Ohayo mina !
Après la période où nous avons renfloué les fonds de commerce de Kleenex®, voilà celle de détente !
Merci de ne pas m'avoir flinguée pour vous avoir posté deux chapitres déprimants sans humour à la suite... je sais, c'était cruel. Gomen.
Merci pour vos reviews et passages, j'espère n'oublier personne ! Je vous embrasse tous, c'est super encourageant ! :)
On repart donc sur une note légère ! Alors...
Enjoy it !
« I wanna love you but I better not touch
I wanna hold you but my senses tell me to stop…
Don't want to touch you but you're under my skin
I wanna kiss you but your lips are venomous poison… »
Alice Cooper
.
- Avoue, t'es magicien.
- … je te demande pardon… ?
Law jeta un coup d'œil perplexe à Ace par-dessus ses lunettes de soleil. Il le trouvait un peu trop silencieux depuis qu'il avait commencé à compter les billets qu'il lui restait, sentant son regard sur sa nuque.
- Tu manques jamais d'argent alors que… excuse-moi, mais ça fait à peu près deux mois et demi qu'on cohabite et je ne t'ai jamais vu bosser.
- T'es vraiment jeté, comme mec.
- Alors il vient d'où ? insista-t-il.
« … ce type est un vrai cherche-merde, c'est hallucinant. »
songea Law en réfléchissant à une manière polie de l'envoyer voir ailleurs s'il y était.
- De la banque que j'ai braquée, j'te l'ai dit. J'ai dû flinguer pas mal de personnes mais comme tu le constates, ça valait le coup…
- Allez, sérieusement… !
- Mais je suis sérieux, répéta Law en rangeant l'argent dans son cuir. Maintenant arrête un peu de poser des questions et va te-…
- J'veux participer financièrement, lança Ace en croisant les bras sur sa poitrine, intransigeant.
« Non mais c'est pas vrai… qu'est-ce que j'ai fait au ciel pour ramasser cette purge sur le bord de la route… ?! »
- Comme tu voudras. On a besoin de refaire un stock de provisions et de trouver des pièces pour l'Aston, et ça va me prendre une bonne journée… débrouille-toi pour trouver un job à Monterey.
Ace tomba des nues, surpris que Law abandonne si vite ; il s'était attendu à devoir argumenter indéfiniment, mais il avait apparemment décidé de lui lâcher la bride. Venant de sa part, c'était une preuve de confiance, qui toucha profondément l'adolescent – il ne le considérait pas comme un gamin inutile, en fin de compte.
- Tu crois que je pourrais trouver ça… ? j'ai… enfin, j'ai jamais vraiment bossé, alors j'sais pas trop par où commencer…
- Essaye les garages, la restauration rapide… enfin, si t'arrives à te contrôler pour pas bouffer tous les plats, ricana Law en sortant de la voiture.
- … connard.
- Et je t'emmerde. Morveux. Ramène ton cul.
- Pourquoi ?!
- Ramène-toi, j'te dis.
Ace sortit de la voiture de mauvaise grâce ; Law tapota le capot tout en fouillant dans la petite malle ouverte sur le côté, au milieu d'un tas de fatras qui alarma Ace – seringues, pinces, et scalpels.
« Hhhnn, Portgas, ça craint. Ça craint carrément. »
- Hum… tu…
- Je vais voir si je peux te retirer les fils aujourd'hui, ça devrait être bon. Assieds-toi.
Il enfila des gants en latex et Ace déglutit difficilement, portant une main à son cou toujours bandé. Tout compte fait, il préférait garder les fils à vie. Par simple précaution.
- Ace.
- Ça va faire mal… ? couina-t-il.
- Moins que ma main dans ta figure si tu continues à te comporter comme un bébé. Bouge-toi.
Ace capitula et s'installa sur le capot chauffé par le soleil ; Law se rapprocha, debout entre ses jambes ouvertes – Ace s'efforça de ne pas rougir et leva la tête, pendant que Law lui retirait son bandage et le jetait dans un sac, avant de défaire délicatement la compresse qui protégeait la blessure.
