Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Missybewitched.

18. Squelettes et échiquiers.

Hermione savait que le jour viendrait où ses actions irréfléchies dans le passé viendraient la hanter. Elle savait, à la seconde où elle avait permis à Severus d'entrer dans son cœur, que les répercussions qui découleraient de cette interférence dans le Temps seraient amères et douloureuses. Ayant été strictement mise en garde par McGonagall au cours de sa troisième année sur les responsabilités qu'on endossait quand on voyageait dans le temps, elle savait sans l'ombre d'un doute qu'un jour elle récolterait les conséquences de cette décision malavisée. Mais même sachant tout cela, elle n'avait pas pu résister à l'offre que Severus lui avait faite plusieurs mois auparavant – la chance de pouvoir aimer, et d'être aimée en retour. Elle avait laissé ses propres sentiments influencer ses raisonnements, modifier ses actions, et maintenant, Hermione savait qu'elle allait être en première place pour découvrir combien le Temps pouvait être cruel à ceux qui désobéissaient aux règles qu'il avait établi de longue date.

Elle détourna la tête. Toutes ces histoires de courage des Gryffondor, c'était n'importe quoi ; Hermione savait qu'elle ne pourrait pas supporter de voir le visage de Severus au moment où elle lui répondrait ce qu'elle devait répondre. « Tu sais que je vais refuser, Severus. Je suis déjà mariée, » murmura-t-elle avec obstination. Son cœur se serra à lui faire mal quand elle entendit Severus inspirer brièvement, mais elle tint bon quand même. Elle avait joué avec le Temps, et elle avait perdu. Elle ne prendrait plus jamais un tel risque. Plus jamais.

« Divorce, » répliqua immédiatement Severus. Il y avait une légère pointe d'autorité dans la façon dont il prononça le mot.

Hermione laissa échapper un rire sec et amer. Divorcer de son mari ? Divorcer de Severus Snape ? C'était d'une telle ironie. Et la façon dont les similarités de réaction entre son mari et celui qu'il avait été se manifestaient en ce moment ne faisaient que montrer combien tous les deux ils étaient semblables. Qu'elle s'en rende compte à ce moment précis était à la fois hilarant, et pas drôle du tout. « C'est un homme très fier, Severus, » finit-elle par dire. « Je ne crois pas qu'il accepterait très bien d'être repoussé. »

Severus ricana. « Et tu crois que moi je vais apprécier ? »

L'avertissement qui transperçait dans le ton de sa voix glaça l'air de la pièce. Hermione laissa échapper un soupir de frustration et de défaite. Quel genre de réponse est-ce qu'elle pouvait donner à une question pareille ? Severus était déjà en colère, et elle était exaspérée par la tournure que prenait les choses. Tout ce qu'ils allaient pouvoir dire à cet instant serait au mieux blessant, et au pire carrément destructeur.

Hermione savait depuis le début que cette relation ne serait jamais facile ; il y avait trop de problèmes qu'il leur faudrait affronter, trop de squelettes qu'il aurait fallu faire sortir des placards dès le début. Une relation de couple normale pouvait probablement supporter un ou deux secrets, mais ils étaient loin d'être un couple normal au départ. Comment auraient-ils pu l'être, quand deux personnes d'époques différentes n'étaient jamais supposées se rencontrer, et encore moins tomber amoureuses ? Elle avait expliqué à Harry une fois que les sorciers et sorcières qui interféraient avec le temps pouvaient finir par tuer leurs incarnations futures ou passées. Il était fort peu probable qu'Hermione rencontre l'enfant qu'elle était, toujours ignorante de ses capacités magiques, mais ça ne voulait pas dire que son cœur pourrait survivre une fois privé de ce qu'elle n'aurait jamais dû lui faire goûter.

La question de Severus était toujours dans l'air, et il y avait bien longtemps que cette confrontation aurait dû avoir lieu. Hermione se dit qu'elle ferait tout aussi bien de crever l'abcès maintenant, pendant qu'il était toujours en colère. De cette façon, elle saurait exactement ce qu'il y avait dans le crâne de Severus, parce qu'à en croire son expérience, un Severus en colère était un Severus sincère. Il risquait d'être brutal dans ses paroles, mais c'était ce qu'elle voulait, non ? Qu'ils arrêtent de tourner autour du pot, parce que les squelettes demandaient à sortir de leurs placards pour être enterrés une bonne fois pour toutes.

