Ohayo mina !
Après avoir opéré une petite résurrection (oui, une ou deux fans m'ont plombé la face après le chapitre 7) et emprunté un morceau de Yomi Yomi no Mi à Brook, me revoilà !
Cette fois, j'ai pris mes précautions, j'me barricade dans un bunker haute sécurité... parce que si vous avez trouvé le chapitre précédent un peu sec, celui-là va difficilement passer aussi !
Je poste maintenant pour en finir avec les passages un peu hard.
Aujourd'hui, c'est la fin de l'arc "San Francisco" ; un moment assez prenant, je pense, où Ace passe à confesse' et où Law tente comme il peut de réparer les pots cassés. J'espère que vous aimerez, c'est un passage obligé pour comprendre le passé de notre petite tête à flammes.
En espérant ne perdre personne avec ce chapitre 8 indéniablement "Hurt/Comfort"...
Enjoy it !
« I feel it deep within,
It's just beneath the skin
I must confess that I feel like a monster
I hate what I've become
The nightmare's just begun
I must confess that I feel like a monster… »
Skillet
.
Trafalgar se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre ; toujours le même vieux cauchemar qui le poursuivait et le réveillait régulièrement. La pluie ricochait sur les vitres et la carrosserie, et le temps maussade était à la hauteur de son humeur du moment. Ses pensées s'ordonnèrent et le souvenir des larmes d'Ace, de sa volonté d'en finir et de son propre emportement se rappela à lui.
Il se frotta les yeux, se redressa et s'étira, jetant un regard dans le rétroviseur pour apercevoir Ace ; il l'avait couché là hier soir, après l'avoir veillé pendant des heures, s'assurant que son coma éthylique restait léger en surveillant sa respiration, sa température et tous les signes vitaux possibles.
Il était prêt à l'emmener décuver dans un hôpital s'il le fallait, mais son instinct lui disait que s'il le faisait, quelque chose de désagréable se produirait.
Mais il aurait été bien incapable de dire quoi.
« Gamin incapable de savoir quand s'arr-... et merde. »
Il sortit aussitôt de son état brumeux quand le miroir renvoya un reflet vide. Il plaqua une main sur la banquette et constata qu'elle était encore chaude.
Il repoussa son cuir et ouvrit la portière, sous la pluie torrentielle qui noyait le sable et la forêt aux alentours. Pestant contre le temps, il remonta au pas de course jusqu'à la route, songeant qu'il n'était peut-être pas trop tard.
« Où est-ce qu'il est…? »
Comme il l'espérait, la silhouette d'Ace se découpait dans la brume de l'averse, au loin, sur la droite. Il courut, pieds et torse nus, sous la pluie fraîche qui achevait de le réveiller. Il traversa la plage, franchit la barrière de rochers et courut sur le bitume noyé sous la pluie.
Ace ferma les yeux quand un bras saisit son coude – il n'avait pas été assez rapide, apparemment. Et surtout, pas assez discret : son départ avait sorti Law du sommeil.
Il se tourna et sentit deux bras l'enlacer, l'attirant contre un torse nu au parfum épicé, dont il se délecta en fermant les yeux.
- Je n'aurais pas dû m'emporter comme je l'ai fait hier soir. C'était vraiment stupide et irréfléchi, comme réaction, murmura la voix grave et basse de Trafalgar.
- C'était justifié.
- Tu étais au trente-sixième dessous et je n'ai rien trouvé de mieux que de te hurler dessus. Je suis désolé. Reste.
Ace recula, incertain ; il avait vraiment envie de rester, mais sa lâcheté puérile l'incitait à tourner les talons une bonne fois pour toutes.
Il avait eu de longues minutes pour y penser, pendant qu'il rassemblait ses affaires en tâchant de ne pas faire le moindre bruit.
Poursuivre leur vie chaotique ou bien se trouver un autre endroit où épancher sa peine ; le choix était plus difficile qu'il n'en avait l'air. Deux parties de lui se déchiraient à parts égales : l'une avide d'amnésie, qui réclamait toujours plus de rires et de soirées avec Trafalgar, et l'autre qui le poussait à penser à son ancienne vie à chaque instant, pour se torturer et ne pas oublier.
A cette pensée, son crâne reprit de plus belle son marteau piqueur incessant, lui arrachant une grimace de douleur ; les doigts froids de Law touchèrent quelque chose sur sa gorge.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Tu saignais comme pas possible, hier soir. Je t'ai recousu… tu n'as rien remarqué en te levant ce matin ?
