La chanson de ce chapitre est "Guinevere" du trio Crosby-Still and Nash. Elle ne se joue normalement pas au piano mais un ami à moi m'a dit que c'était possible.
Si vous n'aviez pas remarqué, l'image de la fiction est un dessin que j'ai fait de Shokko. J'en ferais un de meilleure qualité bientôt.
Bonne lecture !
Naruto se réveilla en pleine forme et sauta directement de son lit à la cuisine. Ou presque.
Une fois son repas englouti, il sortit dans le couloir, hésitant entre sauter dans le lit de Sasuke pour le réveiller ou descendre dans le salon.
La première option était nettement plus séduisante, mais un petit quelque chose dans l'air le guide vers le rez-de-chaussée.
Un air de piano.
Et la voix de celle qui en jouait.
« Guinevere had green eyes
Like yours, mi'lady, like yours
When she'd walk down through the garden
In the morning after it rained »
Naruto descendit l'escalier et s'assit dans un fauteuil en attendant la fin de la chanson. Uru lui sauta sur les genoux et se blottit en ronronnant. Le garçon caressa distraitement le chat, augmentant la puissance de ses ronronnements jusqu'au moment où il eu l'impression d'avoir une machine à laver sur les genoux.
« Peacocks wandered aimlessly
Underneath a orange tree
Why can't she see me ?... »
Shokko ferma le couvercle du piano et s'approcha de Naruto.
«-Bonjour. Tu te sens mieux ?
-Salut. Oui, enfin… Disons que j'arrive à marcher droit, c'est un gros progrès. »
Elle rit, puis s'assit sur le canapé.
«-Tu joues du piano tout les matins ?
-Les matins, les après-midi et les soirs, dès que j'en ai envie. C'est une manière de ne pas perdre la main. »
Naruto hocha la tête. Il avait arrêté de caresser Uru et celui-ci manifesta son désaccord en donnant un coup de queue dans le visage du garçon.
«-Dis, Shokko…
-Oui ?
-Comment t'as connu mon père ?
-Est-ce qu'il existe un seul ninja de Konoha qui ne connaisse pas Minato Namikaze ?
-C'est pas ça que je voulais dire.
-Je sais. »
Naruto secoua la tête.
«-T'as très bien compris ce que je voulais dire, alors s'il-te-plaît, répond-moi. »
-D'accord. J'étais amie avec Kakashi Hatake, qui est…
-Je sais qui est Kakashi.
-Ah bon ? Enfin bref, c'était l'élève de Minato. C'est comme ça que je le connais. Franchement, je l'aimais bien. Il était ninja, dans le sens le plus noble du terme. Et puis, on était ensemble à la Troisième Guerre, ça rapproche.
-Et ta dette ?
-C'était une mission dangereuse dans le repaire d'une bande de déserteurs. Sans lui, je serais morte, alors je lui ai promis de payer cette dette, peu importe le temps que ça prendrait. »
Shokko eu un petit rire.
« Kakashi était là. Il m'a dit qu'il ne croyait pas une seconde que je pourrais un jour sauver la vie de Minato Namikaze. »
Elle retira une peluche imaginaire de sa manche.
« Finalement, il avait raison. »
Naruto s'étira. Uru sauta de ses genoux et fila par la chatière de la porte d'entrée.
«-Kakashi est mon maître, en fait, lâcha-t-il soudain.
-Vraiment ? Sûrement une blague du destin.
-C'était aussi celui de Sasuke. On était dans la même équipe.
-Oh… Il t'a appris des choses intéressantes ?
-Qui ? Sasuke ?
-Non, Kakashi. »
Naruto secoua la tête en souriant.
«-En matière de technique, rien du tout. Il préférait entrainer Sasuke. Le Sharingan, les éclairs, des trucs comme ça…
-Tu as quand même l'air de bien l'aimer.
-Il m'a appris une chose plus importante que toutes les techniques du monde. Quelque chose de sacré. Ce à quoi il tenait le plus au monde. »
Shokko retint sa respiration.
«-Qu'est-ce que c'était ? »
Naruto s'éclaircit la gorge et récita :
« Dans le monde des ninja, ceux qui échouent à leurs missions sont considérés comme des moins que rien. Mais ceux qui abandonnent leurs camarades sont encore pires que ça. »
Shokko recommença à respirer.
«-La leçon est gravée en lettres de feu dans sa tête… murmura-t-elle.
-La leçon ? »
La jeune femme fixa le garçon de ses yeux vert sombre.
«-Quand tu rentreras à Konoha, tu demanderas à Kakashi de te raconter comment il a eu son Sharingan. S'il est de bonne humeur, il devrait te le dire. Si jamais il refusait catégoriquement de t'en parler, tu pourras toujours revenir ici. Je te le raconterais.
-Pourquoi pas maintenant ?
-Parce que c'est pas mon genre de raconter les secrets d'un autre sans son accord. Surtout une chose aussi sale. »
Naruto ouvrit la bouche pour demander des précisions, mais Sasuke descendit alors les escaliers avec un air endormi. Shokko le salua avant de monter faire la vaisselle. Sasuke se laissa tomber sur un fauteuil en soupirant.
«-Ça va ? s'enquit Naruto.
-J'ai une douleur affreuse à l'épaule et je boite, mais sinon tout baigne, répondit l'Uchiwa avec une certaine ironie.
