Ohayo mina' !

Comme demandé par tout le monde [arrête de te faire mousser] (oh toi, ça va, hein -_-") Donc, comme promis, la suite est vite arrivée.
J'serai en mode pas trop disponible ce WE mais promis, dès que j'reviens à la civilisation, je réponds à vos reviews ! [si reviews il y a.] mais ouiii, y'en aura, j'sais qu'il y a des gens qui m'attendent au tournant. Nous ne citerons personne, ahem.

BREF. C'était la fin de l'arc Brésil... direction Ailleurs, à présent :) ["ailleurs"...] sans commentaire, merci.
Stop flood, bonne lecture et...

Enjoy it !


« And I can barely look at you
But every single time I do
I know we'll make it anywhere
Away from here... »

Snow Patrol

.

- C'est quand qu'on arr- mmnff !

Ace s'étouffa quand Law lui rabattit son bonnet sur le visage et en émergea quelques instants plus tard, les cheveux en tous sens et le regard noir.

- Pour l'amour du ciel, tais-toi, gémit Law. Ça fait trois plombes que tu me demandes la même chose… !

- Mais j'en ai marre ! protesta Ace. J'ai envie d'pisser !

- Oh, quelle classe, railla le conducteur en descendant une vitesse pour donner plus de reprise au moteur.

L'Aston rugit et grimpa la pente raide et enneigée qui serpentait à flanc de montagne ; Ace regarda en bas et déglutit difficilement.

« OK, mauvaise idée. Très mauvaise idée. »

Law semblait plutôt à l'aise, malgré les congères qui rendaient le passage étroit et difficile ; une chute promettait d'être vertigineuse.

« Et fatale, surtout, gros débile ! » s'excita sa conscience, affolée.

Ace se rassit sagement dans son siège et remit le nez dans le dépliant posé sur ses genoux.
Ils avaient joué leur destination à Shifumi, comme d'habitude, puisqu'ils avaient été incapables de se mettre d'accord (toujours comme d'habitude) – Ace, mauvais joueur, n'avait rien trouvé de plus intelligent que de tricher et Law avait manqué lui en coller une, ce qui lui avait radicalement fait passer l'envie de recommencer.

Law pouvait être terrifiant quand il s'y mettait.

Ace avait tempêté, protesté, boudé, menacé, mais son partenaire n'en avait strictement eu rien à faire et il s'était retrouvé aussitôt après dans un magasin de sport, à choisir une combinaison de ski.
Law l'emmenait à Aspen, dans le Colorado, où se trouvaient les stations les plus réputées des États-Unis. Ace en avait déjà fait, mais sa dernière leçon remontait à ses dix ans et il était quasiment certain que monter sur des skis allait le tuer – Law semblait être de son avis mais la loi impitoyable du Shifumi en avait décidé autrement.
Ace s'étira et son tee-shirt remonta, dévoilant son ventre plat ; Law y jeta un coup d'œil et haussa un sourcil, arborant un sourire en coin terriblement moqueur.

- T'aurais pas grandi, toi… ?

- De quoi tu parles ? marmonna Ace en tirant sur le tissu.

- Mmn, c'est ce que je pensais. On va te racheter des vêtements.

- Déconne pas ! s'énerva Ace.

Law, surpris, le dévisagea brièvement. Ace était d'un naturel emporté et susceptible, et il se demandait ce qu'il avait bien pu dire pour l'échauffer de cette manière.

- … tu comptes jouer l'ado rebelle indéfiniment ou me dire pourquoi tu fais encore ta tête de con ?

- Je t'emmerde.

- J'avais compris, murmura Law avec patience. Mais ça ne me dit pas quel genre d'épine tu as dans le cul, aujourd'hui.

- Oh, ça va…

Ace croisa ses bras sur sa poitrine et son tee-shirt se tendit légèrement sur ses épaules. Law se frappa mentalement : comment lui-même n'avait-il pas fait pour le remarquer… ? il le voyait plus nu que n'importe qui et il ne s'était même pas rendu compte que l'adolescent était en pleine poussée de croissance.

« Donc ronchon et irritable plus encore que d'ordinaire ? quelle chaaaance... » railla sa conscience, toujours prête à la ramener.

- Je vois… c'est parce que je parle d'acheter des nouveaux vêtements… ?

- Ouais, maugréa Ace en détournant le regard vers la fenêtre. T'as pas à m'acheter des fringues, t'es pas mon père.

Sujet sensible. Démentiellement sensible ; les parents d'Ace.