- Non… merci.
Ils se jaugèrent longuement du regard, chacun attendant que l'autre prenne la parole. Ace s'imprégnait des traits de Trafalgar, songeant que bientôt, il ne les reverrait plus jamais. La pluie glacée dégoulina sur sa nuque et le froid le saisissait : le temps était à l'image de son humeur, et ses pensées ombrageuses n'arrangeaient rien à son immonde gueule de bois.
La sensation qu'un pic-vert avait élu domicile derrière son front était vraiment pénible.
Law soutint son regard hésitant et intimidé – Ace n'avait apparemment pas l'intention de parler.
- Tu as dix-huit ans. Un âge où on ne se préoccupe que de la fac où on va aller, au bal de fin d'année et à la cylindrée de la voiture offerte par papa et maman. Alors…
Ace sourit malgré lui.
Law tapait toujours juste.
- J'ai pas envie d'en parler.
- Ça te ronge littéralement de l'intérieur… tu pleures la nuit. Tu hurles tellement fort que je t'entends depuis la plage.
Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, seulement un triste constat.
- Je veux savoir. Maintenant. Qu'est-ce qui s'est passé avec ton frère, Portgas... ?
Mal à l'aise, Ace rajusta son sac sur son épaule. L'heure était visiblement venue de mettre cartes sur table. Law lui laissa le temps nécessaire pour digérer ce qu'il s'apprêtait à lui dire.
La pluie trempait ses cheveux et ses vêtements, et l'eau froide qui coulait sur sa nuque lui rappela celle qui tombait à Winston-Salem, quelques mois plus tôt.
- … c'était il y a presque huit mois, murmura Ace en tournant la tête vers le lagon sous la pluie. Le même jour pluvieux et pourri. Mes parents étaient coincés au boulot pour... un truc important et il n'y avait pas de bus à cette heure de l'après-midi, alors ils m'ont dit d'aller chercher Luffy. J'étais épuisé, je leur ai dit que j'étais encore raide de ma soirée du week-end mais ils m'ont dit que je devais prendre "mes responsabilités de grand-frère", et qu'ils avaient vraiment besoin que j'y aille. Je me disais que je pouvais pas laisser Luffy poireauter des heures sous la pluie en attendant son bus, alors... je me suis rangé à leur avis.
. . . . .
Je regarde Luffy sortir du collège, au milieu de sa bande d'amis de toujours. Ils sont tous là et se chamaillent, se poussent et chahutent… de vrais gamins. Luffy est plutôt petit, pour ses douze ans, alors je suis toujours surprotecteur avec lui, même si Zoro et Sanji le gèrent quand je ne suis pas là.
Il pleut des cordes.
Luffy est trempé quand il se jette à mon cou… il me sourit et son innocence m'amuse : il m'a toujours admiré et c'est fascinant de le voir me bombarder de questions sur ce que je fais, si ma journée s'est bien passée… il est fier de monter dans ma voiture, il me dit que c'est son petit moment de gloire : rentrer avec son grand frère.
La pluie forme un film compact sur la route, mais je n'y fais pas attention ; je roule vite, je suis pressé de rentrer. Luffy me raconte sa journée, inlassable, bavard et bruyant.
Je bâille aux corneilles ; je change les stations de l'autoradio. Je suis claqué, j'ai passé un week-end génial, mais fait de nuits blanches et l'alcool et l'herbe que j'ai fumée ne font pas bon ménage.
Comme tous les ados stupides et imbus d'eux-mêmes, je me crois au-dessus de ça.
Luffy chouine quand son portable lui tombe des mains et glisse à l'arrière ; il se détache pour aller le récupérer, je le sermonne et relève la tête pour mieux voir la route.
Trop tard.
J'ai dévié de ma route et je fonce vers le fossé. Je donne un coup de volant et sous la force, la voiture part en tonneaux. Ce ne dure qu'une fraction de secondes, mais mon cerveau refuse de se rendre à l'évidence, d'enregistrer ce qui se passe. Je vis tout ça de loin, déconnecté de la réalité.
Je ne vois pas vraiment ce qui arrive ; il y a le bruit, une symphonie de grincements, un éclatement d'une violence inouïe – les pneus qui ne supportent pas le choc de la voiture rebondissant sur le bitume.
