Disclaimer : Rien n'est à moi ! (Rien n'est à moi !) Tout est à elle ! (Tout est à elle !) Tout ce que j'ai je l'ai volé ! (Je l'ai volé !) Hum, euh, je veux dire : tout, sauf Alarice et Amour. Grrr. Et c'est pas du vol, en vrai. Juste de l'emprunt à durée indéterminée, puisque je n'en tire aucuns bénéfices (est-il utile de le préciser ?).

Chapitre 2

Le lendemain, lorsque tous les élèves sortirent de leur lit pour aller prendre leur petit déjeuner, l'ambiance était aussi électrique que la veille. Les joueurs titulaires de l'année précédente étaient devenus de véritables stars, et tout le monde avait déjà émis quelques pronostics sur la composition de la future équipe de Poudlard.

La plupart du temps, les élèves se contredisait, mais un nom ressortait plus souvent que les autres. C'était celui d'Alarice Dendelion, capitaine et poursuiveuse de l'équipe de Serpentard, actuellement en septième année.

A la plus grande déception des autres maisons, en effet, personne ne pouvait lui contester son talent pour le vol elle semblait être née sur un balai. Pour l'heure, elle essayait simplement de prendre son petit déjeuner sans être interrompue toute les huit secondes par un élève avide de savoir si elle pensait se présenter aux sélections : chose tellement évidente qu'elle ne pouvait s'empêcher d'admirer la ténacité (et la stupidité) de ceux qui venaient pour la troisième fois engager la conversation avec elle. Alarice, solitaire dans l'âme, ne faisait pourtant rien pour les encourager.

Au bout d'un moment, elle en eu assez de la foule qui se pressait autour d'elle. Elle pris une dernière tartine qu'elle recouvrit lentement de confiture, avant de se lever de table, de fendre la foule d'un air digne et de redescendre dans son dortoir, son emploi du temps fraîchement distribué sous le bras.

OOO

Harry et Ron étaient partis tôt au ministère, ne mangeant même pas leur petit déjeuner chez eux pour ne pas risquer de croiser Malfoy. Luna, elle, n'était tenue à aucuns horaires, et ce n'est que vers midi qu'elle émergea de son lit, l'esprit encore plus embrouillé que d'habitude. Elle mis quelques instants à se rappeler de ce qui était arrivé la veille. L'angoisse qui ne l'avait quitté que lorsque le sommeil l'avait emportée revint, avec plus de force. Elle se demanda ce que Malfoy avait fait ce matin. Était-il resté dans son lit, comme elle, ou alors avait-il profité de l'absence des propriétaires pour visiter un peu ? Bizarrement, le fait que Malfoy se balade seul dans la maison pendant qu'elle était encore endormie ne la stressait pas plus qu'elle ne l'était déjà.

Elle décida de se faire un thé au citron, avant d'aller voir ce que faisais le jeune homme.

OOO

Draco n'était pas sortit de sa chambre. Il ne comptait pas rencontrer ses anciens ennemis au détour d'un couloir. Il avait tout ce qu'il lui fallait dans cette pièce, merci bien. Il ne put s'empêcher de remarquer que les propriétaires avaient fait du bon travail : malgré la couleur des murs (non mais vraiment, qui avait eu cette idée ? C'était pour se moquer de lui, c'est ça ?), la chambre était très agréable, et contenait tout ce dont un visiteur pouvait avoir besoin ; une grande bibliothèque en chêne séparait le lit d'un espace où s'étalait un grand bureau et quelques fauteuils confortables. Dans le fond de la pièce, une porte ouvrait sur une luxueuse salle de bain peinte de couleurs sombre. Puisqu'il avait pris des habits de rechange et de quoi travailler pendant ses vacances forcées, il n'avait besoin de rien de plus.

Sauf peut-être de quoi manger. Il n'avait rien avalé depuis maintenant plus de 24h, et il commençait à se sentir un peux faible. Lovegood lui avait dit qu'il pouvait venir dîner avec eux, hier soir. Draco ne comprenait pas comment cette fille pouvait être à ce point déconnectée de la réalité pour lui proposer de partager un repas avec Potter et Weasley. D'après ce que lui avait dit le ministre, Longdubat et Thomas habitaient aussi dans cette maison. Heureusement qu'ils n'étaient pas là pour l'instant, la concentration de Gryffondor au mètre carré aurait été un peux trop haute pour l'ancien Serpentard, tout diplômés qu'ils étaient.

Toujours est-il qu'il avait faim. D'après ce qu'il avait compris, les sorts de protections autour de cette maison étaient plutôt puissants, donc pas question d'invoquer la nourriture de sa cuisine, elle n'arriverait jamais à bon port. C'était quand même stupide : il avait pensé à prendre quelques doses de Morphée, la drogue qu'il prisait depuis quelques temps, mais pas de nourriture. Le jeune homme émit un petit rire désabusé en constatant l'état de dépendance dans lequel il s'était lui même enfermé.

