Titre : L'alignement des planètes
Auteur : Ruth Dedallime
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI)
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages sont la propriété exclusive de J.K. Rowling. En revanche tous ces fabuleux Beauxbâtonneurs sont à moi (et ils sont nombreux !)
Rating : T
Ce recueil compile des textes sur des personnages secondaires de La Ligue, notamment la génération des parents des élèves français. Certains de ces textes se trouvent déjà en bonus des chapitre de La Ligue, c'est le cas de celui-ci.
Et pendant ce temps, les profs...
« Sylvius ! » cria Maël Keryizau en tambourinant à la porte de la chambre de son collègue et ami.
« Fuck off ! » répondit une voix enrouée.
« Debout, vilain ronfleur ! T'es en retard ! »
Seul un grondement menaçant lui répondit. Maël hésita un instant, se demandant s'il devait adopter des méthodes plus radicales pour faire lever son colocataire. Il n'eut pas à s'interroger davantage, le visage ensommeillé et grognon de Sylvius Wyatt, professeur d'anglais de Beauxbâtons, apparaissait dans l'entrebâillement de la porte.
« Tu voudrais pas écrire un mot à notre géante préférée et lui dire que je suis cloué au lit par une mauvaise grippe ? » hasarda le nouveau venu, dans un français presque sans accent.
« Tu sais bien que ça ne marche jamais avec elle... » lui rappela Maël.
Le prof d'anglais grinça des dents, ce qui fit sourire largement son collègue.
« Ok, donne-moi trente petites secondes et j'arrive... » maugréa Sylvius, en tournant les talons.
« O-oh ! Pas si vite, mon ami ! » fit Maël en entrant dans la chambre à sa suite.
« Quoi encore ? »
Keryizau tendit sa baguette vers le lit de son collègue et y lança un petit sort.
« Pour t'éviter toute tentation... » se contenta-t-il d'expliquer avant de sortir.
Il n'y eut qu'un Go to Hell étouffé pour toute réponse, quand la porte claqua sur ses talons.
Cela faisait trois ans que Maël Keryizau et Sylvius Wyatt cohabitaient dans une petite maison d'Avallon. En réalité, la maison appartenait aux Keryizau, et Sylvius payait une petite pension tous les mois à son collègue. Quand Wyatt avait été embauché par Madame Maxime en tant que professeur d'anglais et de musique, il n'était pas dans une situation brillante. C'était une sorte de musicien bohème qui parcourait la France et une partie de l'Europe de l'Ouest en travaillant de-ci, de-là. Il avait un peu tout fait : ouvrier agricole chez les moldus, musicien des rues à Berlin et à Naples, garde-malade chez des sorciers trop âgés pour s'en sortir seuls... Il avait même travaillé dans le bâtiment moldu, s'aidant illégalement de la magie. L'administration avait plusieurs fois tenté de mettre la main sur lui, mais il avait toujours une longueur d'avance, disparaissant on-ne-sait-où, le temps que les choses se tassent.
Maël avait appris, petit bout par petit bout, quelle vie avait mené Sylvius ces dix dernières années. L'anglais n'était guère dissert sur le sujet. Il avait dû fuir l'Angleterre à la fin de ses études à cause de ses ascendances moldues, puis avait commencé ses années d'errance. Aussi Maël s'était-il empressé d'offrir le gîte et le couvert à ce curieux fuyard. L'invitation s'était peu à peu muée en une cohabitation amicale.
Une voix grave l'interrompit dans ses souvenirs :
« Et bien, Maël ? As-tu l'intention de verser l'eau dans la théière ou comptes-tu rester ainsi la bouche ouverte ? »
Keryizau leva les yeux et aperçut la tête de Aimé Zéphyr dans la cheminée.
« Salut, joli coeur ! » le salua Maël. « Ton café est prêt ! »
Le grand noir émergea de la cheminée et secoua les cendres de sa tenue de Quidditch rouge sombre. Une tasse de café chaud était déjà posée sur la table.
« Bonjour Maël ! » fit le nouveau venu, en s'attablant. « Ca va ? Notre english roupille encore ? »
« Phase deux ! » répondit Keryizau, en beurrant avec application sa tartine.
Tous les matins, Aimé Zéphyr, professeur de Quidditch et de Sports de Beauxbâtons rejoignait ses collègues au moment du petit-déjeuner. Ou plutôt, son collègue. Sylvius n'avait souvent que le temps d'avaler sa tasse de thé en se plaignant systématiquement de se brûler la langue. Zéphyr avait rarement des cours si tôt le matin, mais il avait gardé ses habitudes de joueur professionnel et se levait toujours aux aurores.
