Le Fruit de nos Actes
Chapitre 03 : Remord
-Je repasserais. Promit-il
Et il repassa.
Dès le lendemain, il se rendit dans la chambre de Bilbo mais la porte demeurait fermée et les rideaux clos et quand il parvenait à s'adresser à Bilbo hors de la chambre ce dernier arrivait toujours à changer de sujet sans que le roi ne s'en aperçoive.
Le jour d'après, le comportement de Bilbo ne changea pas le seul détail qui encouragea Thorin fut que les rideaux étaient entre ouvert. C'était déjà ça.
Le jour qui suivit, il ne prit pas la peine d'essayer de passer par la porte et quand il monta sur le balcon c'est avec stupeur qu'il vit Bilbo entrain de discuter avec certains des nains de la compagnie. Tous les nains fixèrent leur roi avec stupeur.
-Thorin ? Que fais-tu ? Demanda Bofur
-La porte...Commença-t-il
-Était ouverte.
Bilbo souriait derrière sa tasse, Thorin en était persuadé. Sans dire un mot de plus et jetant un regard glacial à l'insistance qui se retenait de rire, Thorin sortit de la chambre en claquant la porte. Satané hobbit.
Le quatrième jour, les nains qui se retrouvaient bloqué à l'intérieur à cause de la pluie, prenaient de nombreux paris concernant Bilbo et Thorin. Toute la compagnie riait bien sur leur sujet mais éviter de le faire en leur présence.
Cette fois-ci Thorin alla à la porte en premier sous les regards amusés puis comme elle était fermée il se décida à passer par le balcon et il rentrerait aujourd'hui en avait-il décidé. Son grappin s'accrocha difficilement et malgré la pluie, il entreprit son ascension.
Bilbo, un livre sur les genoux, regardait la fenêtre avec plus d'intérêt qu'il aurait bien voulu s'accorder. Il avait fini par s'amuser de l'entêtement du nain et se demandait si il aurait la sagesse d'attendre que la pluie cesse avant de monter. L'aura ou ne l'aura pas ? La question tarauda Bilbo.
Quand il aperçu la main de Thorin sur le rebord du balcon, il sourit.
Quand il l'aperçu déraper, il se leva brusquement et ouvrit à la volée les portes.
Thorin réussit à passer au-dessus du balcon et à poser pied à terre sous le regard inquiet et exaspéré de Bilbo qui l'y aida. Ils se firent face, la distance les séparant n'étant que de quelques centimètre, ils se tenaient encore les avant-bras avec suffisamment de force pour que leur jointure blanchit.
-Vous êtes l'idiot le plus stupide que je connaisse. Souffla Bilbo
En colère il recula sans qu'ils ne se lâchent.
-Vous auriez pu tomber, vous auriez pu...
-Mais vous m'avez rattrapé. Le coupa Thorin en le rapprochant
-Vous pensiez que je vous laisserais tomber ?
Était-ce de la colère ou de l'inquiétude qui fit trembler la voix de Bilbo ? Thorin rapprocha encore le semi-homme, qui montra un peu de résistance, et murmura avec sa voix grave et profonde :
-Non. J'ai fais l'erreur d'y croire une fois cela m'a suffit.
Bilbo crut que son cœur allait s'arrêter mais il fut démentit quand son rythme cardiaque s'accéléra, il ne détacha pas ses yeux de ceux de Thorin alors que la seule chose qu'il voulait été de s'y soustraire. Qu'est-ce qui lui prenait à ce maudit nain ? Bilbo n'y comprenait rien.
Les événements d'Erebor remontaient à presque trois ans maintenant et jamais il n'avait cherché à prendre contact avec Thorin et jamais Thorin n'avait cherché à prendre contact avec lui. Pourtant ils se faisaient face, Thorin voulait en parler et Bilbo refusait de l'écouter.
Ils étaient décidément bien proche, songea le semi-homme, si il bougeait ne serait-ce qu'un peu alors ils se retrouveraient front contre front. Une proximité qui n'était pas convenable pour un Sacquet.
Bilbo voulu parler mais il fut coupé dans son élan par un éternuement qu'il ne vit pas venir et fut rejoint par Thorin.
-Rentrons. Déclara le hobbit. Même si l'on ne serait être plus mouillé.
