« Parce que tu n'en vaux pas la peine, et parce que j'aime une autre femme. »
Ces mots, qu'il avait prononcés à voix basse, résonnaient cependant dans la pièce. Hermione resta immobile, sous le choc. L'ampleur de sa propre naïveté la frappait comme un sortilège de paralysie particulièrement puissant. Comment avait-elle pu penser qu'elle pourrait résoudre leurs problèmes par un simple claquement de doigts ? Ravalant un sanglot, elle se dégagea de la prise de son mari et s'enfuit en courant de leurs quartiers.
Severus sourit de toutes ses dents, comme un chat qui aurait avalé le canari, et reprit le journal de Potions qu'il avait abandonné. Il s'attendait à une nuit tranquille, pendant laquelle il n'aurait plus à subir le tempérament mélodramatique de sa femme. Il ne pensa pas un instant que sa propre prestation lui aurait valu les chaleureux applaudissements du public.
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Hermione courait. Aveuglée par ses larmes, elle ne savait pas où elle allait. Elle ne s'inquiétait que de mettre entre elle et son mari la plus grande distance possible. Elle dévala un escalier au bout d'un couloir désert des cachots. Si Hermione avait été dans son état normal, plus calme, elle se serait souvenue que les cachots étaient au niveau le plus bas du château, qu'il ne pouvait pas logiquement exister d'escaliers descendant plus profondément dans le bâtiment magique. Cependant, bouleversée comme elle l'était, elle avait oublié l'une des deux règles tacites les plus importantes de Poudlard, celles que les élèves ne pouvaient ignorer qu'à leurs risques et périls. La première, Harry, Ron, et elle-même l'avaient apprise à leurs dépens pendant leur première année – si vous trouvez un couloir qui a l'air abandonné, sauvez-vous avant que Touffu ne vous attrape, et la deuxième, qu'elle avait pourtant répétée sans relâche à Neville – méfiez-vous des escaliers.
Un couloir inconnu, combiné avec la possibilité d'escaliers-piège, c'était la porte ouverte à un désastre, et en se précipitant en bas des escaliers, Hermione s'y engouffra à toute vitesse. Un éclair de lumière rouge emplit l'espace et avec un grand 'boum', elle se sentit violemment rejetée en haut des marches. Elle eut l'impression qu'une éternité s'écoulait avant que son corps ne rencontre un obstacle, et elle cogna contre un mur de pierre. Glissant au sol, Hermione ressentit une vive douleur dans le bas du corps avant d'être enveloppée par l'obscurité.
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Hermione reprit peu à peu conscience, avec la sensation désagréable qu'elle était observée. Elle essaya de s'asseoir, mais dût fermer les yeux pour se concentrer en réalisant que ses bras tremblaient violemment et qu'elle ne pouvait pas soutenir le poids de son corps. Infiniment reconnaissante envers la paire de bras solides qui la saisit et l'aida à se relever, elle murmura un remerciement.
« Pas de problème, mon enfant, » répondit une voix qu'Hermione reconnut pour celle du professeur Dumbledore. « Comment vous sentez-vous ? »
A cette question innocente du Directeur au sujet de ses sentiments, les mots de Snape lui revinrent en mémoire, et elle éclata en sanglots. « Il était… il était tellement en colère… et il a dit… il a dit qu'il ne m'aimerait jamais parce que je n'en valais pas la peine. » Hermione hoqueta avant de reprendre. « Il a dit qu'il ne m'aimerait jamais… alors que moi je voulais lui parler du bébé. » Hermione n'en dit pas plus, persuadée d'avoir parfaitement expliqué sa situation actuelle, puisque Dumbledore connaissait l'état de leur relation. Diable, toute l'école savait que sa relation avec le professeur Snape était aussi idyllique qu'aurait pu l'être celle de Malefoy avec Buck.
Cependant, cela ne parut pas suffire à Dumbledore. Il avait froncé les sourcils, signifiant qu'il était toujours un peu perdu. « Continuez, » l'encouragea t'il.
Hermione lui parla alors de sa chute dans les escaliers, sans s'étendre sur ce qui l'avait causée. « Il y a eu une grande lumière, et quelque chose m'a repoussée en haut des escaliers. Je me suis cognée dans un mur et je crois que je me suis évanouie, » finit Hermione, se sentant un peu plus maîtresse d'elle-même maintenant qu'elle avait presque tout raconté au vieil homme.