- Je serais ton père, ça ferait longtemps que je t'aurais mis une raclée, parce que je peux te dire que t'es vraiment chiant quand tu t'y mets, sourit Law. Écoute, t'as besoin de fringues, j'suis sûr que ton jean fait feu de plancher si tu retires tes bottes… sois pas têtu.

- Je vais les acheter moi-même.

- J'avais pas l'intention de choisir pour toi.

- Je vais les payer moi-même, corrigea Ace avec agacement. Pas besoin de toi pour ça, j'peux m'débrouiller tout seul.

- Bien, petit prince.

Ace leva les yeux au ciel et Law réprima un sourire, posant une main sur sa jambe pour la caresser doucement ; l'adolescent céda aussitôt et entrelaça ses doigts aux siens, tête baissée, dissimulé derrière ses cheveux longs.

- … excuse-moi, souffla-t-il d'une toute petite voix.

- Ça ne fait rien. J'oublie souvent que t'es qu'un morveux dirigé par des poussées de testostérone, sourit Law. Et qu'accessoirement, tu as un caractère de merde.

Il ne jouait pas avec le feu, il jetait carrément de l'essence dessus ; Ace tourna la tête et lui jeta un regard meurtrier.

« Je suis dans la merde, moi. » songea-t-il dans un soupir, alors qu'Ace braillait de plus belle.

. . . . .

*Aspen, fin de matinée*

Ace enfila ses lunettes de soleil et jeta un regard en biais à Law qui nouait son écharpe sous le grand col de sa combinaison noire.

« Pourquoi il ressemble pas à une mouche, lui ?! »

Law avait la classe et le style en toute circonstance – nu, en jean crasseux de cambouis ou en combinaison de ski, affublé d'immenses lunettes anti-UV.

Ace s'efforça de ne pas être jaloux – ça serait stupide, puérile et gamin – et entra, chaussures à la main, dans la petite pièce où le vendeur gardait skis et chaussures, Law sur ses pas. Il y en avait un nombre impressionnant et Ace se demanda brièvement comment est-ce qu'ils allaient trouver ce qu'il leur fallait, avant qu'une gifle mentale ne lui rappelle que le vendeur n'était pas là pour la décoration, mais pour leur attribuer le matériel ad hoc.

« Qu'est-ce que tu peux être con, parfois » déplora sa conscience, consternée. « J'ai honte d'être dans ta tête. »

Le type s'appuya au comptoir et leur sourit, avenant. Ace hésita, timide, et Law retint un rire avant de s'adresser à l'homme.

- Bonjour… on va louer pour une semaine. Des carvings, s'il vous plaît.

- Pas d'soucis, j'vous écoute.

Ace haussa un sourcil.

« … il nous écoute… ? j'pige rien. »

- Quarante-quatre, un mètre quatre-vingt-onze, quatre-vingt kilos, énonça Law en s'asseyant sur le banc.

« OK.
... aaaaah, ses mensurations ! wow, merde, combien j'mesure, moi ?!
La dernière fois que j'suis passé sous la toise j'avais quinze ans… »

L'homme revint quelques instants plus tard avec une paire de skis et de chaussures, qu'il tendit à Law qui les enfila aussitôt, à l'aise.
Ace pinça les lèvres, embarrassé.

- Je… j'connais pas trop mes mensurations, je sais juste que je chausse du quarante-deux.

- Tu me fais honte, Portgas, sourit Law en s'étirant.

Ace grimaça et suivit l'homme sous une toise au fond de la pièce, retirant son bonnet, menton levé ; l'homme ajusta le mètre sur crâne et, la langue entre les dents, prit note sur son carnet, avant de le faire monter sur une balance.

- Bon, si on compte la combinaison… on part sur soixante-deux kilos pour un mètre soixante-quinze.

- Va falloir manger de la soupe et penser à prendre du grade, Portgas, s'esclaffa Law alors que le vendeur s'éloignait dans ses rayons. Ça te ferait pas de mal de te remplumer un peu...

- C'est bizarre, j'ai pourtant l'impression d'avaler ma dose de protéines quotidienne, répliqua vertement l'adolescent en remettant son bonnet.

Law ouvrit des yeux ronds.

