Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Missybewitched.
13. Un moyen de rentrer.
Il s'écoula un mois et demi avant qu'Hermione ne se retrouve à une sorte de 'premier rendez-vous' avec Severus. Depuis cette nuit où ils avaient tous les deux franchi cette frontière qui sépare l'amitié de l'amour, le couple n'avait passé de temps ensemble que dans le bureau de Severus, le soir, poursuivant chacun leur propres occupations, avant de terminer la soirée devant la cheminée.
La réserve d'ingrédients de Severus diminuait, et il avait saisi cette opportunité pour l'inviter à l'accompagner (de son habituelle manière sèche et factuelle) dans le Chemin de Traverse, pour sa visite chez l'Apothicaire. Hermione fut un peu déçue que toute cette histoire soit à peu près aussi romantique que d'emmener un Scrout à Pétard en balade pendant un orage, mais elle acceptait le fait que Severus n'ait jamais été doué pour exprimer ses pensées et ses sentiments. Qu'il lui ait avoué la passion qu'il nourrissait pour elle, déjà, n'était qu'à deux doigts du miracle.
C'est pourquoi Hermione fut surprise et ravie de se retrouver assise face à Severus à une table pour deux au Chaudron Baveur. Il avait insisté pour qu'ils s'y arrêtent en sortant de chez l'Apothicaire, et elle appréciait immensément son repas, et la compagnie. Hermione avait réussi à se retenir de rire de joie suffisamment longtemps pour boire une gorgée de vin, quand elle vit Severus regarder avec circonspection un point situé derrière son épaule. Elle était sur le point de se retourner pour voir ce qui distrayait Severus, quand une voix aussi inquiétante que familière la renseigna.
« Severus, » salua Lucius Malefoy d'une voix profonde. « Quel plaisir de te voir ici. »
« Plaisir partagé, évidemment, Lucius, » répondit Severus avec aisance.
« Je vois que tu es venu avec une amie, mon cher. Est-ce que tu… » Il regarda l'homme aux cheveux sombres, l'air d'attendre quelque chose.
Severus comprit l'allusion, et désigna Mel de la main, « Je te présente Mel. »
Hermione frissonna, et serra sa baguette dans sa main, cachée sous ses robes. Malefoy la regarda attentivement. « Lucius Malefoy, à votre service, ma chère, » dit-il, portant son autre main à ses lèvres. Il s'attarda plus longtemps que nécessaire, et Hermione dût lutter pour conserver son sang-froid, manquant de laisser échapper un soupir de soulagement quand les lèvres froides de Lucius quittèrent enfin sa main. Cependant, elle se raidit à nouveau quand elle se rendit compte qu'il n'avait pas l'intention de lui lâcher la main pour autant, et qu'il avait commencé à lui caresser du pouce, délicatement, les phalanges.
« Quelle jolie petite main vous avez, ma chère, » ronronna t'il, quand Hermione se dégagea vivement. « Et une si jolie bague autour de votre doigt délicat. Dis-moi, » demanda t'il, inclinant légèrement la tête vers Severus, « Quel malheureux homme a dû perdre son épouse pour que tu puisses avoir ton petit joujou ? »
Hermione sentit sa colère monter en entendant ces mots. Elle regarda Severus, souhaitant qu'il les débarrasse de la présence de Malefoy, mais elle le vit lui adresser un regard ironique, avant qu'il ne réponde à Malefoy, « Mais qu'est-ce qui te fait croire que ce n'est pas moi qui lui ai offert la bague ? »
Malefoy prétendit s'offenser de la question. « Je te connais bien, Severus, tu n'aurais jamais choisi quelque chose avec du rouge et de l'or. Et puis, » ajouta t'il, hautain, « tu n'épouses pas tes Sang de Bourbe, tu te contentes de t'amuser avec elles. »
Hermione tressaillit à ces mots ; mais Severus sembla ne pas le remarquer. Il battait des mains, dans un applaudissement moqueur.