Lentement ils brisèrent le contact et entrèrent. Bilbo ferma les portes et les rideaux derrière eux.
Dans la chambre, le feu ainsi que différentes lumières étaient allumé leur permettant d'y voir aussi bien qu'en plein jour. Après avoir retiré leur vêtement pour les mettre à sécher, ils s'étaient essuyés et habillés de vêtement léger et un peu ample. Les fauteuils avaient été tiré près du feu puis ils s'y installèrent.
Il n'y eu que le crépitement du feu qui se résonna dans la pièce et leur regard était posé sur la danse des flammes. Cette quiétude qui les entourait fut brisée par la voix basse de Bilbo.
-Je suis désolé d'avoir rabaissé votre quête.
Thorin regarda le hobbit délaissant le feu.
-Vous aviez raison de vouloir récupérer votre royaume même si c'était hautement suicidaire.
Tous deux se sourirent d'un air entendu. Thorin garda le silence incitant Bilbo à continuer d'un mouvement de tête.
-C'est juste que...Je n'aurais jamais dû m'en mêler.
-Si vous ne vous en seriez pas mêlé alors nous n'aurions jamais réussi.
-Faites attention je pourrais le prendre comme un compliment.
-Mais c'en est un.
Ne percevant ni moquerie ni mensonge, Bilbo se sentit immédiatement mal à l'aise, il gesticula dans son fauteuil et se racla la gorge.
-Comment avez vous su pour les orcs ? Demanda-t-il pour changer de conversation. Je n'en ais parlé à personne.
-Apparemment les orcs ont une manière particulière de soigner, leurs spécificités ont été trouvé sur vous, sur les blessures dont ils se sont occupés.
-Je l'ignorais.
-Peu de gens savent que les orcs ont une certaine médecine.
Thorin omis de préciser qu'il ignorait ce fait jusqu'à il y a quelques jours.
-Et pour Myca, est-ce vrai qu'il n'est toujours pas rentré chez lui ?
-L'enfant qui était avec vous lors de votre enlèvement ?
Bilbo se contenta d'un hochement de tête sec.
-Navré, il est toujours disparu.
-Ce n'est pas vrai. Se lamenta le semi-homme bouleversé
-Pourquoi aurait-il dû être rentré chez lui ? Il s'est enfui avec vous ?
-Non, avant moi. Il s'est enfui avant moi.
-Comment ?
Une nouvelle fois, Thorin dû faire face au silence du hobbit qui ne voulait plus se replonger là dedans.
-Vous devez m'en parler Bilbo. Pas en une seule fois et en prenant votre temps, mais vous devez me raconter tout ce qui s'est passé durant ces derniers mois.
-Je ne veux pas y retourner. Fit-il abattu
-Il n'est pas question que vous y retourniez. Je ne vous laisserais pas y retourner. Affirma Thorin
Face à lui, il vit Bilbo être submergé par l'espoir qu'il voulait endiguer pour ne pas devoir affronter la déception. Le semi-homme avait tellement envie de lui faire confiance, d'y croire mais il refusait de se souvenir, d'en parler. Si il en parlait alors cela deviendrait réel, il avait réussi à convaincre une partie de lui que tout cela n'avait été qu'un atroce songe mais en racontant ce qui s'était passé alors cette maigre illusion qui l'aidait à aller de l'avant s'effondrerait.
-J'ai besoin d'air. Soupira le hobbit en se levant
Il s'éloigna du feu à pas rapide pour se diriger vers le balcon, il posa sa tête contre la vitre et essaya de réguler sa respiration. Thorin le suivit craignant qu'il ne tombe dans les pommes, il posa sa main sur l'épaule du hobbit en lui conseillant de rentrer car il pleuvait encore mais le châtain ne l'écoutait pas et restait indifférent. Peut être qu'en focalisant l'esprit de Bilbo sur autre chose il irait mieux.
-Quand ils étaient petits Fili et Kili sont restés cloués au lit pendant quinze jours à cause d'une pluie pareille.
La tête de Bilbo se redressa soudain et avec les sourcils froncés il regarda étonné Thorin.
-Pardon ?
-À l'époque ils étaient jeunes, ils ne se battaient qu'avec des lattes en bois et il pleuvait comme aujourd'hui alors évidemment il leur avait été interdit de sortir.
