Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de missybewitched.

14. Lettres.

A une certaine époque, Severus Snape se serait effondré sur son lit, inconscient, pour toute la matinée après avoir assisté à une réunion de Mangemorts en présence du Seigneur des Ténèbres en personne. La concentration qui était tellement indispensable à sa survie le vidait de toute son énergie. Ces derniers temps, cependant Severus se délectait du fourmillement engourdi de l'esprit que lui procurait sa fatigue. Il aimait ressentir cette impression que son corps était poussé au delà de ses limites. Curieusement, cet épuisement semblait très efficace pour donner de la force à ses mouvements d'humeur, et lui aiguiser l'esprit. Ces deux capacités étaient ses armes essentielles pour affronter chaque jour la population de Poudlard. Et puis, ça l'obligeait à continuellement froncer les sourcils, et Severus appréciait le moindre détail qui pouvait lui permettre de conserver sa réputation en tant que grande chauve-souris hantant les cachots de Poudlard.

Severus faisait les cent pas dans le bureau du Directeur, attendant avec impatience l'arrivée du propriétaire des lieux afin de ne plus être seul au milieu des incessants chuchotements désapprobateurs des portraits. Fumseck, le phénix de Dumbledore, était lentement en train de perdre les quelques pauvres plumes oranges qui lui restaient, sur la queue. L'oiseau immortel n'avait cessé de pépier lugubrement vers Severus depuis qu'il était entré dans la pièce, et le Maître de Potion avait pris grand soin de l'ignorer. C'était prévisible, cette action avait provoqué la colère des autres occupants du bureau. A en croire les portraits, Fumseck voulait que Severus lui 'parle', et c'était se montrer très grossier et puéril d'ignorer les dernières volontés d'un oiseau mourant.

« Allez-y, Professeur. Ça ne peut pas vous faire de mal de parler à Fumseck. »

Severus se renfrogna, irrité que le portrait d'Armando Dippet ait choisi de s'adresser à lui sur un ton si sucré. Il était le professeur le plus redouté de toute l'histoire de Poudlard, et on devait le traiter comme tel. Et puis, ce n'était pas lui qui était mourant, mais l'oiseau. On ne prend pas un ton pareil avec une menace ambulante.

« Le professeur Dumbledore lui chante des berceuses, habituellement, » dit une autre voix. Severus s'arrêta presque dans ses va et vient. L'idée d'Albus susurrant des chansons à un oiseau décrépit suscitaient différentes réactions chez l'austère professeur. Une part de lui tremblait à l'idée qu'un jour, il était possible qu'il ait la malchance d'entendre Albus chantonner faux. Une autre part de lui, plus malfaisante, voulait en être témoin, afin de pouvoir clamer sa première (et probablement sa seule) carte contre le Directeur de Poudlard. Severus soupira et oublia les magnifiques possibilités offertes par sa seconde idée. Rien ne valait qu'il y laisse sa santé mentale.

Les portraits continuèrent à chuchoter entre eux, et Severus les ignora. Soudain, une voix qu'il reconnut comme celle d'Everard tonitrua. « S'il ne chante pas, nous n'aurons qu'à le faire nous-même. » Severus les regarda avec une horreur muette tous hocher la tête, l'air sage. Il envisagea un instant de sortir attendre Dumbledore à l'extérieur du bureau, mais plusieurs mauvais souvenirs relatifs à la gargouille de pierre l'en dissuadèrent. Il pouvait toujours redescendre dans ses cachots et revenir plus tard, mais pourquoi devrait-il se laisser chasser s'il avait envie de rester où il était ?

Les portraits commencèrent à se racler la gorge, et Severus prit sa décision. « D'accord ! » lança t'il, à personne en particulier. « Je vais faire quelque chose. Mais après, vous avez intérêt à me laisser tranquille ! » Il avança d'un pas décidé vers l'oiseau dans le coin de la pièce. Mettre un terme aux souffrances de Fumseck lui apporterait la paix à lui aussi, enfin il pourrait tranquillement faire les cent pas dans le bureau. Severus fusilla du regard l'oiseau mourant, qui le regardait craintivement en essayant de se cacher derrière ses ailes déplumées. Il se demanda pourquoi Fumseck ne pouvait pas mourir tout seul. Il devait bien en avoir l'habitude depuis le temps. Pourquoi est-ce qu'il s'accrochait à la vie, alors qu'elle ne voulait de toute évidence plus de lui ?

Il se posta directement en face de Fumseck, et se pencha afin de regarder dans les yeux apathiques du volatile. « Bouh ! » cria t'il aussi fort que sa dignité le lui permit.

Fumseck laissa échapper un hurlement sonore avant de prendre feu soudainement. Severus redressa vivement la tête, frottant l'extrémité de son long nez. Il ne s'était pas attendu à ce que Fumseck meure si facilement, et les flammes lui avaient roussi les narines. Il regarda d'un œil réprobateur le bébé-Fumseck s'extraire du tas de cendres et se secouer pour les faire tomber.