Draco n'avait pas ressentit de manque depuis qu'il était là, mais en voyant le petit flacon remplis de liquide argenté, il sentit l'envie habituelle se manifester. Ce n'était pas le bon moment, pas du tout. Il était dans la maison de Potter. Et il n'avait rien mangé depuis hier matin, ce qui réduisait nettement sa résistance aux stupéfiants. Oui, mais s'il n'en prenait qu'un tout petit peu ? Pas de quoi vraiment le faire planer, mais juste de quoi le détendre ?

Il contempla la petite bouteille d'un œil circonspecte pendant quelques secondes, hésitant. Puis il déboucha lentement le flacon, et le porta à sa bouche. Il renversa la tête en arrière, les lèvres fermées hermétiquement. Puis, savourant l'instant qui précédait l'euphorie qui allait bientôt le gagner, il les entrouvrit pour laisser passer un minuscule filet de Morphée. Le liquide épais venait de se déposer sur sa langue lorsqu'on frappa à la porte. Draco sursauta ses lèvre s'ouvrirent en grand, et il avala la moitié du flacon dans un réflexe de déglutition particulièrement peu approprié à la situation.

Il se mit à tousser de toute ses forces, crachotant un peux partout sur le tapis.

« Oh merde, oh merde, oh merde ! »

Il reboucha la bouteille, toujours en crachant ses poumons, et se saisit de sa baguette magique d'un geste vif. Il la posa contre sa gorge, et sa toux s'arrêta aussitôt malheureusement, il était trop tard pour la Morphée. Il sentait déjà les picotements familiers lui parcourir les membres, beaucoup plus rapidement que d'habitude.

« Merde ! »

Trois petits coups secs retentirent à nouveaux contre la porte, et le jeune homme entendit la voix de Lovegood de l'autre coté :

« - Draco ? Tu vas bien ? »

Draco ? Elle l'avait bien appelé Draco ? Il décida qu'il valait mieux lui ouvrir avant qu'elle ne défonce la porte pour entrer. Il se recomposa un visage impassible, et entrouvrit la porte pour faire face à la jeune femme, cachant le flacon dans son dos.

« - Lovegood.

- Bonjour Draco, dit-elle de sa voix éthérée, malgré le désir évident de son interlocuteur d'être appelé par son nom de famille. J'ai cru entendre du bruit.

- Tu as du rêver », marmonna Draco en regardant par dessus l'épaule de Luna, apparemment pressé que l'entrevue se termine.

La Morphée, si elle lui avait apporté son habituelle sensation de bien-être, allait bientôt le priver du peu de contrôle qu'il lui restait. Voyant que la jeune femme ne reprenait pas la parole, il consentit enfin à croiser son regard :

« - Tu voulais quelque chose ?

- J'ai fait des crêpes, je voulais savoir si tu avait faim.

- Je n'ai pas... »

Il fut interrompu par son ventre, qui émit à ce moment là un borborygme particulièrement long et bruyant. Le traître. Draco ferma les yeux, son visage figé en une expression crispée. Sans paraître le moins du monde gênée, la jeune femme tourna les talons, lançant par dessus son épaule :

« - Je t'attends dans la cuisine. »

Elle fit quelques pas, avant de se retourner et de préciser :

« - Les autres sont tous partis travailler. »

Et elle descendit les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée, tandis que Draco claquait la porte derrière elle. Pas question qu'il aille manger des crêpes avec Loufoca.

« Dommage, ça sent bon.. », fit la Morphée dans sa tête.

« Silence, toi, c'est pas le moment. »

Le jeune homme rejoignit son lit en titubant, lâchant le flacon qui alla rouler sur le tapis. Il s'affala sur les couettes, les yeux fixés au plafond. Il était dans une situation bien étrange... Il ferma les yeux quelques instant. Lorsqu'il les rouvrit, la Morphée avait achevé son œuvre. Il se sentait enfin bien.

« J'ai faim », fit la Morphée.

« Je ne descends pas voir Loufoca », rétorqua Draco.

Mais la Morphée était beaucoup plus puissante que lui, elle pulsait à travers ses veines. Alors Draco se laissa convaincre, et trouva son chemin vers la cuisine, où convergeaient toute les bonnes odeurs qui avaient envahit la maison. Luna était debout devant la cuisinière, une poêle à la main, une louche dans l'autre. La table avait été mise pour deux personnes, et le jeune homme se laissa tomber devant une assiette.

« - Loufoca... Ça ne te gène pas que je sois là ?