-Et surprise ils n'ont pas écouté. Sourit faiblement le hobbit
-On avait à peine tourné le dos qu'ils barbotaient dans les flaques, glissaient dans la boue et se retrouvaient plus mouillé qu'une soupe. Et le pire c'est qu'ils souriaient comme des bien heureux même quand on les a retrouvé, même quand la fièvre fut forte.
Ils rirent doucement tous deux et comme l'avait espéré Thorin, Bilbo alla mieux. Il ferma la porte vitrée les protégeant de la pluie et fit sur le ton de la confidence :
-Quand j'étais enfant je passais toutes mes journées à parcourir la Comté, j'espérais trouver des elfes.
Le rire du hobbit résonna en réponse au grognement du roi.
-Je ne comprendrais jamais votre intérêt pour ces elfes.
-Toujours est-il, poursuivit-il en reprenant place sur le fauteuil, mes parents me laissaient aller aussi loin que je le voulais, la seule règle était de rentrer avant la nuit. Mais un jour, je ne sais plus pourquoi, peut être juste par curiosité, j'avais décidé de continuer à explorer la Comté.
Le semi-homme sourit à ce souvenir ce qui ravi le nain qui écouta avec intérêt son vis-à-vis.
-Mes parents sont évidemment partit à ma recherche et ma mère qui avait sûrement dû parcourir la Comté beaucoup plus que je ne l'ai fais, m'a retrouvé. Je vous jure que le feu de Smaug n'est rien en comparaison de la colère de ma mère et de l'inquiétude de mon père. J'ai toujours été ponctuel depuis.
Ils recommencèrent à rire ensemble de cette histoire. Ils ne le diraient pas mais ils furent heureux de pouvoir discuter ainsi.
-Et vous ? Demanda Bilbo
-Et moi quoi ?
-Quelle bêtise avez-vous fait enfant ?
-Aucune.
-Mais bien sur.
-Évidement, j'ai toujours été un enfant très sage et indépendant. Je n'ai jamais posé de problème.
-Oh mais je vous crois. Et puis de toute façon vous viviez à Erebor enfant alors ce n'est pas étonnant.
-Qu'est-ce que je suis sensé comprendre ?
-Rien du tout.
Thorin voulut regarder sévèrement Bilbo mais ne pu empêcher l'amusement de se faire une place dans ses yeux. Bilbo papillonnait des paupières prenant un air faussement innocent.
-Je vous ai connu plus direct. Reprocha gentiment le nain
-Je voulais dire qu'Erebor n'est après tout qu'une mine, une mine immense mais une mine tout de même, sûrement qu'il n'y a rien à faire surtout lorsque l'on est enfant.
-Vous insultez ma maison et mon peuple Bilbo.
-Peut être, mais je n'ai pas l'impression d'avoir été démentit.
-J'étais le fils aîné de Train, j'ai reçu l'éducation qui convient à mon rang.
-Sans jamais au grand jamais vous en détourner quand il n'y a pas de distraction cela doit être facile.
-Il y a toujours eu des distractions à Erebor. Lorsque j'habitais Erebor, avant que ma sœur vienne au monde, avec mon frère nous nous rendions souvent dans les étages inférieurs. Il y avait un immense lac, la végétation avait même réussi à s'y faire une place, il y avait un arbre dont les branches parvenaient à couvrir une partie du lac, et les veines d'or brute qui parcouraient la roche étaient magnifique.
Bilbo ferma à demi les yeux imaginant pareil lieu et se laissa subjuguer. Il s'y voyait, assis à même le sol contre le tronc de l'arbre, l'humidité et la fraîcheur de l'eau le faisaient frissonner et l'éclat de l'or qui recouvrait la roche illuminait le lieu aussi bien que le Soleil et avec plus de douceur. Jamais il n'aurait pu soupçonner l'existence d'un pareil endroit.
-Un jour, mon frère et moi avons, disons, emprunté une vieille armure de combat de notre père que nous avons apporté jusqu'au lac pour pouvoir jouer avec. Elle était lourde et trop grande si bien que l'on ne marchait pas droit et le heaume nous empêchait de voir quoi que ce soit. Un moment donné, je ne sais plus pourquoi, Frerin et moi sommes tombés dans le lac.