« Bravo, Lucius, » rit Severus, sans humour. « Tu as raison à mon sujet, une fois de plus. Tout le monde sait que Lucius Malefoy a toujours été capable de distinguer les Sang Purs des enfants de moldus. Je ne te suis jamais arrivé à la cheville dans ce domaine. »
Lucius se rengorgea, visiblement. « Les Sang de Bourbe ne dégagent pas la confiance aristocratique que nous, les Sang Purs, nous avons depuis la naissance. » Il baissa les yeux vers Hermione, « Je dois cependant convenir que c'est un morceau de choix que tu t'es trouvé là. »
Hermione se mordit la lèvre pour ne pas laisser échapper les sorts qui brûlaient de lui échapper. Malefoy se pencha, et murmura près de son oreille, « Les Sang de Bourbe de Severus criaient toujours de plaisir, tant il est doué. Mais vous découvrirez qu'il y a toujours quelqu'un de meilleur que lui. » Hermione n'eut pas besoin de poser de question pour comprendre à quoi il faisait référence. Son regard se tourna de nouveau vers Severus, la colère qu'elle avait éprouvée auparavant maintenant remplacée par de la terreur. Il les regardait tous les deux, tranquillement.
Lucius se redressa. « N'hésite pas à partager tes joujoux avec les autres de temps en temps, Severus. Ce sera comme au bon vieux temps, » conclut-il à voix haute. Il fit un clin d'œil à Severus avant de quitter l'établissement.
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Dans le silence tendu qui s'ensuivit, Severus soupira. Il évita de regarder Mel, sachant qu'il n'aimerait pas ce qu'il allait lire dans ses yeux.
« Je retourne à Poudlard, » l'entendit-il finalement déclarer. Severus hocha la tête, amer, et la suivit dehors. Une fois sortie, Mel demeura immobile, le dos tourné, à l'attendre. Severus l'approcha avec précaution. Elle n'allait pas aimer ça, mais elle devrait supporter qu'il la touche, parce qu'il avait besoin de maintenir un contact avec elle s'il devait les faire Transplaner jusqu'à Pré Au Lard. Il passa un bras autour de ses épaules raides, et ils disparurent du Chemin de Traverse.
Severus sentit Mel s'éloigner de lui dès que leurs pieds touchèrent de nouveau terre. Elle se mit à marcher, aussi vite qu'elle le pouvait, sans toutefois aller jusqu'à courir. Severus la suivait en silence, ses bottes de cuir de dragon noires ne faisant pas un bruit sur l'allée de pierre. Il se creusait la tête pour trouver une explication plausible sans pour autant révéler à Mel ses plus noirs secrets.
Elle parla la première. « Dis-moi quelque chose, Severus. Dis-moi ce que tu veux, n'importe quoi, mais je veux une explication sur ce qui vient de se passer. » Severus remarqua que sa voix tremblait un peu.
« Je connais Lucius Malefoy depuis bien longtemps, » commença t'il prudemment. « Je ne le considère pas comme un ami, mais certaines raisons font que j'accorde de la valeur à ma… relation avec lui. »
Severus lança un regard de côté à la jeune femme qui marchait près de lui. Elle lui fit un petit signe de tête, et Severus soupira. Elle semblait avoir accepté ce qu'il avait dit, mais il était clair qu'elle attendrait d'en savoir bien plus avant de lui pardonner. « Mais jamais je ne t'aurais partagé avec lui, ou avec personne d'autre, Mel. »
Mel ne répondit rien. Ils passaient les grilles de Poudlard, et Severus poursuivit, « Je suis désolé. »
« Ce que je voudrais savoir, Severus, » dit soudain Mel, « c'est ce que tu penses des Sang de Bourbe. » Involontairement, Severus tressaillit en l'entendant pratiquement cracher ce dernier mot. C'était, se disait-il, très étrange qu'en des circonstances pareilles, ce soit cette question-là qu'elle lui pose. Il fronça les sourcils. « Tu n'as pas pensé que je croyais ce que Malefoy a dit à ton sujet, si ? »
« Ce n'est pas le cas ? » répliqua Hermione. Severus aurait pu jurer qu'il l'entendait grincer des dents pour éviter de s'emporter contre lui.
« Non, mais qu'est-ce que ça a à voir avec tout le reste ? » Severus était absolument perdu, maintenant. Il ouvrit la porte d'entrée, et laissa passer Mel devant lui.
« Je suis une fille de moldus, Severus, » dit-elle amèrement. Mel marchait encore plus vite maintenant. L'idée traversa l'esprit de Severus qu'elle se conduisait comme un animal en cage, cherchant désespérément une sortie.
