Ohayo mina !
Merci pour vos visites, vos reviews et vos encouragements ! :D
J'essaye de toujours prendre le temps de répondre à tout le monde, si j'en ai oublié j'en suis désolée...
Je suis un peu débordée en ce moment mais j'espère que ce chapitre vous plaira... allons-y, suite du chapitre 6, donc, où les esprits s'échauffent un peu. Histoire de redonner un p'tit coup d'fouet à la narration !
Je ne vous spoile pas davantage, alors...
Enjoy it !
« I'm close to the fire.
I fear that soon you'll reveal
your dangerous mind.
It's in your eyes, what's on your mind :
there is no mercy, just anger I find. »
Within Temptation
.
*Bar « Lucky13 », Castro, San Francisco - tard dans la nuit*
Ace termina son verre et en contempla le fond, faisant tourner les feuilles de menthe pillées dans les glaçons à demi fondus. Sa vision brouillée lui donna le vertige quand il releva les yeux vers le comptoir, regardant Law s'éloigner vers le bar pour commander un autre verre.
« Combien de verres, Portgas… ? » le sermonna sa conscience.
Ace l'ignora royalement et garda son regard rivé sur le conducteur de l'Aston, pensif ; il détailla sa silhouette au milieu des autres, difficilement passe-partout – Law était plus grand que la moyenne. Plus grand, et beaucoup plus beau, surtout.
« OK, c'est vraiment le moment d'arrêter l'alcool… ! » paniqua la voix dans sa tête.
Il s'en fichait. Il n'était plus à ça près – criminel et alcoolique. La douleur de cette pensée lui coupa le souffle, et son estomac se souleva ; il serra les mâchoires et s'exhorta au calme.
Il devait arrêter de se torturer, il s'était fait assez de mal comme ça. Une autre petite voix, plus insidieuse, lui chuchota que prendre du bon temps et ne pas y penser ne suffirait pas à lui faire oublier ce qu'il avait fait.
Ace tressaillit quand son portable vibra dans sa poche ; ses yeux lui apprirent que Law n'était pas en train de l'appeler. Avec un mauvais pressentiment, il le sortit de son jean et déglutit péniblement en voyant l'identifiant de la Caroline du Nord s'afficher à l'écran. Sa main trembla et ses doigts se crispèrent sur le téléphone, qui craqua dangereusement sous la pression qu'ils exercèrent.
Il prit une profonde inspiration, décrocha et le plaqua contre son oreille. À cet instant, il n'y avait plus rien d'autre autour de lui : ni musique, ni rires, ni tintement des verres ; rien d'autre que le sang qui rugissait à ses oreilles, le grésillement de la ligne et son souffle saccadé.
- … je n'ai rien à vous dire, coassa-t-il, la voix étrangement éraillée.
- Où est-ce que tu es ?!
- Qu'est-ce que ça peut vous foutre ?
- Tu fuis encore, hein ? tu n'as jamais rien assumé, de toute façon, on devait toujours être là pour récupérer les pots cassés, pendant que toi tu te déf-…
- J'ai déjà entendu ça, vous fatiguez pas. Foutez-moi la paix, maintenant.
- Si tu n'as pas changé de numéro, c'est que tu n'as pas le courage d'aller jusqu'au bout de tes actes. Tu es un lâche ! ça me fait vomir de penser que j'ai don-…
- La ferme ! s'écria-t-il en écrasant soudainement son téléphone sur le rebord de la table.
Il se brisa en deux dans un craquement sec ; il laissa les miettes tomber au sol et se leva dans un raclement de chaise sonore, traversant le bar bondé pour sortir dans la nuit chaude de San Francisco.
Il traversa la rue et remonta l'allée, ignorant totalement ce qu'il faisait et où il allait ; c'était secondaire. Il voulait oublier, il devait oublier, toute cette colère, cette impuissance, cette culpabilité, toutes ces choses qui le rongeaient.
Ace essuya rageusement les larmes sur son visage et s'engouffra dans une ruelle, dévalant les marches qui serpentaient entre les immeubles, l'alcool, l'adrénaline et le désespoir formant un cocktail détonnant dans ses veines.
Sa conscience lui murmura qu'il allait se perdre, mais il n'en eut strictement rien à faire ; il avait besoin d'air, besoin de marcher, besoin de faire quelque chose.
Il avait la tête qui tournait, et un flash douloureux l'aveugla ; il posa une main sur le mur humide et porta l'autre à sa tête, dans une tentative vaine de retrouver un semblant d'équilibre.
La voix de Luffy résonnait dans sa tête.
« … faites que ça s'arrête…! »
Des pas résonnèrent derrière lui ; il n'y prêta pas plus d'attention, trop focalisé sur l'écœurement qui le prenait aux tripes.