La voiture s'arrête sur le toit dans un ultime sursaut, avant de s'immobiliser ; et, dans le calme, la radio fonctionne toujours… j'entends Daylight Nightlight d'Aesop Rock qui résonne dans le silence revenu sur la route.
Je suis sonné ; j'ai du mal à reprendre mes esprits. C'est allé beaucoup trop vite.
Les essuie-glaces vont et viennent, mais il n'y a plus de pare-brise à essuyer.
Les phares éclairent encore la route.
… j'ai du mal à réfléchir. J'ai la tête en bas. Mes mains raclent le plafond déformé de la voiture et mes jambes sont crispées sous le volant. Le tableau de bord est défoncé et j'ai à peine la place de bouger et de respirer.
J'ai la tête qui tourne, mais mon regard remarque l'absence de Luffy. Je le cherche… je sens l'adrénaline m'envahir enfin.
Luffy a été éjecté de la voiture ; il est étendu sur la route, sous l'averse. Quelque chose me gêne, mais je ne sais pas encore quoi.
Tremblant, je détache ma ceinture.
« Ace… »
Sa voix. Si frêle, si fluette. Je hâte mes gestes. Je glisse de mon siège et me retiens tant bien que mal pour éviter de me briser la nuque sur le toit de la voiture.
Je sors de la carcasse broyée en me contorsionnant ; je rampe jusqu'à Luffy, mes coudes s'écorchent sur le bitume et la pluie de verre pillé.
J'ai trouvé ce qui me dérange.
Sa chemise d'uniforme, toujours immaculée, est tachée de rouge.
Du rouge… du rouge partout.
Son petit corps est agité de soubresauts ; je le prends contre moi et repousse ses cheveux noirs de son front. Sa bouche est pleine de sang. Qu'est-ce que j'ai fait… ?
La pluie tombe toujours, redoublant d'intensité. Luffy frissonne.
« Grand-frère… »
- Ça va aller, j'te promets… papa et maman vont venir…
Qu'est-ce que je raconte, moi… ? je n'ai prévenu personne.
Alors pourquoi est-ce que je lui mens… ? Je lui mens, et je me mens à moi-même. J'essaye de me persuader que tout ira bien.
Je suis pitoyable.
« J'ai... froid… »
Je retire ma veste déchirée et la pose sur lui ; ses yeux noirs se lèvent dans les miens et il se crispe.
« T-tu p-leures… ? »
- Non.
« J-j'ai... mmnf... »
- Tu as mal quelque part... ?
« Non... je sens... je sens rien. J- »
Je m'affole ; une cataracte de sang ruisselle de sa bouche et l'empêche de respirer. Je ne sais pas quoi faire. Je me sens inutile et impuissant.
Je le dépose sur la route et j'essaye de chasser le sang comme je peux. Je noue mes lèvres aux siennes et je souffle, mais quelque chose obstrue sa gorge. L'air ne passe pas, et Luffy s'étouffe toujours.
Je n'ai rien. À peine quelques égratignures, alors que lui n'est qu'un amas de chair brisée.
Il va mourir. Là, bientôt. Je le sais, je le sens, c'est inévitable.
Mes larmes tombent de mes joues ; je supplie quiconque peut m'entendre de laisser la vie à mon petit frère. Il s'étrangle, et ses doigts se raidissent sur ma chemise. Ses yeux sont pleins de peur, de panique et d'incompréhension.
Il va mourir. Sans savoir pourquoi.
Je le reprends et le serre contre moi, mais je ne fais qu'aggraver la situation, je crois ; des larmes d'agonie montent à ses yeux et coulent sur ses tempes.
C'est qu'un môme. Un gamin de douze ans. Il peut pas partir comme ça… si… ?
Il va mourir. Il le sait, lui aussi. Son regard est épouvanté. Sa bouche s'ouvre, cherchant désespérément de l'air, et ses petites mains se crispent. Il veut me dire quelque chose, mais rien ne sort de sa bouche, si ce n'est ce sang trop rouge, trop criard, trop carmin, qui se dilue dans l'eau qui tombe du ciel.
Je ne peux pas le sauver. Je suis prêt à m'arracher le cœur si ça peut lui éviter ça, mais je ne peux rien faire.
Si, le regarder agonir et souffrir. Je ne suis bon qu'à ça.
Luffy meurt quelques instants plus tard,
dans un dernier soubresaut, ses grands yeux noirs plongés dans les miens.
