Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de missybewitched.

21. Questions…

Hermione avait dit une fois que tout le monde n'avait pas la capacité émotionnelle d'une cuillère à café. C'était tellement vrai. Certaines personnes en ont une plus grande, elles sont capables de ressentir l'équivalent d'une cafetière entière d'émotions sans pour autant exploser. D'autres ont une capacité moindre encore, elles ne peuvent gérer qu'une ou deux émotions à la fois avant de craquer sous le stress que cela représente. C'était une observation avisée de la part d'Hermione d'identifier un tel concept. Cela suggérait qu'elle était consciente de ses propres sentiments, et, armée de cette connaissance, elle avait les compétences nécessaires pour gérer des émotions contradictoires.

Cependant, tout le monde n'est pas aussi à l'écoute de ses sentiments que Miss Granger. Une myriade d'émotions tourbillonnant si rapidement dans l'esprit de quelqu'un peut lui donner le vertige. Severus vacilla alors que les émotions, familières comme étrangères, prenaient d'assaut son corps convalescent. Il se pencha en avant et s'agrippa au cadre du lit pour se stabiliser, essayant de se remettre de son choc, et rapprochant par ce geste son visage de celui qu'il n'avait pas vu depuis tant d'années. Le cœur serré à lui en faire mal par des émotions qu'il croyait disparues depuis longtemps, Severus tendit doucement la main, et caressa le visage de Mel.

C'était étrange. Pendant toutes ces années, quand il avait bu un verre de whisky Pur Feu de trop, Severus s'était laissé aller à imaginer leurs retrouvailles. Il s'était imaginé le pardon des erreurs du passé, et le bonheur pur et simple qu'ils ressentiraient tous les deux. Mais maintenant, une fois dissipée la première incrédulité que provoquait son retour, il ne pouvait empêcher le regret et la culpabilité de se mêler à sa joie réservée. Il avait passé bien des nuits solitaires à réfléchir aux conséquences de ses actions. Comment est-ce que les choses se seraient passées s'il ne l'avait pas repoussée cette nuit-là ? A quel point est-ce que les choses auraient pu être différentes s'il n'avait pas été dévoré par sa jalousie à propos de l'attirance que Malefoy ressentait pour elle ? Est-ce qu'elle aurait répondu oui s'il l'avait demandé en mariage convenablement, au lieu de lancer maladroitement la question au petit bonheur la chance ?

Severus mit un terme à ses ressassements. Les regrets ne servaient à rien, et la culpabilité ne l'aiderait pas. Mel était revenue maintenant, et c'était tout ce qui importait. Elle semblait pâle, et il y avait de lourdes poches sous ses yeux. Severus eut l'impression qu'elle souffrait d'une façon ou d'une autre, malgré les effets engourdissants sur la douleur de son inconscience. Il fronça les sourcils. Est-ce qu'elle avait été blessée en essayant de le sauver ? La petite sotte ! Et d'abord, pourquoi est-ce qu'elle s'était trouvée là ? Severus réfléchissait furieusement, l'amant énamouré laissant place à l'espion calculateur. Mel avait disparu depuis si longtemps, pourquoi est-ce qu'elle reparaissait justement maintenant ? Severus laissa son regard vagabonder, et s'arrêta sur la table de chevet, remarquant une chose qu'il n'avait pas vue auparavant. Le collier qu'il lui avait donné il y avait toutes ces années était posé sur cette table, au dessus de ce qu'il reconnut comme la robe qu'elle avait portée pour la soirée des Malefoy. Sa suspicion augmenta. Toute cette situation ressemblait de plus en plus à un stratagème malhabile pour mettre à mal son travail d'espion. Est-ce qu'elle était elle-même une espionne envoyée à Poudlard pour réunir des informations pour le Seigneur des Ténèbres ? Le combat contre Voldemort gagnait en intensité, et l'Ordre ne pouvait pas se permettre le moindre désavantage. Mel avait toujours été plus que ce qu'elle semblait être. Est-ce qu'elle était un risque pour eux tous ?

