6. Hermione a disparu.
Le professeur Snape, se réveillant le lendemain matin, s'aperçut qu'Hermione n'était pas de l'autre côté du lit, contrairement à son habitude. Il ne l'avait pas vue depuis qu'elle s'était enfuie la veille, après qu'il lui ait parlé si méchamment. Elle avait dû revenir après qu'il se soit endormi, et se réveiller avant lui ce matin. Il se dit qu'il n'était pas vraiment inattendu qu'elle l'évite après son accès de colère de la veille, ne chercha pas plus loin, et commença à vaquer à ses occupations quotidiennes.
Severus était sur le point d'arriver à la Grande Salle pour y prendre son petit-déjeuner quand sa baguette, qu'il avait dans sa poche, attira son attention en vibrant légèrement. Il rebroussa chemin pour emprunter un autre corridor, s'éloigner de la Grande Salle, et se diriger vers le bureau de Dumbledore. Albus avait dû recevoir de nouvelles informations à propos d'activité de Mangemorts dont il voulait discuter avec son Maître de Potions. En arrivant devant la gargouille de pierre, il prononça du bout des lèvres le nom de la dernière invention de chez Honeydukes. Severus avait en horreur le choix de mots de passe que faisait Albus : il serrait les dents à chaque fois qu'il devait accéder au bureau du Directeur. Un sorcier aussi formidable que lui ne devrait pas avoir à prononcer des mots comme 'Chocogrenouilles' et 'Gnomes au Poivre' avec une telle régularité. Il haïssait encore férocement le moment ou Dumbledore avait choisi 'les meilleurs chewing-gums de chez Droobles' comme mot de passe. La gargouille du Directeur l'avait informé que sa prononciation du nom 'Droobles' était inacceptable, et avait patiemment passé les quinze minutes suivantes à expliquer à Severus comment prononcer convenablement ce double 'o'.
Il entra dans le bureau et dissimula sa surprise d'y trouver les deux élèves qu'il aimait le moins enfoncés dans des fauteuils de chintz disparates en face du bureau du Directeur. Leurs têtes se tournèrent à l'unisson, mais Weasley retourna immédiatement son attention vers Dumbledore. Potter l'avait regardé un peu plus longtemps avant de délibérément fixer le portrait de Fortescue qui ronflait au mur derrière le bureau de Dumbledore. Severus eut un reniflement mi-dédaigneux mi-amusé. Alors comme ça le gamin me déteste. Quoi de neuf ?
Severus se créa un fauteuil de velours noir et s'assit, les bras croisés. Il prit note de l'attitude inhabituellement grave d'Albus. Le Directeur, sous sa barbe, avait les lèvres pincées, et la lueur qui dansait habituellement dans ses yeux était absente. Severus ne se laissa pas impressionner, et leva un sourcil vers Dumbledore pour lui indiquer qu'il était prêt à écouter, quel que soit le sujet de cette réunion.
« Severus, Messieurs Potter et Weasley s'inquiètent pour Hermione. Apparemment, la jeune demoiselle n'est pas venue déjeuner ce matin à l'heure habituelle. Et personne ne sait où elle se trouve en ce moment. » Dumbledore le regarda par dessus ses lunettes en demi-lune. Il joignit les mains et attendit que Severus prenne la parole. Severus afficha un petit sourire de ses lèvres fines. Alors c'est à ça que l'on joue, se dit-il. Il reconnut cette forme particulière d'interrogation, Dumbledore s'en servait pour obtenir subtilement de lui toutes les informations qu'il voulait connaître. Il y avait plusieurs années de cela, Severus s'était laissé prendre à ce tour particulier et s'était humilié en racontant au vieil homme rusé toute l'étendue de sa vulnérabilité. Eh bien, il avait beaucoup gagné en sagesse depuis, et Severus était sûr qu'il pouvait maintenant parer le Directeur coup pour coup dans une joute verbale.
« Je ne savais pas que j'avais à répondre de ses actions, » répliqua calmement Severus, voyant, du coin de l'œil que Potter avait légèrement tourné la tête pour l'avoir dans son champ de vision.
« Messieurs Potter et Weasley l'ont vue pour la dernière fois quand elle a quitté la salle commune de Gryffondor pour retourner vers vos quartiers. Je présume qu'elle y est bien arrivée ? »
Severus inclina la tête, affirmatif, « et elle en est rapidement ressortie. »
« Harry m'a dit qu'elle s'était conduite étrangement hier, » poursuivit Dumbledore.
« En effet. »
« Et tu sais pourquoi. »
« J'aurais bien voulu le savoir. »
Dumbledore regarda son Maître de Potions sans aménité. « D'accord, Hermione se conduisait de façon bizarre hier et tu ne sais pas pourquoi. Nous nous inquiétons pour elle en ce moment et tu ne sais pas où elle est. » On pouvait sentir à son ton qu'il se censurait. « Que s'est-il passé ? »
Severus demeura silencieux. Il n'y avait pas moyen qu'il évite de répondre à cette question directe, pas quand le vieil homme sous-entendait des accusations. Les yeux fixés sur le Directeur, il désigna d'un signe de tête les jeunes amis de sa femme.
