Ohayo mina' !
Merci pour vos reviews et vos insistances (sisi, ça existe, ça) pour avoir la suite.. motivatiooon ! *cape au vent*
Je vois que tout le monde a apprécié le dernier chapitre... légèrement... lemonesque [légèrement...?] oui, légèrement. Je suis désolée de casser l'ambiance, mais tout ne peut pas aller tout rose dans le meilleur des mondes, et comme je suis une irrécupérable garce (j'ai failli jouir juste en écrivant ça...), on retourne sur des choses plus tristes. La neige, encore et toujours...
Je prends le temps de répondre aussi à une guest qui m'a laissé 2 reviews : Aiko D ! ta proposition est sympa, j'aurais aimé pouvoir accéder à ta demande, mais je ne le ferai pas car techniquement, cette histoire est déjà "terminée" et réglée au chapitre près, et intégrer un personnage extérieur serait beaucoup trop compliqué... j'en suis désolée... *s'incline nez au sol* gomenasai.
Sans plus m'attarder dans cet en-tête, je vous souhaite un Joyeux Noël en retard [ou en avance...], et...
Enjoy it !
« If blood will flow when flesh and steel are one
Drying in the colour of the evening sun
Tomorrow's rain will wash the stains away
But something in our minds will always stay... »
Sting
.
*New York, près du Rockfeller Center*
Law sourit devant l'air émerveillé d'Ace et le regarda traverser la rue bondée en courant vers les galeries illuminées.
- Viens ! s'exclama l'adolescent, surexcité.
Ace n'avait jamais mis les pieds à New York, et Law avait décidé de marquer le coup pour le 24 Décembre. Il lui était physiquement impossible de lui offrir un vrai réveillon, mais il faisait ce qu'il pouvait pour qu'Ace soit heureux ce jour-là.
Et visiblement, son idée fonctionnait.
Ace dût le trouver trop lent à son goût, puisqu'il fit demi-tour pour lui prendre la main et l'entraîner à sa suite vers ce qui avait attiré son regard.
- Regarde… ! qu'est-ce que c'est ?!
- Les boutiques de Bloomingdale's… tu ne connais pas ?
- Je devrais… ?
- Leurs boutiques sont très connues pour leurs vitrines de Noël.
L'adolescent le tira vers lui, forçant Law à presser le pas pour le suivre à travers la foule, pénétrant dans les galeries brillantes de mille feux ; Ace se dirigea aussitôt vers les boutiques de mobilier, et Law suivit sans broncher. Il avait des idées un peu bizarres parfois, et il avait cessé de se poser des questions depuis longtemps : Ace aimait ce qui sortait de l'ordinaire.
... ce qui expliquait pourquoi il lui montrait frénétiquement les dernières créations des designers pour Noël. Law considéra d'un regard septique le bateau sculpté en forme de baleine géante, sobrement nommé « le Moby Dick » selon la petite pancarte qui lui était attribuée.
- ... quel intérêt... ?
- J'sais pas, j'le trouve cool... !
« ... hum. OK. Ça doit être à cause d'Aspen… »
Ace s'était pris un sapin de plein fouet lors d'une de leurs descentes et Law s'était sérieusement inquiété en ne le revoyant pas reprendre conscience immédiatement ; il s'en était sorti avec un bon mal de crâne et un œil au beurre noir plutôt conséquent.
À croire que les lésions étaient un peu plus profondes que ça.
Law ne put s'empêcher de sourire, moqueur ; Ace ne s'en rendit pas compte et l'entraîna de boutique en boutique, sa main toujours dans la sienne – chose qu'il n'avait jamais faite jusque-là, depuis les mois qu'ils étaient ensemble à présent.
Ensemble... cette idée amusait Law.
« ... quoi, tu crois que Portgas est ton amoureux... ? » s'esclaffa sa conscience.
En tout cas, c'était ce qui s'en approchait le plus.
Ace se tourna vers lui et entrelaça ses doigts aux siens, se rapprochant pour chercher sa chaleur ; Law déposa un baiser léger sur son front et remonta la fermeture de la veste que portait l'adolescent, ajusta son écharpe autour de son cou.
- Merci Papa, railla-t-il.
- Tu veux dormir au chaud, ce soir, ou la voiture te suffit ?
- La voiture, murmura Ace en levant la tête pour soutenir son regard.
Law aurait dû s'en douter ; Ace n'avait rien contre passer une nuit, de temps à autre, dans un hôtel, mais il affichait une nette préférence pour leurs nuits dans l'Aston, où il se blottissait tout contre lui, oublieux du monde extérieur – là où sa nouvelle vie avait commencé.
Les flocons redoublèrent d'intensité et Law en chassa un posé sur le bout du nez de l'adolescent. Ace sembla soudain se rendre compte de leur proximité et s'éloigna, embarrassé ; ses doigts lâchèrent les siens et Law n'insista pas, enfonçant ses mains dans ses poches alors qu'Ace cachait les siennes dans celles de sa veste.
La seule démonstration d'affection en public que Law avait obtenue d'Ace était leur danse au milieu de la foule grouillante, à Rio de Janeiro ; nuit où Ace avait un peu bu et où il avait réussi à le convaincre de se laisser aller à la douceur du moment. Depuis, rien, hormis les baisers volés quand ils étaient seuls.
Law ne s'en formalisait pas. Ace était timide et pudique, du moins quand il s'agissait de proximité physique, entourés de monde. Il rougissait pour un rien et son attitude amusait Law au plus haut point.