Une main se posa doucement sur son épaule. A regret, il quitta Mel des yeux et se retourna vers le Directeur. « Tu vas finir par la réveiller avec ton regard si intense, Severus, » dit doucement Dumbledore. « Viens jusqu'à mon bureau, et je vais voir si les elfes de maison peuvent nous trouver du jus de citrouille. Et si nous nous dépêchons, Poppy ne s'apercevra pas que tu t'en vas avant que tu ne sois effectivement parti. »

Severus afficha une grimace de dégoût : le Directeur de Poudlard avait toujours tendance à se comporter comme un première année dans sa propre école. Mais oui, il voulait des réponses, et il les voulait tout de suite. Il alla jusqu'à son lit pour récupérer ses robes noires soigneusement pliées auprès de son lit. Juste au moment où il passait le vêtement familier par dessus sa tête, un bruit de cavalcade résonna bruyamment dans le couloir hors de l'Infirmerie, avant que la porte ne s'ouvre à la volée, cognant avec fracas contre le mur. Severus jeta un regard inintéressé aux deux jeunes hommes qui reprenaient bruyamment leur souffle et se dirigea vers la sortie de l'infirmerie.

« Hermione, » dit finalement Harry, d'un ton bas, dangereux. Severus fit volte-face brutalement, mais fut satisfait de constater qu'il avait réussi à dissimuler à temps sa surprise et ses réticences au fait que Harry mentionne son nom en sa présence. Elle était un sujet de conversation que Potter évitait quand il était dans les parages, préférant discuter de ses inquiétudes à son sujet quand il était seul avec le Directeur. Severus était un être de routine. Il n'aimait pas qu'on change ses habitudes, particulièrement quand ledit changement le concernait. Et quelque chose dans le ton de Potter le contraria ; il lui avait parlé comme s'il s'attendait à ce que Severus lui donne des réponses. Severus eut un rictus moqueur. Quel gamin arrogant. Il allait le frapper là où ça lui ferait le plus mal, juste pour réaffirmer son autorité sur le garçon, et écraser dans l'œuf cette attitude présomptueuse. « Cinquante points de Gryffondor, Potter, » annonça-t-il tranquillement, « pour m'avoir fait perdre du temps en parlant pour ne rien dire. »

Les doigts de Harry se recroquevillèrent dangereusement près de la poche de ses robes. Ses yeux lancèrent un éclair malveillant à l'adresse de son professeur de potions, et il aurait probablement attaqué Snape si Ron ne lui avait pas donné un coup de coude qui l'avait fait sortir de l'état dans lequel sa colère l'avait mis. Délibérément, Harry se détourna pour faire face à Dumbledore. « Nous savons qu'Hermione est là, professeur, » insista-t-il. Severus eut un reniflement amusé. Le gamin perd la tête. Enfin ! Ça doit être à cause de la cicatrice.

Dumbledore regarda Harry d'un air grave. « La patiente n'est pas en état de recevoir des visites, Harry. »

Severus regarda Dumbledore avec attention. C'était une drôle de formulation, même pour le Directeur. Pourquoi est-ce qu'il ne lui disait pas tout simplement que non, Miss Granger n'était pas dans l'Infirmerie ? Est-ce que la petite impertinente était là maintenant, cachée derrière les rideaux d'un autre lit ? Severus avait l'impression qu'une information cruciale lui manquait, et il avait horreur de ne pas savoir. Il était grand temps qu'il ait avec le Directeur la petite discussion qu'il lui avait promise. Severus s'éclaircit la gorge, feignant l'impatience. « Potter, » reprit-il d'un ton sourd, « le Directeur et moi avons des choses plus importantes à faire que de rester là à échanger des amabilités avec vous, aussi bonne que puisse être l'opinion que vous avez de vous-même. Disparaissez, et laissez les adultes s'occuper des problèmes. »