Dumbledore comprit ce qu'il voulait dire, et renvoya ses élèves. « Harry, Monsieur Weasley. Je voudrais m'entretenir avec le Professeur Snape en privé. Je ferai le point avec vous plus tard. »
Harry se leva de son fauteuil, et Ron le suivit. Il ne se cacha pas pour fusiller Severus du regard avant de se tourner vers Dumbledore. « Je tiens à être informé, Monsieur. »
« Et tu le seras, Harry. »
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Harry quitta rapidement le bureau circulaire, suivi de près par son meilleur ami.
« Attends, Harry. Je n'ai pas eu de petit-déjeuner, je ne peux pas tenir. »
Harry serra les dents pour ne pas se mettre à crier. « Hermione a disparu et tout ce à quoi tu penses est ton petit-déjeuner ? »
« Ce n'est pas vrai, mec. Je m'inquiète pour elle aussi. Rassure-toi, d'accord ? Nous reviendrons voir Dumbledore plus tard, et nous verrons bien ce qu'il dira. »
« Depuis quand est-ce que tu es la voix de la raison, Ron ? »
« Depuis que je sais qu'Hermione viendrait personnellement détruire mon couvre-lit des Canons de Chudley si elle savait que je t'ai encouragé, de quelque façon que ce soit, à faire quelque chose de stupide. »
« Dumbledore sait quelque chose qu'il ne me dit pas. »
« Qu'il ne t'a pas encore dit. Tu sais que Dumbledore te racontera tout. Mais quoi qu'il en soit, je doute qu'il sache quoi que ce soit en ce moment, puisqu'il s'est enfermé avec Snape pour lui soutirer des informations, tu te souviens ? »
« Tu ne comprends pas, Ron, » dit Harry en se passant la main dans les cheveux, exaspéré. « Il sait déjà. Je le sens. Quoi que Snape soit en train de lui raconter, il le sait déjà, fais-moi confiance. »
Ron répondit doucement, « Je te fais confiance, Harry. Je te fais vraiment confiance. »
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Severus entendit la porte se refermer, et sentit que le regard d'Albus sur lui était maintenant dix fois plus intense.
« Explique. »
Voyant l'humeur dangereuse dans laquelle était Dumbledore en ce moment, l'instinct de préservation de Severus prit les commandes et il raconta docilement les événements qui avaient suivi le retour d'Hermione dans leurs quartiers. « Je lui ai dit qu'elle n'était pas digne de mon amour. Je lui ai dit que j'en aimais une autre. »
Dumbledore était dans une colère noire, « Et jamais tu ne t'es demandé de quoi ta femme voulait te parler ? »
Severus fronça les sourcils, « Non. Mais maintenant que vous m'en parlez, je suis curieux. Amusez-moi, Albus. Vous savez quelque chose à son propos et vous mourrez d'envie de me le dire. »
« C'est le cas, Severus, » répondit Dumbledore d'une voix dure. « Je crois qu'Hermione a voyagé dans le temps après le… différend que vous avez eu tous les deux la nuit dernière. Je pense qu'elle a fait la rencontre de cet escalier de Poudlard qui déplace les gens dans le temps. Les retourneurs de temps permettent à leur porteur de reculer de plusieurs heures dans le temps, mais elle n'a pas d'instrument de ce genre à sa disposition. Son moyen de transport est imprévisible, ta femme est peut-être à des centaines d'années dans le passé, ou même encore dans le futur. Elle peut revenir cet après-midi, demain, dans cinquante ans, ou jamais. »
Severus reçut ces informations sans un mot.
« Si jamais elle nous revient, Severus, je sais que tu sauras faire ce qui sera le mieux. »
Severus se leva et Dumbledore lui fit signe qu'il pouvait disposer.
Le Directeur poussa un profond soupir dès qu'il se retrouva en privé. « Alors ? » demanda t'il à personne en particulier.
Immédiatement, la pièce résonna de discussions, les portraits qui avaient écouté sans en perdre une miette essayant de faire entendre leur opinion en parlant plus fort que leurs voisins. Dumbledore leva une main et demanda le silence d'un geste impérieux. Il massa ses yeux fatigués de ses doigts osseux.
Finalement, l'un des portraits prit la parole dans le silence, « Cette petite entrevue a très certainement complété le puzzle. »
« Oui, je suis d'accord, Dilys, » confirma Dumbledore.
« Pourquoi ne lui as-tu rien dit à propos de Mel et d'Hermione et du bébé ? »
« C'est à Hermione que revient le droit d'en parler. »
« Est-ce qu'elle reviendra un jour ? »
« Je l'espère, Dippet, pour notre salut à tous. »