Les mots fusaient aussi vite hors de sa bouche qu'ils étaient apparus dans son esprit, sans qu'il y réfléchisse, suivant la voie que la Morphée leurs montrait. Draco attrapa machinalement sa fourchette, et l'acuité de son toucher le frappa, comme à chaque fois qu'il prenait de sa drogue favorite. Luna déposa une crêpe salée dans son assiette sans relever l'utilisation de son surnom.

« - Tu sais, la maison est grande, et tu n'es pas un hôte très envahissant.
- Belle manière de sous entendre que oui, ça t'emmerde. »

Ces paroles ne parurent pas embarrasser Luna, qui se retourna vers la poêle. Après un instant de calme, la jeune femme brisa le silence :

« - Ça ne va pas te gêner, pour ton travail ?
- Si... »

Le blond ne développa pas sa pensée. A la place, il reprit une bouchée de crêpe, fermant les yeux pour savourer le goût qui venait d'exploser littéralement sur sa langue. Il adorait manger quand il planait. Il découvrait des goûts, des textures, dont l'ampleur ne l'avait jamais autant marqué quand il était sobre. Et ces crêpes... Rouvrant les yeux, il fixa ses pupilles dilatées sur la cuisinière.

« - Et toi, tu bosses pas ?
- Moi, j'écris des histoires tristes. »

Draco parut un instant interdit, puis émit un petit ricanement :

« - T'en as pas déjà assez vécu ? »

Ce n'était pas une moquerie, plutôt un constat.

« - C'est pas tellement une question de vécu. J'exorcise. Ce que j'écris ne peut plus arriver. »

Le jeune homme réfléchit un moment à ces paroles, puis finit par hocher la tête.

« - Je suppose que tu ne va pas t'arrêter d'écrire tout de suite alors.
- Non... »

Le repas continua en silence. Finalement, Draco reposa lentement sa fourchette. Luna le fixa de son regard indéchiffrable, sans faire le moindre geste pour l'arrêter, et, sous l'insistance du peu de lucidité qu'il lui restait, le jeune homme remonta dans sa chambre avant que l'excès de Morphée ne le prive de toute fonction motrice.

OOO

Cinq heures plus tard, sa lucidité et son amour-propre retrouvé (malgré un mal de crâne qui l'élançait douloureusement), il était assis dans le bureau de Kingsley, avec Harry Potter.

« - J'ai le plaisir de vous annoncer que je vous ai trouvé un logement temporaire. La remise en état des défenses du manoir se poursuit, mais les ensorceleurs auront encore besoin d'une petite semaine avant que l'endroit ne redevienne habitable. »

Le ministre fit une petite pause, avant de fixer son regard sur Harry :

« - Potter, avant que j'en dise plus, il faut que vous prêtiez serment de ne pas répéter à qui que ce soit ce qui va être dit ici.

Draco émit un petit ricanement railleur, mais ne développa pas sa pensée. Harry acquiesça d'un mouvement sec de la tête, et Kingsley repris la parole.

« - Bien. Vous vous souvenez sans doute qu'il était trop dangereux pour vous d'utiliser une de nos planques, Malfoy. Nous allons donc vous déguiser.

- Me déguiser ? »

Le ton de sa voix venait de baisser d'un octave, prenant une note vaguement menaçante.

« - Vous déguiser, répéta Kingsley. Le ministère a mis au point il y a quelques mois une potion de polynectar perpétuel. Nous l'utilisons habituellement pour des missions de surveillance ou d'infiltration. Le problème est que pour pouvoir en disposer, il faut faire la demande au moins deux mois à l'avance. Vous allez donc utiliser la potion de Potter, qui est le seul agent à avoir une mission en préparation en ce moment. »

Avant même qu'il ai finit sa phrase, les deux hommes assis en face de son bureau commencèrent à protester :

« - Quoi ? Malfoy va utiliser mes potions ? Monsieur, j'attends cette opportunité depuis des mois ! Cette mission ne peut pas être annulée, ça bloquerai tout le dossier, on aura plus jamais une opportunité pareille !

- Je vais donc passer une semaine dans la peau de quelqu'un d'autre. Génial. Vous m'expliquez comment je fais pour travailler ? Vous ne pensez pas que ça va paraître suspect si je disparaît tout d'un coup de la surface du globe ?

- Vous savez bien que cette mission est primordiale...

- On a besoin de moi, c'est absolument impossible que je loupe une semaine de travail...

- Ça va, tu prends pas trop la grosse tête, Malfoy ?

- T'as arrêté de te plaindre, Potter ? Ça t'étonne que certains puissent occuper des postes à responsabilité ?

