l'ombre qu'il arrivait à distinguer à travers les ténèbres.
- Ok, je ne te le dirai pas!
- Mais c'est pas vrai d'être aussi empoté, soupira James.
Le Gryffondor leva les yeux au ciel, le visage indiquant clairement son avis sur la maladresse de son ami, avant de porter sa main à la poche arrière de son pantalon. Un lourd silence s'installa alors. James se redressa, laissant retomber tous les traits de son visage, alors que sa main semblait toujours fouiller sa poche. Remarquant aisément le malaise de son ami, Sirius éclata de rire.
- Et c'est moi l'empoté?!
- Oh ça va, hein!
James tourna le regard sur un mur adjacent, le menton haut tandis qu'il prenait un air vexé.
- Et la morale du jour: toujours vérifier son arrière-train avant de traiter les autres d'empotés, Mr Potter…
- Si tu veux pas que le tien rencontre mon pied, Mr Black, retrouve-moi ces maudites baguettes!
- Dit-il avec toute la politesse dont il est capable, ricana Sirius.
Mais devant le regard noir que lui lança son ami, le jeune Black rejoignit rapidement son ami dans ses recherches.
- Bah, elles ne doivent pas être bien loin…
- Bien observé, ironisa James, étant donné qu'on est coincés dans un puits par la faute de Môssieur.
- Tu vas pas remettre ça sur le tapis.
Sirius aperçut –difficilement certes- un sourire sadique sur les lèvres de son ami, mais celui-ci ne rajouta rien. D'ailleurs, même s'il l'aurait voulu, la poutre que sa tête percuta l'en aurait empêché.
- OUAÏE!
Retombant sur son séant, James se massa vivement la tête avant de jeter un regard noir vers le peu qu'il apercevait de son camarade. Mais Sirius ne semblait pas s'en formaliser, trop absorbé par ses recherches… ou peut-être était-ce par le fou rire qu'il tentait de dissimuler.
- Je m'en souviendrai de tes maladresses…
- Et moi des tiennes, sourit Sirius. AH-AH!
A travers la pénombre, Sirius brandit son poing, contenant les deux baguettes.
- Pas trop tôt!
- Mais de rien James, ça me fait tellement plai…
Sirius s'interrompit soudainement, le regard fixé sur les baguettes, les sourcils froncés d'après ce que pouvait entrevoir le jeune Potter. Un air inquiet dessina alors les traits de ce dernier.
- Quoi?
Sirius releva la tête vers lui. James était à présent inquiet.
-QUOI?
- Ta baguette est plus longue que la mienne!
James ferma un instant les yeux.
- Idiot!
Et Sirius de rire.
O°o°o°O
Un sursaut le réveilla. Il était couché sur le flanc, à même le sol. Ses cheveux s'emmêlaient devant sa figure. Il ne les repoussa même pas. Il restait couché, ignorant des pierres qui lui meurtrissaient les côtes. Il avait rêvé. Rêvé de son ami. Il lui était apparu si plein de vie que son cœur se comprima dans sa poitrine. Pourquoi avait-il rêvé de cet instant? Pourquoi n'avait-il pas rêvé de moments douloureux, insupportables, comme tous les autres? Il se sentait vide. La réponse était pourtant simple. Ce moment heureux… était simplement malheureux. Sa main serra la pierre qui recouvrait le sol. Il le savait. Cet instant… Plus jamais il ne le vivrait. Plus jamais il ne rirait en compagnie de son ami. Il n'y aurait plus que de vagues souvenirs. Cet être qui avaient été si cher à ses yeux, cet être si indispensable à sa vie… Cet être n'était plus qu'un simple souvenir. Et il ne serait plus que ça… un souvenir. Rien de plus…