« Ah, je te remercie, Severus. Fumseck a toujours eu besoin du plus d'encouragements possibles pour accepter de quitter la vie. »

Entendant ces mots, Severus fit volte-face pour fusiller du regard la personne qui lui avait parlé sur ce ton patelin. Dumbledore était à la porte de son bureau. Depuis combien de temps est-ce qu'il était là ? Severus était persuadé que le Directeur riait de lui tout seul quand il alla caresser la tête fripée de Fumseck. Severus regarda l'oisillon fermer les yeux, aux anges. De toute évidence, il appréciait les attentions de son maître. Ce serait si facile pour moi de détourner son attention de toi, Fumseck, pensa Severus, aussi facile que de piquer un bonbec à un oisillon. Ça te ferait les pieds pour m'avoir brûlé. Croisant les bras, il s'éclaircit la gorge. « Albus, il y a des choses dont nous devons discuter. »

Dumbledore soupira. « Tu as raison, évidemment. » Il donna une dernière petite tape sur la tête de Fumseck, et avança vers son bureau. Severus sourit moqueusement à l'oiseau indigné, avant de prendre la suite du Directeur.

« Le Seigneur des Ténèbres s'est montré intéressé par elle, » annonça franchement Severus une fois qu'ils furent tous les deux assis. « Lucius Malefoy lui a parlé de la disparition d'Hermione. Il n'y a pas de doute à avoir, il l'a su par Drago. »

Dumbledore hocha la tête. « Et que lui voulait Voldemort ? »

« Il voulait la rencontrer. Il a dit qu'il était curieux de savoir où elle était allée pendant tout ce temps. Il voulait lui poser des questions, avant de 's'assurer personnellement qu'elle revienne à Poudlard en un seul morceau.' » Severus eut un rictus dégoûté. « J'imagine qu'il avait en tête un morceau très abîmé. »

Dumbledore entrelaça ses doigts devant lui. « Et si tu ne peux pas la lui amener ? Que va te faire Voldemort ? Tu ne sais même pas où elle est. »

Severus haussa les épaules. « Il me tuera, j'imagine. Mais il n'y a rien que je puisse faire à ce sujet. J'ai découvert quelque chose sur la façon dont elle a voyagé dans le temps, hier soir, avant que le Seigneur des Ténèbres ne me convoque. » Il entreprit alors de répéter ce qu'il avait lu dans le livre.

Dumbledore hocha solennellement la tête une fois qu'il eut fini. Severus soupçonna fortement que rien de ce qu'il venait de raconter n'était nouveau pour le Directeur. Parfois, il se demandait pourquoi il se donnait tant de mal.

Voyant que Dumbledore ne comptait pas ajouter quoi que ce soit, Severus reprit, « Il y a une autre chose dont je devais vous mettre au courant, » dit-il, en sortant un morceau de parchemin plié de sa poche. « Cette lettre est arrivée aujourd'hui du Ministère. »

Dumbledore prit la lettre qu'il lui tendait et la parcourut pendant que Severus continuait, « Apparemment, le Ministère s'est finalement rendu compte de ce qui se passait à Poudlard. Hermione est maintenant officiellement 'décédée', et en conséquence, notre mariage est annulé, abrogé… enfin peu importe. »

Le Directeur finit de lire. « En effet, » confirma t'il. « Eh bien, apparemment tu es enfin libéré d'elle. Tu peux… Comment est-ce qu'ils ont formulé ça, déjà ? » Dumbledore s'interrompit le temps de vérifier dans la lettre, « Ah, voilà, tu es maintenant 'libre d'épouser une autre fille de Moldus éligible, pour assurer la continuité de la longue lignée des Snape'. »

Severus eut un rire sans joie. « La lignée se terminera avec moi, Albus. N'avez-vous pas remarqué que même après des mois et des mois d'activités conjugales obligatoires, il ne s'était rien produit ? Ça prouve tout simplement que la théorie qui dit que trop de Doloris peut rendre un homme stérile est vraie. Je ne m'en plains pas, d'ailleurs. »

Le Directeur soupira. « Comme tu voudras, Severus. »

« Est-ce que c'est tout, Albus ? Pas de réprimande, ou de conseils bien intentionnés ? » Severus fixait le Directeur, les yeux plissés. Il était sincèrement surpris. Il s'était attendu à subir les remontrances de Dumbledore pour avoir nonchalamment évoqué les effets à long terme du Doloris.

« Non, mon garçon. Mais je dois te dire une dernière chose avant de te laisser partir. »

Severus attendit patiemment, et entendit le Directeur lui annoncer la chose à laquelle il s'attendait le moins.

« Harry et Ron ont commencé à poser des questions à propos de Mel. »

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Severus tendit la main pour attraper la lettre qui flottait vers lui alors que les hiboux apportaient le courrier du matin, curieux de voir qui pouvait bien lui écrire. Il retourna l'enveloppe et reconnut le sceau familier. Malefoy. Fronçant les sourcils, il brisa le sceau et lut rapidement la missive.

Lucius et Narcissa Malefoy requièrent formellement la compagnie de Severus Snape et de son amie au Manoir Malefoy à dix-neuf heures le dernier jour de ce mois. La jeune fille sera présentée aux amis communs des hôtes et de Monsieur Snape.