- Si tu veux partir sur ce terrain là, je te préviens... »

Alors que la discussion menaçait de s'élever à un niveau beaucoup moins cordial, Shacklebolt intervint tout d'un coup d'une voix grave et puissante :

« - Messieurs, s'il vous plaît ! Nous ne sommes pas ici pour nous disputer, mais pour trouver une solution à un problème grave. Maintenant, si ne pouvez vraiment pas faire preuve d'un niveau de maturité suffisant pour poursuivre cet entretient, je vous prie d'aller continuer vos débats autre part. J'ai énormément de travail, bien trop pour devoir écouter vos disputes puériles !

Maintenant, écoutez moi bien, ce que je propose est simple, Malfoy : vous prenez une semaine de congé, le temps que le Manoir soit à nouveau habitable. Une fois ce délai passé, vous reprenez votre apparence, et votre vie reprend son cours. Vous pourrez renforcer les défenses du manoir ou embaucher un garde du corps si vous voulez, ça ne nous concerne plus. A ce jour, c'est la seule option qu'on ai. A vous de choisir.

Potter, je sais bien que vous attendiez ça depuis longtemps, mais il y a moyen de faire autrement sans pour autant supprimer la mission : elle commencera dans deux jours, comme prévu, et seuls quelques détails changeront. Si vous acceptez d'utiliser du simple polynectar, la mission pourra suivre son cours normalement.

C'est la solution la plus raisonnable qu'on ai pour le moment. »

Le ton de Shacklebolt indiquait que la discussion était terminée. Les deux protagonistes gardèrent le silence pendant quelques secondes, sans se regarder, puis Harry hocha la tête tandis que Draco soupirait en donnant son accord. Kingsley prit un air satisfait.

« - Bien. Je vous laisse passer à l'arsenal pour récupérer les potions comme convenu, Potter. Vous pourrez rester professionnel suffisamment longtemps pour accompagner Malfoy à la planque ?

- Oui monsieur, répondit Harry, conscient que Kingsley cherchait à la tester.

- Mais... »

Draco fut interrompu par le coup de pied discret (mais néanmoins volontairement douloureux) que Harry lui balança dans le tibias. Ce n'est pas la pointe de douleur qui le fit taire, mais bien la consternation que son meilleur ennemis ait pu se permettre une telle familiarité avec lui.

Kingsley fit comme s'il n'avait rien entendu, et les congédia tout les deux.

Une fois dans le couloir, Harry partit sans se retourner, et Draco lui emboîta le pas, jusqu'à une petite pièce contenant un bureau et quelques chaises, le tout encombré de plus de dossiers que Draco ne pouvait en compter. Harry débarrassa une chaise, et la désigna à Draco, qui s'assit dans un mouvement élégant. Le brun farfouilla un moment, sélectionnant quelques papiers qu'ils scella dans une armoire à l'aide d'un sortilège informulé, en jetant un regards suspicieux au blond.

« - C'est ton bureau Potter ?

- Oui. Je vais à l'arsenal, reste ici et s'il te plaît, ne touche à rien. »

Il quitta le bureau, et Draco se retrouva seul. Il était déjà venu de nombreuses fois, et savait où se situait l'arsenal, à environ dix minutes de marche de ce bureau. Potter devrait rester minimum sept minutes là bas, le temps de récupérer les potions et de signer le registre. Plus dix minutes au retour. En admettant qu'il se dépêche pour ne pas le laisser seul avec ses papiers trop longtemps, il serait partit une quinzaine de minutes.

Draco se leva, et jeta un regard autour de lui, se demandant par où commencer. Il sortit sa baguette de l'intérieur de sa manche, et invoqua son patronus. Un long cobra à collerette tomba lourdement sur le sol et alla se poster en ondulant à coté de la porte pour faire le guet. Le jeune homme regarda vaguement le nom des dossiers posés sur le bureau. Si on apprenait qu'il avait fouillé là dedans, il risquait de gros ennuis. Il n'y toucha donc pas, se dirigeant plutôt vers les tiroirs, de l'autre coté du meuble.

Il en ouvrit un doucement, la baguette brandie, avant de voir qu'il ne contenait que des photos. Il observa leur disposition pendant quelques instants, puis s'en saisit pour les regarder. Des photos de Potter, Weasley et Granger dans une sorte de café, accoudés au comptoir quelques autres personnes que Draco reconnut de vue, la sœur Weasley, les jumeaux Weasley... bref tous les Weasley apparaissaient à un moment ou à un autre Longdubat, Lovegood, Thomas, Finnigan, Brown, Patil... Beaucoup d'anciens Gryffondors, quelques Serdaigles, moins de Pouffsoufles, et pas du tout de Serpentards. Ils étaient à ce qui ressemblait à une fête de retrouvailles. Quoique... Des cadeaux sur une table. Un anniversaire ? Sur la photo suivante, ils étaient six à ouvrir les cadeaux. Pas un anniversaire. Et quels présents... Des lampes, de l'argenterie, et même un énorme tapis et des fauteuils.