Ses doigts se refermèrent sur ses cheveux ; il serra les dents et pria pour que les murmures dans sa tête s'éteignent enfin.
« … j'en peux plus… je veux plus entendre sa voix ! »
Un homme l'interpella, mais il l'entendit à peine à travers le brouillard cotonneux de son cerveau.
Une main agrippa sa veste et le plaqua brusquement contre le mur ; sa tête percuta la brique et un voile noir obscurcit momentanément sa vision.
- Les touristes savent pas s'arrêter de boire, ricana une voix près de lui.
Ace rouvrit les yeux et sentit son cœur rater un battement quand une lame froide se pressa contre sa gorge.
Le propriétaire arborait la tête de quelqu'un qui a ferré un gros poisson – pas de bol, il n'avait pas un centime sur lui.
Pas de bol... ou coup de chance ; l'inconnu risquait de sérieusement s'impatienter et de l'égorger. Et alors, ce serait la fin de tout. Sa souffrance, ses cauchemars, ses désillusions et le vide qui lui servait de vie.
- Tu sais c'que t'as à faire, non ? railla une autre voix. Envoie le blé.
- J'ai rien sur moi, murmura-t-il, alors que l'appréhension l'étreignait à nouveau.
Il se dégoûtait – en fait, même mourir lui faisait peur. Tout lui faisait peur. Il était et demeurerait un lâche, comme elle le lui avait craché à la figure quelques minutes plus tôt.
- Et tu t'es torché gratuitement… ? me prends pas pour un con… !
- Sérieux, j'suis à sec, soupira Ace en plongeant son regard dans le sien. Fichez-moi la paix, j'ai mieux à faire que perdre mon temps pour ça...
« … tu pourras me demander mon avis la prochaine fois que tu voudras te suicider ? » siffla sa conscience hystérique.
La lame entailla sa chair ; la douleur se dilua dans toute celle qu'il ressentait déjà.
Et il avait connu bien pire que ça. Le sang qui ruisselait de sa blessure imbiba son tee-shirt.
Ace ne baissa pas les yeux – l'effronterie, à défaut d'un courage sans faille, c'était tout ce qu'il lui restait.
Il songea à Law, qui le traitait de purge doublée d'un emmerdeur profond à longueur de temps, et son angoisse s'apaisa instantanément ; au moins quelqu'un à qui il manquerait. Même un peu.
- J'ai mal entendu.
- Barrez-vous, souffla-t-il en sentant une perle de sueur rouler sur sa nuque, la voix mal assurée. Ou faites ce que vous voulez, j'en ai rien à branler.
- J'sais pas si tu cherches la merde, mais en tout cas, j'peux t'jurer que j'vais t'arranger la tr-…
- Tu jures rien du tout, murmura une voix basse et grave.
Ace n'eut pas le temps de réagir ; un canon venait de se poser sur la tempe du type, provoquant aussitôt un mouvement de recul et de nervosité chez les deux hommes qui accompagnaient son agresseur.
- Ace ? ça va… ?
Il tourna lentement la tête, détachant son regard de l'homme tétanisé pour le plonger dans deux prunelles grises, qu'il aurait désormais reconnues n'importe où.
Un des hommes dégaina aussitôt en tremblant, son arme pointée sur Law.
Law n'était pas spécialement avenant, comme type ; plutôt froid, toujours sérieux, il n'affichait qu'un sourire en coin mystérieux, presque fourbe, quand Ace faisait une bourde ou s'énervait.
Une façon mesurée de montrer son amusement.
Hormis ce sourire et quelques brefs éclats de rire, il restait de glace ; mais l'expression qu'il arborait en ce moment était diamétralement opposée à celle qu'Ace lui connaissait.
- Ace… ? répéta-t-il, un peu plus fort.
- … ouais. Ça va.
Law ne lâchait pas le type du regard. Un regard noir, abyssal, plein d'une rage qui ne demandait qu'à éclater.
Aucune pitié, juste de la colère.
Quelque chose de trop longtemps contenu, qui lui donna froid dans le dos.
- Tu recules. Doucement, ordonna-t-il à l'homme qui avala difficilement sa salive.
- OK. T'énerve pas, mec.
Pour toute réponse, Law posa son doigt sur la détente et ôta le chien du fusil, armant le revolver qu'il appuya un peu plus fermement sur la tempe du type.
- Je ne m'énerve pas. Mais ma patience a ses limites.
- Cool, on est cool, tu vois… ? tout va bien, toussota l'homme en retirant la lame de la gorge d'Ace. Regarde, on…
- La ferme. Donne-moi le flingue, murmura-t-il au deuxième type.