« … il a pas osé dire ça… ? »

« Ben faut croire que si » grogna sa conscience, désapprobatrice. « Le morveux prend de l'assurance, on dirait. Bientôt il va vouloir conduire ta voiture. »

« Ouais. Plutôt mourir. »

Ace semblait satisfait de son petit effet. Il enfila les chaussures à son tour, remercia le vendeur et sortit dans l'air glacé, ses skis sur l'épaule, suivant Law qui remonta la route, où d'autres skieurs suivaient les chemins enneigés qui menaient aux pistes. Les groupes s'éloignèrent vers les télésièges et autres tire-fesses, alors que Law bifurquait sur la droite, là où personne n'allait. Ace pouffa en se demandant si Law allait l'emmener dans un coin pour le tripoter, avant de se rappeler que par moins cinq degrés, la situation risquait de rester au point mort.
Il s'avéra que Law l'emmenait vers des pistes plates, totalement désertes.

- Ouais, coooool, marmonna Ace.

- Oh, si t'es joueur, on peut aller directement sur les pistes noires...

- Euh... non. On va rester sur celles-là pour l'instant…

- On va même y passer la journée si c'est nécessaire. Je veux qu'on passe aux pistes rouges avant jeudi, alors t'as intérêt à être un bon élève.

- Sinon quoi ? railla Ace en chassant la neige sous ses chaussures avant de monter sur ses skis.

- Pas de sexe pendant les trois semaines à venir.

« ... ... ... j'le déteste. Vieux con réac'. Sale tortionnaire d'enfants. »

Ace, chaussant son premier ski, donna un coup de talon un peu trop vigoureux et le ski glissa sur la neige ; il s'effondra sans aucune grâce dans la poudreuse et grogna, songeant que la journée allait être très longue.
Law l'attrapa par sa combinaison et le releva d'une main – Ace se sentit insignifiant, comme d'habitude – avant de le remettre debout sur ses pieds et de l'épousseter.

Ace persévéra et la quatrième tentative fut la bonne ; il chaussa enfin ses skis et chancela, alors que la poussée de son poids l'entraînait vers l'avant. Encore une fois, Law le rattrapa et ôta ses propres skis, songeant qu'il allait passer un moment à lui courir après.

- On va faire de la ligne droite, d'abord. Et quand tu sauras tenir sur tes skis, je t'apprendrai à tourner.

- J'espère que t'es patient.

- J'te supporte depuis juin et on est en décembre. Je pense que tu dois avoir une certaine idée de la patience que j'ai envers toi…

Ace rougit et s'enterra dans le col de sa combinaison pourpre jusqu'aux yeux ; Law sourit, ouvrit légèrement la fermeture Éclair et lui piqua un baiser rapide sur les lèvres.

- Essaye de garder les jambes très, très légèrement fléchies. N'essaye pas de te tenir droit, avec les chaussures c'est impossible. Ouvre un peu les jambes… voilà, comme ça. Détends-toi.

- « Ouvre les jambes… détends-toi… » chantonna Ace, avant de grimacer quand Law le frappa derrière la tête.

- Arrête de penser au sexe dont tu vas être privé si tu continues à te foutre de moi et sois attentif.

L'adolescent pouffa de rire et s'efforça de reprendre une contenance, suivant les conseils de Law comme il le pouvait. Skier avait l'air tellement évident quand on voyait les autres faire... la sensation de glisser était perturbante, il avait l'impression de ne rien maîtriser du tout.

Enfin... l'impression... non, il ne maîtrisait rien tout court, c'était indéniable.

À la dixième chute, il resta au sol, les bras en croix, excédé.
Le visage de Law apparut au-dessus du sien, et son beau sourire lui fit momentanément oublier son agacement.

- Allez, debout. Je n'ai jamais dit que c'était facile.

- Et t'as bien fait. J'suis déjà mort.

- Rien qu'un bon bain chaud n'arrangera. Courage.

Il l'attrapa sous les aisselles et le releva aisément. Ace se rajusta et récupéra ses skis avant de remonter le petit bout de piste et de les chausser à nouveau ; il n'avait plus l'âge de faire un caprice, après tout.

« Ah ! Dommage. »

Finalement, à la fin de la matinée, il atteignit le but fixé par Law : tenir correctement sur ses skis et descendre une piste sans tomber. L'arrêt et le changement de direction restaient à revoir, mais Law lui avait promis que d'ici la fin de la journée, il aurait acquis un niveau convenable.
Et par convenable, il entendait « capable de descendre une piste sans mourir ou tuer quelqu'un sur ton passage ». Concept intéressant.
Pour une fois, Law le laissa manger à peu près tout ce qu'il voulait ; il prétexta l'excuse de la « faiblesse glycémique », qui risquait de ne pas fonctionner tous les jours – « allez berner un médecin sur votre état de santé… » – et retrouva ses skis de bonne grâce en début d'après-midi.