Naruto fit mine de bouder quelques secondes, puis il parla de ce que Shokko lui avait à moitié révélé sur Kakashi. Sasuke ne fut pas surpris outre mesure.
«-Dis-toi, Naruto, que même dans le clan Uchiwa lui-même, on est pas sûr d'avoir le Sharingan. Alors, pour quelqu'un étranger au clan, c'est juste impossible. Donc, le seul moyen pour Kakashi d'en avoir un, c'est qu'un Uchiwa le lui a donné.
-Donner son propre œil ?
-C'est déjà arrivé. En temps de guerre, les Sharingan sont une chose précieuse.
-C'est répugnant !
-C'est juste une greffe, Naruto. »
Naruto secoua la tête, l'air dégouté.
Shokko descendit l'escalier et trouva les deux garçons plongés dans leurs pensées. Sasuke travaillait son épaule en grimaçant légèrement à chaque mouvement. Naruto regardait le vide, l'air sombre, tout en jouant avec ses doigts.
Shokko jeta un coup d'œil par la porte-fenêtre pour voir si la pluie de cette nuit était finie. C'était le cas, aussi se tourna-t-elle vers les garçons et leur proposa d'aller se balader, histoire de sortir un peu et de faire de l'exercice.
Naruto se retourna pour contempler le manoir de Shokko. Oui, le manoir. Il n'y avait pas d'autres mots pour nommer une bâtisse aussi grande et aussi belle. Des murs de pierre et de bois, de belles fenêtres, des tuiles rouges, quatre marches pour atteindre la porte, une petite terrasse…
Comment Shokko pouvait-elle vivre là-dedans ?
Puis Naruto regarda autour de lui, et se demanda plutôt comment la maison pouvait exister. Elle était plantée au beau milieu de nulle part. Vraiment de nulle part. Une clairière désespérément vide entourée d'arbres désespérément ordinaires. La seule chose qui les reliait au monde était un chemin envahi par les herbes qui descendait vers une destination inconnue. En pivotant, Naruto vit deux sentiers, tracés par le passage régulier d'un animal.
Pour la première fois depuis très longtemps, il eu l'impression d'être absolument tout seul.
Du coin de l'œil, il vit Sasuke s'approcher d'un tonneau relié à la gouttière. Assis sur le couvercle, Uru dévorait délicatement un petit rongeur.
«-C'est ma maîtresse qui vous a jeté dehors ?
-Pourquoi aurait-elle fait ça ?
-Elle le fait à Siral.
-Qui est Siral ?
-Un de mes frères. Il essaye fréquemment de piller le frigo.
-Et où est-il maintenant ?
-Il est parti avec sa sœur et son beau-frère vérifier la rumeur comme quoi les proies qu'on trouve dans une petite forêt au sud du pays des Vagues sont les meilleures du monde.
-Je vois… »
Shokko sortit de la maison avec des bottes de pluie d'un joli vert sapin. Elle en tenait deux autres paires dans les mains, une bleue marine et une couleur boue.
« J'ai bien fait de sortir les bottes, pas vrai ? La clairière est gorgée d'eau comme une éponge, et je ne vous parle pas du chemin… Un vrai bourbier ! »
La jeune femme n'avait pas tort. Le moindre brin d'herbe était mouillé de la tête au pied, et l'air lui-même était humide comme dans une douche. Quand au chemin de terre, il ruisselait d'eau.
«-Et tu as l'intention de nous faire marcher là-dedans ? demanda Sasuke en enfilant les bottes bleue marine.
-Bien sûr que non. On risque de se casser quelque chose, et au retour, ce sera pire…
-Alors on fait quoi ?
-Il y a un joli truc à voir pas loin, par là, répondit-elle en désignant les sentiers. Ça nous baladera. »
Naruto marchait derrière Uru, ne le quittant pas des yeux. Une manière comme une autre de ne pas tomber. Sasuke avait plus de mal, puisqu'il boitait. Shokko essayait de ne pas glisser, puisqu'elle fermait la marche et craignait de faire mal aux garçons en leur tombant dessus.
Plus ils avançaient, plus ils entendaient un bruit sourd. Un grondement. Une armée d'ours en colère ou une chute d'eau, impossible à dire. Surtout qu'une chute d'eau devait être sacrement grosse pour faire un vacarme pareil.
Uru s'arrêta sur la berge sablonneuse d'un lac. Naruto se mit à côté de lui et leva la tête à la recherche d'une armée d'ours sur le pied de guerre. Il se figea soudain, et un sourire vint lentement sur son visage.
«-Sasuke, appela-t-il, vient voir.
-Quoi encore ? demanda Sasuke en arrivant. Puis il leva la tête et vit…
« Oh non… »
Shokko retirait une brindille plantée dans sa semelle.
«-Un problème ?
-Nous sommes déjà venu ici…
-Et ?
-Disons que ça ne s'est pas très bien finit… Surtout pour Naruto.
-Ouais, j'ai failli mourir. »
Sasuke se décala légèrement pour regarder Shokko et ajouta :
« Je déteste cet endroit. »
Devant eux, sa cascade déversant des litres d'eau furieuse et ses statues écrasant le paysage, se dressait la Vallée de la Fin.
Traduction de la chanson :
"Guinevre a de beaux yeux verts
Comme les vôtres, mi lady, comme les vôtres
Quand elle marche dans le jardin
Tôt le matin, après la pluie"
"Les paons errent au hsasard
Sous un oranger
Pourquoi ne peut-elle pas me voir ?"
