II

C'est un souvenir qui m'avait toujours semblé être un rêve. Mais puisque tu m'en as reparlé il y a quelques jours, alors il doit certainement être réel. Mais je ne saurais déterminer ce qui fait partie du rêve, et ce qui est véritablement réel. Cette situation était si étrange que je pourrais la classer parmi mes fantasmes flous et brumeux... Je me souviens surtout des marches. Les marches de l'escalier que j'ai monté ce soir là, comme tous les autres soirs de notre adolescence, jusqu'à la porte d'entrée. Tu sais, les escaliers de la maison de maman. Je me souviens de ces marches en pierre, je m'en souviens parce que j'y suis resté la nuit entière, assis à te maudire, à m'énerver contre toi, à en devenir fou d'imaginer ta belle voix et ton corps. Je pensais jusqu'à présent que c'était simplement de la colère. Tu sais, Jay, la colère de devoir rester dehors à cause de toi, toutes ces excuses misérables pour ne pas voir les véritables raisons de cette haine inhabituelle envers mon petit frère. Je me souviens de ma main sur la poignée de la porte, du froid du métal contre ma paume et mes doigts. Je me rappelle avoir poussé la porte, sans me soucier de rien, sans m'imaginer la moindre seconde de ce que j'allais découvrir. J'ai jeté un coup d'œil à l'horloge qui indiquait bientôt minuit. Comme tous les soirs. Comme tous les soirs où je rentrais de mon boulot à mi-temps, où maman n'était pas là, et toi, seul à la maison. Seul à la maison. Mais pas ce soir là. Je me souviens d'un bruit. Juste un bruit. Léger, doux, frénétique, inhabituel. L'air semblait plus lourd également, comme chargé d'une force inconnue, d'une odeur forte et puissante, presque agressive. J'ai alors levé les yeux vers le canapé. Deux corps, profondément imbriqués l'un dans l'autre, intimement liés, bien trop liés. Toi en elle. Le dos cambré alors que tu portais le poids de ton torse sur tes bras tendus contre les coussins du meuble, te mouvant en elle de cette façon de plus en plus brutale, difficilement maîtrisée. Je vois encore tes muscles trembler sous l'effort et, sous les sensations nouvelles, ta peau luire de sueur et ton bassin bouger de façon désordonnée. C'est cette vision là qui me semble venir tout droit d'un rêve. Un rêve purement érotique. C'était ta première fois. Tu ne m'avais pas remarqué, elle non plus d'ailleurs mais ça, c'était le cadet de mes soucis. Et je restais là, à découvrir avec toi les plaisirs de la sexualité. En même temps que toi.

C'était notre première fois. La première fois que mes yeux dévalaient le corps d'une autre personne, la première fois que tout mon corps réagissait, vibrait, désirait... La première fois que ma peau suppliait le contact d'une autre. La première fois que je t'ai désiré, Jared, sans vraiment le savoir, sans me l'avouer. Redescendant de mon premier sentiment de surprise, je m'étais déplacé sur le côté, caché dans l'angle de la pièce, où je pouvais voir sans être vu. Du moins, je le pensais.

