Titre : L'alignement des planètes
Auteur : Ruth Dedallime
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI)
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages sont la propriété exclusive de J.K. Rowling. En revanche tous ces fabuleux Beauxbâtonneurs sont à moi (et ils sont nombreux !)
Rating : T

Ce recueil compile des textes sur des personnages secondaires de La Ligue, notamment la génération des parents des élèves français. Certains de ces textes se trouvent déjà en bonus des chapitre de La Ligue. Voici un OS réservé à Prudence Aconit et Clémence Leduc, les deux généalogistes.


Vocation

Beauxbâtons, septembre 1991...

Les choses s'étaient faites par hasard, comme souvent. Ou peut-être pas...

Etait-ce vraiment un hasard ? Comment la petite Prudence, du haut de ses onze ans, pouvait-elle expliquer à sa nouvelle alter qu'elle portait le même prénom que son oncle décédé ? Clémence...Clément... Son oncle Clément qu'elle n'avait jamais connu, mort bien avant sa naissance. Assassiné par des Mangemorts. Clément Aconit, le secrétaire de la Brigade Desruelles.
Prudence frissonna. Pourtant, ça lui faisait chaud au coeur de connaître Clémence. Elle avait hâte d'écrire à son père, de lui dire, de lui raconter.

La petite Prudence n'était pas au bout de ses surprises. Elle croyait avoir rencontré tous les élèves lors de la Cérémonie de la Roue qui l'avait associée à Clémence Leduc. Elle se trompait. Il existait d'autres enfants. Des Cracmols. Bien entendu, elle en avait déjà entendu parler par ses parents. Les Sans-Pouvoirs étaient comme des moldus, comme sa mamie Marinette, qui ouvrait toujours de grands yeux quand papy nettoyait la cuisine d'un coup de baguette.

« Les Cracmols n'ont pas de magie » expliquait-elle à son alter d'un ton docte. Clémence était née-moldue et ne savait presque rien du monde magique.
« Alors pourquoi ils viennent à Beauxbâtons ? » s'étonnait Clémence.
« C'est parce que leurs parents sont des sorciers. Ils connaissent la magie, même s'ils ne peuvent pas en faire ! »
Clémence avait secoué la tête :
« Moi, je suis fille de moldus et pourtant je suis une sorcière, je suis ici. Eux, ils ont pas de magie, ils devraient aller avec les moldus... »

Mais Prudence n'en démordait pas : un fils de sorciers devait aller à Beauxbâtons. 'Il ne faut pas l'exclure de la société magique pour la simple raison qu'il est différent' disait-elle, en reprenant des phrases toutes faites, tirées de conversations entre ses parents. Clémence se demandait pourquoi Prudence était aussi catégorique. La magie, ça devait se mériter, non ? Sinon, pourquoi on naissait sorcier ou cracmol ?

« Eh, Aconit ! » cria une voix.
Clémence, tirée de ses pensées, releva la tête à l'appel du nom de sa nouvelle amie, mais ce fut un garçon inconnu qui répondit :
« Lâche-moi ! J'ai pas besoin de ton aide ! » maugréa-t-il en repoussant celui qui l'avait interpellé.

Le garçon, un petit brun, s'acharnait à attraper une salière qui semblait fuir ses doigts. Les autres enfants chuchotaient entre eux. La jeune née-moldue attrapa la salière devant elle, tout avait l'air normal. Elle regarda le garçon avec surprise. Il lança une main rapide et attrapa enfin l'objet. Il venait à peine de verser une pincée sur son plat qu'elle disparut à nouveau de ses doigts. Du coude, Clémence poussa son alter, qui était restée bouche bée.
« T'as vu ? Il arrive pas à prendre la salière. Tu sais pourquoi ? ... Et il s'appelle comme toi. Tu sais qui c'est ? C'est peut-être un cousin à toi ? » demanda-t-elle avec excitation.
Le débit de paroles de Clémence pouvait être terrifiant par moment.
« Non. C'est pas possible... » répondit Prudence. « Mes parents m'auraient dit s'il y avait un Cracmol dans la famille... »
« Alors, c'est ça un vrai Cracmol ? » s'étonna la jeune Leduc. « Ah, c'est pour ça que la salière ne veut pas... N'empêche qu'il s'appelle Aconit ! Viens, on va lui demander si vous êtes de la même famille ! »
« T'es pas folle !? » s'écria Prudence, en retenant son alter par le bras.
« Ben quoi ? T'as une autre idée ? »
Prudence avait secoué la tête, mais trop timide pour interroger le jeune garçon, elle persuada Clémence d'attendre un peu, le temps de questionner ses propres parents.