Ses gestes étaient sûrs mais délicats, sachant presque se faire oublier. Ace sentait son souffle régulier se mêler au sien, et leur proximité l'intimidait.
- … alors ?
- Évite de parler, ça fait bouger ta peau.
Ace ferma les yeux quand un outil froid frôla sa peau et referma inconsciemment ses mains sur le sweat de Law, qui ne broncha pas.
- Ne bouge plus…
La sensation du fil glissant dans la plaie était étrange ; ça tiraillait par moment, mais Law était tellement doux et précis qu'Ace se détendit, en confiance. Finalement, Law reposa ses instruments et releva le menton d'Ace pour observer son travail.
- Parfait. La cicatrice va finir par s'atténuer avec le temps, ton joli minois te servira toujours à attirer tout plein de filles…
- Très drôle, grimaça Ace avec un temps de retard, précédemment bloqué sur le « joli minois » dont Law l'avait affublé.
- Allez, vire ton p'tit cul de mon capot. On a une journée chargée, aujourd'hui.
Ace obéit et glissa de son perchoir ; il manqua percuter Law et l'esquiva de peu, alors que le jeune homme se fichait ouvertement de lui et de sa maladresse. Sa susceptibilité prit le pas sur son embarras et il tenta de le frapper, avant de glisser dans le sable et de manquer s'étaler sur le sol.
Law, tordu de rire, alla ranger sa mallette dans son coffre, qu'il verrouilla soigneusement avant de remonter côté conducteur, sous le regard noir d'Ace qui prit place près de lui en claquant un peu sèchement la portière.
Law fouilla dans sa boîte à gants et en sortit le journal, le lui collant contre la poitrine. Ace s'en empara et leurs mains se touchèrent ; Law resta stoïque, nullement perturbé, alors qu'Ace prenait la très discrète et délicate couleur d'une framboise un peu trop mûre. Il l'ouvrit à la page centrale et parcourut les petites annonces du regard, cochant au passage celles qui lui plaisaient le plus, tout en s'efforçant de ne pas penser au trouble qui l'avait saisi quelques minutes plus tôt.
Ace s'autorisa un discret regard à la dérobée au conducteur, occupé à fredonner Anarchy in U.K. des Sex Pistols ; le vent ébouriffait ses cheveux noirs – Ace se demanda brièvement ce que ça ferait d'y plonger ses doigts, avant de se reprendre et de reporter son attention sur le journal.
Il devait se rendre à l'évidence : il avait pour Law des sentiments intenses, passionnels, encore inconnus.
Law correspondait, trait pour trait, à son idéal masculin.
Il était comme une esquisse qui avait toujours plané dans son esprit.
Le rêve latent qu'il n'osait préciser, de peur qu'il s'efface au contact de sa pensée.
Un désir, déjà douloureux… quelque chose qui s'était renforcé ces dernières semaines et qui ne cessait de grandir.
C'était effrayant, en un sens.
Il n'avait jamais été amoureux, auparavant. Il avait bien eu une ou deux petites copines, quelques coups d'un soir, mais rien de bien sérieux ; il pensait qu'il n'avait simplement pas le temps de s'en préoccuper.
En réalité, il s'était peut-être toujours trompé sur son orientation. C'était difficile pour lui d'admettre ça, mais une part de lui s'interrogeait sur la nature profonde de ses sentiments.
Il aimait forcément les filles, il les trouvait attirantes, belles, charmeuses… mais Law, c'était différent. L'attraction était plus forte, la beauté plus saisissante et le charme… et bien, Law était terriblement captivant.
Il se réveillait chaque matin avant Law et contemplait, pensif, ses lèvres entrouvertes dans son sommeil, avec la furieuse envie d'y poser les siennes. Juste pour voir.
« Ça devrait même pas être permis d'être aussi attirant » songea Ace en s'obligeant à s'arracher à sa contemplation.
Et puis… à qui parler de ça… ? et surtout... qu'est-ce que Law pensait de lui ?
Ace se rappela leur étreinte sous la pluie, le baiser tendre que Law avait posé sur son front. Ce souvenir secoua son corps d'un long frisson.
- … hé, Traf'. J'peux te d'mander un truc… ?