-Mais avec l'armure...
-Oui, on coulait à pic même en battant aussi fort que nous le pouvions les bras. Mais l'armure était tellement grande que l'on a réussi à se faufiler et à s'en débarrasser rapidement. Quand mon père a appris où avait fini son armure et pourquoi, il a tellement hurlé que tout Erebor en a tremblé.
Le récit terminé ils se sourirent avec amusement et Bilbo demanda à Thorin si il avait déjà passé une journée sans risquer sa vie ce à quoi il eut pour réponse qu'il pouvait faire preuve d'une témérité inquiétante.
-Je crois que c'est un trait de caractère qu'ont tous les Touque. Sourit Bilbo avant de poursuivre plus bas. Myca aussi fait preuve de cette témérité mais c'est un bon garçon.
-Comment avez-vous été séparé ?
-J'étais persuadé que c'était ce qui avait à faire.
-Bilbo, comment ?
Voyant que le hobbit commençait à se refermer sur lui-même il lui attrapa le poignet avec suffisamment de force pour attirer son attention mais pas assez pour lui faire le moindre mal.
-Vous n'y retournerez jamais, je vous le promet.
Devant l'air assuré, le semi-homme déglutit pour finalement hocher la tête.
-Juste un instant.
Il poussa un profond soupir et raconta.
T-T-T-T-T-T-T
-Ne t'éloignes pas Myca. Ordonna Bilbo
-Oui, oui. Rit l'enfant ralentissant le pas pour que trois pieds plus loin il reprit une cadence accélérée
L'adulte soupira en le voyant faire et accéléra tout en l'appelant. La main frôlait la garde de Dard et ses yeux observaient le ciel, les étoiles s'y étaient installées, parmi elles la lune était arrondi mais n'était pas pleine. Une belle soirée, songea le hobbit mais l'inquiétude ne le quittait pas. Il avait l'impression que Myca était trop loin et que le danger était trop proche, il détestait cette sensation. N'y tenant plus il attrapa sèchement l'épaule de l'enfant pour le tirer vers lui.
-Reste près de moi, il fait nuit noire et je ne veux pas te perdre de vue.
Myca fit la moue mais n'insista pas, il connaissait suffisamment Bilbo pour savoir quand il pouvait faire l'idiot et quand il devait se tenir droit. Tous deux marchèrent d'un bon rythme en se tenant aussi près que possible de la lumière.
Il aurait dû prendre une lanterne, se dit Bilbo, pour se rendre chez Myca ils devraient passer par un bout de forêt où aucun perron n'éclairerait leur chemin.
Bilbo ne croyait pas en l'existence d'un monstre, le monde était rempli de créature effrayante certes, mais il n'y a pas de monstre dans la Comté il en est persuadé. Cela ne l'empêchait pas de remarquer les brefs éclats de lumière qui provenaient de Dard, il avait d'abord pensé les avoir imaginé tant la durée de leur apparition était faible. Il fut démentit quand sa lame brilla toute une matinée, trois hobbits avaient disparu à ce moment-là, apprit-il par la suite.
Donc il y avait des gobelins ou des orcs voir les deux et cela le terrifia bien plus que si il y avait eu un monstre. Il devrait en parler avec Balin quand il rentrera, sûrement le nain parviendrait à lui prodiguer des conseils et à protéger la Comté, après tout même si c'était les hobbits les premiers concernés par cette histoire, ils ne possédaient aucune armée et avaient depuis bien longtemps oublié ce qu'était une stratégie. Non, ils leur faillaient l'aide d'un guerrier et bien qu'âgé, Balin était un guerrier.
Soudain ils furent encerclés par la silence et le froid. Myca tremblait de la tête au pied mais s'obligea à poursuivre sa route sans se plaindre, il était un Touque après tout. Bilbo une main dans le dos du petit, pressa l'allure. Ce n'était rien, il se faisait des idées, s'efforça-t-il de penser.
Ils s'apprêtèrent à sortir de l'obscurité quand Dard les illumina ce qui terrifia Bilbo.
-Dépêches-toi Myca.