Je sais déjà que cette image, plus que les autres, va me hanter toute ma vie.
Je me penche sur lui en sanglotant et j'enfouis mon visage dans son cou : j'inspire son odeur fraîche et sucrée pendant que je le peux encore.
- Luffy…
Mes larmes silencieuses deviennent pleurs bruyants.
Ca y est, je percute. La descente est immonde, insoutenable.
J'ai envie de mourir. Tout plutôt que de voir le corps sans vie de Luffy contre le mien.
. . . . .
Law serra Ace dans ses bras, encaissant le choc tant bien que mal. Il ne s'était absolument pas attendu à ça : Ace aussi traînait un fardeau considérable, quelque chose de beaucoup trop pesant pour lui. Et les démons d'Ace, Law ne les connaissait que trop bien.
- C'est de ma faute… ! sanglota l'adolescent. J'étais un… putain d'inconscient ! C'est moi qui l'ai tué… ! j'mérite pas de vivre alors que lui… lui, il…
. . . . .
Mon oncle Edward Newgate se met entre mon père et moi ; j'ai la lèvre en sang.
Mon père me hurle que c'est de ma faute.
La gifle qu'il m'a donnée est cuisante.
- T'étais responsable de lui !
- Ace s'en veut assez comme ça ! alors pour l'amour du ciel, arrêtez ça… !
Mes parents ne veulent rien entendre. Ils ont raison, tout est de ma faute.
- J'ai honte d'avoir donné naissance à un tel irresponsable… ! je sais pas comment tu fais pour te regarder dans un miroir !
Je garde les yeux baissés vers mes chaussures. C'est mille fois mérité, mais Edward ne semble pas de cet avis. Il dit que ça ne serait jamais arrivé si mes parents s'étaient occupés de ça. Qu'ils savaient que j'avais passé un week-end entier à faire la bringue et que j'étais hors-service. Qu'à dix-sept ans, je n'avais pas à assurer leur rôle de parents.
C'est un dialogue de sourd.
Je tourne la tête et mon regard se pose sur la commode, où des tonnes de photographies de Luffy ont remplacé celles où je me trouvais.
La cérémonie est terminée, et mes parents m'ont enfermé dans ma chambre. Ils ne voulaient pas de moi à l'enterrement.
Ça, en revanche, je ne le méritais pas.
Ou peut-être que si. Je n'en sais rien... je ne sais plus.
Je les déteste autant qu'ils me haïssent.
- Ace, tu viens à la maison, murmure Edward. Je vais m'occuper de toi.
- Trop facile ! vocifère mon père. Il restera là, je veux qu'il voit chaque jour ce qu'il nous a fait perdre à cause de son inconscience… !
- J'ai jamais voulu que ça arrive !
Je hurle et mes larmes accentuent la colère de mes parents.
C'est un cercle sans fin ; je suis rongé de culpabilité et ils ne font que remuer le couteau dans la plaie.
Je monte et je vais me réfugier dans la chambre de Luffy. Je me jette dans son lit et j'enfouis mon visage dans son oreiller. J'inspire son parfum sucré et je trempe le tissu de larmes.
Son petit corps chaud et vivant me manque. Tout me manque. Je tourne la tête et contemple sa table de chevet.
Il y a la photo de nous deux, prise le jour de son cinquième anniversaire ; je le serre tout contre moi et il rit en ouvrant son cadeau, son visage tourné vers le mien. Beaucoup trop près, comme toujours.
Même ça, ça me manque. Son insupportable manie de m'embrasser sur la bouche ; pour me remercier, ou simplement parce qu'il le voulait.
Je ne pouvais pas lui en vouloir pour quoi que ce soit, même si je lui disais qu'on ne pouvait pas faire ça.
Notre relation était tellement fusionnelle… presque incestueuse. Mais je m'en fichais, en fin de compte. Luffy aussi – il ne réfléchissait pas et se contentait de suivre ses envies. Les baisers sur la bouche en faisaient partie.
Les larmes finissent par brouiller ma vision et nos traits sur l'image deviennent flous.
. . . . .
Trafalgar caressa sa tête dans un geste qu'il voulait apaisant. Ace le repoussa mais Law le garda serré contre lui, le laissant se débattre contre son étreinte. Ace extériorisa sa colère comme il le put, frappant Law tout en se raccrochant à lui, ses ongles plantés dans la chair matte de ses épaules. Il martela sa poitrine de ses poings, alors que Trafalgar restait stoïque, encaissant les coups sans broncher.