. . . . .

- Pour tourner, tu dois appuyer sur le ski extérieur, qui est donc en aval de la pente.

Ace se sentait comme une grenouille – encéphalogramme totalement plat. Law sembla remarquer son absence de réaction/compréhension et se pinça l'arête du nez en soupirant.

- Bon, écoute-moi bien et s'il te plaît, s'il te plaît, essaye de réfléchir un peu.

« Euh… est-ce qu'il l'a dit deux fois ? »

« Il l'a dit deux fois, oui » toussota sa conscience. « Ouvre tes oreilles, mon pote. »

- Pour tourner à gauche...

Ace plissa les yeux.

- ... tu te tournes vers la gauche en écrasant le sol avec ton pied droit. Le talon, pas le bout du pied, sinon c'est le cassage de gueule assuré. Tu as compris... ?

- ... pour tourner à gauche... je me sers du pied droit... ?

- Exact.

« ... j'ai mal à la tête. »

- ... euh... j'peux avoir une démo ?

Law acquiesça, chaussa ses skis avec une aisance qui fit rougir Ace d'envie et se laissa glisser sur la piste. L'adolescent le regarda faire, attentif au maximum – sa tête lui faisait encore plus mal. Ça demandait pas mal de coordination moteur et c'était quelque chose dont il était malheureusement dépourvu depuis sa naissance.

« Luffy se foutrait de ta gueule, s'il était là » railla sa conscience.

Et plutôt deux fois qu'une. À cinq ans, Luffy lui avait mis une trempe mémorable au ski lors de leur dernier voyage avec leurs parents. Totalement intrépide et inconscient du danger, le gamin s'élançait sur les pistes sans réfléchir, quitte à se faire vraiment mal ; ces élans avaient fini par le forger et à la fin de leurs vacances, il skiait avec beaucoup plus d'aisance que son aîné.
Ace crut presque entendre sa voix rieuse le traiter de gros froussard et ne put réprimer un sourire nostalgique. Law remonta le bout de piste et revint se positionner à côté de lui, ne relevant pas son air mélancolique et amusé à la fois.

- À toi.

« Plus facile à dire qu'à faire ! » brailla sa conscience furieuse quand il s'étala tête la première dans la poudreuse, planté dans une congère à la manière d'un cartoon, pour la énième fois de l'après-midi.

Il entendit le rire de Law, le bruit de ses skis sur la neige, avant que ses mains ne saisissent ses chevilles pour le tirer de sa prison de neige.
Il s'ébroua et soupira, découragé ; encore une fois, les lèvres de Law sur les siennes offrirent une distraction suffisante pour lui faire retrouver un semblant de bonne humeur.

- On recommence… ?

- Ouais, mais j'suis déjà claqué.

- Encore une heure et après je te laisse tranquille, promis.

- J'suis nul, j'suis désolé.

- Là je vais perdre patience. Je t'ai déjà dit des centaines de fois de ne plus te dévaloriser. Vivre, c'est pas baisser les bras à la moindre défaite. C'est accepter de se planter... au sens propre comme au sens figuré, ajouta-t-il avec humour en désignant l'empreinte de son corps dans la neige.

Ace acquiesça avec un sourire mince et remonta sur ses skis avec un peu plus de conviction, bien décidé à montrer à Law qu'il pouvait le faire.
Il jeta un coup d'œil à sa montre, et son regard s'attarda sur la date du jour.

« Ah. J'avais presque oublié. »

Demain était le jour où son petit frère avait quitté ce monde.
Il en avait parlé à Law, la veille, et le jeune homme lui avait demandé s'il voulait rester au calme pour cette journée. Il lui avait promis qu'il ne l'obligerait pas à quoi que ce soit, mais Ace avait seulement répondu que ce dont il avait besoin était de la normalité. Il lui sembla voir Luffy lui sourire en levant le pouce et ne put s'empêcher de sourire pour lui-même, avant de se laisser glisser sur la pente.

. . . . .

- Hhhhhnnn j'suis moooort… geignit Ace en se laissant tomber dans leur lit.

Law referma la porte derrière eux, poussa le verrou et retira ses après-skis, les déposant dans l'entrée de leur tout petit chalet et dézippa sa combinaison.

Ace claqua des doigts vers la cheminée et grogna, attirant l'attention de Law qui haussa un sourcil en le regardant faire.

