Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de missybewitched.
20. Le lendemain matin.
L'odeur familière du désinfectant lui montait à la tête, droguant ses sens tout en le réveillant de son état d'inconscience. Severus réalisa, à travers le brouillard épais de son esprit, qu'il se retrouvait une fois de plus dans l'infirmerie de Poppy. Génial. Qu'est-ce qui lui était arrivé cette fois ? Qu'est-ce qui s'était passé de suffisamment sérieux pour lui valoir une autre visite à la Médisorcière de Poudlard ? Il était toujours dans les vapes à cause des effets de ce qu'il reconnaissait comme un Philtre Somnifère, et il avait beau essayer, mais il ne se souvenait de rien. Severus tenta de se redresser dans son lit afin de s'asseoir, mais il avait l'impression d'avoir un poids terrible sur la poitrine, et ses bras étaient toujours faibles. Il retomba lourdement sur le lit. Il reconnaissait les effets secondaires d'un tranquillisant ; Poppy les lui avait décrits une fois comme d'avoir 'un Hagrid saoul endormi avec une jambe sur ton torse'. Elle n'était pas si loin du compte, mais Severus était d'avis que cette fois, il y avait peut-être mis les deux jambes, et un bras pour faire bonne mesure.
Severus fixa un moment le plafond sans le voir, avant de sentir qu'une paire de mains fantômes lui prenaient doucement les épaules pour le soulever et l'aider à s'asseoir. Severus fronça les sourcils, contrarié. Il avait horreur d'avoir besoin d'aide physiquement, surtout quand il n'avait pas spécifiquement accepté qu'on le touche. Personne d'autre que le Directeur ne se serait autorisé à manipuler Severus d'aucune façon sans avoir obtenu son accord préalable. Il n'était pas difficile de deviner qui était avec lui dans l'Infirmerie en ce moment.
Severus lutta pour se maintenir en position assise ; méprisant sa dépendance manifeste envers quelqu'un d'autre. « Monsieur le Directeur, » croassa-t-il en manière de salutation quand Dumbledore émergea du coin quelconque de l'Infirmerie où il était caché. Albus le salua d'un signe de tête, et fit un geste de la main en direction des fenêtres, ouvrant ainsi les rideaux. Severus plissa les yeux et grimaça lorsque la lumière emplit la pièce auparavant plongée dans l'obscurité.
« Comment est-ce que tu te sens, mon garçon ? » demanda gentiment Albus. Severus ricana, amusé que le Directeur ne manque jamais de lui poser cette même question à chaque fois. Il n'avait pas besoin d'y répondre à voix haute, parce qu'Albus en connaissait d'avance la réponse. Il posa donc la question qu'il avait à l'esprit.
« Qu'est-ce qui c'est passé, Dumbledore ? »
Dumbledore conjura calmement plusieurs fauteuils avant d'en trouver un qui soit à sa convenance, et s'assit. Impatient, Severus leva les yeux au ciel, malgré la douleur fulgurante qui lui traversa la tête et lui fit siffler les oreilles. Encore un fauteuil de chintz. Apparemment, il y avait un moment dans la vie ou l'on cessait de s'émerveiller.
Albus expliqua. « Je crois que tu as de nouveau vu Voldemort la nuit dernière, » lui rappela-t-il, essayant de l'aider. Severus frissonna en entendant ce nom. Les souvenirs de la soirée précédente lui revinrent d'un coup en mémoire, lui fournissant l'explication de sa présence à l'Infirmerie. Mais il ne pouvait pas se souvenir, quoi qu'il fasse, du moindre détail qui pourrait expliquer comment il était revenu à Poudlard après qu'il ait perdu connaissance. Severus interrompit ses réflexions quand il réalisa enfin que Dumbledore attendait son rapport sur les événements de la nuit précédente. Il se renfrogna, et, obéissant, raconta son expérience.
