Ohayo mina !
Début du nouvel arc ! plus court que le précédent, je vous rassure... j'espère qu'il vous plaira !
Merci encore pour vos reviews ! elles sont toutes plus plaisantes les unes que les autres :) et des lectrices fidèles en plus, ça fait toujours plaisir de vous avoir au rendez-vous !
Assez de palabres...
Enjoy it !
« I was at a funeral the day I realized
I wanted to spend my life with you
Sitting doen on the steps at the old post office… »
Eels
.
*Quelque part en Amérique du Sud, près de Medianeira*
Ace se réveilla quand une lampe se braqua sur son visage ; il se frotta les yeux en pestant et contempla l'agent des douanes qui le dévisageait avec méfiance.
Law n'était plus dans la voiture.
Ace le chercha du regard et le vit, debout devant le capot, en pleine négociation. Il parlait un espagnol parfait dont Ace ne comprit pas un traitre mot. Il s'étira et ouvrit la portière – Law lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
- Reste dans la voiture, intima-t-il avant de se retourner vers l'agent, reprenant une conversation animée avec l'homme qui semblait hésitant.
Il ne demanda pas d'explication et se rassit, sous le regard sceptique de l'autre officier.
Leur voyage devait sûrement toucher à leur fin, et Ace n'était pas mécontent d'arriver ; il en avait carrément marre de la route, après des jours et des jours de déplacements incessants.
Ils étaient partis de Big Sur pour rejoindre la frontière mexicaine à Tijuana, avant de traverser tout le Mexique jusqu'à Suchiate, où ils avaient passé la frontière guatemalaise. Ils avaient roulé pendant 18 heures pour traverser El Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panama, en ne s'autorisant que des pauses de quelques minutes – Law n'aimait pas trop traîner dans ses coins-là, et Ace n'avait pas cherché à le contredire.
Leur périple les avait emmenés à travers la Colombie, avant qu'ils n'arrivent au Brésil, où Law s'était accordé des pauses plus longues, laissant le temps à Ace de flâner avec lui dans les rues et de prendre un peu plus de notes dans son carnet, gravant chaque moment dans sa mémoire.
L'agitation, la foule, la chaleur, les parfums… il savait qu'il aurait oublié beaucoup de choses, dans quelques temps. C'était triste, en un sens. Alors il écrivait, photographiait et commentait tout ce qu'il voyait, parce qu'il ne voulait pas perdre un seul de ces instants.
Ace observa le panneau d'indication du poste de la douane ; Medianeira… ils se rapprochaient de la frontière avec l'Argentine.
Law avait tenu à rester muet sur leur point d'arrivée ; Ace savait juste qu'il avait prévu d'atterrir entre ce pays et le Brésil, ce qui signifiait qu'ils n'étaient plus très loin de leur but.
Law remonta dans la voiture et soupira, rangeant leurs papiers dans la poche de son jean.
- C'était quoi, le problème… ?
- Ton âge, comme d'habitude. Ils sont un peu pointilleux et suspicieux… il y a beaucoup de trafics de ce genre en Amérique du Sud.
- … des trafics de ce genre ?
- Des gamins comme toi qui sont forcés de se prostituer. Les flics font simplement leur boulot mais ils sont tellement sur les nerfs que ça me rend dingue à mon tour.
- ... je vois, marmonna Ace, dégoûté à l'idée de servir de jouer de luxe. On est encore loin… ?
- Un peu moins de cent kilomètres. On devrait y être dans environ deux heures.
Ils s'éloignèrent du poste de garde, sur la route poussiéreuse, qui rappela à Ace le désert des Mojaves.
Il s'installa plus confortablement, ôta ses chaussures et ramena ses genoux contre sa poitrine, les entourant de ses bras, contemplant le paysage plongé dans la pénombre. Le soleil n'allait pas tarder à se lever, à en juger par l'heure, et Ace avait hâte d'arriver – il ignorait totalement où mais, puisque l'endroit plaisait à Law, alors ça devait forcément en valoir la peine.
Il tourna la tête vers le conducteur et le contempla, silencieux et pensif.