« … qu'est-ce qu'il fout, encore… ? »

- Je peux savoir ce que tu essayes de faire… ?

- J'ai p't'être des pouvoirs magiques. Genre allumer un feu à distance i tutti quanti, quoi. J'ai lu un manga, une fois, un mec qui avait mangé un fruit et qui se transformait en feu, un truc trop classe ! y'en avait un autre qui pouvait découper des gens à distance avec un nodachi et qui inversait les membres des corps ! et un autre élastique, ils vivaient dans un monde où y'a presque que des mers et ils voulaient devenir Roi des Pirates, et sur le chemin ils-

- Tu lis trop de bandes-dessinées, Ace, le coupa Law en levant les yeux au ciel. « Découper des gens à distance... inverser des membres... qui sont ces cinglés qui vont dessiner des trucs pareils... ? non mais j'vous jure. » songea-t-il, consterné.

- Ça coûte rien d'essayer, rétorqua-t-il.

- Ben en attendant, sers-toi de tes pouvoirs magiques pour retirer ta combinaison, si tu meurs de chaud tu vas être malade et je sais pas pourquoi, mais je sens que tu peux être particulièrement chiant en étant enrhumé…

Ace se tourna pour s'étendre sur le dos et se hissa sur les coudes, lui jetant un regard provocant qui amusa son amant.

- ... bof, tu me donneras du... sirop, si j'ai mal à la gorge... et tu pourras toujours prendre ma température...

- T'es glauque, comme mec.

Ace retomba dans les draps en pouffant de rire ; Law secoua la tête en souriant et accrocha sa combinaison dans la penderie de la pièce avant de s'agenouiller devant la cheminée pour allumer le poêle à bois.

Bientôt, la chaleur emplit l'espace – un léger ronflement s'éleva et Law soupira en se rendant compte qu'Ace s'était profondément endormi.

Il se releva et rejoignit le lit, débarrassant Ace de ses chaussures – ses pieds étaient glacés. Law dégrafa sa combinaison et le souleva dans ses bras pour l'étendre dans les couvertures, rangeant ses affaires sur le côté.

Ace ne broncha pas, les yeux clos et la respiration profonde.

Law lui retira son pantalon et son tee-shirt et tira la couverture sur ses épaules, écartant les cheveux échappés de son élastique qui balayaient son visage pour caresser son front, redessinant ses traits de la pulpe de ses doigts.

Il passa son pouce sur ses lèvres entrouvertes, se pencha et y noua les siennes, le réveillant d'un baiser lent et tendre ; Ace cligna des yeux, sourit contre sa bouche et lui rendit son baiser avec la même douceur, nouant ses bras autour de son cou pour l'attirer contre lui.

Leurs corps s'entremêlèrent sous les couvertures et Ace chercha aussitôt la chaleur de Law, inspirant son odeur rassurante et désormais familière.

- J'ai été sage aujourd'hui.

- … mmn oui. C'est vrai.

- Tu veux bien me jouer quelque chose… ?

- Qu'est-ce que tu préfères… ? murmura Law en jouant avec ses cheveux.

- Un morceau des Rolling Stones.

- Encore… ? sourit-il.

- Tu m'as converti, j'y peux rien.

- Hé bien, non, pas de Rolling Stones, ce soir. Je vais te faire écouter autre chose.

- D'accord, chuchota Ace en se blottissant dans l'oreiller quand il se leva du lit.

Il se pelotonna dans la couverture qu'il tira sous son menton, recroquevillé en position fœtale, ses genoux ramenés contre sa poitrine. Law avait abandonné son pull sur la table de chevet et il s'en empara, l'amenant contre son visage pour respirer son odeur d'épices mentholée.

Law sortit sa guitare de son étui, s'assit dans le fauteuil près du lit et ajusta le serrage de ses cordes, sortant son vieux cahier de tablatures qu'il feuilleta rapidement, balayant les pages du regard. Ace le regarda faire, fasciné ; il aurait aimé savoir jouer d'un instrument de musique mais il n'avait ni le temps, ni la motivation de le faire. Peut-être plus tard... il n'osait pas demander à Law de lui apprendre.

Law s'assit plus confortablement, plaquant quelques accords pour vérifier la justesse des sons avant de s'arrêter, tournant les chevilles de la tête du manche, inlassablement – Ace se sentait terriblement amateur, puisque le son n'avait aucune différence pour lui à ses oreilles.

En fait, pratiquer la musique était peut-être une mauvaise idée.