« Le Seigneur des Ténèbres était absolument fou de joie que Miss Granger soit toujours introuvable, et qu'elle et moi soyons maintenant… » Severus fouilla sa cervelle pour trouver un mot pas trop écœurant pour décrire leur situation « …séparés, » choisit-il finalement. « Alors il a ordonné à Lucius Malefoy et à Bellatrix Lestrange d'organiser pour moi une petite soirée privée, afin que nous puissions faire la fête. » Severus eut un rire amer. « Malefoy et Lestrange ont bu à ma santé chacun à leur tour. Je crois bien que j'ai passé la soirée à rire à cœur-joie. D'ailleurs, j'en ai mal à la gorge aujourd'hui. Je crois que j'ai perdu connaissance après le vingt-deuxième verre, mais qui sait ? Ce n'était peut-être que le troisième. Mes deux amis sont extrêmement généreux, ils ne servent toujours que ce qu'il y a de meilleur et de plus fort. Enfin, me voilà de retour. Aussi sobre que le Seigneur des Ténèbres l'a souhaité. » Il eut un sourire ironique. « Apparemment, mon destin n'était pas de mourir la nuit dernière. Alors que j'attendais ce moment avec tant d'impatience. Vraiment, quel dommage. »
Dumbledore claqua la langue. « Voyons, voyons, je ne veux pas t'entendre parler comme ça, Severus. Le Doloris ne doit pas être pris à la légère, et je suis heureux que tu sois de retour parmi nous. Poppy sera là d'un instant à l'autre, je crois. Je lui ai promis de la prévenir du moment où tu te réveillerais. Elle sera ravie de voir que tu es hors de danger. » Dumbledore sourit, et Severus se renfrogna. Poppy allait l'asticoter, et il faudrait qu'il la supporte s'il voulait pouvoir sortir de l'Infirmerie aussi vite que possible.
Maudit Dumbledore avec son exaspérant besoin de bavarder pour ne rien dire ! se dit Severus avec colère, avant de diriger la conversation sur le point qui l'intriguait depuis qu'il avait repris connaissance. « Qu'est-ce que je fais à l'Infirmerie ? Pourquoi est-ce que je ne suis pas encore à l'endroit où Malefoy et Lestrange m'ont abandonné ? Et n'essayez pas, » ajouta-t-il, menaçant, en voyant une étincelle briller dans le regard de Dumbledore, « de tourner autour du pot, Albus. Je ne suis pas d'humeur à le supporter, même de votre part. »
L'étincelle du regard du Directeur s'estompa rien qu'un peu, et il soupira. « Quelqu'un t'a ramené, Severus. »
Severus attendit, mais apparemment, Dumbledore était devenu des plus évasifs, et ne lui donnerait pas plus d'explications. Severus jura et, rejetant les couvertures, se leva de son lit, ne s'arrêtant qu'une seconde le temps de trouver son équilibre, avant de se mettre à faire les cents pas, furieux. « Sacrebleu, vieillard ! Qui est-ce que c'était ? Qui s'est montré suffisamment stupide pour entrer dans un cimetière en pleine nuit et se mettre à jouer les héros ? » Il se retourna pour foudroyer Albus du regard, cherchant à faire parler le Directeur. Dumbledore affichait une certaine retenue, et Severus fronça les sourcils, pensif. Albus savait quelque chose à propos de l'identité de son sauveteur, et il voulait en faire part à Severus. Cependant, quelque chose faisait qu'il était réticent à le lui dire directement. Mais qu'est-ce qui pouvait bien être si terrible pour que Dumbledore n'ose pas le lui dire de but en blanc, mais préfère le laisser aboutir tout seul à la conclusion ? L'esprit de Severus tournait à plein régime. Disparus, la fatigue et l'engourdissement qu'il avait ressentis plus tôt. Par qui dans le Monde Magique est-ce qu'il aurait le moins eu envie d'être sauvé ?
La réponse lui vint quasi-immédiatement, et il manqua de s'étrangler. « Potter, » siffla-t-il.