Je t'ai regardé. Toi, je n'ai vu que toi dans cette étreinte maladroite et adolescente ; je t'ai vu toi, gémissant de plaisir, ton dos arqué et tes sourcils froncés dans une adorable expression de concentration, à la recherche du plaisir... Tes muscles roulaient sous ta peau, et lentement, hésitant tu t'es redressé, pour prendre plus d'élan, ta main enfoncée dans le dossier du canapé. Je pouvais voir tes phalanges contractées autour du tissu, et un quart de seconde j'ai imaginé cette main autre part. Je me souviens de tes reins, se creusant de façon incontrôlée, ta mâchoire crispée, tes épaules frissonnantes... Et surtout, Jay... Je me souviens de ta voix. Jamais je n'aurais pu l'oublier. Le doux timbre rauque qu'elle prend lorsque tu sombres progressivement dans l'extase, tes soupirs déchaînés en sentant l'orgasme monter progressivement en toi. Tu t'es cambré, encore... encore, au bord du gouffre. Toutes ces sensations que tu as fait naître en moi ce soir là me semblent si floues, comme si elles n'avaient existé que dans mes songes les plus sombres, effacées par un réveil trop brutal. Comme en partie gommée par ma bonne conscience. J'avais mis toutes ces émotions sous le compte de la curiosité. Quel idiot. Mais je peux aisément te raconter la haine qui suivit ensuite, lorsque deux mains vernies, irrévocablement féminines s'agrippèrent à tes hanches et à tes fesses, te griffant, comme possessives. Une bouffée d'un sentiment âpre et violent s'est alors engouffré dans mes poumons, m'étouffant silencieusement, de mépris et de dégoût. Un lancinant cri féminin s'est alors élancé, mon poing avec, abattu contre le mur avant que je ne puisse m'en empêcher, vous faisant sursauter, coupant net ton orgasme dans la surprise. Tu as tourné la tête vers moi, paniqué, tes lèvres entrouvertes dans une tentative d'explication. Mais j'avais déjà disparu de la pièce. Je n'ai jamais su si tu te serais excusé ou non... Mais de quoi aurais-tu eu à t'excuser de toute façon ? J'étais le seul coupable, je n'aurais pas du t'en vouloir de vivre tes premiers émois. Tu n'es jamais venu me rejoindre sur les marches en tout cas.

Je me suis assis sur l'escalier en hurlant ma rage, mes mains agrippant nerveusement mes cheveux. Je ne t'ai jamais autant méprisé de toute ma vie. En vérité, je n'avais jamais pensé cela possible, te détester... Jusqu'à aujourd'hui, j'avais plutôt bien réussi à me convaincre, à me persuader que c'était la fatigue, le fait de ne pas pouvoir dormir et rentrer chez moi tranquillement, la gêne peut-être, le fait de devoir attendre, la jalousie de ne pas avoir une fille à mettre dans mon lit, tout... Tout était bon pour se voiler la face. Maintenant je sais. Je sais que cette nuit je t'ai détesté d'avoir choisi quelqu'un d'autre que moi, et j'aurais voulu tuer de mes mains celle qui était maintenant entre nous, dans notre monde, à l'intérieur de cette bulle de complicité que tu venais de faire exploser en nous confrontant tous les deux à l'extérieur. Tu n'étais plus à moi. Plus complètement. Tu sais, je pense que c'est à ce moment là que je me suis rendu compte que je ne serais pas toujours le premier, le grand frère, celui qui est le plus important pour toi. Je me suis rendu compte qu'il y avait une personne qui pouvait prétendre à un titre plus élevé que moi, à une intimité plus importante... Et surtout, je me suis rendu compte que moi, je ne pourrais jamais prétendre à ce rôle, par mon statut de frère. Celui de partenaire, partenaire en amour, en sexe... Une petite amie, un petit ami, un amant, même un homme me semblait plus probable d'être avec toi, aussi intimement lié... Moi j'étais là, condamné à rester si proche, si proche et pourtant si loin.


On va revenir au moment présent. Pourquoi cette succession de souvenirs me diras-tu ? En réalité je ne sais même pas ou ça va nous mener... Ou ces mots vont nous porter, tous deux, et je ne sais pas non plus comment structurer ma pensée, comment te dire cette chose si simple, comment, sans te dire tout ça, sans remuer le passé comme je l'ai fait jusqu'à présent, je pourrais te dire non pas pourquoi, mais comment nous avons changé tout les deux, l'un pour l'autre. Je ne peux que me justifier, justifier ces sentiments, ces souvenirs sont ma raison, mon excuse... Mon Alibi. Mon excuse pour être tombé amoureux de toi, petit frère. Tu vois comme cette phrase sonne mal ? Comment l'amour accolé à la fraternité crée une disharmonie affreuse pour la société ? Voilà le résumé de mes craintes.

