Titre : L'alignement des planètes
Auteur : Ruth Dedallime
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI)
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages sont la propriété exclusive de J.K. Rowling. En revanche tous ces fabuleux Beauxbâtonneurs sont à moi (et ils sont nombreux !)
Rating : T

Ce recueil compile des textes sur des personnages secondaires de La Ligue, notamment la génération des parents des élèves français. Certains de ces textes se trouvent déjà en bonus des chapitre de La Ligue. Encore un OS réservé à Olivier Nestor.


Corruption de parchemin

Olivier Nestor, digne héritier de la plus ancienne famille de France, était face à une porte désespérément close. Il avait beau agiter la poignée, elle refusait de s'ouvrir. Refusait de s'ouvrir alors que Julie avait fait exprès de prendre une chambre seule aujourd'hui ! Aaaaah ! La frustration allait le bouffer.
Il foudroya du regard le parchemin qu'il tenait dans sa main crispée. "Saloperie de parchemin !" pensa-t-il.

Il déplia l'artefact magique et l'appuya contre la porte, tandis qu'il gribouillait rapidement un message dessus. Son message disparut aussitôt, remplacé par un 'NON' monumental qui prenait toute la surface du document.
'Sois cool !' écrivit-il. 'Qu'est-ce que ça représente pour toi ?'
'Je suis le gardien de Beauxbâtons' répondit le parchemin d'une belle écriture penchée.
'Ce n'est pas comme si je te demandais de faire quelque chose de dangereux…'
'Simple question de point de vue…'
'Oh allez ! Je te promets qu'après, je ne t'embêterai plus jusqu'à la fin de la semaine !'
'Nous sommes déjà jeudi. Ca ne me paraît pas une telle gageure... Mais je les connais vos belles promesses, Olivier !'
'Je suis un Nestor, par Mélusine !'
'Raison de plus... Je me dois de garantir votre parfaite conduite.'
'Tu veux vraiment qu'on en arrive là ?' inscrivit Olivier, avec un soupir résigné.
Le parchemin eut un léger froissement, puis les mots apparurent plus lentement :
'Ce sera peine perdue, cette fois-ci. J'ai eu la faiblesse de céder la dernière fois, mais n'y comptez plus…'
'Tu crois pouvoir me résister ?'
'Vous me sous-estimez, Olivier Nestor !'
'Si tu n'étais pas si borné, on ne serait pas forcé d'en arriver là !' écrivit le jeune Nestor.

Le parchemin ne répondit pas, mais on devinait sans peine aux frémissements qui l'agitaient, qu'il n'avait pas l'esprit tranquille. Olivier se gratta le menton, à la recherche de l'expression adéquate, puis inscrivit :
'Elle est la lumière de mes nuits, mon soleil chaque jour. Et quand elle sourit, c'est comme si des milliers d'oiseaux chantaient dans ma tête. Ah, quand un rayon de soleil se reflète sur ses cheveux châtains-blonds, j'imagine contempler un ange qui serait descendu du ciel pour m'effleurer de ses ailes…'
'Vous perdez votre temps...' répondit le parchemin d'une écriture un peu crispée.
'Sa peau a la douceur d'un ramage de cygne et la fraîcheur d'une oasis en plein désert. J'y trempe mes lèvres, assoiffé, et jamais je ne peux me rassasier de sa beauté. Plus mon cœur est plein de son amour, plus il peut en contenir…'
'Votre prose est lamentable…'
'Revenons à son sourire, à ses lèvres rouges et pleines que j'aime tant embrasser ! Il y a dans le goût de ses baisers quelque chose qui rappelle le nectar le plus exquis… Les plus belles créatures ne peuvent concourir face à sa beauté, car il y a dans les yeux de ma bien-aimée, dans les yeux de ma Julie, une…'