Le professeur Dumbledore resta silencieux pendant un moment, et Hermione attendit patiemment les conseils qu'elle était sûre de recevoir de la part du Directeur. Quand finalement il se décida à parler, Hermione réalisa qu'elle avait préféré son silence.
« Eh bien, mon enfant, je ne sais pas si vous le savez mais l'escalier que vous venez de me décrire n'est pas l'un des escaliers farceurs habituels de Poudlard. J'imagine que vous connaissez déjà Poudlard ? (Hermione acquiesça en fronçant les sourcils devant cette question curieuse). Dans ce cas, vous connaissez ses escaliers. Celui dont nous parlons n'apparaît qu'une fois tous les plusieurs siècles. Ce n'est vraiment pas de chance qu'il se soit matérialisé à un moment où vous étiez bouleversée et à la recherche d'un moyen d'échapper à… disons, à vos problèmes. »
Hermione prit une profonde inspiration afin de se calmer. D'accord, le problème venait des escaliers. Cependant, elle se rendait compte que la situation actuelle était plus compliquée que ce que Dumbledore avait laissé entendre. Elle l'interrogea, « Et ? »
« Et cet escalier particulier fait remonter les gens dans le temps. » Il marqua une pause pour lui laisser le temps de digérer cette information.
Ça n'allait pas du tout. Mais bon, il ne s'agissait que de voyage dans le temps, pas vrai ? Hermione était à peu près sûre qu'elle serait capable de faire face à cette situation. Elle avait déjà voyagé dans le temps. Tout se passerait bien. Hermione interrompit ce train de pensées, surprise de voir qu'elle n'avait pas la moindre réaction face à tout ce qui venait de lui arriver.
« En quelle année sommes-nous ? »
Dumbledore lui répondit, et elle eut un petit rire, amer, bien sûr. « C'est formidable, professeur. Quelque part, il y a une autre moi de quatre ans qui doit être en train de courir nue dans sa maison. Je devrais aller la voir pour lui dire qui je suis, et lui demander de ne pas faire les erreurs que j'ai faites. Ça pourrait résoudre mon problème actuel, non ? »
Ce à quoi Dumbledore répondit, « Dans ce cas, je pense qu'il vaudrait mieux que vous ne quittiez pas Poudlard. Ce sera plus sûr pour tout le monde si vous restez hors de vue du plus de personnes possibles. »
Hermione secoua la tête, contrite. « Je n'étais pas sérieuse, vous savez, quand j'ai dit que je voulais changer les choses. » Soudain, elle redevint grave, et lui expliqua qu'elle aurait besoin de faire quelque chose de ses journées pour la durée de son séjour.
« D'accord. Je parlerai aux professeurs de l'école, je suis persuadé qu'il y en aura bien un au moins qui aura besoin d'une assistante. Est-ce que ça vous conviendrait ? Vous pourrez vous faire passer pour une diplômée de Beauxbâtons qui est venue chercher du travail à Poudlard. Trouvez-vous un nom, et vous pourrez nous le donner plus tard. »
Hermione eut un sourire sans humour, trouvant l'idée de devoir se présenter à nouveau à des gens qu'elle connaissait déjà assez déprimante. « Ça me plairait. Merci, professeur. »
« Avant que je vous laisse, il y a une dernière chose qu'il faut que je vous dise. »
« Oui ? »
La voix de Dumbledore quand il lui répondit était pleine de plus de compassion qu'elle n'en avait jamais reçu, et elle en fut réconfortée. En même temps, elle avait vu son regard plein de pitié et s'était préparée au pire.
« Quand vous avez été projetée dans notre époque, il y a deux jours, vous vous êtes violemment cognée contre le mur de pierre de mon bureau. Je suis sorti et je vous ai trouvée inconsciente, et saignant abondamment. Mon enfant, je suis désolé, mais vous avez perdu votre bébé. »
Hermione s'était raidie avant même que Dumbledore ne termine sa phrase. Son monde s'était arrêté, dans un grincement qui la prit au cœur. Elle s'étonna du calme dont elle faisait preuve. Il lui restait certainement des larmes pour son enfant ? Hermione se sentit soudain extrêmement seule. Où étaient ses meilleurs amis maintenant qu'elle avait besoin d'eux ? Jamais ils ne lui avaient manqué autant qu'aujourd'hui.