Dumbledore cilla. Son regard dansait joyeusement alors qu'il continuait à étudier le jeune sorcier qui se tenait devant lui. Severus le fixait avec colère. Pas Potter, donc. Loué soit Merlin ! Il n'aurait pas survécu à l'humiliation de devoir sa vie encore une fois à un Potter. Il aurait encore préféré aller demander un autographe à Gilderoy Lockhart.
Dumbledore finit par rompre le silence. « Calme-toi, Severus. Nous sommes à l'Infirmerie. Tu n'es pas le seul patient ici qui ait besoin de prendre du repos. » Il inclina la tête en direction du lit entouré de rideaux épais, dans le coin le plus au fond de la pièce possible.
Severus fixa une fois de plus le Directeur, essayant de comprendre le message caché dans les commentaires apparemment anodins de Dumbledore. S'il avait désigné ce lit en particulier, alors la personne qui qu'elle soit qui avait été impliquée dans le sauvetage d'hier devait être cachée derrière ces rideaux. Severus avança jusqu'à ces rideaux, marquant une courte pause pour prier de ne pas trouver un Weasley derrière.
« Severus, » dit Dumbledore. Severus tourna légèrement la tête, pour accorder toute son attention au Directeur. « Je vais te laisser satisfaire ta curiosité, mais je veux ta parole que tu ne feras rien pour réveiller cette personne. Toutes les questions que tu pourras avoir, et je ne doute pas que tu en aies, nous en discuterons en toute tranquillité dans mon bureau. Est-ce que c'est compris ? » Severus acquiesça impatiemment, écarta le rideau, et découvrit avec horreur et incrédulité la silhouette féminine étendue sur le lit.
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Ron fut réveillé sans ménagement de son sommeil de plomb par un ronronnement incessant dans son oreille droite. « Va-t-en, Pattenrond, » marmonna-t-il, se tournant de l'autre côté, et écrasant un oreiller au dessus de sa tête pour couvrir le bruit. Pattenrond avait élu résidence dans le dortoir des garçons de septième année quand Hermione avait emménagé dans les cachots, et la boule de poils orange dormait alternativement dans les lits de chacun des garçons. Ces derniers temps, cependant, Pattenrond avait une préférence pour le lit du rouquin. Ron n'avait en général rien contre les habitudes matinales de l'animal (habitudes qu'il supposait que le demi-fléreur avait acquises en vivant avec Hermione), mais cette fois, le chat l'avait interrompu au milieu d'un rêve où figurait sa meilleure amie. Ron ferma les yeux, essayant d'ignorer l'animal qui sifflait maintenant, et savoura le souvenir de la douceur du corps d'Hermione entre ses bras, profitant dans son rêve de ce qu'il ne pouvait pas avoir dans la vie.
Ron en pinçait pour Hermione depuis sa quatrième année, mais une discussion maladroite et embarrassante avec Ginny l'année suivante l'avait convaincu d'attendre un signe (éventuel) de la part d'Hermione avant de faire la moindre tentative de passer avec elle à un autre genre de relations, parce qu'il risquait de tout perdre autrement, à cause de sentiments qu'Hermione ne partagerait pas. Alors il avait attendu. Finalement, Hermione avait épousé leur professeur, et il n'avait pu que saigner en silence, d'abord sous sa colère et son indignation, puis, quand les choses s'étaient calmées, sous son masque de garçon heureux. Il avait ressenti une pointe d'espoir quand cette 'saleté de Ministère' avait annulé le mariage d'Hermione, mais elle avait été aussitôt éteinte par le fait qu'une de ses meilleures amies était maintenant 'présumée morte'.
Ron soupira et commença à sombrer dans un demi-sommeil quand une vive douleur lui transperça l'avant-bras gauche. Toute trace de sommeil disparut alors que Ron se mettait hurler de douleur et de colère, secouant frénétiquement la main, essayant désespérément de faire lâcher prise à Pattenrond. Le chat tomba au sol, et commença à alternativement siffler et en regardant le rouquin, et griffer le couvercle du coffre de Harry. La voix de Seamus s'éleva pour leur demander de 'bien vouloir arrêter ce boucan au nom de Merlin !'