Sur la photo suivante, Weasley, Lovegood, Thomas, Granger, Potter et Longdubat posaient en riant devant l'énorme pile d'objet et de papier cadeau froissé. Dans la cuisine. Donc, pendaison de crémaillère. La seule fois où Draco avait du assister à une fête comme celle-ci, ça ne s'était pas tellement déroulé de la même manière : chez la plupart des sang-pur, chaque invité offrait quelques parts d'une valeur bien cotée en bourse, mais certainement pas des choses plus personnelles qui pourraient jurer avec la décoration intérieure soigneusement agencée.

Mais alors, ça signifiait que la salle dans laquelle ils se trouvaient avant, avec le comptoir, se trouvait dans la maison ? Elle devait être beaucoup plus grande que ce que Draco avait imaginé. Les pérégrinations du photographe tout au long de la soirée lui montrèrent beaucoup d'autre choses : ce qui ressemblait à un sauna, une piscine, et même... Draco ne put s'empêcher de lâcher un petit rire surpris en constatant que Potter ne se refusait vraiment rien. Il avait un terrain de Quidditch dans sa maison. Un terrain de Quidditch intérieur. La magie et l'argent pouvait parfois donner de drôles de choses. Sur la dernière photo, il pouvait voir Potter filer comme une étoile sur son balai, faisant la course avec tout un tas d'autre personnes, qui n'avaient pas l'air toute sobres. Il vit même ce qu'il cru être Longdubat tomber mollement de son balai, et se poser doucement sur le sol, retenu par un sortilège.

Lorsqu'il arriva de nouveau à la première photo, le jeune homme les remis à leur place, exactement dans la même position qu'avant. Il passa au tiroir suivant. Fermé. Il essaya un à un d'ouvrir les autres. Il ne pu en ouvrir aucuns. Donc le seul tiroir contenant les effets personnels de Potter était celui où il avait trouvé les photos. C'était bien maigre, pour un endroit où le brun passait ses journées depuis... quoi, presque deux ans ? Tout à coup, une question frappa Draco. Pourquoi Potter avait son propre bureau ? Chez les aurors, seul le directeur pouvait bénéficier d'une pièce à lui. Tous les autres devaient travailler dans des box, répartis dans une grande pièce. De plus, Potter n'était même pas encore en service, puisqu'il n'avait pas finit sa formation. Était-ce à cause de sa notoriété ? Draco n'avait pas de réponse pour l'instant, mais il garda sa pensée dans un coin de son esprit.

Draco Malfoy ne fouillait pas dans le bureau de Harry Potter pour chercher quelques chose en particulier. Non, il lui fallait quelques chose de plus général, des informations au sens large. Il avait appris depuis longtemps que la connaissance, c'était le pouvoir. Et l'occasion était trop belle pour qu'il la laisse passer. N'importe quelle bribe d'information lui suffisait, même la plus insignifiante. Il se souvenait du beau visage de la mère de Blaise qui se penchait vers lui avec un air de conspiratrice, le diable dans un corps de nymphe. « Si tu veux le pouvoir Draco, ne pense pas à l'argent, il ne vient qu'en deuxième place. La connaissance, elle, est beaucoup plus utile. Savoir ce que mange le ministre au petit déjeuner peut paraître dérisoire, mais en réalité, chaque information est une prise de plus sur la falaise qui te conduit au sommet. La connaissance, Draco. Si tu sais, le monde est à toi. ». Il se souvenait également de sa réponse lorsqu'il lui avait demandé si elle savait ce que prenais le ministre au petit déjeuner. « Il prend toujours un petit déjeuner français, un café serré et quelques tranches de pain, sans beurre mais avec de la confiture de poire. » Et un sourire jocondien avait fleurit sur ses lèvres purpurines.

Penser à la mère de Blaise lui fit soudain prendre conscience de la raison du silence de son ami. Cela avait sans doute à voir avec elle. Draco ne pouvait rien faire pour l'instant, mais il se promis d'écrire à Blaise dès qu'il serait en sécurité dans la planque.

Le cobra argenté se dressa soudain devant la porte, sifflant doucement pour avertir l'ancien Serpentard du retour de Potter. Draco se redressa, vérifia que tout était à la même place, contourna le bureau et se laissa tomber dans sa chaise souplement. On aurait dit qu'il était resté dans la même position durant toute l'absence de Potter. Celui ci entra vivement dans la pièce, un paquet à la main, le souffle à peine plus rapide que s'il venait de parcourir le couloir d'un pas vif. « Sportif », pensa Draco. Après avoir vu les photos, il ne doutait pas que Potter n'avait pas arrêté le Quidditch. Il était partis dix minutes.