Il hésita, jetant un regard nerveux à ses acolytes.
- A ton avis, qui de toi ou moi tire le plus vite… ? déconne pas et donne-moi ton arme, répéta Law, l'agacement perçant dans sa voix.
Il marqua un temps de réflexion, évaluant rapidement leur situation, avant de tendre son arme vers Law qui s'en empara aussitôt, coinçant la culasse entre ses dents pour tirer sèchement sur l'arme et éjecter la douille, prête à faire feu, qui s'y trouvait ; la balle tomba au sol dans un bruit métallique, stoppée dans sa course par le pied de Law qui l'envoya dans le caniveau, suivie par le chargeur du pistolet qu'il démonta avec habileté, avant de tendre l'arme vide et inoffensive à l'homme toujours immobile au bout de son arme.
- Maintenant, vous vous taillez d'ici. Et ne vous retournez pas. C'est clair ?
Les types dévalèrent les marches sans un mot, alors que Law n'avait pas bougé d'un centimètre, visiblement déterminé à leur plomber le crâne s'ils s'avisaient de changer de direction.
Le calme total revint et Law laissa retomber son bras, désarmant son revolver à son tour avant de le ranger dans son dos et de se tourner pour lui faire face, furieux et dévoré d'inquiétude.
- Ace. Viens.
- Non.
- C'est pas le moment de faire un caprice, ils vont revenir et crois-moi, ça ne va pas être joli.
- Vas-y, toi. J'veux rester là.
- J'te regarderai pas te suicider sans rien faire, marmonna Law.
Il l'empoigna par le col et le tira à sa suite, alors qu'Ace, soûl et chancelant, opposait une résistance pitoyable ; ils furent bientôt de retour dans l'avenue, où l'Aston attendait, sagement garée le long du trottoir. Law poussa l'adolescent à l'intérieur et s'engouffra à la place du conducteur, mettant le contact en jetant un regard furtif dans ses rétroviseurs.
Il s'éloigna dans la rue dans un ronronnement de moteur, les lumières de la ville défilant dans le reflet du pare-brise ; Ace ramena ses genoux contre sa poitrine, y enfouit son visage et se balança d'avant en arrière, agrippant ses cheveux longs, tirant dessus à se les arracher.
Le silence perdura alors qu'ils laissaient la ville derrière eux, roulant à vive allure vers Big Sur. Un peu plus d'une heure de silence complet passa, avant que Law ne brise la glace en décidant d'attaquer de front.
- … t'as pas essayé de te défendre.
- Je les ai envoyés chier.
- À d'autre. Je te connais assez pour savoir que c'était que de la provoc'. Tu croyais quoi, les impressionner et les faire fuir en claquant des doigts… ?
- Lâche-moi.
- Tu la voulais, cette lame dans la gorge.
- Et qu'est-ce que t'en sais, toi ? s'agaça Ace en relevant la tête, hargneux.
Il regretta aussitôt ses paroles en voyant l'expression de Law ; inquiète, pleine de remords, de colère et… de compassion.
« J'vais me faire engueuler comme un môme de quatre ans. C'te blague. »
- De toute façon, ça te concerne pas.
- Ta sécurité me concerne depuis le jour où tu as posé tes fesses dans ma voiture, rétorqua-t-il, d'un ton qui ne supportait aucune réplique.
C'était sans compter sur Ace, dont l'humeur suicidaire et ombrageuse venait de refaire surface, plus noire que jamais. Puisqu'il n'avait pas pu avoir ce qu'il voulait, alors il allait régler ses comptes avec la seule personne à laquelle il pouvait s'en prendre.
- J'suis pas sous ta responsabilité ! Fous-moi la paix, la dernière chose que je veux, c'est te parler !
- T'es à peine majeur et t'as déjà prouvé que t'étais pas capable de te débrouiller tout seul ! s'écria soudain Law en donnant un coup de frein qui manqua envoyer Ace sur le tableau de bord.
Il se tourna vers lui et saisit le col de son tee-shirt, amenant son visage près du sien, les traits déformés par la fureur.
Ace était terrifié ; Law ne perdait jamais le contrôle.
Jamais.
Pas une seule fois, Ace ne l'avait vu sortir de ses gonds ; pas même quelques minutes plus tôt, alors qu'il aurait pu se faire descendre autant que lui.
- Alors oui, tu es sous ma responsabilité, comme tu le dis si bien ! t'es un putain de gamin immature et égoïste ! quoi, tu crois que t'es le seul à souffrir dans ce monde ?! tu crois qu'il n'y a que ta petite vie qui n'a aucun sens, sur cette terre ?! TU CROIS QUE J'AI DU TEMPS À PERDRE AVEC QUELQU'UN DONT LA SEULE PRÉOCCUPATION EST DE SE PLANTER, ALORS QUE J'AI JURÉ DE NE PLUS JAMAIS LAISSER QUELQU'UN MOURIR ?! hurla-t-il, blême de rage.