Ron jeta un regard mauvais à la silhouette étendue de Seamus, avant de plisser les yeux en direction de Pattenrond. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Le chat ne montrait pas en général de pareils signes d'agressivité ; le seul moment où il se conduisait de cette façon, c'était quand il avait Croûtard dans le collimateur. Mais le rat ne pouvait pas être suffisamment stupide, ni suffisamment courageux, pour mettre les pieds à Poudlard une seconde fois, n'est-ce pas ? La curiosité prit le dessus, et dissipa momentanément sa colère contre Pattenrond. Ron sortit de son lit, et alla se pencher sur celui de son ami. « Harry, hé, mec, » dit-il, lui secouant vivement l'épaule, « ça t'ennuie pas si Pattenrond et moi on jette un œil dans tes affaires ? » Harry grogna, et Ron interpréta ça comme un consentement. Des années à vivre aux côtés de Harry lui avaient appris à décoder les bruits les plus incongrus que pouvait émettre son ami. Il ouvrit le coffre, et avait à peine fait un pas en arrière que Pattenrond se jetait dedans et commençait à jouer des griffes au milieu des possessions de Harry. Ron se dépêcha de récupérer la Cape d'Invisibilité qui était sur le dessus avant que le demi-fléreur n'en déchire le matériau délicat.
Après ce qui sembla à Ron durer une éternité Pattenrond trouva finalement ce qu'il cherchait. Le chat attrapa un morceau de parchemin jauni et sauta hors du coffre de Harry, déposant aux pieds du rouquin ce que Ron reconnut comme la Carte des Maraudeurs, avant de lever les yeux vers lui, attendant clairement quelque chose. Ron écarquilla les yeux. Mais Merlin, qu'est-ce que le chat pouvait bien essayer de lui dire ? Ramassant la carte, Ron retourna jusqu'à son propre lit, et récupéra non sans mal sa baguette coincée sous ses couvertures et plusieurs morceaux de parchemin. Regardant de nouveau le chat, il vit que Pattenrond fixait attentivement la carte vierge qu'il avait posée sur le lit. Faisant fi de ses hésitations, Ron pointa sa baguette vers le parchemin en murmurant, « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »
Pattenrond sauta sur le lit alors que les mots familiers apparaissaient sur le parchemin. Ron tendit la main pour prendre la carte, mais s'abstint finalement quand Pattenrond lui décocha un coup de patte. Ron se renfrogna, contrarié que le chat roux, tout comme sa propriétaire, soit un Monsieur Je-Sais-Tout, et se montre tellement protecteur de tout ce qui ressemblait à un livre. Il s'assit, et laissa l'animal faire ce qu'il voulait de la carte.
Ron leva les yeux au ciel, exaspéré, en voyant le chat étudier la carte avec attention. « Tu es un chat intelligent, Pattenrond, » marmonna-t-il, « mais pas autant que tu le crois. Tu te mets la patte dans l'œil si tu crois que tu peux comprendre ce qui est écrit sur cette carte. »
Pattenrond leva la tête et adressa à Ron un regard mauvais. Ensuite, faisant le dos rond, il se mit à tourner lentement sur la Carte du Maraudeur, sans arrêter de regarder Ron d'un air à la fois supérieur et plein de pitié qui rappela fortement Hermione au rouquin. Finalement, une fois qu'il eut fini de faire passer son message, Pattenrond tendit une de ses pattes avant vers un point de la carte, et Ron se pencha avec réticence pour voir ce qu'il indiquait. Il écarquilla les yeux en reconnaissant le nom qu'il lut à l'Infirmerie. Il sauta au bas de son lit, et se précipita vers celui de son meilleur ami. Il lança d'une voix qui tremblait un peu, « Harry, debout ! On va à l'Infirmerie ! Tout de suite ! »