- J'me dégoûte ! cria Ace. J'apporte rien de bon à personne… ! même à toi ! t'aurais pu te faire tuer à cause de moi… !
- Et ça n'est pas arrivé. Arrête de te voir comme un monstre… j'en connais, des monstres, et je peux te jurer que tu n'as rien à voir avec eux.
- Mes parents ont dit qu'ils auraient préféré que je meure à sa place ! tu crois que ça suffit pas… ?!
- Tu t'en veux. La culpabilité, c'est ce qui te fait vivre avec toute ton amertume… les monstres n'ont pas de remords, crois-moi.
Le ton mesuré et bas de Trafalgar le força à se calmer ; il desserra enfin les poings et se laissa aller dans l'étreinte du jeune homme qui le berça dans ses bras, déposant un léger baiser sur son front. Ace fondit en larmes de plus belle et se terra contre lui, dans son étreinte rassurante.
- Ne pars pas, reste, répéta Law.
- J'suis rien qu'un putain de boulet.
- Je t'interdis de dire ça. Ca durera le temps que ça durera, mais… la solitude ne te va pas. Tu as besoin de moi… et j'ai besoin de toi pour oublier aussi. Tu as forcément quelque chose à faire sur cette terre, sinon tu ne serais plus là depuis longtemps.
Ace acquiesça et ferma les yeux, le nez contre son torse nu.
- Luffy voulait… être heureux. C'était la seule chose qui lui importait.
- Un homme ne meurt que quand ses rêves s'éteignent avec lui. Si toi tu n'as pas de rêves, alors poursuis celui de Luffy. Fais-le vivre à travers toi. Tu ne pourras jamais effacer ce que tu as fait, mais tu peux choisir de te relever et de tirer quelque chose de positif de tout ça.
. . . . .
Une odeur,
des photographies,
des écouteurs mordillés,
un vieux chapeau de paille offert par notre oncle Shanks,
des vêtements dans un placard
et un carnet rouge.
Voilà.
C'est tout ce qu'il reste de mon amour de petit frère.
Luffy ne jouera plus au base-ball avec moi.
Il ne viendra plus pleurnicher dans mes jupes quand notre mère l'aura sermonné d'avoir encore avalé le paquet de cookies quinze minutes avant le dîner.
Je n'entendrai plus sa voix me dire qu'il m'aime.
Plus tard, il ne couinera pas en se coupant alors qu'il rase une barbe qu'il n'aura jamais.
Jamais il ne se bagarrera, ne donnera de premier baiser.
Jamais il ne tombera amoureux, ne fera l'amour à celle qu'il aime.
Il disait vouloir aller à la faculté pour « devenir heureux », plus tard. Devenir heureux comme John Lennon, son idole de toujours.
Il ne le fera jamais.
Pas plus qu'il ne conduira sa première voiture, fumera sa première cigarette en crachant ses poumons ou vomira sa première cuite.
Jamais il ne se mariera ni n'aura d'enfants aux cheveux noirs et aux yeux chocolat.
Jamais il ne vivra.
Je suis son aîné de cinq ans seulement mais j'ai l'impression d'avoir vécu beaucoup plus que lui.
Ce n'est pas juste. Si l'un de nous avait dû survivre, ce serait lui.
- Reviens…
Je sanglote éperdument, inconsolable. Mais je sais que ça ne sert à rien. Il ne reviendra pas.
Je veux hurler jusqu'à avoir la gorge en feu, frapper du poing contre le mur jusqu'à ce que je saigne, m'arracher les cheveux par poignées… je veux que la douleur de mon corps prenne le pas sur celle de mon cœur et de mon âme, mais je n'y arrive pas.
. . . . .
Ace releva la tête et Law repoussa ses mèches de son visage trempé de pluie et de larmes.
- Alors maintenant, ramène ton petit cul de blanc-bec dans ma voiture, on a des choses à faire et à voir, Portgas.
- Faire quoi… ? coassa-t-il, la voix éraillée par les larmes.
- On va vivre. Et crois-moi, ça va nous prendre beaucoup de temps.
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Allez-y, vous pouvez me lancer tout ce qui se trouve à votre portée. Gadins, soupe de poisson, tomates avariées... je suis prête.
Et malgré tout, j'espère vous revoir pour le chapitre 9, sûrement plus léger, puisque la vie continue, et le voyage aussi... à très bientôt