En état de choc, Ace resta muet de stupeur.
Ses derniers verres d'alcool avaient un effet dévastateur sur lui ; ils l'empêchaient de réfléchir, de répondre, alors qu'il aurait voulu être en état de rétorquer quelque chose, n'importe quoi.
Il se sentait mal dans son cœur, dans son ventre, dans son esprit.
Chacun des mots de Law résonnait en lui comme un écho de ce qu'il avait pu entendre auparavant. De vieux souvenirs, qu'il aurait préféré oublier, comme tout le reste.
Law le relâcha et le poussa contre son siège, avant de se tourner vers la route et de reprendre le volant, écrasant l'accélérateur victime de son énervement.
Ace tourna lentement la tête et contempla le profil du conducteur ; Law semblait contenir sa rage avec une difficulté croissante. Ses doigts étaient crispés sur son volant, et ses jointures blanchies témoignaient de la violence de ses ressentis. L'adolescent sentit les larmes lui monter aux yeux : il se détesta encore plus, si c'était possible. Law avait raison : il était immature et égoïste. Incapable de s'occuper de lui-même.
Alors de quelqu'un d'autre...?
Big Sur apparut au loin, alors qu'Ace commençait à être pris de haut-le-cœur – angoisse ? trop-plein d'alcool ? contrecoup ? – c'était juste insupportable, cette sensation de mal-être, ces frissons, ces vertiges…
La voiture s'arrêta, le moteur se coupa et sa portière s'ouvrit ; deux bras le soulevèrent et l'entraînèrent hors du véhicule.
Les vertiges le rendaient aveugle, ses jambes ne le soutenaient plus ; ses yeux ne parvenaient pas à se poser sur quelque chose de fixe. Il se cramponna tant bien que mal au corps tiède qui le retenait… le parfum d'épices qu'il dégageait était agréable. Il entendit vaguement le bruit des vagues, avant qu'il ne s'effondre dans le sable.
« … où est-ce qu'on est… ? »
Une voix jura et il se sentit décoller du sol, porté en mariée.
« La honte. J'suis pas une gonzesse. »
Sa veste tomba de ses épaules et son tee-shirt suivit le mouvement ; il était beaucoup trop soûl et en état de choc pour se débattre. Le souvenir amer du chauffeur qui avait cherché à profiter de lui aggrava sa nausée.
« C'est bon. C'est Law. Il ne me touchera pas de cette manière. »
Il tomba face contre le sable ; quelqu'un le releva, le mettant à genoux dans la dune. Un bras se glissa autour de lui, des doigts froids touchèrent ses lèvres avant de s'y immiscer. Ace eut un violent mouvement de recul.
- Chut, c'est moi. Tout va bien, laisse-toi faire.
Il obéit, vaguement conscient, et deux doigts se glissèrent dans sa bouche avant de s'enfoncer dans sa gorge. Un spasme révulsa son estomac et il vomit bruyamment, dans un mouvement purement mécanique.
Les doigts étaient froids, comme le bras qui le soutenait ; il vomit à nouveau, encore et encore, jusqu'à ce que son estomac ait régurgité la quantité astronomique d'alcool ingérée dans la soirée.
« Putain de merde… »
Il fut traîné un peu plus loin et sentit les embruns de l'océan sur son visage sûrement rouge et mouillé de sueur ; de l'eau clapota derrière lui, et une main repoussa délicatement les cheveux de son visage.
« … Law… ? »
- Ace… ?
Il aurait voulu répondre, mais c'était physiquement impossible ; bouche pâteuse, incapable d'aligner deux mots cohérents… mal de crâne… vertiges…
- Ça va aller. Je suis là.
Les battements de son cœur résonnaient dans sa tête, le sang pulsait à ses tempes.
Il allait s'évanouir. La voix de Law était de plus en plus lointaine et déformée.
Comme quand il se baignait, enfant ; il n'entendait plus rien, dans le silence de la mer. Plus de rires, de conversations, plus de cris de mouettes, plus de sirène de bateaux.
La mer et son silence.
Il se laissa glisser dans l'inconscience, oubliant sa culpabilité pour le restant de la nuit.
.
Je sais, on fait deux pas en avant et trois pas en arrière... on en apprend un peu plus pour mieux soulever d'autres interrogations, enfin... c'est ce que j'essaye de faire ! ;) Rendez-vous pour la suite au chapitre 8, pour la poursuite et la fin de "l'arc San Francisco - Big Sur" !
