7. On recommence à zéro.

Severus retourna vers ses cachots à grandes enjambées, déduisant sans pitié des points à quelques Poufsouffles innocents qui eurent le malheur de croiser sa route. Il était furieux. Sa jeune épouse lui causait plus de problèmes qu'il ne l'en aurait crue capable. Pendant des années, il avait été persuadé que Potter et Weasley étaient les meneurs, que c'étaient eux qui entraînaient le trio dans leurs aventures de trompe-la-mort, en crétins arrogants et stupides qu'ils étaient. Il avait toujours cru qu'Hermione se retrouvait malgré elle dans ces aventures qui mettraient à l'épreuve les neuf vies de chat de McGonagall. Mais maintenant, il découvrait qu'elle était tout aussi douée que ses deux comparses pour rechercher les ennuis. Frustré, Severus attira à lui une bouteille de Whisky Pur Feu de sa réserve personnelle, et en but de longues gorgées avant de reposer la bouteille sur son bureau d'acajou. Quelque peu calmé par l'alcool qui lui coulait dans les veines, il s'enfonça dans son siège pour repenser à sa discussion avec le Directeur.

A la réflexion, Severus n'aurait vraiment pas dû être surpris de la présence de Potter dans le bureau de Dumbledore. Depuis la fin de la cinquième année du gamin, Albus, pour une raison quelconque, avait tenu Potter informé de la plupart des missions de l'Ordre (peut-être même de toutes). Severus avait fait connaître son désaccord au début concernant cette décision du Directeur ; le gamin n'avait certainement pas besoin d'avoir encore une meilleure opinion de lui-même que celle qu'il avait déjà, mais ensuite, il avait admis pour lui-même que la façon la plus rapide pour le Garçon-Qui-Avait-Survécu de quitter Poudlard prématurément, c'était de se lancer dans une mission de sauvetage malencontreuse qu'il aurait décidée tout seul dans son coin. Et puisque Dumbledore laissait Potter assister à la plupart des réunions de l'Ordre, Severus se disait qu'il aurait eu tort de ne pas en profiter pour lui faire miroiter des idées intéressantes et des allusions pas si subtiles. Il n'avait pas été surpris, en revanche, que Potter lui mette la disparition de son amie sur le dos. Après tout, le gamin en avait après lui depuis leur toute première rencontre.

Severus était à peu près sûr qu'Albus avait délibérément négligé de partager un détail révélateur au sujet de la disparition d'Hermione avec lui, de la même façon qu'il savait qu'il devait y avoir une bonne raison qui faisait que Sybill Trelawney était professeur de Divination à Poudlard, même si ladite raison ne lui sautait pas aux yeux. Severus était mécontent. Comment était-il supposé faire quoi que ce soit avec les informations limitées que lui avait fournies le Directeur ?

Severus avait été sincère quand il avait dit à Dumbledore qu'il ne laisserait pas Hermione être utilisée contre eux à cause d'un manque d'attention de sa part. Il avait détesté son intrusion dans sa vie, oui, mais en acceptant le plan de Dumbledore, il avait conclu un accord tacite avec le Directeur, une promesse de protéger la jeune fille du danger. Et Severus avait horreur de ne pas tenir ses promesses. A contre-cœur, Severus Snape admit qu'il aurait mieux valu qu'il écoute ce que sa femme avait à lui dire la veille au soir. Malheureusement, sa frustration accumulée et la tentative de discussion d'Hermione l'avaient mis en colère, et il avait voulu être certain de bien lui faire comprendre sa position. Il avait pensé que le nom de Snape serait suffisant pour tenir à l'écart Malefoy et ses semblables, et que Dumbledore pourrait servir d'excuse pour empêcher le Seigneur des Ténèbres de s'intéresser de trop près à sa femme. Maintenant, Hermione était hors d'atteinte, et il ne pouvait rien faire, même s'il avait réellement voulu la protéger. Pire encore, il était possible que son comportement ait pu nuire aux efforts qu'il avait faits pour empêcher les Mangemorts de s'emparer d'elle. Est-ce qu'il ne l'avait pas poussée directement dans leurs bras accueillants ?

Cependant, le Maître de Potion n'était pas homme à se lamenter sur les erreurs du passé. Il ne lui resterait qu'à attendre la suite des événements.