Law parut satisfait et, quelques instants plus tard, les premières notes s'élevèrent ; Ace ne reconnut pas le morceau, mais la voix de Law le subjugua assez pour lui faire oublier ce détail.

- I'll sing it one last time for you, then we really have to go… you've been the only thing that's right in all I've done…

Ace se lova contre l'oreiller et chassa ses cheveux de ses yeux pour mieux le contempler.

Il ignorait à qui cette chanson était destinée, mais il avait l'impression que Law lui chuchotait chacun de ces mots dans le creux de l'oreille.

Est-ce que cette chanson était pour Jewelry ? le rythme était lent, mélancolique, et les paroles étaient à la fois belles et terriblement tristes.

Malgré lui, il pensa à Luffy. Il se le représenta plus vieux, plus mature. C'était compliqué ; dans sa tête, Luffy restait un pré-adolescent à peine sorti de l'enfance, avec ses sourires candides et son visage lunaire. Et pourtant, c'était lui qui ressemblait le plus à leur père ; il était son portrait craché au même âge, alors que lui avait hérité des traits plus fins de sa mère.

Penser à ses parents le remplit d'amertume. Ace se demanda brièvement ce qu'ils pouvaient être en train de faire : préparer Noël qui approchait ? le maudire… ? le chercher ?

Est-ce qu'ils pensaient seulement à lui… ?

Ils lui avaient seriné qu'il était la chose la plus honteuse qui leur était arrivée.
Que Luffy était mort entièrement par sa faute.
Ils avaient réussi à le persuader que sa propre vie ne valait rien.

« Et s'ils me retrouvent… ? »

Cette pensée lui glaça le sang ; il n'imaginait même pas la trempe qu'il allait recevoir. Dans le genre impressionnant, son père avait la palme.

D'ailleurs, Ace s'étonnait de ne toujours pas les avoir vus rappliquer ; les connaissant, ils l'auraient déjà retrouvé en quelques jours.

Son père possédait assez de contacts et avait le bras suffisamment long – et encore plus d'influence – pour se permettre d'employer assez de détectives à travers les Etats-Unis pour remplir un terrain de football... lui mettre le grappin dessus aurait dû lui prendre grosso modo moins de cinq jours.

... il ignorait comment prendre ce constat après presque sept mois complets de désertion de leur maison...
Ils avaient peut-être accepté l'idée qu'il ne reviendrait jamais.

- ... Ace ?

La voix de Law lui parvint, lointaine ; il cligna des yeux et sa vision s'ajusta sur son visage tout près du sien. Law avait froncé les sourcils et était venu s'appuyer sur le lit, contemplant son visage avec une certaine inquiétude.

- ... ça va... ?

- Ouais, désolé, je pensais à des trucs, marmonna Ace en se frottant les yeux. Elle était cool, ta chanson... qu'est-ce que c'est ?

- Run des Snow Patrol. Tu es sûr que ça va... ?

- T'en fais pas, j'étais juste parti un peu loin dans mes pensées. On a le temps d'un bain avant d'aller se coucher... ?

- Ça se négocie, sourit Law en caressant sa joue.

Ace se hissa vers lui avec un sourire en coin et s'empara de ses lèvres dans un baiser plein d'entrain.

Law préférait ça à l'expression dévastée qu'il arborait quelques instants plus tôt. La même expression qu'il voyait passer sur son visage à de nombreux réveils du jeune garçon – un regard perdu et humide de larmes, le menton tremblant et le pli amer de sa bouche qui retenait tant bien que mal un sanglot.
Et malgré tous ses efforts, Law ne pouvait rien contre ça ; il assistait régulièrement le matin au même sursaut, au même nom lancé comme une supplique.
Ace sanglotait le nom de Luffy avant d'ouvrir les yeux, en nage, encore à mi-chemin entre le rêve et le réveil.

Law le souleva brusquement du lit pour l'entraîner vers la salle de bain – l'adolescent se laissa porter de bonne grâce en riant, ses bras noués autour de son cou.
Ace songea que pour quelques instants encore, il pouvait oublier ce qu'il avait laissé derrière lui. Au moins le temps du bain.

Et les lèvres de Law sur les siennes ne firent que le conforter dans son idée.

.


On retourne sur un arc Etats-Unis plus classique, mais c'est l'hiver et avec lui, le retour des souvenirs. La douceur se perd et le froid est un peu plus mordant...

En espérant toujours vous revoir pour la suite... à très bientôt !