« Euh, t'es sûr de c'que tu fais, Portgas ? » toussota sa conscience, sur le qui-vive.
- Mmn.
- Tu penses que quelqu'un peut aimer les filles et les garçons… ?
Law haussa les sourcils – Ace s'attendait à se faire chambrer, mais le jeune homme se contenta de prendre le temps de la réflexion.
- Bien sûr. Mais la bisexualité parfaite n'existe pas, il y a une préférence pour un des sexes.
- T'en es sûr, de ça… ?
- On ne peut pas en théorie être pile au milieu de la courbe. Le score moyen va de zéro – hétéro pur – à 6 – totalement homo. Le 3, c'est impossible.
- Comment tu sais tout ça… ?
- Echelle de Kinsey. Cours de sexologie clinique… enfin, laisse tomber.
- …
- Ne me demande pas de te faire un cours de sociologie là-dessus, menaça Law en lui jetant un coup d'œil. Pourquoi tu t'intéresses à ça ?
- J'ai vu une fille qui tripotait un mec et une nana, l'autre soir, en boîte, mentit-il précipitamment. J'me demandais, c'est tout… !
Law sembla se contenter de cette réponse, aussi hasardeuse soit-elle ; s'il remarqua son mensonge, il garda le silence, reportant son attention sur la route.
Ace était nerveux ; une question lui brûlait les lèvres – l'occasion pour lui d'être définitivement fixé sur les pensées de Law dans ce domaine.
- Et toi… tu as quel score ? lança-t-il sur un ton qu'il voulait amusé et décontracté.
- Zéro, s'esclaffa Law. Cent pour cent hétéro.
« … passe ton tour, Portgas. »
. . . . .
*aux alentours de Monterey, plus tard dans la journée*
Law coinça sa cigarette au coin de ses lèvres et ouvrit le capot de l'antique voiture, où la végétation qui envahissait la casse automobile avait repris ses droits et proliférait même à l'intérieur des carcasses.
- Besoin d'un coup d'main ? toussota le gérant. Ces voitures-là, c'est un peu délicat…
- Ça va aller, je vous remercie, marmonna Law en s'efforçant de rester poli.
Les pièces d'Aston de cette époque valaient cher sur le marché, il comprenait que le type répugne à le laisser seul avec son petit trésor, mais il n'aimait pas qu'on le surveille. C'était viscéral.
Jewelry lui disait toujours qu'un chirurgien était entouré d'une batterie d'infirmiers, et cette pensée lui faisait horreur ; c'était un grand moment d'hilarité pour elle, qui lui-
« Stop, stop, stop. Pas aujourd'hui. » le sermonna sa conscience. « Pense à ta voiture. Moins dangereux. »
La petite voix dans sa tête avait raison, comme toujours.
- Si vous avez besoin, hésitez pas.
- Merci.
Le gérant s'éloigna à travers le pré qui lui servait de casse, et Law commença son long travail de démontage. Il lui fallut une heure entière pour démonter le bloc moteur, rouillé et grippé, avant de pouvoir enfin accéder au Graal.
« Putain, mec, tu baves. » s'énerva sa conscience. « T'as l'air d'un con, essuie-toi la bouche. »
Law démonta les précieux carburateurs Weber qu'il cherchait depuis des semaines et ne put s'empêcher de les embrasser, ayant conscience d'être parfaitement ridicule.
« Tu nous fais honte, là. Sérieux. »
Ces petites merveilles étaient rares, et coûtaient une fortune quand elles étaient livrées neuves. L'Aston qu'il possédait était une édition limitée, une option Vantage dont les carburateurs étaient presque introuvables. Ceux-ci étaient en relativement bon état, ce qui ne gâchait rien, au contraire.
Il les rangea dans son sac, démonta tout ce qu'il lui était possible d'emporter en pièces coûteuses et retourna dans l'entrepôt, où l'homme le scrutait avec une certaine méfiance.
Law était habitué à ce regard, et ne s'en formalisa pas ; il déposa son sac sur le comptoir et le gérant le vida, consciencieux, avant de dresser la liste et le prix des pièces – Law retint un orgasme non-contrôlé quand il lui annonça un chiffre dérisoire.