Harry se figea, en colère. L'adolescent maussade et sujet aux sautes d'humeur de sa cinquième année n'avait pas réellement disparu alors qu'il entrait dans les dernières étapes de la puberté. Au lieu de ça, il s'était recroquevillé comme un serpent dans un recoin oublié en Harry, pour sortir son affreuse tête quand les doutes et les insécurités l'assaillaient. Il s'était déjà fait prendre dans cette toile de mensonges et de semi-vérités auparavant, et le prix qu'il avait payé pour cela avait été la mort de Sirius. Il ne referait pas cette erreur. Plus jamais. Dumbledore lui avait promis après cette nuit qu'il lui 'dirait tout'. Mais apparemment, Snape, ce connard graisseux, n'était pas d'accord avec ça. Néanmoins, Harry se battrait pour avoir le droit d'être inclus dans tout, absolument tout ce qui le concernait. Il répondit d'une voix glaciale, « La dernière fois que les adultes se sont occupés du problème, six élèves se sont retrouvés au Département des Mystères. » Derrière lui, Ron tressaillit. Le rouquin tendit la main et pressa doucement l'épaule de son meilleur ami. « Allez, Harry. Hermione a besoin de se reposer. On peut toujours revenir plus tard. »

Severus plissa les yeux, désapprouvant l'attitude de Potter. Le gamin se débarrassa d'un haussement d'épaules de la main de Weasley qui le retenait, et traversa la pièce d'un pas décidé pour approcher du lit protégé par les lourds rideaux. Impulsivement, Severus fut saisi d'un sentiment protecteur qui lui fit faire un bond en avant pour intercepter Potter, lui attrapant le bras sans ménagement pour l'écarter du lit de Mel.

« Sortez de là ! » siffla-t-il, les dents serrées. « Je retire cent points à Gryffondor ! Une semaine de retenue ! »

Il n'y avait pas à se méprendre sur le sentiment de dégoût qu'ils éprouvaient l'un à l'encontre de l'autre, alors qu'ils se tenaient là, les yeux dans les yeux, défiant l'autre d'oser faire le premier mouvement. Une ligne avait été franchie aujourd'hui. Harry n'était plus le garçon qui serrait les dents et subissait sans broncher toutes les injustices que le Maître de potions faisait pleuvoir sur lui. Il cessait d'être le Garçon-Qui-Avait-Survécu, le garçon qui avait trompé la mort plusieurs fois parce que son destin était de survivre. Au lieu de ça, il devint le jeune homme qui était déterminé à se colleter avec le sort et à le retourner à son avantage.

Un petit grognement rompit la tension entre eux. Quelque chose bougea de l'autre côté du rideau. Les deux hommes tournèrent vivement la tête dans cette direction. Dumbledore, qui était demeuré un observateur passif pendant toute la confrontation, fit maintenant un pas en avant.

« Ça suffit ! » affirma-t-il fermement. « Je suis déçu d'être témoin d'un tel comportement dans l'Infirmerie. Severus, je te vois dans mon bureau dans une heure, et toi, Harry, je te parlerai ensuite. » Son regard sévère passa de l'un à l'autre. Severus lâcha à regret le bras de Potter, et ils firent tous les deux un pas en arrière.

Madame Pomfresh arriva à ce moment là, soufflant de colère. « Dehors ! » s'écria-t-elle, à deux doigts de crier. Harry tourna les talons et sortit avec Ron. Severus resta là où il était. Lui était un professeur de Poudlard, il avait parfaitement le droit de rester s'il en avait envie. Et puis, jusqu'à preuve du contraire, il était un patient de cette infirmerie. La matrone de Poudlard n'allait pas le laisser échapper à son regard aimant avant qu'elle ne le juge suffisamment remis pour partir. Poppy Pomfresh se retourna et s'adressa directement à lui. « Si tu es suffisamment en forme pour te disputer dans mon Infirmerie, Severus, » siffla-t-elle avec hargne, « tu es suffisamment en forme pour sortir d'ici tout seul. Laisse-nous, maintenant, il faut que je m'occupe de ma patiente. » Ceci dit, elle l'ignora complètement pour s'approcher du lit où Dumbledore discutait à voix basse avec la jeune femme.