Keryizau et Zéphyr étaient arrivés la même année à Beauxbâtons en tant qu'enseignants et s'étaient immédiatement bien entendu, malgré leurs dix ans d'écart. Sylvius avait complété le trio, quatre ans plus tard, et leur amitié était devenue proverbiale dans l'école. Il est vrai que l'équipe enseignante de Beauxbâtons était des plus étranges et qu'il était difficile de s'y faire une place. Entourés d'une demi-géante, d'un couple querelleur, d'une maniaque de l'alchimie, de deux furieux de la prédiction, d'une errante psychométriste, d'un tableau poussiéreux, d'un vieux grognon sadique et d'une vampire, ces trois-là étaient fait pour s'entendre. La normalité n'était pas si courante à Beauxbât !
« Alors ? » demanda Maël d'un ton faussement désintéressé. « Quoi de neuf ? »
Zéphyr ne se laissa pas prendre :
« Je le reconnais : tu avais raison. Elle n'était pas aussi bien que je le croyais... Les femmes ! Elles arrivent toujours à camoufler leurs petits défauts... »
« Je te l'avais bien dit ! » sourit le professeur de littérature. « Tu as sans doute bien fait de rompre. »
« Mais qui a dit que j'avais rompu ? » s'étonna Zéphyr. « Je t'en prie, mais j'ai bien l'intention d'en profiter encore quelques temps ! »
« Aimé ! » s'insurgea Maël.
« Je n'ai pas ton âme délicate, mon ami... Et puis, je ne lui ai pas promis le mariage, après tout ! »
« Faut-il toujours que vous parliez de cul au petit matin ? » intervint Sylvius, qui se tenait sur le pas de la porte.
« Miracle ! » s'exclama Zéphyr. « Dix minutes d'avance sur ton timing habituel ! »
« Maël a eu la brillante idée d'enchanter mon matelas afin qu'il m'éjecte directement sous la douche... Je ne peux pas lutter contre ça, » expliqua Sylvius.
« Mieux vaut ça que de recevoir une visite impromptue d'Olympe venue s'enquérir de son pauvre petit Sylvius ! » remarqua Maël, en servant le thé.
« Très juste ! » répondit Wyatt en s'asseyant. « Aurais-tu la gentillesse de me passer les toasts, Aimé ? »
Dès qu'il avait franchi le difficile cap du lever, Sylvius était toujours d'une politesse et d'une amabilité extrêmes.
« Tu as qui, ce matin ? » demanda Zéphyr, en terminant son café.
« Les 1ère C... en classe rétrécie. »
« Eh ? » fit Keryizau.
« Mais oui, c'est vrai : il ne va pas faire cours d'anglais aux anglais ! » remarqua Aimé.
« Au moins, ils pourront dormir, eux... » soupira Sylvius.
Soudainement, dans un grand fracas, un pigeon de belle taille explosa une des fenêtres de la cuisine et lâcha un parchemin d'une dangereuse couleur rouge devant Maël. Sans même becqueter quelques miettes de pain, l'oiseau s'en fut aussi vite qu'il était arrivé.
« Oh, non... » gémit le professeur de littérature, en voyant la beuglante fumer comme un dragon.
'Espèce de salaud ! Si tu crois qu'un jour je vais te pardonner ta trahison, tu te fourres la baguette dans l'oeil ! Tu n'es même pas digne d'avoir un jour levé les yeux sur moi. Je te souhaite de crever aux mains des Erinyes !' hurla une voix féminine.
Pas un muscle ne tressaillit sur le visage de Sylvius qui s'appliquait à savourer son thé. Maël décolla lentement les mains de ses oreilles, tandis qu'Aimé sortait la tête de dessous la table et relevait tranquillement sa chaise qui était tombée.
« Si tu veux mon avis, je crois qu'elle t'en veut encore... » fit Sylvius, en étalant de la marmelade d'orange sur son toast.
« C'est pour cela que je ne leur propose jamais le mariage ! » expliqua Zéphyr en réparant la vitre brisée.
Seul un gémissement de Maël leur répondit.
« Le mariage, c'était vraiment un mauvais plan ! Surtout entre alter... » poursuivit l'ancien joueur de Quidditch d'un ton critique.
« Tu noteras qu'elle pense encore suffisamment à toi pour ne pas rater annuellement l'anniversaire de votre rupture... » remarqua Sylvius, pince sans rires.
« Pas plus qu'elle n'oublie ton anniversaire... » renchérit Zéphyr.
« Ni ta fête... »
« Ni Noël... »
« Sans oublier le jour de l'An, bien entendu... » ajouta Wyatt, un petit sourire aux lèvres.