La semaine s'était écoulée lentement. Très lentement. Prudence se faisait toute petite, priant Mélusine que l'autre Aconit ne se rende pas compte de son existence. Par chance, il n'était pas dans la même classe ! Clémence, de son coté, ne pouvait s'empêcher d'espionner le garçon, tentant de trouver des indices sur ses ascendances. Prudence avait beau la supplier de rester discrète, son alter n'en faisait qu'à sa tête, trouvant cela merveilleusement exaltant. Elle imaginait sans cesse de nouveaux scénarios romanesques d'enfant caché ou enlevé à sa famille.
« C'est peut-être ton frère jumeau ! » s'écriait-elle régulièrement.
« Clém, c'est n'importe quoi... » répondait invariablement Prudence pour calmer les ardeurs détectives de son alter.
« Et le "Masque de fer", hein ? C'était bien le frère jumeau de Louis XIV ? » continuait Clémence imperturbable.
« Oui, mais c'était un sorcier, pas un Cracmol. Et puis, y a aucun rapport ! »

Le samedi matin, au moment du petit-déjeuner, Clémence manœuvra habilement pour prendre place à coté du mystérieux garçon.
« Je peux m'asseoir ? » demanda-t-elle innocemment.
Le garçon hocha la tête, tandis que son vis-à-vis, un garçon assez grand pour son âge aux cheveux châtains, saluait la nouvelle venue avec entrain :
« Tu t'appelles comment ? Moi, c'est Justin ! »
« B'jour ! Je m'appelle Clémence. »
« Tiens, » continua le garçon, « ça, c'est mon frère jumeau Térence et mon cousin Procris ! » ajouta-t-il en désignant son voisin de droite, puis le garçon Aconit.
« Vous êtes presque en famille... » remarqua-t-elle avec un sourire ravi.

Prudence était retournée dans sa chambre prendre un livre de classe qu'elle avait oublié. Heureusement, Clémence avait promis de lui garder une place. Elle redescendit les marches au pas de course et enfila le corridor jusqu'au grand Vestibule. Ohlala, elle aurait à peine le temps de petit-déjeuner ! Elle arriva enfin au réfectoire et chercha la chevelure blond cendré caractéristique de Clémence. Là ! Elle allait se précipiter vers son alter, quand elle prit conscience des personnes qui l'entouraient. "Stupide, crétine, idiote née-moldue à la tête dure !" s'exclama-t-elle, intérieurement.
Elle se cacha derrière un siège avant que la née-moldue ne l'aperçoive et, le dos plié en deux, s'éclipsa de l'autre coté du réfectoire. Là, elle s'assit à une table isolée et avala deux morceaux de brioche vite fait, impatiente de voir Clémence, tout autant pour lui crier dessus que pour lui soutirer tout ce qu'elle avait appris.

« J'ai fait semblant de rien comprendre et ils m'ont décrit toute une branche de leur famille... » expliquait Clémence à une Prudence, mi en colère, mi ravie. « Les deux garçons avec Procris, ce sont ses cousins Bellamie. »
« Mais Bellamie, c'est le nom de jeune fille de ma mère ! » s'exclama Prudence.
« Ah, tu vois bien qu'il y a un lien familial ! » s'enthousiasma son alter. « Alors, le père des jumeaux Bellamie s'appelle Henri et leur mère Sophia. Et Sophia a une soeur qui s'appelle Jocaste et c'est la mère de Procris Aconit. »
Prudence conjura un parchemin et une plume et commença à écrire des noms.
« Alors, j'ai fait l'idiote et j'ai demandé si Sophia et Jocaste s'appelaient Aconit... Bien entendu, c'est pas possible puisque c'est le père... »
« ... le père de Procris qui s'appelle Aconit ! » complèta Prudence, tout en reliant les noms par des traits.
« Exact. Le nom de jeune fille de leurs mères c'est "Ellie" ! Ca te dit quelque chose ? » demanda Clémence.
« Comme ça, rien... » répondit Prudence, en se tapotant le front avec sa plume. « Tu as le prénom du père de Procris ? »
« Oui, il s'appelle Urbain. »

Et tout avait commencé. Elles avaient retrouvé les ascendances de Procris Aconit, établissant qu'il s'agissait d'un cousin éloigné de Prudence, le petit-fils de son grand oncle. Au passage, elles avaient découvert que Urbain Aconit avait une petite sœur, Constance. Cette dernière avait épousé André Nestor, un homme très connu, et leur fils Olivier était également dans leur promotion. Puis, à grand renfort de vieux annuaires et d'almanach, elles avaient décortiqué tout l'arbre généalogique des Aconit, retrouvant une lointaine arrière-grande tante, Elise Aconit, mariée à un Koebelsberg. Et de ce couple descendait un certain Dagda, lui aussi dans leur classe. Ensuite, elles s'étaient attaquées à la famille de la mère de Prudence dont le nom de jeune fille était Bellamie. Etait-elle, elle aussi, apparentée aux jumeaux Bellamie ? Elles durent remonter de quatre générations pour trouver le lien. De fil en aiguille, elles creusèrent chaque branche de la famille de Prudence, chacune rattachée à d'autres familles sorcières : les Bernou, les Uzaïre, les Zéphyr, etc. Au fil des années, leurs travaux intéressèrent certains élèves issus de vieilles familles. Elles établirent des généalogies sur commande et augmentèrent leurs connaissances de la société française. Mais tout cela cachait le vrai but de leurs travaux... Comprendre d'où venait les Cracmols. Comprendre pourquoi Procris en était un.