Severus s'arrêta net à cette révélation. Toutes les choses que Lucius lui avait dites à propos des enfants de moldus lui revinrent à l'esprit, le submergeant comme une véritable avalanche. Comment aurait-il pu deviner que Mel n'était pas une Sang Pure ? Comment aurait-il pu savoir que ces mots allaient l'offenser ? Il se mit à courir pour la rattraper. « Mel, » commença t'il. « Je ne pensais pas ces choses que j'ai dites à Malefoy, je n'ai fait que lui débiter ce que je savais qu'il voulait entendre. Je suis sincèrement désolé. » Il se passa la main dans les cheveux, exaspéré de voir qu'elle l'ignorait et continuait de se ruer vers sa chambre. Severus commençait à s'inquiéter maintenant, elle était plus en colère qu'il n'avait cru qu'elle ne l'était au départ.
Ils approchaient rapidement de la chambre de Mel, et Severus commençait sérieusement à manquer d'arguments pour la calmer. Il avait l'impression que Mel lui avait donné une chance de la convaincre quand elle lui avait demandé d'expliquer son comportement, et maintenant il était convaincu qu'une fois qu'elle lui aurait claqué la porte au nez, il n'y aurait plus la moindre chance de réconciliation entre eux.
Elle avait tendu sa baguette vers la porte, l'avait ouverte. Dans une dernière tentative désespérée, Severus bafouilla, « Tu ne vas pas retourner en France, dis ? »
Hermione se figea, consciente de l'ironie de ses mots. Elle aurait été bien incapable de retourner en 'France', même si elle l'avait voulu. Elle se retourna pour observer l'homme qui se tenait derrière elle. Elle croyait ce que Severus lui avait dit sur l'importance de ses connexions avec Malefoy, bien sûr, mais elle avait été très affectée par les insinuations de l'horrible sorcier à propos de Severus et des Sang de Bourbe. Elle était suffisamment maligne pour comprendre que Severus n'avait jamais laissé transparaître devant Lucius quoi que ce soit qui lui aurait fait douter de sa loyauté – en fait, un tel niveau de manipulation l'avait vaguement impressionnée. Cependant, elle ne pouvait nier le mal que cela lui avait causé.
Elle répondit prudemment à la question de Severus. « Je n'ai pas le choix en la matière, Severus. »
« Alors tu restes ? » Severus fronça les sourcils. Il y avait quelque chose dans la façon dont Mel avait répondu qui lui donnait l'impression qu'elle avait essayé de lui dire tout à fait autre chose. Hermione haussa les épaules, et Severus trouva qu'elle n'avait plus l'air si en colère qu'avant. Il décida de profiter de l'occasion pour essayer de glaner des informations supplémentaires sur elle. « On a toujours le choix, Mel, » chuchota t'il, en se frottant distraitement l'avant-bras gauche.
Hermione le regarda, jusqu'à ce que finalement Severus laisse ses bras pendre le long de son corps. Elle fit un pas en avant, et Severus se rendit compte que chaque parcelle de son corps réagissait à cette proximité. Hermione lui saisit le poignet gauche, et se mit sur la pointe des pieds pour le regarder dans les yeux. Severus inhala le parfum enivrant de ses cheveux. « Pas toujours, » dit-elle tristement. « Mais je suis contente que tu aies fait le bon choix, Severus. » Elle posa deux doigts sur ses lèvres d'abord, puis sur celles de Severus, alors que sa main droite s'attardait un moment encore sur son avant-bras. Elle s'éloigna.
« Je t'aime, Severus, quoi qu'il arrive. Est-ce que tu le sais ? » murmura Hermione.
Severus acquiesça, et elle sourit avant d'entrer dans sa chambre. Il resta là quelques minutes de plus, regardant l'endroit sur son bras où les doigts de Mel s'étaient attardés. Son cœur s'arrêta soudain, quand il réalisa ce qu'elle avait voulu dire, et son sang se glaça. Comment était-elle au courant pour la Marque des Ténèbres ?
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Harry et Ron frappèrent à la porte de la petite cabane, et furent accueillis par un Hagrid ravi, et un Crockdur qui bavait. Ils s'assirent et firent mine de goûter les Caramels-mouches maisons du demi géant. Harry lâcha le sien avec horreur quand il vit quelque chose dedans qui bourdonnait et se tortillait désespérément. Il ne s'était pas attendu à ce que Hagrid utilise réellement des mouches.