Il avait l'air épuisé par la semaine qu'ils venaient de passer ; ses cernes avaient encore gagné en taille et un pli marquait son front. Ace tendit la main et le lissa du bout du doigt, sourcils froncés.
Surpris, Law lui jeta un coup d'œil.
- Qu'est-ce que tu fais… ?
- T'as l'air soucieux. J'aime pas ça.
- Je suis juste fatigué.
- Si tu le dis.
Law poussa un long soupir et se tapota la joue de l'index ; Ace se tendit vers lui et y déposa un baiser, fermant les yeux pour inspirer son parfum.
- Tu piques.
- Je me raserai en arrivant, promis.
Ace sourit et frotta le bout de son nez dans son cou, embrassant la ligne invisible de son oreille au creux de sa clavicule. La main de Law caressa ses cheveux et ses lèvres embrassèrent son front.
- Rendors-toi un peu, je te réveillerai. Et laisse-moi conduire tranquille.
- Genre j'te déconcentre.
Law sourit pour lui-même ; Ace était parfaitement conscient de l'effet qu'il lui faisait et, même s'il avait terriblement envie de répondre à ses avances, il voulait attendre leur arrivée pour lui montrer ce qu'il avait vu de plus beau au monde dans sa courte vie.
Sûr qu'Ace, qui s'émerveillait d'un rien, allait apprécier. Même saigner du nez, avec un peu de chance – Law payerait cher pour voir ça.
Ace se rassit sagement dans son siège, étrangement raisonnable ; Law se doutait qu'il lui sauterait dessus à la première occasion, mais il semblait prendre son mal en patience pour le moment. Il le regarda se pelotonner contre la portière, sa veste jetée sur lui, fermer les yeux et se rendormir au bout de quelques minutes, malgré les chaos de la route.
Law détourna difficilement son regard de sa silhouette endormie.
Ennuyer Ace était devenu son deuxième passe-temps, le premier consistant désormais à le regarder dormir ; une fois la nuit venue, Ace dormait profondément et son visage s'apaisait.
Law pouvait ainsi passer des heures à le contempler sans jamais se lasser.
S'occuper d'Ace lui permettait de ne pas penser à sa propre souffrance, qui le tiraillait toujours autant ; il faisait tout ce qu'il pouvait pour ne plus voir de larmes sur son visage et jusqu'à aujourd'hui, c'était plutôt un succès.
Le ciel perdait sa couleur d'encre noire pour virer au bleu nuit, avec des nuances plus pâles à l'est. Il atteignit leur destination avec quelques minutes d'avance – parfait. Il se gara sur le parking désert, coupa le moteur et sortit de la voiture, contournant le capot pour ouvrir la portière d'Ace.
Il n'y avait personne à cette heure-ci, et le moment n'en serait que meilleur.
Il se pencha sur lui, repoussa ses mèches de cheveux de son visage et caressa ses lèvres des siennes.
- … Ace…
L'adolescent remua faiblement et sa bouche s'entrouvrit ; Law y pressa un peu plus la sienne dans un baiser tendre.
- … réveille-toi, marmotte. On est pile à l'heure.
- … hhnn… ?
Law le tira doucement de la voiture ; ensuqué, Ace se laissa faire en se frottant les yeux à travers ses cheveux longs, glissant ses pieds dans ses chaussures avant de sortir, se rendant vaguement compte qu'ils étaient au milieu d'une forêt.
- … c'quoi c'bruit ? balbutia-t-il en regardant tout autour de lui d'un regard lourdement ensommeillé.
Le grondement sourd le tirait peu à peu du sommeil ; Law posa une main sur ses yeux et glissa son bras libre autour de lui, le poussant en avant.
- Laisse-toi guider.
Ace se laissa faire de bonne grâce, tournant toujours la tête pour tenter d'identifier la source du bruit. Il ressemblait à la mer, mais en plus grave, plus profond, et plus proche, surtout.
Il s'intensifiait au fur et à mesure de leur marche.
- … qu'est-ce que c'est… ? lança-t-il, toujours aveugle.
- Patiente encore une petite minute.
