Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de missybewitched.

23. Demain peut-être.

Cinq jours ! Cinq longues journées de questions et d'auscultations de la part de Madame Pomfresh avant que la Médisorcière de l'école ne permette à une Hermione en parfaite santé de rejoindre la civilisation, autrement connue comme le tourbillon d'activité qu'était Poudlard.

Hermione courut dans les couloirs déserts aussi vite que sa dignité le lui permit, se précipitant vers la Grande Salle. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas mangé à la table de Gryffondor avec ses amis, et elle était impatiente de les revoir enfin. Elle ralentit pour s'arrêter devant les portes fermées de la Grande Salle, l'adrénaline courant dans ses veines. L'odeur engageante d'œufs et de bacon lui parvenait depuis l'autre côté de la porte ; elle pouvait entendre la rumeur bruyante des conversations matinales de la population de l'école, accompagnée des cliquètements frénétiques des couteaux et fourchettes contre les assiettes, témoignant des efforts que faisaient les élèves pour consommer autant de nourriture que possible avant le début des cours. Quand elle entrerait, tout le monde s'arrêterait pour la regarder et chuchoter. Poudlard était une petite communauté très soudée. Tout le monde savait tout. Tout le monde serait au courant de ce qui lui était arrivé, et de ce qu'elle avait fait.

Soudain, la perspective de rester une journée de plus à l'Infirmerie semblait très attrayante.

Hermione essaya de réprimer la trépidation irrationnelle qui avait commencé à monter en elle. C'était Poudlard. Elle y était chez elle. Elle avait parfaitement le droit de prendre son petit-déjeuner dans la Grande Salle. Ses amis seraient ravis de la voir, et personne ne la dévisagerait. Personne ne connaissait son histoire à part certains professeurs et Harry et Ron. Et encore, ses amis ne connaissaient qu'une partie de la vérité. Prenant une profonde inspiration, Hermione entrouvrit l'une des portes et se glissa à l'intérieur.

Une fois de l'autre côté de la porte, Hermione faillit rire de l'importance qu'elle s'était accordée. Tout le monde était bien trop occupé par son petit-déjeuner et sa conversation pour remarquer qu'elle était entrée. Elle doutait que la plupart des gens se soient même rendus compte qu'elle avait disparu. Retrouvant sa confiance, elle se fraya un chemin vers la table qui était tacitement leur territoire réservé à Harry, Ron, et elle-même. Alors qu'elle approchait de la table, une fille au cheveux roux leva les yeux et, la remarquant, resta figée, sous le choc. Une seconde plus tard, Ginny se leva d'un bond de sa chaise pour courir vers Hermione en hurlant. Elle la serra dans ses bras à l'étouffer, et Hermione lui rendit cette embrassade tout aussi ardemment. Quelqu'un lui donna une tape sur l'épaule, et Hermione se dégagea des bras de Ginny pour se retourner. Une mer de visages souriants lui faisait face. Neville, Dean Thomas et Seamus Finnigan. Parvati et Lavande. Même Luna Lovegood. Et Harry et Ron, les meilleurs amis qu'elle ait au monde.

Hermione salua tous ses amis l'un après l'autre, au milieu des exclamations de « Tu nous a manqué ! » et « Où est-ce que tu étais ? » Luna la serra fort, expliquant avec un soulagement évident dans la voix, « J'avais si peur que tu n'aies été victime d'une attaque mortelle de Foup-Foup, Hermione ! C'est tellement difficile de trouver des orteils de Banshee de nos jours. Mais je suppose que tu as quand même réussi à en trouver, puisque tu vas bien… » Hermione remarqua à peine à quel point les déclarations de la Serdaigle étaient ridicules. Elle avait les yeux fixés sur l'homme au cheveux sombres assis à la table des professeurs.

Severus Snape lisait avec juste un peu trop d'attention sa Gazette du Sorcier du jour. Evidemment, Hermione n'était pas aussi discrète qu'elle avait d'abord espéré. En fait, se dit-elle en jetant un œil par dessus les épaules de ses amis, tout le monde est en train de remarquer les embrassades inhabituelles au milieu de la pièce. S'écartant doucement de Luna, Hermione suggéra qu'ils essaient de prendre ce qu'ils pourraient du petit-déjeuner dans le temps qu'il leur restait. Pendant ce temps, elle se proposait de leur raconter pourquoi elle avait dû retourner dans le monde moldu pendant plusieurs mois, et ce qu'elle avait fait pendant qu'elle était là-bas.

Alors que tout le monde s'asseyait autour d'elle, Hermione adressa à Ron et Harry un regard entendu. Plus tard, leur promit-elle, avant de commencer à raconter aux autres le mensonge qu'elle avait mis au point pendant son séjour à l'Infirmerie.

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Demain peut-être.

Hermione Snape – non, Hermione Granger était revenue à Poudlard depuis cinq jours. Il y avait cinq jours que toute la vérité s'était débobinée comme une pelote de laine entre les pattes d'un chaton. Quel beau gâchis ils avaient fait de tout ça. Severus avait été furieux en réalisant l'étendue de la supercherie d'Hermione, et, en conséquence, de Mel. Hermione avait su dès le début qui il était, et ce qu'il lui avait fait, et pourtant elle l'avait laissé s'attacher à Mel.