« - On peut y aller, Malfoy. »

Ledit Malfoy se leva et suivit Potter jusqu'à une salle du département des aurors remplie de cheminées. L'apprenti auror saisit une poignée de poudre verte dans un vase à l'entrée et se dirigea vers un âtre sur le mur gauche. Il la jeta dans le feu, et tandis que les flammes prenaient une teinte émeraude, se tourna vers son interlocuteur.

« - T'y va d'abord. Planque C-59-12.

- Méfiant, le Potter. Où est passée ta politesse ?

- Malfoy, tu la ferme ou je m'en occupe à ta place. »

Draco poussa un soupir désolé, et monta dans la cheminée, lançant une dernière pique :

« - Les bonnes manières n'ont jamais été ton fort... »

Le visage de Potter (tordu comme s'il venait de mordre dans un citron) laissa place à un tourbillon de sons et de , Draco atterrit dans un petit appartement d'allure modeste. Il jeta un regard dégoutté à la table en formica, et entreprit de commencer la visite sans attendre l'arrivée de Potter. La pièce dans laquelle il se trouvait servait apparemment de salon et de salle à manger. Un comptoir défraîchit le séparait de l'espace cuisine. Une porte sur sa droite s'ouvrait sur un couloir, qui donnait lui même accès à une chambre, à une salle de bain ainsi qu'à une petite buanderie. Draco n'ignorait pas que beaucoup de ménages vivaient dans des appartements beaucoup moins étendus, mais il ne pouvait s'empêcher de comparer la superficie de cet appartement à celle du petit salon de sa mère. Le petit salon gagnait.

Le jeune homme retourna dans la pièce principale tandis que Potter apparaissait dans la cheminée. Il s'épousseta les épaules, puis s'assit à un bout de la table, tandis que Draco l'imitait et s'asseyait à l'autre.

« - Voila les potions », fit Potter en poussant un coffret en bois ouvragé vers son vis-à-vis. « Trois pour te transformer, trois pour redevenir toi-même. Normalement tu n'en aura besoin que d'une de chaque sorte. Si tu en utilise plus, tu devra prouver que c'était nécessaire dans ce rapport ». Il sortit un épais dossier qu'il posa lourdement sur la table. « Il y a tout ce qu'il te faut dans les placard pour tenir une semaine. Voici les clefs de l'appartement et de l'immeuble, et le code du portail. Tu peux sortir autant que tu veux, mais ne te fait pas remarquer. Pour les autres habitants de l'immeuble, si tu les croises, tu leur diras que tu es Connor Hamilton, le cousin de Shirley Hamilton, et qu'elle t'a prêté son appartement pendant qu'elle prend des vacances. Tu ne restes qu'une semaine, alors tu n'as pas besoin de développer beaucoup, mais fait attention surtout à ne pas te contredire. Sinon, ne va tout simplement pas leur parler, ça t'évitera de dire des conneries. De toute façon ça ne devrait pas te poser beaucoup de problèmes de jouer au gars antipathique. »

Draco haussa un sourcil, mais ne releva pas la pique. Il était d'accord avec lui.

« - Normalement, tu n'auras pas besoin de faire de courses, mais tu as un budget de 50 livres moldues pour la semaine, en cas d'urgence. Pareil, leur usage doit être justifié dans le registre. En cas de problèmes, tu m'appelle directement. Je te rappelle que c'est moi qui suis censé être dans cette planque, donc si quelqu'un du ministère appelle, tu me renvoi l'appel, sauf si c'est le ministre. Il n'y a que lui et moi qui sommes au courant pour ta présence ici. Et je te préviens Malfoy, tu me dérange plus que nécessaire et je te fous dehors, Manoir protégé ou pas.

- Potter, j'ai des choses plus intéressantes à faire que de t'appeler au milieu de la nuit pour t'emmerder...

- Simple mise en garde. L'appart a des protections magiques, mais elles ne sont pas assez élevées pour attirer l'attention. Donc tu peux envoyer du courrier et en recevoir, les hiboux te trouveront, mais ils seront intraçables. Tu peux aussi transplaner directement ici. Ta protection repose plus sur le camouflage que sur la puissance. »

Draco hocha la tête. Il s'en était aperçu. Harry se leva, puis reprit :

« - Tu dois boire la potion avant que je parte. »

L'ancien Serpentard soupira devant tant de méfiance. Il obéit néanmoins, son corps parcouru par la désagréable sensation qui accompagnait le polynectar. Potter, le regarda, scrutant son visage, puis tourna les talons et disparut dans la cheminée dans un bruissement de flammes vertes.