Le dîner sera servi à huit heures. Les rafraîchissements seront prévus tout au long de la soirée.

Sincèrement,

Lucius & Narcissa.

Severus se leva brusquement et alla jusqu'à Albus pour lui chuchoter à l'oreille d'un ton furieux. Hermione vit le Directeur se rembrunir. Sa curiosité éveillée, elle écouta attentivement leur conversation discrète, essayant de son mieux de comprendre ce que se disaient les deux hommes. Elle entendit Severus prononcer son nom plusieurs fois, et le vit secouer vigoureusement la tête. Alors comme ça, ils étaient en train de parler d'elle… Hermione se sentit autorisée à demander à participer à la leur discussion animée.

« Est-ce que je t'ai entendu prononcer mon nom, Severus ? » demanda t'elle, innocemment.

Severus leva les yeux, surpris. « Oui, » admit-il à contrecœur.

« Elle veut savoir, Severus, » intervint calmement Albus. « Elle devrait avoir son mot à dire dans tout ça. »

« Savoir quoi ? Dans tout quoi ? »

« Dans rien du tout. »

Hermione fronça les sourcils. La dernière fois qu'on leur avait caché des informations, à elle, Harry et Ron, quelqu'un en était mort. Hermione n'avait pas la moindre envie de voir l'histoire se répéter. « Ne me cachez rien, » dit-elle, d'un ton imprégné de menace. « Pas quand je suis concernée. »

Severus croisa les bras et ne dit rien, mais la façon dont il se tenait laissait entendre qu'il désapprouvait sa demande.

« Allez, Severus, » dit soudain Dumbledore d'un ton léger, attrapant la lettre des mains de Severus pour la tendre à Hermione. Elle adressa un dernier regard réprobateur au Maître de Potions avant de baisser les yeux pour lire la lettre. Une fois qu'elle eut finit, Hermione replia soigneusement le parchemin. « J'irai, évidemment. »

« C'est hors de question, » siffla violemment Severus. « Est-ce que tu as oublié notre petite promenade dans le Chemin de Traverse ? »

Hermione le dévisagea, atterrée. Elle était suffisamment grande pour décider de ses faits et gestes. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas accepté un ordre de quiconque, pas même de Dumbledore à sa propre époque – même si ça devait plus au fait que le Directeur proposait souvent des alternatives tellement insatisfaisantes qu'elle acceptait presque toujours ses suggestions à peine voilées. Bien sûr qu'elle se souvenait de ce que Malefoy lui avait dit ce jour-là ! En fait, elle en avait également tenu compte. Sa décision était prise. Severus entrait en territoire dangereux.

« Non, je n'ai pas oublié, » répondit-elle calmement, essayant de contenir sa colère grandissante. « Et je n'ai pas peur de Malefoy. »

« Tu devrais, c'est un homme très dangereux. »

« Et je suis une femme très dangereuse, Severus, » lâcha Hermione. Severus leva les yeux au ciel, demandant à Merlin de lui accorder de la patience. Hermione leva les yeux au ciel à son tour. Il y avait tant de choses que Severus ignorait à son propos, et il se permettait de penser qu'elle était une jeune fille sans défenses, s'évanouissant quand elle se retrouvait face au danger. Diantre, elle s'était promis d'être prête à lancer un Avada Kedavra si elle se retrouvait un jour dans une situation où les gens auxquels elle tenait étaient en danger. Personne ne devrait la sous-estimer. Elle en savait plus long sur Lucius Malefoy que lui-même n'en savait sur elle pour le moment, et elle était certaine d'avoir l'avantage sur lui dans les circonstances actuelles.

Dans le silence qui s'ensuivit, Dumbledore leva les mains en ce que Severus reconnut pour une parodie de geste apaisant. Severus le fusilla du regard, et le Directeur interpréta cela comme une autorisation de prendre la parole. « Je pense que Mel devrait vous accompagner, Severus. Elle vous permettra de ne pas avoir d'ennuis. Non, non, ne m'interrompez pas, » poursuivit-il quand Severus ouvrit la bouche pour protester. « Elle peut prendre soin d'elle-même. (Hermione eut un sourire supérieur.) Mel, » il se tourna vers Hermione, « Severus vous donnera un Portoloin. Vous revenez à Poudlard au moindre signe qu'il se passe quelque chose de louche. Est-ce que je suis bien clair ? »

Hermione se mordit les lèvres et hocha la tête. Elle ne pouvait pas protester contre ça, pas quand Dumbledore le disait de cette façon. Une fois de plus, le professeur obtenait ce qu'il voulait.

« Bien, » dit Albus avec assurance. « Severus, vous vous assurerez que le Portoloin soit quelque chose de discret et de facilement accessible par Mel. Et je veux que vous en preniez un vous aussi. Pas de discussion. » Severus inclina la tête en signe d'acceptation.

« Formidable ! Maintenant, finissons donc nos délicieux petits-déjeuners avant qu'ils ne gèlent dans nos assiettes. »

Hermione aurait voulu laisser échapper un grognement en entendant les mots du Directeur, et vit, à sa grande surprise, que Severus se cognait déjà la tête contre un mur imaginaire.