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Harry et Ron retournèrent dans le bureau du Directeur cet après-midi là, et reçurent de Dumbledore une version de l'histoire un peu différente. Ils quittèrent l'escalier tournant, se sentant anéantis, comme s'ils venaient de finir un voyage particulièrement pénible à dos de Sombral. Ils s'éloignaient, et Harry écoutait, comme engourdi, la colère de son ami.

« Qu'est-ce qu'il veut dire, Dumbledore ? 'Hermione est bloquée dans le passé' ? L'imbécile graisseux ! Snape était supposé la protéger, et qu'est-ce qu'il a fait, cette vieille chauve-souris moisie ? » Ron s'interrompit le temps de reprendre son souffle, « Il l'a envoyée se précipiter tout droit dans le passé ! »

Harry marmonna distraitement. « Elle est en sécurité dans le passé, Ron, Dumbledore nous l'a dit. Il l'y a vue lui-même. Mais elle a disparu aussi dans le passé, pas vrai ? Même Dumbledore ne sait pas où elle a atterri après ça. » Harry saisit Ron par les épaules, le forçant à lui faire face. Ron pouvait voir le désespoir voiler la lueur qui perçait habituellement dans le regard de Harry quand il murmura d'une voix rauque. « Est-ce qu'elle ira d'un siècle dans le futur ? Ou au Moyen-Âge ? Ron, ils persécutaient les sorcières au Moyen-Âge, ils les brûlaient ! »

Ron resta silencieux un moment, six années d'amitié lui avaient appris à lire en Harry comme dans un livre ouvert. Et là, Harry était prêt à sombrer dans une nouvelle période de dépression, comme celle qui avait suivi la chute de Sirius de l'autre côté du voile au Département des Mystères. Il avait dû combiner ses efforts avec ceux d'Hermione pour que Harry redevienne tel qu'il était avant. Hermione n'était pas là pour l'aider cette fois-ci, il devrait y arriver sans elle.

« Eh bien, Hermione sait comment lancer le Sortilège Glace-Flammes, » avança t'il prudemment, attendant la réponse de Harry.

Harry resta silencieux, et Ron continua, d'un ton encore plus prudent, « Et puis, comment peux-tu imaginer Hermione absente pour les examens ? » Ron marqua une pause pour laisser son argument faire effet. « Elle sera de retour pour les ASPICs, Harry. C'est Hermione, la fille qui a hurlé quand un Epouvantard lui a dit qu'elle avait eu de mauvaises notes. »

Harry réussit à sourire un peu.

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Mel. Elle s'appelait Mel maintenant, et plus Hermione. Elle ne serait probablement plus jamais Hermione.

Hermione était allée voir Dumbledore le lendemain de son premier jour dans le passé. Elle avait voulu connaître ses chances de rentrer chez elle dans un futur proche. Dumbledore s'était montré compatissant, mais il lui avait affirmé que si elle avait toutes les chances de retrouver son présent, il était aussi possible que les effets secondaires de son aventure la renvoie plus loin dans le passé. Hermione avait mentalement levé les mains au ciel en entendant ça, se disant que la meilleure chose à faire était de s'adapter au mieux à sa situation actuelle.

Le premier obstacle auquel elle se retrouva confrontée dans sa volonté de retrouver une vie aussi normale que possible fut Severus Snape. Elle n'avait pas de chance, alors qu'elle pensait avoir échappé à ses malheurs, de retrouver la personne qui les lui rappellerait en permanence. Hermione avait été abasourdie de le voir apparaître à l'infirmerie. Elle avait été encore plus mal à l'aise quand il s'était présenté comme 'Severus'. Elle ne pourrait sans doute jamais penser à lui autrement que comme à 'Snape'. Elle eut un instant la tentation de traiter 'Severus' de la même façon distante qu'elle avait traité 'Snape', la tristesse et la douleur que lui avait causées Snape pesaient toujours sur son cœur, mais finalement son sens de la justice l'emporta. Personne ne méritait d'être puni pour quelque chose qu'il n'avait pas encore fait. Hermione décida malgré ses réticences de donner sa chance à Severus. Ils recommenceraient à zéro.