Une main s'abat lourdement sur moi, sans retenue, et me secoue dans tous les sens tandis qu'une vois m'hurle de me réveiller. Je grimace. Ça fait un mal de chien. J'aimerais pouvoir dire au colosse d'arrêter, d'enlever sa main de mon corps, maintenant que je suis réveillée, mais je ne peux pas. J'ouvre ma bouche, pourtant. Mais les mots refusent de sortir. Je suis trop faible. Trop faible pour parler. Ç'a quelque chose d'ironique, quand on y réfléchit bien. Être trop faible au point de ne plus pouvoir parler.
- Tu as de la visite, m'annonce le bourreau en ricanant.
De la visite ? En prison ? Voilà qui retient mon attention. Je ne savais pas que l'on pouvait recevoir de la visite en cellule. Et surtout, je ne vois pas qui pourrait bien vouloir me rencontrer.
Colosse - je n'arrive pas à le surnommer autrement - s'empare de mon épaule et me force à me relever. Mais mes jambes flanchent et je me retrouve aussitôt à terre. Ce qui me vaut une gifle. Finalement, je parviens à me redresser, et mon gardien me pousse hors de la cellule.
Il me conduit à travers un large réseau souterrain que je ne connaissais pas. Mes jambes et ma tête me font terriblement souffrir.
Quelques fois, j'entends le rire sournois de mon bourreau, ce qui m'inquiète au plus haut point. Les seules fois où j'ai entendu Colosse ricaner, c'est lorsque j'allais expérimenter une nouvelle torture.
Finalement, après de longs mètres de souffrance, nous nous arrêtons devant une lourde porte de fer. Colosse la contemple longuement, me regarde, puis me souris. Ç'a sûrement dû être le spectacle le plus traumatisant de toute ma vie.
Lorsque mon bourreau ouvre la porte, je retiens ma respiration. Je ne sais pas ce qu'il y a derrière, et je ne tiens pas à le savoir. Je ferme mes yeux. Je préfère retourner dans ma cellule, sombre à vous glacer le sang.
Malheureusement, on ne peut éviter l'inévitable.
La porte est ouverte, maintenant. Mais mes paupières sont toujours closes. Colosse plaque ses mains dans mon dos et me pousse brusquement dans la pièce, ce qui me contraint à ouvrir les yeux pour voir où je marche afin de ne pas me casser la figure. Non pas que ce soit déjà fait. Je dois être totalement défigurée, maintenant. Mais je préfère éviter une autre souffrance.
Mes yeux sont grands ouverts, à présent. J'embrasse la salle d'un geste circulaire du regard, et je me fige. Un homme se tient devant moi. Il a la même carrure que Colosse, les mêmes vêtements, le même regard froid et dur. Lui et mon gardien pourraient être jumeaux. Cette réflexion lui vaut le surnom affectueux de Bourreau.
Mais malgré son regard terrifiant, sans aucune pitié, ce n'est pas Bourreau qui me terrifia le plus. Ni cette chaise métallique, dans un coin. Non. C'est la rangée glaçante de ciseaux et de couteaux postée fièrement sur un petit meuble de fer.
Colosse laisse à nouveau échapper un rire, puis m'entraîne vers la chaise.
Non. Je ne veux pas y aller, non. Je commence à tirer sur mon bras. Qu'on me laisse tranquille ! N'ai-je pas été suffisamment torturée ? Pourquoi ne veut-on pas stopper ces horreurs ? Je ne l'ai pas mérité, je n'ai pas mérité tant de souffrances...
Les larmes coulent maintenant abondamment sur mes joues. Je suis prise de sanglots. Je hoquète.
Colosse rit de mes faibles protestations, et son rire s'intensifie lorsqu'il découvre mes larmes.
Je le hais. Je le hais pour m'avoir fait ça, pour avoir rit de mes souffrances, pour m'avoir accompagnée jusqu'aux salles de torture. Je le hais jusqu'au plus profond de mon âme.
Je suis à présent assise sur la chaise. Son métal est froid et, lorsque que ma peau se colle à lui, je frémis.
Bourreau me sangle à la chaise, puis m'attache les poignets aux bras du meuble en métal. Lui aussi je le hais, pour rester aussi stoïque.
Il m'attache également les jambes, et, à ce stade, je crois que je hais tout le monde.
Ensuite, Bourreau se détourne et contemple minutieusement le petit meuble où sont dressés les outils. Il fait mine de réfléchir quelques instants, puis s'empare d'une paire de ciseaux. Grande. Longue. Tranchante. Parfaitement adaptée à la chair humaine.
Enfin, il se retourne vers moi, l'outil dans les mains.
Colosse ricane une dernière fois.
- Une dernière chose à dire, peut-être ? fait-il en pouffant.
Oh oui. J'aimerais tellement lui crier ma haine, la lui cracher au visage. Mais il n'y aurait pas assez de mot pour l'exprimer. Alors, à la place, je lui murmure, en rassemblant toute l'énergie et la force qu'il me reste :
- Tu es vraiment pourri jusqu'à la moelle.
La gifle ne tarde pas à arriver. Elle laisse une grande marque rouge sur ma peau à vif.
Mon gardien me contemple quelques secondes, puis sort :
- Je le sais.
Ensuite, il fait un signe de tête à Bourreau.
Et l'instant d'après, je suis devenue une Muette.
Voilà ! C'est la fin de ce Two Shot !
J'espère que vous avez aimé !
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Merci d'avoir lu !
Plume'