« Et parfois même la Saint-Valentin... » continua Aimé.
« Bon, vous avez fini ? » s'impatienta Maël. « Elle refuse de le reconnaître, mais elle m'en aurait voulu bien davantage si elle avait découvert que je... hem hem... ne suis pas du même bord, après le mariage ! »
« Oui, j'imagine très bien la scène : 'Au fait chérie, désolé, mais je viens de me rendre compte que je suis gay. Mais j'ai un ami qui serait ravi de prendre en charge mes activités conjugales. Tu sais ? Aimé Zéphyr, le grand joueur de Quidditch des Phoenix d'Avallon !' »
« Tu ne manques pas d'air, Aimé ! » s'indigna Maël.
« Elle n'aurait pas perdu au change ! » expliqua Zéphyr avec un sourire coquin.
« Et vantard avec ça… » répliqua Sylvius.
« Et puis ça n'engage que toi ! » fit Maël à son tour.
« Bon, allez ! Il est 8h10, faut que vous y alliez ! » rigola Aimé, en se levant. « Je vais faire un petit tour en balai, moi ! »
« C'est ça, casse-toi ! Et te fatigue pas trop surtout ! » fit Maël, avec un sourire ironique en coin.
« Aucun risque ! Mes maîtresses comptent sur moi ! » fit Zéphyr, avant d'ouvrir la porte d'entrée et d'enfourcher son balai.
« Le jour où il arrêtera de parler de femmes, c'est qu'il sera mourant... » remarqua Sylvius, en regardant la grande silhouette du professeur de sport s'éloigner.
« Ca risque pas d'arriver de sitôt ! » s'exclama Maël. « Bon, on y va ? » ajouta-t-il, en désignant la cheminée. « Nos chers anges ne nous attendront pas éternellement ! »
« Vas-y, je te rejoins tout de suite... » répondit Sylvius, l'air un peu préoccupé.
« Ok, mais te rendors pas ! » sourit le professeur de français en prenant un peu de poudre de cheminette qu'il lança dans la cheminée. Les flammes verdirent : « Beauxbâtons, âtre professoral ! » cria-t-il.
Puis, il plongea dans la cheminée. Se laissant porter par les sensations de déplacement, Maël ferma les yeux. Le temps semblait s'étirer. Le mouvement cessa brusquement et il fut projeté hors de la cheminée d'arrivée. Ce n'était pas une cheminée à proprement parler, plutôt un vaste espace carré ouvert sur les quatre cotés au centre de la salle des professeurs. Maël s'épousseta d'un sort et passa une sorte de carte magnétique dans une machine placée contre un mur. 'Keryizau Maël. Crédit voyage : 16' afficha l'écran lumineux.
Puis, le jeune professeur alla vers une rangée de casiers au fond de la salle. L'un d'eux était à son nom. Maël sortit sa baguette :
« Mea ! » lança-t-il.
« Bonzour Maël ! » s'anima le casier, en zozotant de sa bouche métallique. « Z'ai le devoir en retard d'Antoine Rantal. Il l'a dépozé hier zoir à 19h. Z'ai aussi une note de la directrize sur les reztrictions des zallées et venues dans le zardin zen. Z'ai mis tes cours de la zournée dans le tiroir de droite. T'as bezoin que ze te prépare que'que zoze ? »
« Merci. Tout est parfait. Si le besoin s'en fait sentir, je te joindrai par le parchemin, » répondit le professeur tout en prenant ses cours dans ledit tiroir.
« Bien compris. Bonne zournée, Maël ! »
« Ah, si ! Arrange-toi avec le casier de Sylvius pour que ses cours soient disponibles dès qu'il arrive. Ou alors, il sera encore en retard. »
« Compte zur moi... Au revoir ! » fit l'objet magique.
« Dormitio ! »
Le casier poussa un bref soupir, puis ne bougea plus.
Maël prit la liasse de parchemins et sortit de la salle des profs. Il passa par l'une des tapisseries et déboucha directement dans le couloir des salles de cours. 'Et une journée qui commence !' pensa-t-il, avant de passer la porte n°26. Il s'assit au bureau et attendit l'arrivée des élèves, en relisant ses notes. Bientôt la classe de 4e passa la porte et s'installa dans un brouhaha sonore. Le professeur leva sa baguette et le titre du cours s'inscrivit au tableau : 'Le Graal vu par les moldus. Les raisons d'un mythe.'
Une minute plus tard, un bruit de cavalcade se fit entendre. Sans interrompre l'élève qui lisait, Maël réprima un sourire en regardant sa montre. Sylvius n'aurait que trois minutes de retard aujourd'hui.
