Bonjour à toutes et à tous ! (optimisme, quand tu nous tiens)

Merci à ceux qui ont pris la peine de me suivre, de laisser des reviews, merci aussi à tous ceux qui ont réalisé un passage éclair ;) C'est parti pour la suite, en espérant que ça vous plaise toujours autant !

Enjoy it !


« And now my life has changed in oh ! so many ways
My independence seems to vanish in the haze
But every now and then I feel so insecure
I know that I just need you like I've never done before… »

The Beatles

.

Ace se réveilla avec l'apparition des premiers rayons du soleil ; des courbatures ricochèrent dans chaque muscle de son corps, lui rappelant sa fatigue, sa lassitude, les kilomètres faits à pieds sous le soleil écrasant, l'impression qu'il allait mourir ici, dans le désert… et la voiture.

Il se tourna aussitôt, contemplant le conducteur étendu sur son siège, plongé dans un sommeil qui semblait aussi peu réparateur que le sien, au vu de ses traits tendus ; il songea que sa présence le rendait peut-être méfiant et il s'en voulut un peu plus.

Il mourait de soif, mais l'inconnu ne semblait rien avoir de tel sur lui ; essayant d'oublier la sécheresse de sa bouche, il se réinstalla plus confortablement, en tentant de se faire le plus discret possible.

« Comme d'habitude » lui marmonna sa conscience, pleine de reproches.

Il l'ignora et avisa l'intérieur de la voiture d'un regard appréciateur. Une Aston Martin de 1965, rien que ça. Au vu du compteur, elle devait atteindre quasiment 300 chevaux, et environ 200 kilomètres/heures, ce qui était plutôt impressionnant pour une voiture de cet âge.

Le conducteur avait du goût, c'était au moins ça.

Conducteur qui semblait se réveiller à son tour, ses yeux encore brouillés de sommeil s'ouvrant sur le plafond de la voiture ; il cligna des paupières, bâilla et s'étira – Ace se rendit compte qu'il était grand, au moins un mètre quatre-vingt-dix, et qu'il n'en était pas moins bien bâti malgré sa minceur. Résultat : il pouvait le foutre dehors n'importe quand si l'envie lui en prenait.

« Arrête de voir le mal partout. »

Il replia sa grande silhouette et fouilla dans sa poche pour en sortir ses clés, lui lançant un regard en biais.

- … bien dormi ?

- Ça va, ouais, marmonna Ace en évitant soigneusement son regard. Je… hum, merci. Pour hier.

- Pas d'quoi, j'allais pas te laisser au milieu de désert. Tu vas quelque part, comme ça… ?

Ace garda le silence le temps d'apprécier le démarrage du moteur, qui vrombit allègrement en se mettant en route.

- … du moment que c'est loin d'où je viens, ça me va.

« Help me if you can, I'm feeling down
And I do appreciate you being around
Help me get my feet back on the ground
Won't you please, please help me… »

Law acquiesça, accéléra et sortit de l'accotement dans un nuage de poussières avant de s'engager sur la route désertique et de monter en régime, chaussant ses lunettes de soleil sans lui poser davantage de questions.

Après tout, qui était-il pour juger… ? Ce garçon faisait ce que bon lui semblait, et Law se serait senti comme le dernier des hypocrites s'il lui avait adressé le moindre sermon.

- Trafalgar Law, murmura-t-il soudainement, après quelques minutes de silence.

- Portgas D. Ace, chuchota le jeune homme en réponse, légèrement embarrassé.

- … tu viens d'où, comme ça ?

- Winston-Salem.

- Caroline du Nord… ? s'étonna Trafalgar. Tu as traversé tous les Etats-Unis… ?

Ace hocha la tête et se renferma aussitôt en se rappelant à nouveau ce qui l'avait obligé à quitter sa maison du jour au lendemain. Il songea à tout ce qu'il avait laissé derrière lui et sentit ses larmes revenir de plus belle – il les étouffa dans son sac, honteux, et ravala un sanglot qui menaçait d'éclater dans sa poitrine.