- J'ai besoin d'un nom, pour l'enregistrement des carburateurs Weber, marmonna l'homme, stylo à la main.
- Cent dollars de plus et on oublie le nom, murmura Law.
Le type mâchouilla sa cigarette, le regard sombre, avant de secouer la tête et de soupirer.
- Heureux d'avoir fait affaires, monsieur John Doe.
Law acquiesça, rangea les pièces, le remercia et s'éclipsa, s'efforçant de ne pas presser le pas vers l'Aston – partir trop vite éveillait toujours les soupçons.
Il monta dans la voiture et son portable sonna, le faisait tressaillir.
« … faut vraiment que j'me détende. »
Il l'ouvrit et reconnut le nouveau numéro d'Ace ; il décrocha et porta le cellulaire à son oreille, bouclant sa ceinture de sa main libre.
- Yop.
- J'ai un job ! s'exclama sa voix à l'autre bout du fil.
- Félicitations, gamin. Où ça ?
- Un bar, dans la vieille ville. Un des barmans s'est désisté alors la gérante a besoin de quelqu'un pour le rush de ce soir.
- Tu sais même pas faire cuire des pâtes, alors faire des cocktails…
- Hé, ta gueule, pour voir ?! s'énerva l'adolescent.
Law sourit, démarra et s'éloigna dans le chemin poussiéreux qui menait à la grande route – il avait fait soixante kilomètres supplémentaires pour trouver cette casse, et s'était résolu à laisser Ace seul à Monterey, même si cette idée ne lui avait pas vraiment plu.
Savoir qu'il allait bien le rassurait étrangement.
- Désolé, c'était pas sympa, s'esclaffa Law. J'ai pas mal de trucs à faire, à quelle heure je te récupère après le service ?
- Vers quatre heures demain matin, à peu près, au Lollapalooza.
- … au Lollapalooza ?
- C'est son nom. La gérante s'appelle Shakky, elle est super-sympa. J'crois qu'elle me trouve mignon, pouffa l'adolescent.
- Tout le monde te trouve mignon, crétin. Essaye de ne rien casser, d'accord… ?
- Je t'emmerde.
Ace raccrocha et Law ne put réprimer un sourire, avant de presser l'allure vers Monterey ; il alluma l'autoradio et lança l'album d'Alice Cooper, à fond, savourant ces moments de solitude où il pouvait faire ce que bon lui semblait.
Libre comme jamais.
. . . . .
*Lollapalooza, Alvarado Street, Monterey – CA, tard le soir*
Law gara l'Aston le long du trottoir, coupa le moteur et observa le bar qui faisait l'angle de la rue, animé et bruyant, en plein rush du soir. Il sortit de la voiture, la verrouilla et traversa l'avenue pour entrer dans la salle bondée, savourant la musique rock des années 70 et l'odeur du vieux bourbon.
Il s'approcha du bar et chercha son copilote du regard ; Ace lui avait indiqué qu'il serait au comptoir ce soir, et il était curieux de voir comment il allait se débrouiller.
L'adolescent portait la tenue réglementaire de l'endroit – jean et chemises noirs, chaussures cirées et cheveux attachés.
Law ne put s'empêcher de le trouver séduisant dans ces vêtements. Il se gifla mentalement – « Tu déconnes plein bloc mon pote » – et s'accouda au comptoir, attendant patiemment qu'il prenne sa commande.
Il ne l'avait pas encore remarqué et s'activait à préparer trois verres de scotch ; son geste n'était pas très assuré, et sa maladresse divertissait Law, qui ne se lassait pas de l'observer. La tenancière, une femme brune et plantureuse, le regardait faire avec un amusement non dissimulé, à travers la fumée de sa cigarette.
Ace servit les étudiants et retourna au compte de ses bouteilles, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour chercher la barmaid du regard.
- … Shakky ! Tu veux bien me remonter une bouteille de Bacardi s'il te plaît ?! cria-t-il par-dessus le brouhaha et la musique.
- Bien sûr, trésor, sourit-elle en expirant une bouffée de cigarette.