Dumbledore lui avait proposé de repousser le moment où il la présenterait aux enseignants, jusqu'à ce qu'elle se sente tout à fait mieux. Hermione aurait voulu accepter, mais une petite part d'elle même, qui raisonnait en toute logique, sans s'occuper de la douleur qui lui vrillait le corps en ce moment, lui souffla qu'elle aurait besoin de la distraction que lui procurerait cette occupation. Sinon, elle allait mourir, dépérir comme une plante en pot qu'on oubliait d'arroser.
Le Directeur prit acte de sa décision d'un signe de tête. Il informa tranquillement la jeune fille fragile assise, rigide, dans son lit d'hôpital, qu'il serait de retour d'ici une heure.
Hermione s'allongea dans son lit. Elle avait l'impression que toutes les émotions qu'elle avait ressenties depuis deux jours l'avaient abandonnée, la laissant étrangement engourdie. Comment est-ce que tout ça avait bien pu arriver ?
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Le professeur Dumbledore ferma la porte de l'infirmerie. Il sortit sa baguette et murmura une incantation qui ferait légèrement vibrer les baguettes de tous les autres professeurs, les informant qu'il désirait les voir dans son bureau. Tout le monde avait quartier libre pendant cette heure qui précédait le dîner, et ils répondraient à sa convocation sans délai.
Le temps qu'il arrive à son bureau, ils étaient déjà là. Dumbledore rit en voyant McGonagall se disputer avec la gargouille, qui refusait obstinément de laisser quiconque entrer dans le bureau, même si on lui avait donné le mot de passe correct (plumes en sucre). Tant que le Directeur n'était pas là, la gargouille se fichait de laisser tout le monde patienter dans le couloir. Dumbledore ordonna à son gardien de pierre de s'écarter, et fit entrer son adjointe énervée dans son bureau, suivie des autres professeurs.
Une fois que tout le monde fut entré, Dumbledore ne perdit pas de temps en plaisanteries. Il informa son personnel de ce qu'il attendait d'eux, et demanda un volontaire pour prendre sous son aile la nouvelle arrivante. Les professeurs discutèrent entre eux avec animation, afin de déterminer lequel d'entre eux avait le plus besoin d'une assistante. Il devint rapidement apparent pour Dumbledore que la majorité avait décidé que le Maître de Potions était la personne qui avait le plus besoin d'aide, puisqu'il était le plus jeune et le moins expérimenté des enseignants de l'école. Severus se renfrogna à ce sous-entendu sur ses compétences, et Dumbledore observa la façon dont son refus poli, mais ferme, fut tout bonnement ignoré par Minerva, qui félicita chaudement le Maître de Potions pour sa chance. Elle adressa ensuite un signe de tête à Dumbledore, avant de sortir la tête haute de son bureau. Après avoir serré joyeusement la main de Severus, les autres professeurs la suivirent. Dumbledore inclina la tête en direction de sa collègue qui s'éloignait, se demandant si par hasard le professeur McGonagall ne faisait pas preuve d'une plus grande autorité que lui-même. Il allait vraiment devoir discuter avec sa gargouille des risques qu'elle courait en contrariant la Directrice Adjointe.
Quand le dernier de ses collègues quitta le bureau, Severus fit face à Dumbledore. « Je n'ai vraiment pas besoin d'une assistante, Monsieur le Directeur. »
Dumbledore leva les mains, en signe de défense. « Je n'ai jamais dit une chose pareille. C'est Minerva qui l'a fait. »
« Je ne veux pas d'assistante. »
« Parlez-en à Minerva. »
Severus fusilla Dumbledore du regard, sachant que s'il ne parvenait pas à le convaincre lui, il n'aurait pas la moindre chance de convaincre McGonagall. Dumbledore y vit le signe qu'il renonçait à se disputer. « Allons la voir. » Il fit un signe de la main, et la porte s'ouvrit. « Après vous. »
Severus lança un autre regard mauvais au vieil homme, avant de sortir dans un tourbillon de robes noires.
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Hermione resta allongée pendant la plus grande partie de cette heure, se demandant quel chemin allait prendre sa vie maintenant. Qu'allaient faire Harry et Ron en se rendant compte qu'elle avait disparu ? Est-ce qu'ils allaient se lancer dans une mission de sauvetage inutile et se retrouver une fois de plus en danger ? Elle pensa au bébé qu'elle venait de perdre. Elle avait été ravie en apprenant qu'une petite partie de ses rêves allait se réaliser. Elle n'avait peut-être pas de mari aimant, mais elle aurait enveloppé son bébé de tout son amour, et ce bébé l'aurait aimée en retour. Ce rêve ne se réaliserait jamais. Hermione se sentit brièvement soulagée en pensant qu'elle n'aurait jamais à parler de sa fausse couche à son mari. Sa grossesse n'avait duré qu'un mois, si peu de temps que c'était comme si elle n'avait jamais existé. Son mari se serait certainement moqué d'elle en lui reprochant de ne pas être capable de mener une grossesse à terme. Heureusement, elle n'aurait pas à subir ses sarcasmes à cette époque. Cette pause, loin de lui, ferait à Hermione le plus grand bien.