« Vous tenez le coup, tous les deux ? » demanda Hagrid, en se laissant tomber dans l'une des chaises de bois. Harry répondit pour eux deux en haussant les épaules. Ron était occupé à essayer de se débarrasser de son caramel en le donnant à Crockdur sans pour autant y laisser un doigt.
« Hermione n'est pas encore revenue ? » demanda t'il, plongeant la main sous la table pour y attraper ce que Harry aurait comparé à une masse d'algues séchées à moitié détricotées. « Non, » répondit distraitement Ron. Il essayait de se débarrasser de la salive de Crockdur. N'y parvenant pas, il s'essuya les mains sur les robes de Harry. « Et si elle manque ses ASPICs, ce sera entièrement de la faute de l'imbécile graisseux. »
Hagrid commença à extraire des morceaux d'insectes morts de son enchevêtrement. « Toujours en train de blâmer Snape, vous deux ? Je vous ai dit que ce n'était pas sa faute. »
« Bien sûr que si ! » s'emporta Ron. « Et vous ne nous avez toujours pas dit pourquoi vous pensiez que ce n'était pas sa faute. »
« Ah, ça, j'avais dit à Dumbledore qu'il ne ferait jamais un bon mari. Pas après ce qui s'est passé avec Mel. » Harry vit Hagrid froncer les sourcils, se concentrant pour essayer d'arracher une patte de son sac de nœuds. Il échangea un regard avec Ron. Ils savaient tous les deux que d'arracher un secret au demi-géant quand il était distrait était aussi facile que de renvoyer Mimi Geignarde pleurer dans les profondeurs malodorantes de ses toilettes.
« Ah oui, » reprit Harry, l'air de rien. « Et qu'est-ce qui s'est passé avec Mel, déjà ? »
« Elle l'a quitté. C'était une chic fille. Snape l'aimait, et elle l'aimait. Mais elle est partie un jour, et il n'a plus jamais été le même. J'ai dit à Dumbledore que ce ne serait pas bien pour Hermione, que Snape n'aimerait pas ça. Mais Dumbledore ne m'a pas écouté. » Hagrid haussa les épaules. « Enfin, j'aurai essayé. »
« Pourquoi est-ce que vous ne nous aviez pas parlé de ça avant, Hagrid ? » demanda doucement Ron.
Hagrid leva les yeux, l'horreur succédant rapidement à la réalisation qu'il avait trahi le secret qu'il avait promis à Dumbledore de ne pas répéter. « Je n'aurais pas dû dire ça ! »
Harry secoua vigoureusement la tête. « Au contraire, vous auriez dû, Hagrid. »
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Le Professeur Severus Snape referma le volume moisi sur son bureau et se laissa glisser en arrière dans son fauteuil. Le triomphe qu'il avait ressenti en trouvant finalement une solution au problème de son épouse ne dura pas, quand il réalisa que la solution n'était pas aussi facile qu'il avait d'abord cru qu'elle le serait. Les mots qu'il avait lus et leur implication se bousculaient dans sa tête. Le livre disait que si une personne avait voyagé dans le temps 'de la façon la plus inhabituelle et la plus originale', alors elle se retrouverait selon toute probabilité au moment et à l'endroit où l'on avait le plus besoin d'elle. Il disait aussi que la personne resterait où elle était jusqu'à ce qu'un besoin plus grand la fasse voyager de nouveau dans le temps. Fort de cette information, Severus déduit qu'où que soit Hermione, on n'avait pas suffisamment besoin d'elle ici et maintenant, sinon elle serait déjà revenue. Pauvre fille, se dit-il, sans émotion aucune. Apparemment, ses amis ne souhaitent pas assez fort la revoir. Et il était là, à essayer de la faire revenir… Severus déplora son temps perdu, il ne pouvait vraiment rien faire, et elle reviendrait quand le moment serait venu pour elle de le faire.
Severus s'étira, pour apaiser la raideur de son dos. Décidément, il n'allait pas se coucher trop tard. Soudain, il se plia en deux, sifflant de douleur, la main droite crispée sur son bras gauche. Sa Marque des Ténèbres brûlait ; le Seigneur des Ténèbres le convoquait.