Leurs pas les menaient tantôt à droite, tantôt à gauche ; Ace laissait Law mener leur marche, alors que le grondement prenant de l'ampleur. Leurs pas ralentirent et quelque chose de mouillé aspergea Ace. Une bruine fraîche.
Il tendit les mains devant lui, intrigué. Celles de Law quittèrent ses yeux et ses mains vinrent entrelacer les siennes.
- Tu peux regarder, chuchota sa voix à son oreille.
Ace ouvrit les yeux et les écarquilla, stupéfait. Law le lâcha et il traversa la passerelle sur laquelle ils se trouvaient pour s'accrocher à la rambarde et contempler le lever du soleil derrière les chutes d'eaux immenses qui s'étendaient à perte de vue.
Des dizaines et des dizaines de cascades, à la hauteur vertigineuse, qui s'alignaient le long d'une gorge qui semblait ne pas avoir de fin. L'origine du grondement. L'eau était blanche, pure, et la lumière qui s'y reflétait envoyait des arcs-en-ciel dans tous les sens.
- … où est-ce qu'on est… ? murmura-t-il.
- À Iguazù, entre le Brésil et l'Argentine. Les chutes d'eau les plus belles du monde, sourit Law en s'accoudant à la rambarde.
Ace se frotta le visage, comme s'il n'en croyait toujours pas ce qu'il voyait ; Law se délecta de son air émerveillé.
Jewelry avait toujours voulu voir les cascades d'Iguazù. C'était son rêve, entre autres, après la faculté – prendre leur voiture et rouler jusqu'à la frontière argentino-brésilienne pour admirer le spectacle.
« J'espère que ça te plaît autant qu'à lui, J.J. » songea-t-il avec un léger sourire.
Ace se tourna vers lui et lui offrit un sourire immense, les yeux brillants ; Law tendit le bras et caressa sa joue, repoussant ses mèches ondulées de ses yeux pour mieux le contempler.
- … heureux… ?
- Bien sûr que oui… ! merci, merci, merci… ! s'écria-t-il en se jetant à son cou, le serrant contre lui.
Sa bonne humeur et son enthousiasme étaient contagieux. Il fouilla aussitôt dans son sac et en sortit son vieux carnet en cuir rouge, ouvrant une nouvelle feuille pour y griffonner ses notes.
Law sortit son appareil photo, ajusta l'obturateur et immortalisa Ace sur la pellicule ; l'adolescent ne s'en rendit même pas compte, trop plongé dans ce qu'il faisait – encore heureux, il avait horreur d'être photographié, lui aussi.
Ace rangea son carnet et sortit son petit caméscope, la langue entre les dents. Law le laissa faire et le regarda s'agiter et tourner sur lui-même en filmant la scène ; beaucoup plus calme, il se contenta d'admirer le paysage, les eaux tourbillonnantes blanches et turquoises, les roches, les falaises vermoulues et les arbres qui ondoyaient sous l'influx de l'air brassé par les cascades.
Le soleil avait doucement émergé à l'horizon, projetant ses lumières or et rose dans le ciel toujours d'encre à l'ouest.
Savoir que quelque part, le monde continuait de vivre sa vie comme il l'avait toujours fait rassurait Law ; quelque chose d'immuable et de certain dans sa vie lui assurait un repère – le ciel se levait toujours à l'est et se mourait toujours à l'ouest.
Ace s'éloigna sur la passerelle, échappant à son champ de vision ; il tâcha de ne pas s'inquiéter – il se sentait ridicule, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver une légère appréhension quand l'adolescent disparaissait de sa vue. Il attendit dix longues minutes avant de céder et de traverser la passerelle à son tour, ignorant le paysage, son regard uniquement dirigé sur le pont qui serpentait au-dessus de la Rio Paranà. Ace était tellement distrait parfois qu'il était bien capable de passer par-dessus la rambarde…
« Non, pense pas à ça ! » s'affola sa conscience. « J'suis sûr qu'il est pas loin, tu verras, il… »
- Hé, Traf' !