OOO

La première chose que Draco fit lorsqu'il fut seul, c'est d'aller directement dans la salle de bain pour voir à quoi il ressemblait. Sa taille n'avait pas changé. En revanche, plus de blondeur éclatante, plus de visage aristocratique. Les cheveux châtains retombant en boucles lâches sur ses épaules, les yeux marrons foncés, il était beaucoup plus commun. Beau garçon, mais banal.

La deuxième chose qu'il fit, c'est d'ouvrir tous les placards jusqu'à trouver quelque chose de comestible. Après quelques essais infructueux, il tomba sur une boite remplie de gros cookies au chocolat. D'après le goût -absolument divin-, ça ne pouvait qu'être des cookies fait maison. Il se demanda un instant qui avait bien pu les placer ici pour faire la surprise à Potter, puis décida que ça n'avait pas d'importance, puisqu'il ne serait jamais au courant.

Enfin, la troisième chose qu'il fit, c'est se placer au milieu du salon, baguette à la main, et de chuchoter :

« - Hayswift ! »

L'elfe apparut aussitôt dans un « crac » sonore.

« - Monsieur a appelé Hayswift ? »

Draco soupira de soulagement. Il savait bien que son elfe s'en sortirait : elle était puissante, et il lui avait appris quelques trucs, mais il n'avait pas été tranquille avant d'en avoir la preuve sous les yeux. Il baissa sa baguette.

« - Je veux que tu retrouve Blaise Zabini. Ne le laisse pas s'apercevoir que tu es là, et reviens me voir dès que tu sais où il est et ce qu'il fait.

- Oui maître. »

Hayswift s'inclina jusqu'au sol, puis disparu pour aller remplir sa mission. Après son départ, Draco erra dans l'appartement, désœuvré. Il finit par s'asseoir au comptoir, armé d'une plume. Il passa une bonne heure à mettre par écrit ses instructions pour sa secrétaire. Enfin, il posa le point final, agita sa baguette, et la parchemin disparu. Elle le recevrait par mail. Après ça, il se saisit d'un autre parchemin, plus finement travaillé, où l'on pouvait voir les armoiries Malfoy en filigrane, et y écrivit une lettre pour Narcissa :

Mère

Je me dois de vous tenir informée de certains événements survenus dernièrement. Les défenses magiques du manoir ont été sabotées, et je ne peux y habiter pour l'instant. Le ministère rétablit les protections en ce moment même, et j'y ajouterai les miennes dès qu'ils auront terminé. Pouvez vous m'envoyer le manuel de Bott Herbaud que je vous avais prêté lors de votre départ ? Je pense que j'y trouverai des informations supplémentaires sur l'optimisation des sorts relatifs aux gemmes protectrices.
Je vais bien.

Arrivé à ce passage, Draco eut du mal à trouver l'inspiration nécessaire pour finir sa lettre. Ses rapports avec sa mère s'était distendus depuis l'emprisonnement de son père. Finalement, il compléta :

, et j'espère de tout cœur que c'est également votre cas. Je vous en prie, ne vous inquiétez pas pour moi : la situation devrait se stabiliser sous peu.

Avec toute mon affection,

Draco

Il plia le parchemin, le cacheta à la cire blanche, puis siffla son hibou. Celui-ci se présenta deux minutes plus tard à sa fenêtre, repartant rapidement porter son message. La nuit commençait à tomber, et Draco décida de se faire à manger. Puisqu'il avait envoyé Hayswift en mission, il allait devoir se débrouiller tout seul. Draco Malfoy mis de l'eau à bouillir et saisit un paquet de pâtes purement moldu, frémissant à l'idée de ce que devaient penser ses ancêtres du dernier de leur lignée.

OOO

Alarice était allongée sur le ventre, des parchemins étalés devant elle, sa plume courant à la surface du papier dans un crissement discret. Elle avait rabattu les rideaux émeraude autour de son lit afin d'être tranquille.

Chère Amy

Les sélections se passent dans quatre jours. Bizarrement, je stresse, alors que (sans me vanter, tu me connais) je suis sans doute la seule dans cette école à être sûre d'être prise. J'espère que les autres joueurs seront plus sociables que moi, ou sinon l'année risque de passer très lentement... L'entraîneuse que les Harpies nous on attribuée est le genre de femme que tu n'aimerais pas : très sûre d'elle même, qui s'attend à être obéie à la lettre. Heureusement que, contrairement à toi, je peux gérer ce genre de personne...
N'empêche qu'elle sait voler... Depuis deux semaines, elle passe son temps sur le terrain, à évaluer tous ceux qui viennent s'entraîner, et à frimer en testant toute ses techniques les plus difficiles. Elle a déjà envoyé deux Gryffondor qui voulaient l'imiter à l'infirmerie.
J'ai l'impression que tout le monde est devenu complètement dingue ! Je crois que le but de notre directrice était de souder toute l'école autour d'un événement qui nous regrouperait tous, les conneries dans le genre... pour l'instant c'est un peu raté. Non seulement les relations entre les différentes maisons sont devenues de plus en plus tendues (les Pouffsoufle et les Gryffondor sont en guerre déclarée... Ils ont chacun un prétendant pour l'attrapeur...), mais en plus de ça, à l'intérieur même des maisons, ça commence à devenir tendu. Peter Weiss, qui avait toujours été sympa avec moi, et venu me provoquer alors que je sortais de la serre, hier. J'y étais pour commencer à bosser mon projet pour les aspics (donc toute seule), il devait être neuf heures du soir... Je crois qu'il voulait que je lui réponde, pour qu'on commence à s'engueuler et qu'il puisse arranger un petit accident sans témoin.