« Non, » répondit-elle d'une voix posée. « Je ne pense pas que tu apprécieras toi non plus. » Hermione savait très exactement ce que cette admission calme provoquerait chez le sorcier qui lui faisait face, et elle le regarda, impassible, alors que les nuages noirs s'agglutinaient progressivement autour de lui. « Severus, il faut qu'on parle, » poursuivit-elle rapidement, avant que son courage ne l'abandonne. Hermione tressaillit en reprenant cette phrase familière ; elle avait déjà prononcé exactement les mêmes mots auparavant. « Tu attends probablement des réponses. »

Severus croisa les bras et s'appuya nonchalamment contre le mur. Il lui adressa un bref signe de tête, pour lui signifier qu'il l'avait entendue, ou qu'il était d'accord, elle n'aurait su dire. Le Maître de Potions était un homme secret, et Hermione doutait qu'il change dans le futur proche. Néanmoins, elle avait disposé les pièces sur l'échiquier, et ouvert la partie. C'était à son tour de jouer, et Hermione ne doutait pas qu'il se montre extraordinairement digne de l'occasion.

« Dis-moi, Mel, » demanda-t-il de sa voix soyeuse. « Est-ce qu'il a jamais été dans tes intentions que cette… » Il marqua une pause, le temps de trouver un mot approprié pour décrire leur relation, « …chose entre nous ait un avenir ? Ou est-ce que tu t'es dit que tu pourrais jouer avec moi, et t'en tirer ? »

Chose ? Il appelait leur relation une 'chose' ? Hermione ravala un ricanement. Vraiment, à quoi est-ce qu'elle avait bien pu s'attendre ? C'était l'homme qui lui dirait un jour qu'il ne pourrait jamais l'aimer parce qu'elle n'en 'valait pas la peine'. Ses sarcasmes n'étaient pas encore aussi blessants pour le moment qu'ils le deviendraient avec le temps, mais Hermione sentit néanmoins le coup porter. Après tout, une épée émoussée restait une épée.

« Je n'ai pas réfléchi, Severus… nous n'avons pas réfléchi du tout quand nous nous sommes lancés la tête la première dans cette relation, » lui répondit Hermione avec mordant. « Et je n'ai jamais joué avec toi. Je pensais que tu savais au moins ça. » Sa dernière phrase était emprunte de douleur. Est-ce que c'était vraiment l'opinion qu'il avait d'elle ?

Severus continua, comme s'il n'avait même pas entendu ce qu'elle venait de dire. « Moi, Lupin, et même Malefoy. Tu nous as tous embobinés, tu crois nous tenir au creux de ta main, pas vrai ? » insinua-t-il avec méchanceté. Hermione était bouche bée, surprise au delà de tout ce qu'elle avait pu imaginer. Elle se rendait à peine compte que sa bouche bougeait sans qu'elle ne la contrôle, alors qu'elle essayait vaillamment d'accuser le coup. Hermione avait l'impression de ressembler à une carpe. Avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit, Severus avait quitté le mur contre lequel il avait pris appui, pour marcher vers elle d'un air nonchalant. Et quand il reprit la parole, elle se dit qu'il ressemblait à un inconnu essayant de bavarder de tout et de rien. « Au fait, par simple curiosité, quel but espérais-tu atteindre en faisant ça ? » Il tendit la main, lui caressa le visage avec une douceur qui contredisait le venin sous-jacent de sa voix.