Il tourna la tête ; Ace se trouvait sur le pont d'en face et filmait, un grand sourire aux lèvres.
« Comment est-ce qu'il est arrivé là-bas… ? »
- Oh, arrête de bouder et souris !
Law leva un doigt équivoque et Ace le lui renvoya avec la même élégance, avant de le cadrer correctement.
- Bon, monsieur le guide, étalez votre culture, s'il vous plaît !
« Prête-toi au jeu. Il a vraiment l'air heureux. »
- Les chutes d'Iguazù sont formées de 275 cascades ! lança-t-il d'une voix forte pour couvrir le rugissement de l'eau. La plus haute… c'est celle-ci !
Il pointa la hauteur culminante d'une des falaises, qu'Ace filma aussitôt.
- La Gorge du Diable, appelée « La Garganta del Diablo » en espagnol ! 90 mètres !
- Combien de litres d'eau ? le défia Ace en reportant la caméra sur lui.
- 12 milles mètres cube à la seconde en haute saison des pluies !
Un oiseau se posa près d'Ace dans un bruissement d'ailes ; l'intéressé le filma aussitôt, avant d'éclater de rire.
- Regarde, Traf' ! un toucan !
Ace semblait s'amuser comme un gosse ; sa conscience lui rappela en toussotant qu'Ace était un gosse et que c'était normal qu'il se comporte ainsi, même s'il gardait une attitude fermée quand il ne riait pas.
Il tendit la main pour le toucher mais l'oiseau s'envola aussitôt, lui échappant de peu ; il lui courut aussitôt après, lui intimant de revenir – Law sourit en le suivant du regard.
Le soleil émergea totalement de la végétation luxuriante et déversa ses rayons dorés sur les ponts et les passerelles.
- Wooaa, Traaaf', regarde ! qu'est-ce que c'est ?! s'exclama la voix d'Ace, derrière les arbres.
Law le rejoignit, les mains dans les poches, et haussa un sourcil en voyant le jeune homme assis en tailleur sur un des ponts, un animal de la taille d'un gros chat et ressemblant à un raton-laveur courant un peu partout autour de lui.
- Il est marrant, pouffa-t-il en tendant la main.
- C'est un coati.
Curieux, l'animal renifla ses doigts tendus avant de se détourner et de grimper souplement sur la rambarde, se rapprochant de lui par derrière, méfiant.
- Un coati… ?
- Il y en a partout, ici. Ils passent leur temps à manger… je pourrais te laisser avec eux, tu serais pas dépaysé, railla-t-il en s'accoudant à une balustrade, laissant les embruns des cascades toutes proches mouiller sa nuque et ses cheveux.
- Ha. Ha. Ha, marmonna Ace en grimaçant.
Le coati s'enfuit quand Law s'approcha et disparut dans les arbres ; il s'assit face à Ace et appuya son menton dans sa main, accoudé à ses genoux, contemplant pensivement l'adolescent.
Ace prit ses mains et joua avec ses doigts, traçant des arabesques dans ses paumes ouvertes du bout de l'index.
- On est pas venus ici juste pour les cascades, je suppose… ?
- Tu supposes bien. On va passer… un moment dans le coin. Quelques semaines. Mais si ça ne te plaît pas, on pourra repartir.
- Pourquoi ici… ?
Law hésita ; il ignorait comment Ace allait prendre cette information. Le jeune garçon prit la parole à sa place, prudent et mesuré.
- … Jewelry voulait venir là ?
- C'était… un projet, éluda-t-il.
Ace le dévisagea longuement, et Law se sentit mis à nu sous l'intensité de son regard, qui semblait sonder les tréfonds de son âme et de ses pensées.
- … un projet… ? répéta-t-il, visiblement persuadé que ce mot était bien faible pour résumer leurs véritables intentions.
- On devait se marier en novembre, marmonna Law en baissant les yeux vers leurs doigts entrelacés. Et elle voulait venir ici pour notre… lune de miel.
Il releva le menton – Ace fixait ses chaussures en se mordant la lèvre, les sourcils froncés. Malgré ça, son expression restait indéchiffrable, et Law se sentit aussitôt stupide ; à tous les coups, il l'avait offensé.