Enfin bref, de mon coté tout va bien... Sarah te dit bonjour ! Et les autres aussi du coup, je te le disais, t'as la cote auprès des filles de mon dortoir... Elles viennent de rentrer de la bibliothèque, et comme d'habitude, elles n'ont pas vraiment compris que quand mes rideaux étaient tirés, ça voulait dire que je ne voulais pas être dérangée.
Sinon, la rentrée s'est bien passée, toujours les mêmes profs, toujours les mêmes salles, toujours les mêmes têtes... Et toi, quoi de neuf de ton coté ?

Tout plein de bisous !

Alarice

PS : comme tu t'en doute, Peter Weiss a été retrouvé ce matin pétrifié devant la serre numéro trois. Je suis trop miséricordieuse comme fille des fois.

Alarice reboucha son flacon d'encre violette, nettoya sa plume, cacheta sa lettre et enfila ses pantoufles pour se rendre jusqu'à la volière. Alors qu'elle s'apprêtait à rentrer dans l'antre des hiboux, elle sentit un frôlement contre sa cheville. Elle baissa les yeux et vit son chat, gris comme les ombres, qui s'éloignait déjà, à la poursuite de nouvelles aventures nocturnes. Elle ne le voyait presque jamais : tout le temps en vadrouille, il ne dormait jamais dans son dortoir ou même dans la salle commune, et lorsqu'elle devait repartir, en fin d'année, elle mettait toujours plusieurs jours avant de mettre la main dessus. L'année dernière, lassée de le chercher partout, elle avait même utilisé un sort d'attraction.

Elle entra dans la volière en souriant. Elle s'approcha d'une chouette de l'école, assez grande et robuste pour faire le trajet au dessus de la Manche. Elle accrocha sa lettre à la patte de l'animal, et lui dit :

« - Amour d'Ussel, à Calais. Désolée, je n'ai pas d'adresse exacte... »

La chouette ébouriffa ses plumes, prenant un air outré, puis s'envola dans la nuit, plus silencieuse qu'un nuage.


Un mois et demi plus tard, c'est pas si mal, non ? Bon. Sinon, je vous avais dit que j'étais allergique aux délais ? O:)

Merci beaucoup pour vos ajouts en favoris et en alerte, et un énorme merci à DanseEl pour sa review !
Et merci aussi à Kolerego et Poulpyo, pour la relecture et les conseils...

Dans le prochain chapitre : Blaise revient, Luna s'en va, Draco a un problème, et les sélections arrivent !

Sinon, j'ai fait un petit changement de rating, parce que tout ce petit monde va être amené à dire beaucoup de grossièretés, les méchants... Je préfère rendre les dialogues les plus réalistes possibles, abréviations, fautes de français et gros-mots compris ! Je ne sais pas si ça vaut vraiment un rating T, mais dans le doute, je préfère ne pas prendre de risques...

Du coup je vous poste ce chapitre à deux heures du matin, en rentrant d'un match de roller derby (Lille a écrasé Nancy 193 à 81 si je me souviens bien, vous serez contents de l'apprendre). Et Only Lovers Left Alive, c'est un film vraiment cool. Sinon, vous savez d'où vient le nom d'Amour (d'Ussel) ? Et bien, esgourdez bien, chez gens : au XIIe siècle, le seigneur d'Ussel, Guillaume (à ne pas confondre avec le résistant, un peu plus bas dans l'arbre généalogique), a quatre enfants. Issus de la noblesse, avec toute les cartes en main, trois d'entre eux choisissent de devenir... troubadours. Ça mérite bien qu'on se rappelle d'eux. (C'était la minute historique pour votre culture générale. Maintenant vous pouvez vous la péter dans vos dîner en famille.)

C'est marrant, les notes d'auteurs en fin de chapitre. On croit que c'est finit, et puis en fait non. Enfin, c'est surtout une excuse pour vous raconter ma vie. Je crois que je vais peut-être m'arrêter là...

A la prochaine, et n'hésitez pas à me donner votre avis !