« Qu'est-ce que tu fous, Olivier ? » demanda une voix, juste derrière lui.
« Hein ? » sursauta ce dernier, interrompu en plein élan lyrique.
L'un des copains de son cousin Procris, Guillaume Avril, le regardait d'un air interloqué.
« C'est le coté des filles sur lequel tu t'appuies, tu as remarqué ? » fit le Punk, en désignant la porte toujours résolument fermée. Il tendit le cou et lut à haute voix : « Julie Sésame... Ah. »
Olivier se recula et lâcha le parchemin de confusion. Il roula aux pieds de Guillaume qui, devançant Olivier, s'en saisit d'un geste vif. Il parcourut le texte en haussant un sourcil.
« Je ne savais pas que t'étais en manque à ce point-là… » remarqua-t-il pour toute réponse.
« C'est pas ce que tu cr… » commença le jeune Nestor.
« Courage, mon pote, tu vas l'avoir ! » fit Guillaume, en lui rendant son parchemin et en lui mettant une bourrade. « Je vois pas comment il pourrait résister à ta prose à l'eau de rose ! »
Avril lui fit un sourire complice, puis s'avança jusqu'à sa propre chambre. Arrivé devant sa porte, il hésita une seconde, puis ajouta sans se retourner :
« Euh… Tu devrais écrire un truc genre que si elle était une île inconnue, tu brûlerais ton navire pour ne plus jamais la quitter… »
Olivier ouvrit des grands yeux.
« Je me suis toujours dit que le jour où j'aurai une copine, c'est ce que je lui dirai… » expliqua Guillaume d'un ton rêveur, puis il ajouta nerveusement, les joues très roses : « Ouais... Rends-moi service : oublie ça ! »
« Non, non... C'est… c'est… c'est pas idiot ! » remarqua Olivier, en regardant tout sauf son camarade.
« Merci mec ! … Et souviens-toi : vaincre le parchemin, c'est vaincre le Système ! »

La porte de la chambre de Guillaume se referma. Olivier mit plusieurs secondes à reprendre contenance.
"Et ben ! Qui aurait cru que Guillaume était aussi fleur bleue sous son blouson de cuir !" pensa le jeune Nestor, avant de se replonger dans son éloge. Il tourna sa plume dans ses doigts et suivit le conseil de son camarade.
'Si Julie était une île inconnue, je brûlerais mes navires pour ne plus jamais la quitter… Car elle est mon espérance et elle tient dans ses mains blanches mon cœur aimant…' écrivit-il d'un air inspiré.
'Par pitié !'
"Ca y est, il commence à craquer ! Il faudra vraiment que je remercie Guillaume…" pensa Olivier, avec l'air réjoui de ceux qui savent qu'ils vont l'emporter.
'Ses mains qui évoquent deux papillons légers et joueurs qui volettent de fleur en fleur…'
"Je raconte vraiment n'importe quoi... Ca marche aussi ça ?!"
'Epargnez-moi…'
"C'est bon, je vais l'avoir ! Encore une couche et il est K.O. !"
Olivier mordilla sa plume et inscrivit :
'Julie, mon aimée, ma joie, toi pour qui je pourrais donner ma vie, ne me laisse plus dépérir loin de toi ! Ne me laisse plus errer dans le noir !'
'Je vais vous en donner du noir, moi !' gribouilla le parchemin d'une écriture tremblante de dégoût et de dépit. 'Entrez et n'écrivez plus JAMAIS ce tissu de mièvreries dégoulinantes !'
"Veni, Vidi, Vici !" exulta intérieurement Olivier.
'Merci et au plaisir !' écrivit-il.

Le parchemin lui échappa des doigts et s'enroula sur lui-même d'un geste rageur. La porte au nom de Julie Sésame s'ouvrit sans un grincement, le jeune Nestor ramassa son parchemin et entra silencieusement dans la pièce.


Altaïr connaissait la chanson. Le parchemin était intraitable sur les relations nocturnes entre élèves. Mais Altaïr savait toujours obtenir ce qu'il voulait. Il n'allait pas perdre son temps, comme le faisait si souvent Olivier, à déclamer des vers boiteux et à rédiger des élégies à la beauté de Miranda sur un parchemin.
« Bon, ai-je bien tout ? » dit-il à voix haute. « Le parchemin, une plume, un flacon de Nectar… J'ai tout ! »

'Saaaaalut !' écrivit Altaïr, après s'être servi une bonne rasade de Nectar.
'Oh non... Pas vous !' vint la réponse immédiate du parchemin.
'Si, si, si ! Je sais que tu y prends goût ! Ne mens pas !'
'Mais que vous ai-je fait ?' fit le Parchemin d'une écriture curieusement tremblotante.
'Tu vois, le problème de l'adolescence c'est qu'elle a des frustrations… Frustrations qui donnent naissance à des fantasmes… Et que fait-on quand on a des fantasmes ?'
'Non !'
'Mais laisse-moi au moins t'expliquer...'
'Certainement pas ! Hors de question !'
'Rien qu'une minute… Tu comprends si je ne peux pas les assouvir, il faut bien que j'en parle à quelqu'un !'
'Mais qu'ai-je fait à Merlin ?'
'Allons, ne fais pas l'enfant… Ne me dis pas que tu n'as vu bien pire dans ton existence ?'
'Noooon ! Laissez-moi en paix... Entrez, faites ce que vous voulez ! Je veux rien savoir...'
« Et voilà le travail ! » sourit Altaïr, en ouvrant la porte de la chambre de Miranda.