S'il se rendit compte de ses larmes, Law ne dit rien, gardant une main sur le volant, l'autre ouverte par la fenêtre, se laissant porter par le vent de leur course.

Le soleil monta plus haut dans le ciel alors que les heures passaient ; il fut à son zénith, signe qu'il était midi, et le ventre d'Ace gargouilla dans le silence, attirant l'attention de Law qui lui offrit une moue désolée.

- Je n'ai rien pour toi, navré. Mais on ne devrait plus être très loin de Bakersfield… il y aura toujours de quoi s'arrêter pour manger un peu.

Ace acquiesça et laissa sa tête retomber contre la vitre, contemplant l'étendue désertique et les montagnes rougeoyantes, qui renvoyaient l'éclat anémique du soleil.

Law tendit la main et lança son iPod, réglant le volume, diffusant « Help » des Beatles ; Ace coula un regard vers le poste radio, étonné, et Trafalgar surprit son regard en biais.

- … tu n'as rien contre les Beatles… ?

Il secoua la tête, songeant que c'était le groupe préféré de Luffy.

« Luffy… ». Son petit frère. La prunelle de ses yeux.

Il plaqua sa tête contre l'appui du siège et leva les yeux pour réfréner ses larmes, songeant qu'il avait assez pleuré comme ça ces dernières semaines. Ses doigts se crispèrent sur son sac et ses ongles raclèrent le tissu râpeux, dans un bruit sourd qui n'échappa pas au conducteur de l'Aston, qui s'abstint de tout commentaire.

La peine de son passager semblait plus récente que la sienne, et la rage et la tristesse émanaient encore douloureusement de lui.

Law, lui, avait passé le cap des larmes depuis longtemps ; il avait pleuré tout ce qu'il lui était physiquement possible d'exprimer, et avait hurlé le reste à la face du monde, avant de prendre sur lui et de tout plaquer pour un nouveau départ, dans une nouvelle ville.

Ace se rassit plus confortablement dans le siège de cuir et ferma les yeux,
le vent ébouriffant ses cheveux poussiéreux, sous le regard pensif de Trafalgar.

. . . . .

L'après-midi passa sans qu'ils n'échangent un mot, comme la veille, chacun plongé dans ses pensées ; encore une fois, le soleil s'enterra derrière les montagnes, projetant ses dernières lueurs bleues, ors et sang dans le ciel qui se parait d'étoiles, dénué du moindre nuage.

Les phares éclairaient la route bitumée qui défilait sous les roues, avant qu'une autre lueur ne se dessine au loin, sûrement à plusieurs kilomètres.

Le premier point de civilisation depuis près de deux jours – Law se sentit fébrile à l'idée de manger et retint un rire, accélérant l'allure vers la petite station qui se profilait dans la nuit.

- J'te propose une nuit ici, soupira Law. J'aime bien ma voiture, mais j'ai mes limites.

Il tourna la tête et remarqua qu'Ace avait l'air mal à l'aise, sinon carrément apeuré ; intrigué, il se gara au pied du petit hôtel illuminé et chercha à comprendre ce qui le mettait dans cet état.

- … ça ne te va pas… ?

- Si, si. Ca va, marmonna-t-il en resserrant son sac contre lui dans un geste dérisoire de protection.

Law coupa le contact et sortit de la voiture, Ace sur ses talons. Il remarqua que le jeune homme traînait des pieds et semblait se tasser un peu plus sur lui-même alors qu'ils se rapprochaient de l'hôtel, mais garda le silence jusqu'à leur entrée dans le petit hall.

Il y avait une réceptionniste à l'entrée, qui leur offrit un sourire candide, loin d'être choquée par leur apparence poussiéreuse – elle devait voir bien pire que ça sur cette route.

- Bonsoir, sourit-elle, avant d'afficher un petit air navré. Nous sommes presque complets, il ne reste d'une chambre de libre.