Mais quelques pas supplémentaire et ils furent encerclés par des orcs. Myca et Bilbo les regardèrent paniqués tant ils étaient apparus avec brusquerie. Analysant la situation, Bilbo comprit avec horreur que les orcs avaient serré les rangs et qu'aussi petits qu'étaient les hobbits ils auraient tous deux du mal à passer et même si ils les traversaient, jamais ils ne parviendraient à les semer.
-Restes près de moi. Tu cours uniquement quand je te l'ordonne. Compris ?
-Bilbo, je...
-Compris ?
Myca déglutit et se colla encore plus à l'adulte.
-Compris.
Les orcs parlèrent dans leur langue, se félicitant d'avoir fait d'une pierre deux coup avant que le chef de la bande n'ordonne l'assaut. Sous-estimant leur adversaire, ils ne pressèrent pas l'attaque et n'utilisèrent pas toute leur force, Bilbo leur prouva qu'ils avaient eu tort.
Il dégaina rapidement Dard, et malgré qu'il ne fut pas une fine lame, il parvint à asséner de nombreux coup, visa le ventre et le torse profitant des défauts de leur armure. Il cherchait à créer une brèche permettant à Myca de passer et à les occuper pour que l'enfant puisse retourner chez lui. Il puisa toutes la force et l'acuité de ses sens que l'adrénaline lui offrait dans cet unique but. Il para, trancha, esquiva, s'éloigna de l'enfant pour mieux se défendre, s'en rapprocha pour le protéger, il manqua de tomber, fut blessé. Mais il la vit, la faille.
-À ta droite. Dit-il à Myca. Cours.
Il hurla tellement qu'il cru s'abîmer les poumons mais cela eu pour effet de faire détaler le petit sans qu'il ne cherche à protester.
Quand l'enfant sortit de son champ de vision, il put se battre avec plus de hargne et beaucoup moins de retenue. Devoir se battre tout en protégeant quelqu'un était atrocement difficile, bien plus que ce qu'il aurait cru.
Il espéra bien gagner mais il ne croyait pas en la victoire.
Les orcs revenaient à la charge et à chaque fois que, ce qui avait l'air d'être leur chef parlait, ils mettaient plus de violence dans leur coup, moins d'hésitation à le mettre en pièce et à l'acculer afin de l'avoir.
Son cœur battait si fort qu'il sentit le sang pulsait dans son crâne, ses muscles étaient tellement demandés et la douleur si peu présente que si il pouvait correctement réfléchir il trouverait cela étonnant.
Il parvint à éloigner un orc quand leur comportement changea. Ils prirent soudainement du recul tout en l'encerclant et le chef parla dans la langue commune.
-Rendez-vous. Ordonna-t-il à Bilbo
Ce dernier voulu rétorquer qu'il n'en était pas question quand il vit Myca prisonnier de la poigne d'un orc.
-Je suis désolé. S'excusa-t-il au bord des larmes mais les joues sèches. J'ai couru aussi vite que j'ai pu mais...j'ai trébuché. Je suis désolé.
-Tu n'y es pour rien Myca.
Décidément l'enfant se refusait à pleurer, quand l'orc le secoua, il essaya de le regarder avec haine mais la peur fut plus présente. Il peut bien pleurer, songea Bilbo, ils n'y avaient pas d'échappatoire.
-Rendez-vous. Répéta l'orc
-Laissez-le partir. Rétorqua Bilbo le corps tendu
-Je crois que vous ne comprenez pas. Dit l'orc avec un sourire en coin puis approchant sa lame de l'enfant il expliqua. Soit vous vous rendez et vous venez avec nous tous les deux en vie, soit vous persistez à combattre et on laisse le cadavre de ce petit en sachant que vous nous accompagnerez quand même.
Myca s'agita et regarda avec supplice Bilbo. Il aurait aimé pouvoir lui dire de ne pas penser à lui et de poursuivre le combat, mais il avait tellement peur, il voulait crier à l'aide, demander pitié pour sa vie. Il se sentit affreusement mal et envahi par le soulagement quand Bilbo qui ne l'avait pas lâché des yeux, abaissa Dard pour laisser les orcs le plaquer avec violence au sol, qui se vengeaient des blessures reçus.
-Je suis désolé. Répéta Myca sans pouvoir s'arrêter
-Ce n'est rien. Lui assura Bilbo. Ça ira.