'Mel' ne l'avait pas détesté au premier regard. Est-ce qu'Hermione l'avait haï ? Severus n'en était pas sûr. Son ex-femme avait tenté de sauver leur mariage, bien que n'ayant aucune raison valable de le faire. Et après qu'elle soit devenue Mel, elle était parvenue à pardonner ce qu'il lui avait fait quand elle était Hermione, pour lui donner une chance d'être heureux avec Mel. Est-ce qu'il pourrait lui pardonner ?

Demain peut-être.

Severus tourna la page de la Gazette du Sorcier, et porta distraitement sa tasse de café à ses lèvres. Il fronça les sourcils quand l'une des élèves hurla. Un rat dans le jus de citrouille de la gamine, c'est ce sur quoi il parierait si Albus lui demandait son avis.

Pourquoi est-ce qu'Hermione lui avait pardonné ? Severus avait réfléchi à la question plus d'une fois, sans trouver la réponse. Et qu'est-ce qui prenait, ajouta Severus avec contrariété, à ces imbéciles pour qu'ils osent perturber ses réflexions en se laissant aller à leurs effusions excessives d'aussi bon matin ? Il lança un regard noir au groupe de Gryffondors qui se pressaient au milieu de la Grande Salle, parlant de quelque chose avec excitation. Le groupe bougea un peu, et le visage d'Hermione en émergea, cheveux en bataille et tout le reste, un sourire radieux pour ses amis. Son cœur fit un bond dans sa poitrine, et il baissa vivement les yeux vers sa Gazette du Sorcier, fixant obstinément le balai qui tournait en rond dans la publicité pour le Comète 290. Hermione était aussi belle que Mel l'avait été. Severus secoua la tête. Hermione et Mel étaient une seule et même personne. Evidemment qu'elles étaient aussi séduisantes l'une que l'autre.

Peut-être qu'ils devraient discuter des choses qui s'étaient passées entre eux. Il fallait qu'ils mettent un point final à cette histoire, d'une façon ou d'une autre. Mais il était toujours en colère contre elle, et blessé par ses dissimulations. Severus n'était pas sûr que leur rencontre ne se termine pas encore une fois en dispute. C'était encore trop tôt, la blessure qu'avaient reçu ses sentiments et sa fierté était toujours trop fraîche, elle saignait toujours. Il faudrait qu'il lui parle. Peut-être demain.

Peut-être.

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Les assiettes de bacon, d'œufs et de toasts disparurent alors que Ron tendait la main vers un autre toast, signalant la fin du petit-déjeuner. Ron laissa échapper un juron.

« Surveille ton langage, Ron, » siffla Hermione avec agacement.

« Mais j'ai encore faim ! » protesta Ron. « Je n'en ai mangé que douze ! »

Hermione leva les mains en signe de reddition et leva les yeux au ciel. Elle attrapa ses livres sur la table, et les trois amis se levèrent, sur les pas de la foule d'élèves qui s'étaient levés pour aller assister à leur premier cours de la journée. Harry jeta un rapide coup d'œil autour de lui avant de se pencher pour murmurer à l'oreille d'Hermione, « Alors comme ça le cousin de ton cousin du côté de ton père a pris des vacances prolongées, et tu as dû aller t'occuper de son chien. Bonne excuse, Hermione. Très originale. »

Hermione lui sourit, un peu honteuse, et haussa les épaules. « Tout le monde y a cru, non ? »

« Dean m'a semblé sceptique, il sait bien que les moldus ne font pas de choses pareilles, mais je crois qu'il n'en fera pas tout un plat. Tu nous raconteras tout plus tard, pas vrai ? »

« Bien sûr. »

Ils arrivèrent au couloir dans lequel Hermione devait se séparer de Harry et Ron pour aller assister à son cours. « A tout à l'heure, Hermione, » lui dit Ron, tout en lançant un regard rapide à Harry. Hermione eut l'impression que Ron venait de pousser silencieusement Harry à faire quelque chose. Elle fronça un sourcil et attendit. Pendant une demi-seconde, Harry hésita, puis la résignation se lut dans son regard. « Moi aussi j'aurai quelque chose à te dire. »

Hermione leva les sourcils. « D'accord, » répondit-elle. « Après le dîner, alors. »

Ron intervint dans la conversation, secouant la tête avec un regret feint. « Harry est en retenue avec Snape après le dîner. »

Harry haussa les épaules. « C'est mieux comme ça. Il y aura moins de monde dans la Salle Commune, et moins de risque qu'on nous entende. »

Hermione hocha la tête d'un air sérieux. « Aussi grave que ça, alors. »

Quand le trio se sépara, l'un d'entre eux essayait en silence de deviner le menu du déjeuner du jour, pendant que les deux autres Gryffondors se sentaient aussi impatients d'arriver à leur discussion du soir qu'ils la redoutaient.