Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Missybewitched.

17. Les trois côtés du triangle

Il y a des choses qu'on ne partage jamais avec une autre personne, aussi proche que soit la relation qu'on a. Des secrets si noirs que jamais on ne peut leur permettre d'obscurcir la lumière dans la vie des autres.

Harry Potter était le Garçon Qui Avait Survécu, vénéré par les habitants du monde magique (enfin, la plupart d'entre eux) pour une chose qu'il ne se souvenait même pas avoir faite. Encensé pour une chose qu'il aurait désespérément voulu ne pas avoir eu à faire. La prophétie du Professeur Trelawney pesait lourdement sur son esprit.

Ron et Hermione n'avaient jamais découvert le véritable contenu de la prophétie. Harry ne leur en avait jamais parlé, et ils n'avaient jamais pensé que c'était un élément d'une importance majeure après qu'ils soient revenus du Département des Mystères en cinquième année. La prophétie était un secret que Harry n'était pas encore prêt à accepter à cette époque, et encore moins à partager avec ses amis, sachant les inquiétudes et les soucis que ça leur causerait. Il se disait que leur réaction à cette petite information serait bien plus intéressante encore que quand ils avaient réalisé pour la première fois que l'assassin maniaque échappé d'Azkaban était à sa recherche.

Harry regardait son propre reflet sur la vitre, sans le voir. Sa cicatrice découpait le ciel nocturne comme un éclair. La prophétie, et le destin qui l'attendait, avaient pesé lourdement sur son esprit depuis ce jour funeste, et ne l'avaient jamais quitté au fur et à mesure des années, menaçant de le suffoquer sous leur poids. C'était comme de vivre avec un nœud coulant autour du cou, et il aurait désespérément voulu que ça s'arrête, n'importe comment. Chaque jour, il vivait dans la crainte de celui où soit il se laverait les mains dans le sang de Voldemort, soit les Mangemorts boiraient le sien à la santé de Voldemort.

Cependant, avait fini par accepter maintenant le fait que son destin et celui de Voldemort était liés dans une toile lugubre et complexe, dont ni l'un ne pourrait s'échapper sans que l'autre y laisse la vie. Ayant accepté cela, Harry était déterminé à être celui qui survivrait, et pour ce faire, il avait besoin de la sagesse et de l'expérience de ses deux amis. Ils s'étaient déjà sortis, à eux trois, de situations dans lesquelles leur vie était en jeu, et Harry n'avait pas le moindre doute, s'ils étaient réunis, ils pourraient le faire à nouveau – avec l'aide subtile de Dumbledore, bien entendu. Ses amis avaient partagé ses soucis auparavant, et Harry savait qu'il avait besoin de leur révéler le contenu de la prophétie, avant d'être écrasé sous le poids de ce silence oppressant. S'imaginant la réaction qu'ils auraient quand il leur en parlerait, Harry sourit en lui-même. Hermione se mettrait à citer des livres, et Ron dirait une bêtise plus grosse que lui-même. Ils avaient toujours fait ça, et le feraient toujours. S'étant décidé sur ce qu'il allait faire, Harry se détendit, et se laissa glisser un peu dans sa chaise.

« Bordel, Harry ! Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas rappelé ? Je suis supposé être ton meilleur ami ! » chuchota Ron avec animation, dans le silence feutré et poussiéreux de la bibliothèque de Poudlard. « Il est trop tard maintenant, et Hermione n'est pas là. Comment est-ce que je vais bien pouvoir rendre deux rouleaux de parchemin sur la Métamorphose des Animagi demain ? » Ron fit une pause au milieu de sa tirade pour reprendre son souffle, et lança un regard accusateur à Harry. « Tu aurais quand même pu me le rappeler ! » souffla-t-il, se jetant en arrière sur sa chaise, exaspéré.

Harry ne lui répondit pas. Il attendit, mais le silence se prolongea. Il cligna des yeux. Il y avait quelque chose qui manquait, mais il n'arrivait pas à mettre la baguette sur ce que c'était.

Ron continua à se plaindre. « J'aurais voulu qu'Hermione soit là, » regretta-t-il. « Jamais elle ne m'aurait laissé oublier mes devoirs. »

Hermione. Voilà. Ce qui manquait à cette soudaine tirade de Ron, c'était la réprimande habituelle d'Hermione. Ce qui manquait, c'était Hermione.

Harry s'était rendu compte il y avait longtemps que ce qui le liait à Ron et Hermione, c'étaient les vestiges de son ancienne personnalité, qu'il retrouvait en eux. Ron était l'ami joyeux et rieur, sur lequel il pouvait compter pour l'inciter à enfreindre les règlements de l'école, alors qu'Hermione était la voix de la raison qui contrebalançait la tendance de Ron à l'insouciance. Tous les deux, ils étaient complémentaires, et ils fournissaient à Harry le soutien dont il avait besoin pour affronter les problèmes que la vie mettait sur sa route.

Hermione n'était pas là pour le moment, et Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait faire pour qu'elle revienne. Il savait que Ron seul ne pourrait pas encaisser la gravité de la prophétie ; seul, un de ses deux amis n'était pas aussi fort que tous les deux ensemble. Et puis, ils auraient besoin d'en discuter entre eux dans son dos, et de répéter à l'avance la discussions qu'ils auraient ensuite avec lui. Ça s'était déjà produit auparavant, quand ils pensaient encore que Sirius était un criminel, et qu'ils avaient essayé de l'empêcher de se lancer à la poursuite de son parrain. Ils avaient besoin de gérer cette situation tous les trois ensemble. Il attendrait qu'Hermione revienne avant de dire quoi que ce soit.

Hermione, reviens vite. On a besoin de toi. J'ai besoin de toi.

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Les yeux du Seigneur des Ténèbres brillèrent de colère, comme deux joyaux écarlates dans un océan d'obscurité. Il n'était pas content, pas content du tout. La Sang de Bourbe qu'il avait espéré pouvoir utiliser à la fois comme appât et comme arme était maintenant hors d'atteinte pour lui, parce qu'elle n'appartenait plus à son serviteur. Evidemment, il pourrait toujours imaginer d'autres moyens de piéger Potter, mais utiliser la Sang de Bourbe aurait été plus amusant. Severus était un imbécile de l'avoir laissé s'en aller, et le Seigneur des Ténèbres avait horreur des imbéciles.

« Malefoy, Bella, » siffla-t-il. « Emmenez cet imbécile. Faites ce que vous voulez de lui, mais qu'il reste en vie. Il me servira peut-être encore à l'avenir. »

Deux silhouettes se dégagèrent de la masse de masques et de capes sombres, et s'inclinèrent de concert. La silhouette recroquevillée au sol rampa pour embrasser le rebord de la robe de Voldemort. « Vous êtes clément, Monseigneur, » balbutia Severus. Il lutta pour contrôler le tremblement de ses muscles endoloris. « M-merci. »

Voldemort n'accorda pas même un regard au Maître de Potions de Poudlard. Se retournant dans un ample mouvement de robes, il disparut, déclenchant une vague de 'pop', le reste des Mangemorts Transplanant après la fin tacite de cette Assemblée. Severus leva les yeux, résigné, pour voir la lueur dans l'œil de Malefoy, et l'expression de maniaque qu'affichait celui de Bellatrix Lestrange. La nuit promettait d'être longue.