Hermione fit involontairement un pas en arrière, mais se rendit compte qu'elle ne pouvait pas s'éloigner, Severus lui avait attrapé les poignets d'une prise douloureuse. « Lâche-moi ! » siffla-t-elle, essayant de se dégager. « Je ne sais pas à quoi tu joues, mais je ne vois pas ce que Remus a à voir avec tout ça. C'est simplement un ami, un de mes très bon amis. Et Malefoy ? » Hermione laissa échapper un rire amer. Est-ce que Severus était jaloux de Malefoy ? « Severus, je n'en ai rien à faire de ce sinistre personnage ! »

Severus ne donna pas la moindre indication qu'il l'avait entendue. Avant qu'Hermione ne comprenne ce qui était en train de se passer, des lèvres froides se posèrent sur son cou, déposant des baisers qui lui donnaient la chair de poule. « Tu es la seule sorcière que je veuille épouser, Mel, je t'en fais la promesse. » Hermione tressaillit alors qu'il lui mordillait l'oreille. Elle n'était pas sûre que les battement de son cœur, qui cognait à tout rompre dans sa poitrine, ne soient dus qu'à cette tentative de séduction de la part de Severus. Il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qui clochait, et qui la terrifiait. Sa peur s'intensifia encore quand il continua, « Je vais te le demander une dernière fois. Divorce de lui, et reste avec moi. »

Ses mots ramenèrent brutalement Hermione à la réalité. Non, non, non ! Ça n'allait pas du tout ! Elle s'écarta de lui. « Non, Severus, » dit-elle, aussi fermement que sa respiration hachée le lui permettait.

Severus fit un pas en arrière, ses yeux luisant de furie glacée. « Très bien, » dit-il sans passion. « Je ne vais pas insister. Quand tu retourneras finalement en France, surtout ne m'oublie pas. Je détesterais que tu aies la conscience tranquille. »

Hermione s'avança vers lui, tendit le bras. Elle avait besoin de lui expliquer, il fallait qu'elle lui fasse comprendre. Elle voulait tout lui dire, faire disparaître la douleur qui se lisait sur son visage, et qu'il mettait tant de cœur à dissimuler derrière son fameux mauvais caractère. Peu importaient les règles sur les voyages temporels, elle les avait déjà brisées pour la plupart, elle n'en était plus à une près. Mais Severus s'éloigna d'elle, et la brèche dans son cœur qu'elle pensait que les mois avaient colmaté commença à se rouvrir.

« Sors d'ici, fillette ! » lui lança-t-il sèchement. D'un geste de la main, il ouvrit la porte d'acajou de l'infirmerie, et Hermione se sentit propulsée dans cette direction. « J'aimerais prendre du repos avant de devoir faire face aux élèves dans la matinée. Je ne sais pas d'où me vient ce mal de crâne, mais il réclame toute mon attention, et je n'ai pas besoin de ta présence ici. »

Les hurlements qu'elle avait entendus plus tôt dans la soirée reparurent à plein volume quand Hermione franchit le seuil. Cette fois-ci, ils l'attirèrent. Hermione se débattit, essayant de se dégager de la poigne fantomatique du sort de Severus. Son cœur battait à tout rompre alors qu'elle fronçait les sourcils, essayant d'analyser la sensation étrange. L'impression que tout allait de travers imprégnait l'air tout autour d'elle, lui chatouillant la peau, et lui gelant les entrailles. Elle se demanda vaguement si Severus la ressentait lui aussi.

&&&&&

Severus regarda, impassible, Mel se débattre pour échapper à son sort. Il la regarda sans ciller alors que la terreur emplissait son regard. Il y eut une secousse, et son contact invisible avec le corps de Mel fut rompu. Le flegme de Severus en fut quelque peu troublé, mais il ravala l'inquiétude qu'il ressentait malgré tout pour elle. Il était trop dépité pour y accorder de l'attention.

Tout se figea. Puis, soudainement, une violente explosion résonna dans l'infirmerie. Instinctivement, Severus leva les bras devant son visage pour se protéger des éventuels débris. Un éclair aveuglant de lumière blanche remplaça les douces flammes jaunes des bougies qui éclairaient la pièce, et il dût fermer les yeux de toutes ses forces. La lumière s'estompa enfin, et fut remplacée par un silence déconcertant. Severus ouvrit les yeux, et baissa prudemment les bras, fixant désespérément le seuil de la pièce.

Sous ses yeux, il n'y avait plus rien.