L'orc s'avança vers lui puis ramassa la lame qu'il inspecta sans un regard pour Bilbo il dit :
-À votre place je ne lui mentirais pas.
Ne perdant pas sa peur qui le rongeait sans remord, Bilbo parvint tout de même à soutenir ce regard où se mêlait mépris et joie malsaine. L'orc claqua sa langue en voyant cela et décida qu'il ne pouvait se permettre de laisser passer pareil affront.
-Vous m'avez blessé au flanc gauche si je me souviens bien.
L'incompréhension s'installa dans les yeux du semi-homme que l'on remis brusquement sur ses pieds, l'orc installa Dard à son ceinturon et dégaina sa propre lame.
Oh non. Et pourtant si, l'orc planta d'un coup sec le fer dans le flanc gauche du hobbit qui ne put retenir un hurlement et poussa un autre cri quand la lame quitta son corps. L'orc donna un ordre dans leur langue et les hobbits furent portés par les autres orcs qui s'enfoncèrent dans l'obscurité des bois d'un pas assuré et rapide.
On s'occupa sommairement de la plaie de Bilbo afin qu'il n'en meurt pas. Ils furent ensuite attachés, leur lien était si étroit que la circulation sanguine se faisait avec difficulté, puis on les obligea à prendre place sur un warg.
La bande d'orcs partirent sans perdre plus de temps.
Le jour succéda à la nuit mais leur chevauché persista. Ils voyageaient dans le sens contraire de la course du Soleil, remarqua Bilbo qui cherchait à retenir tous les éléments l'entourant afin de savoir avec le plus de précision où ils se trouvaient. Il se refusait à abandonner, il avait perdu Dard, était blessé mais il avait toujours son anneau et suffisamment de cervelle pour savoir comment l'utiliser.
Trois fois le soleil se leva jusqu'à ce qu'il sut exactement ce qu'il devait être fait, ce qui était le mieux.
Comme chaque jour, les orcs s'étaient arrêtés pour manger et avaient poser un peu à l'écart les hobbits côte à côte sur un arbre avec seulement un bout de pain rassis pour s'alimenter. Myca mangeait par petit bout quand Bilbo lui parla :
-Écoutes sans dire un mot. Tu vas pouvoir t'échapper. Écoutes. Dans ma poche j'ai un anneau, mon anneau, tu te le mettras au doigt et ainsi tu pourras tromper leur vision. Leur autre sens ne sont pas trompés alors surtout tu ne bouges pas tant que tu nous vois. Quand nous serons partis, tu prendras le chemin du retour et surtout, surtout Myca, ne retires l'anneau qu'une fois chez toi.
Se disant, il attrapa l'anneau qu'il essaya de cacher derrière son morceau de pain, donnant l'impression qu'il voulait donner sa part à l'enfant.
-Et vous Bilbo ? Demanda-t-il en prenant l'objet
-Oh moi, je rentrerais un peu plus tard, c'est tout. Sourit-il faiblement
Un orc qui les vit parler s'approcha d'eux menaçant, sa main sur la garde de son arme.
-Vous n'êtes pas autorisés à parler.
Bilbo lui fit un vague signe de tête désolé avant de se jeter sur lui avec autant de force qu'il le pouvait, ce qui était peu. Profitant de l'agitation que cela provoquait, Myca glissa au sol se laissant rouler dans la faible pente et enfila précipitamment l'anneau à son doigt et disparut.
Bilbo fut vaincu facilement, à terre et toujours attaché il était dominé par le chef des orcs.
-Vous avez continué le combat. Le gosse est mort.
Le sourire mauvais, il demanda qu'on le lui apporte afin qu'il le tue juste au-dessus du semi-homme. Il perdit son sourire et s'agaça quand on lui dit que l'enfant était introuvable. Les recherches durèrent plusieurs quart d'heures qui ne semblaient pas vouloir prendre fin mais finalement on abandonna.
L'enfant s'était échappé.
Bilbo ne put s'empêcher de rire de soulagement, l'orc le voyant prit cela pour une attaque personnel et dégaina son arme décidant qu'il viserait la gorge.
Elle le frôla, il ne dû son salut qu'à un autre orc qui stoppa le premier et le dissuada en lui tenant des propos dans leur langue. Le chef s'énerva, cracha sa hargne mais laissa Bilbo en vie.