Elle disparut derrière le rideau de perles qui devait certainement conduire à leur cave, et Ace reprit son décompte ; il dût sentir son regard insistant, puisqu'il se tourna avec un sourire, avant de se figer, agréablement surpris.
Law appuya son menton dans ses mains et lui offrit un sourire enjôleur, qui fit frémir le jeune garçon.
- Un sex on the beach, s'il te plaît.
- … tout d'suite !
Ace fouilla sous le bar pour sortir le verre, les bouteilles et la glace pillée, sous le regard critique de Law, prêt à le faire tourner en bourrique à la moindre occasion.
Ace tentait de dissimuler sa nervosité ; il avait terriblement peur de le décevoir. C'était stupide, il le savait.
Law le regarda faire, pensif.
Ace était appliqué, et il le soupçonnait de prendre un soin tout particulier à réaliser sa boisson ; il leva les yeux et leurs regards se croisèrent. L'adolescent rougit et baissa immédiatement les yeux vers son verre, qu'il termina avant de le lui tendre.
Law lui donna un billet et porta le verre à ses lèvres, appréciant la saveur sucrée du cocktail ; il passa sa langue sur sa lèvre pour y récupérer les cristaux de sucre et Ace sentit son cœur se décrocher dans sa poitrine.
- Alors… ? s'enquit-il, la voix mal assurée.
- Pas mal pour une première fois, sourit-il avec un clin d'œil. Je verrai ce que tu sais faire d'autre un peu plus tard…
- Tu vas draguer des filles ? sourit Ace avec un haussement de sourcil.
- Pourquoi, t'as besoin que j'te donne des leçons ? rétorqua Law.
« Vieux con. »
- C'est plutôt à moi de te donner des conseils. J'me rappelle pas t'avoir vu serrer une nana depuis que j'te connais, se défendit Ace, le rouge aux joues.
- Ah… tu veux jouer, c'est ça ? susurra Law en suivant lentement le rebord de son verre du bout de son doigt.
« … est-ce qu'il se rend compte de l'effet qu'il me fait… ? » songea Ace, désespéré.
- Je choppe plus de numéros que toi avant la fermeture du bar.
- Je relève, marmonna Ace. T'as pas intérêt à tricher… !
- J'en ai pas besoin, chuchota Law, son visage dangereusement proche du sien.
Ace déglutit difficilement et arracha une feuille de son carnet pour la lui tendre avec un stylo ; Law le remercia d'un sourire, les prit et s'éloigna dans la petite foule, s'arrangeant pour être dans le champ de vision de son rival d'un soir.
Il balaya la salle du regard et accrocha celui d'une jeune femme assise sur une banquette, une bière à la main ; elle lui offrit un sourire en coin et il la rejoignit, sous le regard noir d'Ace.
L'intéressé se mordait la lèvre à sang – la jalousie le dévorait. Il n'aurait jamais dû accepter de jouer contre lui, c'était perdu d'avance.
« T'as toutes tes chances mon gars… ! allez, on va lui montrer c'qu'on peut faire… »
Une jeune femme lui fit signe pour commander et il lui adressa son plus beau sourire ; elle rougit instantanément et, moins d'un quart d'heure plus tard, il obtenait son numéro noté sur une serviette en papier.
Victorieux, il se tourna pour narguer Law et écarquilla les yeux en voyant qu'il était confortablement installé dans la banquette, trois filles assises à la petite table, visiblement tous les quatre plongés dans une conversation dont Ace ne saisissait pas un traître mot.
Depuis quand le vieux était-il doué pour accoster les filles ?! OK, il était beau. Soit. Grand, aussi. Plutôt bien bâti. Il était cultivé, séduisant, charmeur, légèrement inaccessible – un détail qui affolait toujours le cœur d'Ace – ou, tout du moins, assez pour se rendre attractif. Et son petit sourire... promesse de nombreuses choses pas toujours catholiques.
« T'es sérieusement en train de fantasmer sur Law, là ?... »
« Ouais, et plutôt deux fois qu'une...! »
Ace traversa le bar pour débarrasser quelques tables, surveillant Law du coin de l'œil ; Shakky lui fit signe que de nouveaux clients arrivaient et il retourna au bar pour servir un groupe de jeunes femmes, songeant que c'était le moment où jamais de remonter sa cote.