Congédié par le Directeur et la maîtresse des lieux, il ne restait à Severus qu'une chose à faire. Il sortit.

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Dans ses cachots, Severus raya avec satisfaction toute la dissertation d'un première année sur les propriétés des écailles de dragon, prenant un immense plaisir à accorder une note en dessous de la moyenne à ce cornichon. Il était à la moitié du premier paragraphe de sa copie suivante quand il fut contraint d'abandonner cette tâche tant il était distrait. Jetant sa plume sur son bureau, il s'adossa au fond de son fauteuil, et fixa une brique du mur d'en face. Pourquoi est-ce qu'il s'était conduit comme un adolescent caractériel et s'était disputé avec Potter ? Il devait avoir été plus secoué par le retour de Mel qu'il ne l'avait pensé. Il n'y avait pas d'autre explication pour ce comportement manquant tellement de professionnalisme.

Il y eut un soudain 'Pschhh !' et Severus sursauta à ce bruit inattendu. Il se retourna, sa cheminée brillait d'un éclat vert caractéristique. « Qu'est-ce que tu fais là ? » lança-t-il à l'homme qui venait d'émerger des flammes.

« Je suis ravi de te voir moi aussi, » répondit Remus Lupin d'un ton aimable alors qu'il essuyait la suie verdâtre de ses robes usées.

« Sors de là ! » grommela Severus entre ses dents. L'attitude courtoise de Lupin disparut instantanément, ses yeux fatigués se firent plus noirs, et il serra les lèvres jusqu'à ce qu'elles ne forment plus qu'une ligne mince. Severus n'était pas surpris. Il avait toujours su que les manières du loup-garou n'étaient qu'une façade derrière laquelle se cachait la bête féroce qui était la nature même de cet homme.

« Je suis venu ici en premier parce que je voulais entendre ta version de l'histoire, Severus, » dit-il d'un ton pincé. « Harry m'a envoyé un hibou et je suis venu à Poudlard immédiatement. Il m'a dit qu'Hermione était de retour. » Il s'interrompit et essaya d'évaluer du regard l'autre sorcier. « Harry m'a également dit qu'il avait failli se battre avec toi. »

Severus ricana en entendant le nom de Potter. « C'est parce que Potter est un idiot. Sa petite copine n'était pas à l'Infirmerie. »

« Et ? »

« Et rien du tout. »

Lupin passa la main dans sa maigre tignasse, exaspéré. « Bon sang, Severus ! Si ce n'était pas Hermione, alors qui est-ce que c'était ? Pourquoi est-ce que Harry et Ron étaient tellement convaincus que leur amie était revenue ? Et 'rien du tout' n'explique pas pourquoi tu es ici en train de faire la gueule. »

Severus s'enfonça dans son fauteuil et croisa confortablement les jambes. « C'est intéressant que tu me demandes qui c'était, Lupin, » lança-t-il d'un ton moqueur. « Tu as toujours eu tendance à t'impliquer dans les affaires qui avaient trait à elle. »

« Elle ? » Remus sourcilla en entendant Severus souligner ce mot. Ça faisait maintenant treize ans que Severus, quand il prononçait ce mot sur ce ton, faisait référence à une femme et une seule. Remus réalisa ce qu'il venait d'entendre lentement, comme un caillou s'enfonçant dans la vase d'un marécage. Il ne pouvait pas croire ce qu'insinuait l'autre homme. « Mel est là ? Elle est revenue ? Mais comment ? »

Pschhh !

Le bruit soudain rompit le lourd silence qui suivit, annonçant l'arrivée d'un autre intrus encore dans ses cachots. Severus leva les yeux vers le Directeur qui émergeait de la cheminée, et répondit tranquillement à Lupin, « J'imagine qu'on ne va pas tarder à le savoir. »