Mais je ne suis pas sans faille. Tu sais... Parfois je me laisse aller à l'idée que tout ça pourrait être normal, que je pourrais simplement t'aimer, t'embrasser et te voir comme un amant, te serrer contre moi comme je l'ai tant de fois fait, mais avec ce quelque chose en plus qui nous changerait tout à fait. Te faire mien et mettre le feu à tes nuits comme toi tu as brûlé les miennes... car c'est bel et bien ta faute, Jared. Si tu es aussi désirable, si nous sommes aussi compatible, si tu me plais autant... Tu as cette façon de me regarder... de me fixer, pour me faire comprendre qu'un mot de moi et tu m'appartiendrais, tu le sais pertinemment que je suis sur le fil, en équilibre entre raison et passion, et toi, tu t'amuse à me faire de ces sourires qui me donnent envie de sauter, sombrer du coté de la passion. Tu es quelque part égoïste, à jouer ainsi pour presser l'échéance... Car au final, nous le savons tous les deux, ce qui arrivera n'est ce pas ? Je te vois attendre, attendre que je me décide, attendre que je m'offre, que je cède à mes désirs comme aux tiens. La morale ne t'effraie pas. T'as t-elle un jour effrayé ? Tu as toujours semblé le vouloir, le vouloir si fort, si naturellement, sans te soucier de notre sang. Cette simplicité m'a toujours attiré comme affolé chez toi. Tu m'attends, impatiemment, tu ne veux pas me brusquer et en même temps tu ne peux plus supporter cette tension omniprésente. Je le vois Jay, je le vois chaque jour. Mais parlons d'aujourd'hui.

Tout à l'heure j'ai monté les marches une à une. Comme cette fameuse nuit ou je t'ai vu te perdre pour la première fois. Mais je n'ai plus vingt ans. J'avais donc déjà une petite idée de ce qui m'attendais derrière la porte, et lorsque j'ai trouvé à l'entrée une veste qui n'était pas la tienne j'ai tout de suite compris que tu avais de la compagnie. Elle était charmante d'ailleurs. Je ne me rappelle même plus de son nom tu m'en vois navré Jared, (à ce propos, je me permet de rajouter une parenthèse à c'te foutue missive, je t'informe qu'il y a des chambres dans cette suite et que par conséquent vous auriez pu faire ça dans ta chambre. Passons.) J'en étais ou ? Ah ouais, j'ai sorti mon badge, suis entré dans la suite etc...

On en vient au meilleur. Toi sur le canapé entrain de baiser cette fille. C'est pour cela que j'ai pris le temps de faire une petite anecdote sur la première fois que je t'ai vu entrain de coucher avec une femme, parce qu'aujourd'hui m'a sincèrement rappelé ce douloureux moment. C'est ce parallèle qui m'a fait prendre conscience de tout ça... Tu sais c'est aujourd'hui...

Aujourd'hui que ça doit changer. Je vois déjà tes joues rougir quand tu vas te souvenir de tout à l'heure. Tu sais ce qu'il s'est passé après mon arrivée n'est ce pas ? J'ai pris part à vos ébats. Ou plutôt tu m'as clairement invité. Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi je n'ai pas refusé... Peut être un coté plutôt sombre et dégueulasse en moi aux fantasmes assez glauques... Ou tout simplement toi et ta main tendue vers moi qui me supplie du regard. On a couché avec elle. Tous les deux. Mais au fond tous les deux on sait très bien qu'elle n'était qu'un simple rempart... Que nous faisions l'amour à l'un et l'autre...