- Bonsoir mesdemoiselles, sourit-il en s'appuyant au comptoir, séducteur.
- Bonsoir, gloussèrent-elle en se jetant des regards complices. Vous êtes nouveau ici… ?
- Mm-mmn. Alors… que puis-je faire pour vous faire plaisir… ?
Elles rirent en rougissant, attirant l'attention de Law à l'autre bout de la salle.
Il en était à son quatrième numéro de téléphone en moins d'une heure, mais Ace risquait de lui voler entièrement la vedette avec ce groupe. Sa conscience le rassura en lui susurrant que c'était mission impossible d'obtenir six numéros en une seule prise ; Ace ne semblait pas de cet avis et était visiblement prêt à relever le challenge.
Ça faisait une paie que Law n'avait pas joué ce jeu, et il se revoyait des années auparavant, faisant le même cirque avec ses amis de l'époque.
- Six gin tonics s'il vous plaît… ! chantonna la plus proche avec un petit sourire.
Shakky le regarda préparer les cocktails avec application ; Ace entendait vaguement leur conversation, mais ce qu'il percevait lui plaisait déjà – apparemment, elles le trouvaient à leur goût.
Il fit glisser les verres le long du comptoir pour les aligner devant elles et encaissa l'argent, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour chercher Law du regard.
Le jeune homme leva son verre avec un demi-sourire ; Ace, la langue entre les dents, lui adressa un regard plein de défi et reporta son attention sur les clientes, leur offrant son sourire le plus charmeur.
La soirée fut longue jusqu'à la fermeture du bar, aux alentours de quatre heures du matin ; les derniers clients partirent, Ace débarrassa tous les verres, nettoya toutes les tables et se changea avant que Shakky ne l'autorise à partir en lui remettant une enveloppe d'une épaisseur surprenante, en plus des pourboires qu'il avait reçu pendant le service.
- Euh… tout ça ? rougit-il en lui remettant son tablier.
- T'es plutôt mignon, sourit-elle en lui pinçant gentiment la joue. Ça m'a fait plaisir de t'avoir avec moi pour cette soirée, ça me change… tu seras le bienvenu quand tu voudras !
- Je… hum, merci, sourit-il en se grattant la tête. Pour le travail et le… le salaire.
- Heureuse d'avoir pu te rendre ce service, trésor. File, maintenant.
Il acquiesça, enfila sa veste et la remercia encore avant de sortir dans la nuit, repérant aussitôt l'Aston garée le long du trottoir d'en face.
Law était appuyé contre le capot et l'attendait, bras croisés sur sa poitrine, papier dans la main.
Ace agita son carnet avec un petit air suffisant et le rejoignit, goguenard.
- Dix numéros, s'esclaffa-t-il. Vas-y, dis-moi ce que ta maturité et tes cheveux blancs t'ont ramené…
Ace loucha sur la feuille que Law brandit devant son nez et écarquilla les yeux. Le recto et le verso étaient noircis de noms et de numéros, parfois même d'adresses.
- … c'est une blague ?
- Pas du tout. Je suis simplement beaucoup plus expérimenté que toi, sourit Law en lui prenant son carnet des mains, le balayant d'un coup d'œil. … il y a onze noms, pas dix.
- Oui mais non, s'étouffa Ace en voulant le récupérer.
- … Marco… murmura Law en déchiffrant le nom qu'Ace avait omis.
Il éclata de rire, siffla et Ace vira betterave de la racine des cheveux à ses clavicules, embarrassé comme jamais. Il récupéra son calepin et le fourra au fond de sa poche, maugréant et pestant contre Law.
- Un mec, Portgas… ! il était beau au moins ?
- C'est pas la question ! brailla Ace en se défendant un peu trop vite. Et il m'a mis une main aux fesses quand j'suis passé dans l'couloir, c'était… carrément gênant !
- … t'as même pas essayé de l'emballer… ?
- T'as pas fini de te foutre de moi… ?
Ace tourna la tête et tomba nez-à-nez avec Law ; il se figea, le cœur battant à une allure folle dans sa poitrine.