Il aimait toujours Jewelry, et il n'était pas sûr que ce sentiment disparaisse un jour. Ils avaient vécu tellement de choses qu'il lui serait impossible de l'oublier.
En revanche, ce qu'il ressentait pour Ace restait à définir ; c'était intense, nouveau, et il ne doutait pas que l'adolescent partageait ses sentiments. Dans une plus forte mesure, peut-être. Alors, l'entendre parler de Jewelry ainsi devait le blesser dans ses sentiments et son amour-propre.
- … excuse-moi. Je ne devrais pas te parler d'elle, chuchota-t-il en secouant la tête. C'était idiot de ma part…
- Ça fait rien, bredouilla Ace en rougissant. C'est moi… je suis un crétin doublé d'un connard fini.
Il releva la tête et Law fut frappé par ce qu'il lut dans son regard.
- … je suis… juste jaloux à en crever. Et je me déteste pour ça. Si tu l'as aimé à ce point, alors elle devait être fantastique et au lieu d'être triste, je… j'ai…
Il étouffa ce qui restait de sa phrase – il ne se permettrait pas cette bourde.
Une partie de lui, infime mais pourtant bien présente, se réjouissait de cette disparition. Sans elle, il n'aurait jamais rencontré Law.
Sa conscience lui rappela d'un air dédaigneux que si Luffy n'était pas mort, il n'aurait pas non plus connu l'homme dont il était amoureux.
Amoureux, oui. Sans concession, sans détour, sans hésitation.
Law se pencha et posa son front contre le sien avec un léger sourire.
- Hé. Ne t'en fais pas… je comprends. Je ne suis pas fâché.
- T'as raison… je suis égoïste et immature.
- Ça ne fait rien. Je t'ai dit, je comprends. Ce n'était pas malin de ma part de te parler de ça.
- Mais ça te fait du bien… !
- Un peu, oui, mais à toi ça te fait du mal et ça m'est insupportable.
Il amena son visage au sien et l'embrassa tendrement ; Ace ferma les yeux et lui rendit son baiser avec entrain. Ils s'enlacèrent étroitement et Ace trouva refuge dans ses bras, blotti contre son torse, ses genoux ramenés contre lui.
- Il y a une ville à une quarantaine de kilomètres… Foz de Iguaçu. On va se trouver un hôtel et se poser un peu, ça va nous changer de la voiture. Qu'est-ce que tu en dis… ?
- Un hôtel… ? ouais, c'est pas mal, sourit Ace en rouvrant les yeux pour contempler son visage.
. . . . .
*Un peu plus tard, dans la journée*
« Pas mal… ? pas mal ?! le pied intégral, ouais ! » brama sa conscience alors qu'il rebondissait sur le lit en souriant.
Il lui semblait qu'il n'en avait pas vu depuis des lustres ; l'idée de passer une nuit complète sur un matelas lui arracha un long gémissement de plaisir.
La voix de Law s'éleva aussitôt depuis la salle de bain :
- Encore en train de te palucher, Portgas ?
Ace répliqua en traversant la chambre en courant, s'apprêtant à lui balancer un coussin à la figure ; il se figea dans son geste en voyant que Law était occupé à se raser de près, ses yeux contemplant la longue lame de barbier qui allait et venait sur sa peau mate.
Plus calme, il s'assit sur le rebord de la baignoire et le regarda faire, silencieux ; Law lui offrit un léger sourire en coin, presque provocant.
- Dis… tu pourrais me raser, moi ? s'enquit Ace, soudain curieux.
- Je pourrais, oui, murmura Law en agitant la lame dans le lavabo rempli d'eau chaude pour se débarrasser de la mousse avant de reprendre son rasage.
- … tu veux bien me le faire… ?