Ace sentit une boule se former dans sa gorge, et un nœud contracta violemment son estomac – il pria pour ne pas vomir, là, tout de suite.

- Les lits sont séparés ? s'enquit Law avec un sourire qu'il voulut décontracté.

- Oui, bien sûr, mais il n'y a qu'une salle de bain.

- Ça ira, concéda Law en fouillant dans son jean pour sortir son portefeuille.

Ace tressaillit quand Law se tourna vers lui pour déposer la clé de la chambre dans sa main – ses doigts étaient glacés, contraste saisissant avec les siens, brûlants.

- Va prendre une douche, je reviens. Tu en as besoin.

Il se contenta de hocher la tête et rejoignit l'escalier, disparaissant à sa vue. Trafalgar sortit dans l'air glacé de la nuit et traversa la route pour rejoindre l'épicerie encore ouverte de l'autre côté du bitume. Il salua poliment le tenancier et erra dans les rayons, remplissant un panier de bouteilles d'eau et de paquets de gâteaux, se demandant ce qu'Ace aimerait manger.

Il ajouta des sandwichs et un paquet de bonbons au caramel – ses préférés – avant de rejoindre la caisse.

La vue des paquets de cigarettes fut comme une bénédiction et il ressortit de l'épicerie avec des paquets de feuilles et trois boîtes de tabac à rouler – du Old Mac, celui de Virginie, qu'il préférait à tout le reste.

Il rentra dans l'hôtel, sourit à la réceptionniste et chercha la chambre, qu'il trouva au deuxième étage, tout au bout du couloir il frappa, attendant patiemment qu'Ace vienne lui ouvrir.

« Ou pas. Tu le terrifies, on dirait. Il va p't'être te laisser camper sur le pas de la porte. »

Des bruits de pas résonnèrent dans la pièce, les verrous claquèrent et la porte s'entrouvrit légèrement, laissant passer un regard noir et inquiet, avant que le battant ne s'ouvre totalement sur un Ace fraîchement douché, dans un pantalon de toile et un tee-shirt clair propres.

Law fut saisit par la jeunesse du visage d'Ace, débarrassé de sa crasse ; ses cheveux mi-longs, auburn, encore mouillés de sa douche, encadraient ses joues constellées de taches de rousseur qu'il n'avait pas remarquées, à cause de la poussière.

Ace lui offrit un léger sourire, le premier depuis deux jours, le sortant de ses réflexions.

- … salut.

- Bien, je vois qu'il y a un être humain, finalement, sous toute cette saleté. J'allais finir par penser que tu étais un alien échappé de la zone 51.

Ace pouffa légèrement et s'écarta pour le laisser rentrer, avant de refermer rapidement derrière lui. Trafalgar posa les sacs sur le lit le plus proche et s'éloigna vers la salle de bain.

- Sers-toi, j'en ai pour dix minutes. Ou peut-être quinze, ajouta-t-il en jaugeant son apparence crasseuse d'un regard critique.

Il ferma la porte, fit face au miroir au-dessus du lavabo et songea qu'il était vraiment temps de se débarrasser de la barbe de trois jours (et plus) qui avait poussé entre-temps.

Il fouilla dans son sac, en sortit une bombe qu'il agita avant d'étaler la mousse sur son visage.

« Putain, mon pote, on ressemble à Papa. »

Il écarta cette pensée avec un léger sourire et déplia sa lame de barbier avant de s'appliquer à raser ses joues et son cou, concentré sur le mouvement de la lame sur sa peau.

Mouvement qui lui rappela son père, penché sur le vieux miroir piqueté de leur salle de bain, alors qu'il l'observait en train de se raser, étant enfant, tapi derrière la porte, curieux et craintif à la fois.

« … c'était y'a des années. Pourquoi tu repenses à ça… ? » soupira sa conscience.

Il n'en savait rien et décida simplement de ne plus y penser – il avait déjà assez à faire comme ça. Il s'aspergea le visage d'eau et s'essuya avec sa serviette, contemplant son visage, avant de lisser sa petite barbichette du revers du doigt.