De nouveau placé sur un warg après que ses liens furent pire que les précédents, le hobbit jeta un regard en arrière rassuré, Myca allait rentrer chez lui. Alors que la chevauchée reprit, Bilbo se sentit en paix.
T-T-T-T-T-T-T
Le récit achevé, Bilbo se fit silencieux et observa les flammes. Il était cruellement inexpressif et Thorin n'aimait pas cela. Sa prise sur le poignet du hobbit se fit avec un peu plus de force.
-Vous avez fait ce qu'il fallait. Assura le nain
-Non.
Juste un murmure à peine perceptible.
Bilbo posa alors son regard sur Thorin et la voix tremblante il rétorqua :
-Je n'aurais jamais dû le laisser seul. Je l'ai abandonné.
Tant de tristesse et de remord vivaient dans les yeux qui faisaient face au roi, il détestait cela.
-Maintenant il est tout seul, je ne sais où, invisible aux yeux de tous. J'ai été l'être le plus stupide et le plus naïf pour croire que Myca parviendrait à rentrer chez lui.
-Vous avez agi au mieux, vous avez fait en sorte qu'il ait une chance en renonçant à celle que vous auriez pu avoir. Peu de gens se serait sacrifié comme vous l'avez fait.
Les yeux humides, le hobbit secoua la tête se refusant à donner du crédit aux mots de Thorin, celui-ci ne l'accepta pas. Sans lâcher le poignet, il utilisa son autre main pour tenir fermement le visage du hobbit et répéta avec plus d'autorité :
-Vous avez fait ce qu'il fallait. Ce qui vous est arrivé n'est pas de votre faute, vous n'êtes pas coupable de la perte de Myca.
-Si. Sanglota-t-il
-Non.
-Si, je lui avais dis que ça irait...Je lui avais dis qu'il rentrerais chez lui...Mais je lui ai menti et maintenant, il est seul...Sûrement mort. Tout est de ma faute. S'accusa-t-il
Naturellement, Thorin lui fit une place au creux de ses bras où il s'y nicha pour pleurer sans même essayer de s'arrêter. C'était la première fois depuis qu'il avait été retrouvé qu'il se permettait de se laisser aller sur l'épaule de quelqu'un. Il se sentit terriblement honteux mais se refusa à briser le contact dont il avait absolument besoin. Le roi était bouleversé par l'état du cambrioleur jusqu'au plus profond de son être. Jamais il n'avait soupçonné une telle détresse, ni culpabilité chez Bilbo et le simple rappel qu'il n'avait pas pu lui venir en aide lui broyait le cœur.
L'étreinte se fit plus désespérée, plus douloureuse. Leur corps se pressaient violemment, leurs ongles se plantaient dans leur peau, ils avaient mal. La joue humide de Bilbo était collée contre la nuque de Thorin. Tous deux avaient fermé résolument les yeux, ils n'avaient conscience que de l'autre.
La barbe de Thorin lui griffait la tempe alors que ses cheveux bruns lui chatouillait le nez.
La douce odeur de Bilbo imprégnait l'esprit de Thorin et ses excuses martelaient son crâne.
La main du nain lui massait gentiment le crâne pendant que sa voix le berçait.
Le souffle du hobbit qui se calmait, s'écrasait sur sa gorge et ses mains prenaient leur aise sur son dos.
Leurs poitrines s'entrechoquaient, leurs dos se tordaient.
Mais pour rien au monde ils auraient voulu que cela cesse. Cette étreinte, aussi blessante soit-elle, était nécessaire autant pour l'un que pour l'autre.
Le feu, seul témoin de la scène, se consumait progressivement jusqu'à ce que sa disparition plonge Thorin et Bilbo dans l'obscurité la plus totale. Et la pluie cognait désespérément à la fenêtre comme si elle suppliait pour qu'on la laisse rentrer, mais elle, comme le reste du monde, resta à l'extérieur de la chambre.
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Commentaires :
Je sais que je mets beaucoup de temps à poster et j'espère que l'attente vaut le coup
Je croise les doigts pour que vous ayez aimé et que vous aimerez également les autres chapitres à suivre ^^
Jojo : merci pour ta review ça me fait toujours plaisir d'en recevoir. On entendra parler de Myca je n'en ai pas fini avec lui )