Ensuite je me suis redressé. J'ai attrapé mes vêtements et sorti mon paquet de clopes de mon jean que tu avais toi même déboutonné en me fixant de tes yeux définitivement trop beaux pour être réels... Je suis parti dans la salle de bain et me suis fait couler un bain. Je me suis appuyé contre le meuble de la salle de bain et ai allumé ma cigarette... Elle s'est finie toute seule, la fumée envahissant la pièce dans un nuage épais, impénétrable. Je me suis finalement fondu dans l'eau, là ou mes larmes passeraient inaperçues.

-Shannon tu fais quoi ?

Le dit Shannon se retourne brusquement, son bras barrant les papiers griffonnés qui s'enchaînent sur la table. Il tente de cacher sa panique, et pour se donner une contenance il reprend sa cigarette qui se terminait dans le cendrier entre ses lèvres. Jared s'avance vers le bureau, observe son aîné qui ne parle plus depuis une heure de l'après midi, depuis qu'il est sorti de la salle de bain.

-J'compose.

-Tu composes ? Je peux lire ?

-Nan vire de la Jay j'te ferais lire tout à l'heure, m'embrouilles pas s'il te plaît, vas ramener la Sonia chez elle plutôt.

-Lydia.

Il soupire et finit par disparaître de la chambre, laissant son grand frère entre ses feuilles de papier noircies. Ce dernier fait pivoter sa chaise de bureau et reprend son stylo. Où est ce qu'il en était ?

Lydia donc. J'irai foutre un coup de blanco plus haut sur le « j'ai oublié son nom ». De toute façon j'ai bientôt finit Jay... T'as pas besoin de t'emballer. Je te l'ai dis, tout sera fini aujourd'hui. Tout prendra un nouveau commencement, qu'il soit bon au mauvais, un autre tournant, avec un nous à la clef, le début de notre descente en enfer à tous les deux. C'est donc dans la salle de bain que j'ai décidé qu'aujourd'hui devait être le jour. Je ne peux plus supporter ça... Supporter de te voir avec ces pétasses...

Il raye le dernier mot.

Ces filles faciles. Je ne peux plus garder tout ça en moi... Et te faire souffrir avec moi par la même occasion. Je te vois déjà, les sourcils froncés au dessus de ces mots, face à moi, enfin, si j'ai le courage de me mettre face à toi pendant cette lecture. Sinon je serais certainement dans cette chambre, à faire les cents pas. Tu te demandes le sens de tout ceci, pas vrai Jay ? J'aurais pu tout simplement te dire « Hé, bro, il est temps qu'on parle »... Mais je n'y suis jamais parvenu. Alors j'ai écris. Depuis plusieurs heures maintenant, des brides de passé qui font que nous en sommes là aujourd'hui, des petites parcelles de ce qui nous a construit, de notre parcours qui nous a appris à être tout l'un pour l'autre... Y compris dans l'amour. Toutes ces nuits, ces jours qui nous ont travaillé, changé, lentement, progressivement. De notre plus petite enfance à maintenant. J'ai mis tellement de temps à pouvoir mettre des mots dessus, à pouvoir enfin mettre un titre à ces sentiments, à enfin te dire, te parler. Cette après midi est notre libération. Ça prend fin aujourd'hui, toute cette mascarade s'effondre avec mes dernières barrières, je ne peux plus nous cadenasser dans le silence. Mais comment te parler ? Comment te dire des années entières ? Une vie entière... Comment briser une vie entière de silence ? Cette nuit. Cette nuit il y a longtemps, cette petite nuit d'été a écrit notre destin au crayon, aujourd'hui, je signe notre histoire. Cette lettre est le sceau, car elle scellera ce qui deviendra certainement un « nous », un vrai nous, pas un nous de frères.