Leurs souffles se mélangèrent. Law sentait la menthe, les épices et les fruits rouges. Ils étaient si proches que leurs nez se frôlaient.
« … t'as deux secondes pour te dégager de là. »
Ace ne le voulait pas. Ou il n'y arrivait pas… il n'en était pas encore sûr.
- … à quoi tu penses ? chuchota Law sans se départir de son calme.
- J'en sais rien, murmura Ace.
Il se rapprocha de quelques centimètres supplémentaires, passa sa langue sur ses lèvres et plongea son regard dans le sien.
« Tu risques de t'en manger une. »
Law esquissa un sourire en coin et pencha légèrement la tête, visiblement intrigué par le comportement d'Ace.
L'adolescent s'avança encore et entrouvrit la bouche, inspirant le parfum de Law avant de frôler ses lèvres des siennes.
« Tu peux encore changer d'avis. »
Il savoura la douceur de ses lèvres, la chaleur de son souffle contre le sien. Doucement, il l'embrassa, sa bouche caressant celle de Law ; il poussa sa chance et glissa une main dans ses cheveux noirs, amenant son visage un peu plus contre le sien.
Law posa ses mains sur son torse et le repoussa, gentiment mais fermement.
- Ça ira pour ce soir, non… ? souffla sa voix.
- Non, répliqua Ace en reprenant ses lèvres, plus franchement cette fois-ci.
Foutu pour foutu, autant en profiter. Tant pis si Law lui en collait une après... l'occasion était trop belle. Celle d'embrasser son beau et irrésistible conducteur...
Il se pressa contre lui, approfondissant leur baiser ; il fut surpris quand Law prit doucement son visage entre ses mains et ferma les yeux avant de nouer ses bras autour de son cou, enhardi. Il mordilla sa lèvre et Law sourit contre sa bouche, amusé par son audace.
Il mit fin à leur baiser et caressa ses joues, pensif ; ils se jaugèrent longuement du regard avant de s'embrasser à nouveau, dans l'obscurité de la rue, seuls dans leur bulle.
- … désolé, murmura Ace, soudain mortifié en s'arrachant à lui.
- Désolé pour quoi… ?
- Pour ça… pour t'embrasser, je…
- Sois plutôt désolé d'avoir attendu aussi longtemps, sourit Law en passant son pouce sur sa lèvre inférieure, tirant légèrement dessus avant de prendre sa bouche à nouveau.
- … t'avais pas dit que t'étais… hétéro… ? hésita Ace en jouant avec un des épis de la chevelure courte de Law.
- Je n'ai jamais prétendu le contraire. Mais le genre importe peu, non… ? maintenant, pour une fois dans ta vie, arrête de poser des questions et contente-toi de m'embrasser… tu faisais ça très bien avant qu'on ne se mette à parler.
Ace n'eut pas besoin d'une permission supplémentaire ; sa bouche retrouva la sienne pour un baiser lent et sensuel, leurs langues entamant un ballet langoureux, leurs corps pressés l'un contre l'autre.
« … c'est un rêve. Je vais me réveiller… » songea Ace en savourant l'odeur exquise de Law. « Comme toutes les autres nuits. »
Law laissa ses mains glisser à son cou et croisa ses doigts sur sa nuque, l'amenant plus près de lui. Ace s'arracha à ses lèvres pour respirer, le souffle court, son regard plongé dans le sien.
Ce n'était peut-être pas un rêve, tout compte fait. Law n'avait pas ce parfum délicieux, même dans ses songes les plus secrets.
- … et maintenant, on fait quoi… ? murmura-t-il.
- On retourne dans la voiture, on dort et tu viens baver sur moi, comme tu le fais toutes les nuits, sourit Law en caressant sa joue tachetée. Sauf que je t'embrasserai pour te souhaiter de jolis rêves...
Ace sourit, noua ses bras autour de son cou et y nicha son nez, fermant les yeux, lové dans ses bras frais.
Avant-goût de Paradis.
.
Là, je suis sûre de ne me faire tuer par personne.
Alors, puisque je suis encore vivante, rendez-vous pour la suite du voyage avec le chapitre 10. Et il vous plaira, j'en suis sûre... ;)