Hermione soupira et sortit de son lit. Il fallait vraiment qu'elle fasse quelque chose à propos de sa nouvelle identité maintenant. Dumbledore lui avait accordé une heure, et trois quarts d'heure s'étaient déjà écoulés. Hermione se regarda dans le miroir d'un œil critique. Elle n'était pas une fille spécialement attirante. Elle pouvait certainement y remédier ? Personne ici ne savait qui elle était, et la seule autre personne à l'avoir vue à part le Directeur devait être Madame Pomfresh, en admettant bien sûr que la médisorcière ait déjà été en poste à Poudlard treize ans plus tôt. Hermione récupéra sa baguette dans ses robes d'école qui avaient été mises à l'écart, et adressa un remerciement silencieux à Lavande et Parvati qui avaient insisté pour qu'elle apprenne les sortilèges tout simples qu'elles avaient inventés. Hermione n'aurait jamais cru qu'à elles deux elles aient suffisamment de cervelle pour voir plus loin que le fond de leur boule de cristal, mais apparemment, leurs sortilèges cosmétiques auraient pu faire passer Grawp pour un gentleman.
Elle pointa sa baguette vers ses cheveux et murmura l'incantation. Instantanément, ses cheveux en bataille se démêlèrent pour former une masse lisse et soyeuse. Se disant qu'elle ressemblait toujours à la Hermione qu'elle connaissait, Hermione coupa ses longs cheveux. Elle fut agréablement surprise de la différence que ça faisait, elle paraissait plus vieille. Nouveau mouvement de baguette : Hermione voulait vraiment se voir en brune. Si seulement les garçons pouvaient me voir en ce moment, rit-elle toute seule.
Hermione étudia la couleur de ses yeux attentivement dans le miroir. Ils étaient d'une intense couleur brun-doré. Elle pointa sa baguette avec précaution sur eux et murmura un autre sort que Lavande lui avait appris. Quand elle regarda de nouveau dans le miroir, ce fut pour croiser un regard saphir, moucheté de vert, qui pétillait. Hermione était sûre d'être méconnaissable maintenant, mais pour faire bonne mesure elle Métamorphosa un morceau de papier qu'elle avait retrouvé au fond de ses poches en lunettes. Les plaçant sur son nez par mesure de précaution, Hermione sourit à son reflet dans le miroir. « Hé ! Je suis jolie ! » décida t'elle.
« T'as une tête d'intello, » rétorqua le miroir.
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Hermione se réjouissait toujours de ce succès éclatant quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit de nouveau. Elle se retourna pour sourire à Dumbledore, et eut le souffle coupé en voyant la personne qui se tenait derrière lui.
Le professeur Dumbledore s'était mis à parler, mais Hermione n'entendait rien de ce qu'il disait. Elle était toujours en train de dévisager le professeur Snape avec une horreur à peine dissimulée. Par miracle, Dumbledore ne semblait pas s'être rendu compte de sa réaction, mais Severus l'avait remarquée. Il leva les yeux au ciel, mentalement bien sûr, en voyant la répugnance qu'il inspirait à la jeune fille. Jamais il n'aurait cru que sa réputation ne soit allée plus loin que Londres, mais apparemment il se trompait, s'il pouvait en juger par la réaction de la jeune française.
Hermione sentit son cœur s'arrêter en voyant son mari entrer dans l'infirmerie. Non, il n'était pas son mari, se répéta t'elle. Nous sommes des inconnus l'un pour l'autre à cette époque. Elle se rendit compte soudain que Snape lui tendait la main, et elle fit appel à toute sa volonté pour garder bonne contenance. Il se présenta comme 'Severus', et prononça quelques mots de bienvenue maladroits. Puis, il y eut un silence.
Il fallut un moment à Hermione pour réaliser que les deux hommes attendaient qu'elle se présente. Paniquée, elle leur donna le premier nom qui lui vint à l'esprit.
« Mel. Je m'appelle Mel. »