Il faut que j'arrive à le dire... Je le sais. Tu l'attends n'est ce pas ? Je parle, j'écris... Mais je ne te l'ai pas encore dit... Ces trois petits mots qui marqueront enfin le commencement. Ou la fin. Quand je te les dirai de nouveau, Jared, ces mots ne seront plus les mots doux d'un grand frère attentionné, mais ceux d'un homme. Car il s'agit bien d'amour n'est ce pas ? D'amour comme on en a pas encore connu Jay. Je te vois déjà sourire, rassuré par ce demi aveu. « Il te suffit de me le dire » tu penses hein ? Tu te dis que cette lettre lourde de nos souvenirs n'était pas nécessaire... Pas nécessaire pour te le dire. Mais cette lettre, Jared, c'est ma façon de te dire « Je t'aime ». Car je t'aime.

Ok, je l'ai écris. Il va me falloir une force monumentale pour ne pas juste rayer ces mots et jeter cette foutue lettre à la poubelle. Ne pas fuir. Ne pas reculer. Pas maintenant.

Je t'aime.

Pas comme un frère, ou plutôt si, comme un frère justement, mais bien plus encore, ce qui a été le plus dur a accepter. Accepter de pouvoir t'aimer comme un frère et un amant tout à la fois. Je t'aime d'un millier de façons différentes Jared... Je t'aime comme un frère, comme un ami, un amant. Je t'aime complètement.

Je t'aime de toutes les façons qu'il est possible d'aimer.

Il relève la tête, ses mains tremblantes resserrées sur le papier griffé par la mine. Ses yeux rencontrent enfin ceux de son grand frère, bruns, et tellement plus sombres qu'à son habitude qu'il en tremble d'avantage. Il n'a pas la force de sourire, trop ému par cette déclaration enfin avouée de vive voix. Enfin... Par défaut à l'écrit. Shannon avait enfin réussi. Réussi à trouver sa place, à trouver la force de les libérer tous les deux. Les mains de Jared semblent plus lourdes que d'habitude, ses bras plus frêles... Il pose fébrilement la lettre sur la table et se redresse dans le fauteuil. Il se trouve maladroit, il ne sait plus s'il doit le serrer contre lui, l'embrasser, lui faire l'amour... Une centaine... Un milliard de nouvelles possibilités se dressent face à lui, l'excitant et le surprenant tout à la fois. Jared l'aime depuis si longtemps, que l'attendre encore aurait fini par le tuer. Il sourit lorsqu'il remarque que Shannon n'ose plus le regarder, et il sourit bêtement à ce comportement de jeune adolescent qui ne le fait que succomber un peu plus à son grand frère. Il prend une courte respiration, pas assez profonde pour que sa voix reste posée et totalement sure d'elle, mais assez pour pouvoir murmurer, comme dans un secret défendu, leur secret défendu...

-Alors tu as eu le courage de rester me regarder lire ta lettre. Il t'as fallu dix pages pour me le dire...

Il eut un léger sourire à ses propres paroles... 10, presque comme le nombre d'années qu'il leur a fallu pour en arriver là. Shann lève le regard vers lui, les sourcils froncés, visiblement irrité. Ses nerfs sont à fleur de peau, éveillés au moment ou son adorable petit frère a déplié les feuilles lisses et déformées par ses heures d'écritures.

-Jay, je crois pas que ce soit le sujet phare de c'te putain de lettre.

-Oh ? Et dis moi lequel c'est alors ?

-Quoi ?

-Dis le moi. Maintenant que j'ai lu, je veux l'entendre de ta voix.

-Jared ne...

-Tu ne me le diras jamais que sur papier Shannon ?

-Je t'aime Jared...

Il ferme les yeux, son corps se détend et se contracte dans le même temps, une foule de frissons le parcourt sans pitié... C'est bon... Bon de l'entendre enfin... Ce je t'aime n'est en effet plus celui d'un frère. Lorsqu'il ouvre à nouveau ses yeux, Shann est au dessus de lui, sa main à quelques centimètres de sa tête, sur le fauteuil, un genou appuyé entre ses jambes pour plus d'équilibre. Il hésite, questionne les orbes mordorées qui le surplombent, n'y voit qu'une envie folle d'enfin profiter de ce qu'ils s'étaient pendant trop longtemps refusé. Le chanteur pose sa main sur son ventre, remonte sur le torse finement musclé par les années de sport et de batterie... Il le touche enfin... Le touche de cette manière là, chacune de ses caresses tatouant un retentissant « Mien » sur chaque petite parcelle de son être.

