Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Missybewitched.
12. Maux de tête
« Parce que je t'aime tant. »
C'est étrange, la façon dont on peut laisser échapper quelque chose qu'on aurait préféré ne pas dire quand on est bouleversé. En général, on regrette plus tard les mots prononcés dans de telles circonstances. Hermione ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait parlé à voix haute, et la confession de Severus était aussi inattendue pour elle que l'attachement que Grawp avait eu pour 'Hermy'. Hermione oublia momentanément son propre traumatisme pour s'écarter doucement de l'étreinte de Severus. La surprise lui faisant cligner les yeux, elle demanda, « Qu'est-ce que vous avez dit ? »
Severus la regarda encore un moment avant de détourner la tête et de murmurer, « Je vous aime. » Ce fut un moment de trop, car Hermione eut le temps de voir la douleur cachée derrière ses yeux noirs brillants. Elle fut touchée par la passion bridée qu'elle perçut dans sa voix. C'était comme s'il l'appelait, et elle sentit son propre cœur se tourner vers lui, comme il l'avait toujours fait quand une personne à qui elle tenait avait besoin d'être réconfortée. Elle tendait la main vers son épaule, quand soudain elle eut un mouvement de recul. Hermione aurait voulu prendre dans ses bras l'homme blessé assis à ses côtés, le rassurer, le protéger. Mais son cœur ne pouvait pas aller aussi loin, enchaîné qu'il était par les événements qui s'étaient produits entre elle et son mari, qu'elle gardait confinés au plus profond de sa mémoire.
Au lieu de cela, elle dit doucement, « Je suis une femme mariée, Severus. » Elle ne savait pas si cette affirmation était entièrement pour le bénéfice de Severus. Hermione avait l'impression qu'elle avait besoin de se l'entendre rappeler plus que lui.
Severus hocha tristement la tête. « Je le sais, Mel, » chuchota t'il. Ses yeux brillèrent étrangement. « Mais ça ne vous rend pas moins désirable pour autant. »
En entendant ces mots, Hermione fut submergée par une sorte d'impression douce-amère. Personne ne lui avait jamais dit de choses de ce genre, et la première personne à lui parler de la sorte était exactement la même qui allait penser tout le contraire d'elle. Est-ce que ce n'était pas une belle ironie ? Hermione comprenait qu'il devait s'être passé quelque chose entre maintenant et le moment où elle était arrivée à Poudlard en tant que première année, pour que l'homme manquant d'assurance qu'elle avait en face d'elle se transforme en son Maître de Potions de mari. Mais même si sa vie en avait dépendu, elle n'aurait su deviner ce qui avait pu se passer.
Les mots de Severus, et leur implication, dansèrent dans la tête d'Hermione, tentants. Devait-elle lui rendre son amour ? Le pouvait-elle ? Le pilier de force et d'amour dont Hermione avait tant rêvé se trouvait maintenant en face d'elle. Oserait-elle l'accepter ? Est-ce qu'il valait la peine qu'elle prenne ce risque ? Pour la première fois, Hermione se demanda quelles conséquences son absence et ses actions présentes auraient sur l'avenir. Comment se passaient les choses en son absence ? Comment Ron et Harry tenaient-ils le coup sans elle ? Est-ce que les décisions qu'elle prendrait ici affecteraient les personnes qu'elle aimait dans le futur ?
Sans qu'elle le veuille, le souvenir des dernières paroles que son mari lui ait jamais adressées lui revint en mémoire. De toute évidence, il avait énormément aimé cette femme qui 'en valait la peine' ; ça ne laissait pas beaucoup de place dans son cœur pour elle. Hermione sentit un émoi serrer son cœur. Comment est-ce que ce serait, d'être aimée par un homme ? Que ressentirait-elle, si elle s'autorisait à recevoir la passion de Severus, ne serait-ce que pendant quelque temps ? Car Hermione continuait de croire fermement qu'un jour elle retrouverait sa propre place dans son époque.
Finalement, elle parvint à dire, doucement, « Est-ce que ça en vaudra le coup, si je te laisse entrer dans mon cœur ? » Severus releva brusquement la tête, la surprise et l'espoir évidents sur son visage. « Je ferai en sorte que ça en vaille le coup, » murmura t'il d'un ton rauque.
En entendant ces mots, Hermione arrêta de se poser des questions, et tendit un bras vers lui, timidement. Elle poussa un petit cri de surprise quand il la serra contre lui, fort. « Merci, » l'entendit-elle murmurer contre ses cheveux.
« Ça ne va pas être facile, Severus, » dit-elle. « J'ai encore beaucoup de secrets et de traumatismes, mais je pense que tu le savais déjà. »
« Je m'en fiche, je t'aime, » répondit-il. Hermione se détendit enfin un peu.