- Pour ça, il faut qu'il y ait quelque chose à raser…
Ace rougit de la racine des cheveux à son cou, embarrassé ; Law retint un rire et tâcha de rester concentré, son regard rivé sur son reflet. Il s'assura de ne rien avoir oublié et s'aspergea le visage d'eau avant d'y passer une serviette et de relever la tête, examinant soigneusement son visage tout en évitant ses yeux. Ace se leva et vint poser son menton sur son épaule, son nez pressé contre sa joue ; il inspira son parfum et ferma les yeux – il aimait cette odeur de mousse à raser, fraîche et musquée.
- … tu veux bien me couper les cheveux, alors… ?
- Tu ne préfères pas le faire toi-même… ?
- La flemme. Juste histoire d'égaliser un peu, ils commencent à être un peu trop longs.
Law tira la chaise et lui fit signe de s'asseoir ; Ace obéit, souplement assis en tailleur, les mains sur les genoux, face à son reflet. Law lui mouilla les cheveux et entreprit de les démêler, attardant ses doigts dans ses longues mèches auburn. Elles étaient douces, légèrement ondulées, et exhalaient le parfum sucré de son jeune amant.
Il déposa un baiser sur sa tête et le peigna avec soin, pendant qu'Ace fermait les yeux.
- Tu as un truc prévu au programme… ?
- Dormir, déjà, sourit Law en fouillant dans sa trousse pour en sortir une paire de ciseaux. Pour les cheveux... sur la nuque… ?
- Mm-mmnn. Et demain ?
- Comme tu voudras. Dormir encore, se promener un peu, te faire visiter le coin… ce qu'il te plaira.
- Ce qu'il me plaira… ? murmura Ace en rouvrant les yeux.
- Ce qu'il te plaira, oui.
Law était concentré sur sa tâche ; les pointes coupées de ses cheveux longs tombaient sur ses épaules et cascadaient sur le sol avec régularité.
Ace baissa les yeux et en prit quelques-unes, les faisant tourner entre ses doigts, pensif.
Il était parfaitement capable de le faire lui-même, mais il aimait que Law le fasse. Il était la seule personne à qui il venait de laisser ce privilège, depuis les années qu'il s'occupait de ses cheveux.
Ses mains étaient douces mais s'activaient avec efficacité ; Ace se mordilla la lèvre, attirant l'attention de Law.
- … qu'est-ce qu'il y a ? murmura-t-il.
- À la fac… tu voulais juste devenir médecin ?
- Chirurgien, répondit-il après un long instant de silence. C'est la spécialisation que j'ai choisie pour mon internat.
- Et… Jewelry ? hésita Ace, craignant d'être trop curieux.
Law inspira profondément – après tout, Ace voulait simplement engager une conversation détachée et polie. Il semblait vraiment intéressé.
- Pareil. On était dans le même service.
- C'était pas trop compliqué à gérer… ?
- On faisait des concessions, mais avoir le même rythme de vie aide beaucoup.
Il ébouriffa ses cheveux et Ace secoua la tête, faisant tomber ses dernières mèches sur ses genoux avant de se contempler dans le miroir.
« Parfait. »
Il rejeta la tête en arrière et lui sourit ; Law se pencha et l'embrassa tendrement, ses bras noués autour de ses épaules.
- Gracias.
- De nada, sourit Law en caressant sa joue. Au lit, marmotte, il est une heure du matin.
Ace acquiesça, se redressa et contempla ses cheveux sur le sol en se grattant la tête.
- … t'as pas un balai ?
- Si, bien sûr, attends que j'vérifie deux secondes dans ma poche… ah non, tiens, c'est bizarre… ! j'en ai pas ! railla Law en rangeant les ciseaux dans la trousse de toilette.
- Très drôle. J'suis mort de rire.
- Va en demander un à la réception, la fille est sympa, elle te donnera ce qu'il faut.
- J'parle pas un mot d'espagnol.
- Justement. J'ai envie de te voir te taper une honte monumentale en essayant d'imiter un mec qui balaye, s'esclaffa Law en ouvrant la porte de leur chambre, sous le regard noir de l'adolescent.
« … je hais ce type. »
.
Rendez-vous au chapitre 14 pour la suite de nos aventures brésiliennes ! ;) (et oui, beaucoup d'entre vous étaient perspicaces... vous m'donnez des sueurs froides !)
Baci !