-Jay... Dis le.

-Je t'aime Shannon...

-Encore...

-Je t'aime...

-Encore !

-Je t'aime et je te veux.

Ses longs cils se soulèvent lentement, ses lèvres tremblent et Shannon fait finalement le premier pas, dans un geste fébrile et hésitant, il dépose enfin sa bouche contre celle de son frère cadet, la pressant doucement, dans une ultime confession qui achève leur descente aux enfers. Leurs souffles s'écrasent et se perdent l'un dans l'autre, ne formant qu'un tout indissociable, une seule et même respiration.

La chaleur de leurs corps irradie le jeune acteur, ses mains s'approprient le corps de son aîné dans de longues caresses désespérées, pressées, effrayées à l'idée que tout cela ne disparaisse trop vite, avec cette peur ténue que son Shannon puisse s'échapper encore une fois, que le moment ne soit trop beau pour qu'il ne dure. Il glisse ses doigts dans les cheveux courts de son batteur, l'embrasse avec toute la passion et le désir dont il est capable, comme pour marquer son appartenance à l'autre, imprimer l'intégralité de son être sur lui, en lui, plus profondément encore. Graver sous leur peau les initiales de l'autre, comme unique preuve secrète de cet amour condamné à rester caché. Il peut sentir Shannon trembler , frissonner entre ses bras, et l'image qu'il avait peu à peu créée de son grand frère fort et infaillible s'effondre, se démonte lentement, laisse place à une sensibilité et une faiblesse attendrissante, excitante... Et une sensualité folle qu'il n'avait qu'à peine soupçonné. Une main on ne peut plus virile vient enserrer la nuque de Jared dans une force maîtrisée, tendre, elle le rassure et le rappelle à l'instant présent. Shannon à terriblement envie de lui, tout autant que lui, et cette réciprocité le rassure et le pousse à aller plus loin.

Lorsque leurs lèvres se quittent enfin, celles du plus âgé sont luisantes de salive, et le chanteur tend le visage vers lui pour recueillir sur sa bouche le goût exquis de leur union, dans un effleurement presque timide. Bientôt, tout ce qui ne les compose pas devient inexistant, la pression enivrante du désir les accable, les tend l'un vers l'autre, les pousse toujours plus loin. Les mains demandent plus de contact, découvrant, dominant, soumettant aux plus délicieux des supplices, ils ne sont que désir et amour. Un faible reste de morale enchaîne encore Shannon, un dernier souffle coupable qui le fait trembler. Il lui semble que quelque chose menace de s'abattre sur eux à tout moment, à chaque baiser de Jared dans son cou, à chacune de ses respirations trop imprégnées du parfum du jeune acteur. Mais rien ne vient. Et le temps passe, le temps dans ses bras s'écoule si lentement qu'il semble se dissoudre et se décomposer pour que chaque seconde lui semble la plus longue et la plus merveilleuse de sa vie, pour que le cours de la vie s'arrête. Mais rien ne se manifeste, si ce n'est que la tendre voix de son homme qui résonne contre sa peau, fendant ses dernières résistances.

-Shannon.. Nnnh...

Cette voix là, il ne l'avait encore jamais entendu. Il l'avait maintes fois entendu, dans de nombreuses et délicieuses intonations, chantante, révoltée, heureuse, grossière, mélodieuse... Mais aussi belle, aussi saccadée et étourdissante, jamais. Il se noie dans les iris céruléens de son cadet, se perd littéralement alors qu'il voit son corps se cambrer, s'offrir sous son corps, appeler de tout son être ses caresses et ses baisers.

-Shannon... J'ai tellement envie de toi... Si fort..


TBC...