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Severus grogna et jeta sa plume sur son bureau. De toute sa vie, jamais il n'avait vu un groupe de septième année avec moins de talent pour les potions. Un crapaud écrirait de meilleures dissertations sur les propriétés du sang de dragon. Il se massa les tempes doucement, alors que Mel claquait de la langue d'un air supérieur, debout près de la cheminée. « Je t'ai dit de faire une pause il y a déjà une heure, Severus. »
« Ce n'est pas comme ça que j'aiderai ces imbéciles à passer leurs ASPICs, » répondit-il distraitement. Mel rit. « Est-ce que je t'ai déjà dit que tu étais un homme très zélé ? »
« Je devrais répondre 'non', juste pour avoir le plaisir de t'entendre me le répéter. » La tête de Severus le lançait tellement qu'il sentait les larmes lui venir aux yeux, mais il sourit à Mel malgré tout.
Il vit Mel froncer les sourcils devant cette tentative de sa part de faire bonne figure. Elle s'écarta de la cheminée pour venir vers lui. Il se demanda brièvement ce qu'elle avait en tête, quand il se retrouva entraîné avec insistance vers le canapé. Severus réussit à retenir un cri indigné, quand elle le poussa sans trop de ménagement sur le siège.
« Mais qu'est-ce que tu crois que tu es en train de faire ? » siffla t'il, alors qu'elle faisait le tour pour se placer, debout, derrière lui. Il ne fut pas surpris de constater qu'elle ignorait sa question.
Un moment plus tard, toutes les idées qu'il aurait pu avoir sur les personnes qui prenaient des initiatives sans s'expliquer s'envolèrent, quand il sentit les mains de Mel appuyer doucement sur ses épaules. Severus sentit qu'elle faisait danser ses doigts de ses épaules, à sa nuque, jusqu'à ses tempes, dénouant patiemment tous les points de tension qu'elle rencontrait. Il ferma les yeux et poussa un soupir de soulagement, et sentit le souffle tiède de Mel le caresser comme une brise d'été quand elle se pencha pour lui murmurer à l'oreille, « A ton avis, qu'est-ce que je suis en train de faire, Severus ? »
Il rouvrit les yeux en entendant sa voix, suggestive et pleine de promesses. Il se retourna pour la regarder ; son visage affichait un air parfaitement innocent. Elle lui sourit, et Severus sentit son sang se mettre à bouillir.
« Je ne peux pas faire ça correctement si tu es assis. » - il se rendit compte que Mel parlait de nouveau. « Viens t'allonger, tu auras moins de mal à te détendre. »
Severus hocha la tête, bêtement, alors qu'il plaçait sa main dans celle de Mel et la laissait l'entraîner à nouveau.
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Un mal de crâne particulièrement lancinant ramena Severus à la dure réalité. Le souvenir des doigts délicats de Mel faisant disparaître toutes les tensions de son corps était une merveilleuse distraction dans son travail répétitif, et Severus laissa échapper une plainte tant ce toucher lui manquait. La raideur de son cou devenait vraiment insupportable.
Severus était revenu de sa réunion de Mangemorts plus tôt dans la soirée. Même s'il était soulagé que Voldemort n'ait pas choisi de les gratifier de sa présence, le fait que Lucius Malefoy ait décidé de jouer à faire des phrases à double sens toute la soirée l'avait obligé à se tenir particulièrement sur ses gardes.
Lucius l'avait attaqué au sujet de la disparition de sa femme. Severus était sûr qu'il en avait entendu parler par Drago ; la nouvelle de la disparition de la toute jeune épouse du Maître de Potions s'était répandue dans l'école comme une traînée de poudre. Il se souvenait du sourire mauvais de Lucius quand il avait insinué que si Hermione avait disparu, c'était parce que Severus 'ne savait pas comment satisfaire une femme'. Ce à quoi Severus avait répondu que Malefoy pouvait toujours parler, lui qui n'avait même pas été capable d'obtenir cette femme. Il était parti peu de temps après.
Severus grimaça et essaya de se remettre à ses recherches. Passer trop de temps à penser à l'arrogance des Malefoy ne lui avait jamais apporté quoi que ce soit par le passé, et il ne voyait pas de raison pour que ça change à l'avenir. Ce qui était important pour le moment, c'était qu'il trouve des informations sur la méthode inhabituelle par laquelle sa femme avait voyagé dans le temps, afin de pouvoir l'en ramener. Il savait que Lupin avait raison : Mel aurait voulu qu'Hermione soit en sécurité.
Un autre élan de douleur traversa son crâne, comme un éclair. Une fois de plus, Severus regretta que Mel ne soit pas là pour le faire profiter de sa magie. Diable, il aurait accueilli à bras ouvert n'importe quelle femme capable de soulager la douleur qu'il éprouvait en ce moment.
Severus se demanda soudain si Hermione aurait été aussi douée que Mel, si les choses avaient été différentes entre eux.