« Et elle, on la coupe quand ? ça fait chier de toujours devoir faire gaffe quand on s'rase. »

Il était vraiment temps qu'il dorme : la petite voix dans sa tête devenait un peu trop envahissante. Law jeta ses vêtements sales sur le sol carrelé et ouvrit les robinets – une odeur agréable flottait dans l'air, semblable à celle des bonbons caramélisés dont il raffolait. Il se glissa sous l'eau et ne put réprimer un soupir de bien-être quand le jet frappa les muscles noués de sa nuque.

Il prit son temps pour se laver, avant de se résigner à sortir, fouillant dans son sac pour en sortir un jean et un débardeur propre, qu'il passa rapidement tout en se séchant les cheveux.

Ace était assis dans un des lits, en tailleur, un petit carnet dans les mains, en train de griffonner sur une des pages, penché en avant. Il sursauta quand Law sortit de la salle de bain et rangea rapidement ses affaires dans son grand sac, avant de relever la tête et de remarquer les tatouages qui couvraient son corps, sous le débardeur qu'il portait.

- … tu en as beaucoup ?

- Des tatouages ? ça commence à faire, oui, sourit Law en se laissant tomber dans son propre lit. Tu n'as rien mangé… ?

- Je t'attendais, murmura poliment le jeune homme.

Trafalgar fouilla dans les sacs et lui lança un sandwich, qu'Ace intercepta au vol avant de le déballer et de mordre dedans, réprimant un geignement de plaisir à la sensation de la nourriture dans sa bouche. Law le regarda faire, amusé, avant de prendre sa guitare et de la sortir de sa housse, sous le regard intrigué d'Ace.

- Ça ne te gêne pas si je plaque un ou deux accords… ?

Il secoua la tête et s'installa contre ses coussins, ses yeux noirs le contemplant avec curiosité et une certaine envie.

Law pinça quelques cordes, ajusta leur serrage et commença à frapper un rythme, qu'Ace reconnut aussitôt – une des chansons que sa mère écoutait régulièrement… Lemon Tree d'Oasis.

Il fut encore plus étonné et admiratif, en un sens, quand Law fredonna la chanson ; sa voix basse et grave avait un effet terriblement apaisant, lui faisant même momentanément oublier de manger. Quand il s'arrêta, Law surprit le regard d'Ace et haussa un sourcil.

- … oui ?

- Désolé, bredouilla-t-il en baissant le nez vers son sandwich. Tu… tu chantes vraiment bien.

- Merci, sourit Law après un long silence. C'était… juste un essai, ça demande encore des ajustements.

- T'en fais pas, j'ai absolument aucune oreille, alors… pour moi, c'est déjà extraordinaire.

Trafalgar secoua la tête, distrait, sortit une feuille et un crayon et griffonna la tablature de la chanson sur un coin de la page, avant de chercher les accords les plus justes, recommençant inlassablement, la musique de la guitare passant par-dessus les bruits de l'hôtel, les conversations et les pas dans le couloir.

Quand ses articulations protestèrent et que la pulpe de ses doigts menaça de s'écorcher vive sur les cuivres, il se décida à ranger sa guitare à contrecœur – il aurait pu jouer des heures, mais il n'avait pas envie d'empêcher Ace de dormir, surtout que celui-ci semblait en avoir terriblement besoin.

Il était étendu dans son lit, sous la couverture, et somnolait doucement, ses yeux noirs s'embuant de sommeil au fil des minutes qui passaient. Law rangea les restes de nourriture dans les sacs et les posa près de la table de chevet, s'étendant à son tour sur son lit, mains croisées derrière la tête, pensif.

Un léger ronflement résonna près de lui – il tourna la tête et sourit en voyant Ace déjà endormi,
affalé contre l'oreiller, ses cheveux épars sur le coussin et son visage apaisé.

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Toujours motivé(s) à suivre ? ;)