« T'es amoureux » le nargua sa conscience.
Oh, ouais. Il l'était. Indéniablement.
- Tu viens... ? il est bientôt minuit, murmura Law en lui faisant signe de le suivre dans la foule qui s'éloignait en masse dans les rues vers le Rockfeller Center, où se trouvait l'immense sapin de Noël.
Ace acquiesça et le suivit, cachant mal son excitation ; Law dût le retenir plusieurs fois par la capuche pour l'empêcher de crapahuter trop en avant et éviter de le perdre en plein New York – ce qui aurait été plutôt problématique.
L'adolescent ouvrit des yeux immenses, levés vers le sapin illuminé de mille feux, sous la neige qui tombait à gros flocons. Law s'arrêta derrière lui, le dépassant d'une demi-tête, assez pour voir les décors sans être gêné par la foule dense. Il posa son menton sur les cheveux d'Ace qui sourit, alors que des clameurs s'élevaient un peu partout.
Le sapin était démesurément grand, croulant sous les guirlandes et les décorations. Les gens riaient, s'enlaçaient, partageaient tous ce moment, se souciant peu du reste.
Comme Law l'avait déjà remarqué, le monde tournait toujours, quelque part.
Soudain, des voix et des applaudissements s'élevèrent, alors que les démonstrations d'affection se multipliaient.
Minuit était passé, et ils étaient le 25 Décembre.
Ace rejeta doucement sa tête en arrière, et son regard charbon croisa les yeux gris et mystérieux de son amant.
- Joyeux Noël, morveux.
- Joyeux Noël, papy.
Ils se sourirent, avant qu'Ace ne se tourne vers lui, nouant ses bras autour de son cou ; un peu surpris, Law resta immobile, attendant de voir ce que le jeune homme avait prévu de faire.
Ace leva la tête et, timidement, ses lèvres rencontrèrent les siennes. Law ferma les yeux et se laissa faire, enivré par ce baiser tendre et hésitant.
« On and on the rain will fall
Like tears from a star, like tears from a star... »
Doucement, il l'enlaça et le serra contre lui, savourant sa chaleur et son odeur, totalement indifférent aux regards posés sur eux – bienveillants ou dédaigneux, il s'en fichait. Au pire, le premier qui tentait une réflexion se verrait envoyé au fond d'une boîte à quatre planches sous un mètre de terre, à bouffer les pissenlits par la racine.
Ace mit fin à leur baiser, les joues rouges et le regard un peu fuyant ; Law caressa son visage et le ramena à lui pour un autre baiser, que l'adolescent lui accorda de bonne grâce.
- À quoi est-ce que je dois ça... ? sourit Law contre ses lèvres.
- C'est un... cadeau de Noël, bredouilla l'intéressé. Un... un baiser en public, j'me suis dit... que ça ferait un cadeau un peu original...
- Bien vu. Tu permets que je profite encore un peu... ?
Ace rougit et se laissa faire quand Law lui donna un troisième baiser, plus long et plus intense que les précédents.
Comme toujours, plus rien ne comptait à part eux ; Ace inclina la tête et approfondit leur baiser, lové tout contre lui, hissé sur la pointe des pieds. Indifférent lui aussi à ce qui pouvait se passer aux alentours.
Il se sentait bien, ainsi. Au chaud dans ses bras, ses lèvres nouées aux siennes. Il se sentait enfin complet et heureux. Accessoirement, il aurait pu passer sa vie à embrasser Law – ses baisers étaient meilleurs que tous ceux qu'il avait pu recevoir dans sa vie.
- En fait, j'ai menti, marmonna-t-il quand Law brisa leur baiser. C'est pas le seul cadeau que j'ai pour toi.
- On avait dit qu'on ne s'en ferait pas.
- T'es un gros hypocrite. T'as caché le tien sous ton siège.
Law écarquilla les yeux : comment est-ce que le gosse l'avait su… ? Sa conscience lui toussota qu'il avait répondu lui-même à sa question.
Ace était un gosse et comme tous les gosses, il avait remué la voiture de fond en comble pour essayer de trouver un cadeau.
« ... est-ce qu'il a fouillé le coffre... ? »
Son ventre se serra à cette idée, et une sensation glaciale se répandit dans son corps - l'adrénaline, le réflexe de fuite, son cerveau qui se préparait à toutes les éventualités possibles... mais la voix de la raison lui rappela qu'il ne se séparait jamais de ses clés et que par conséquent, Ace n'avait pas pu toucher à quoi que ce soit.
« Toucher... ou trouver... ? » railla sa conscience.
- Tu l'as ouvert, le paquet ?
- Je... non ! bafouilla Ace, les yeux grands ouverts. N-non, non, je... j'voulais juste... savoir si tu... euh...
- Détends-toi, pouffa Law en lui ébouriffant les cheveux avant de l'entraîner à l'écart de la foule, vers un des bancs restés dans la pénombre, loin de l'agitation du sapin illuminé.
Il s'installa sur le dossier et Ace s'assit entre ses jambes, fouilla dans sa veste pour lui tendre un paquet soigneusement emballé ; Law l'imita et lui tendit son propre paquet, qu'Ace déballa aussitôt, fébrile – son impatience amusa Law qui le regarda faire, curieux de voir ce que son cadeau aurait comme effet.
« Cent dollars qu'il pleure. »
« Tenu ! » brama sa conscience.
Ace repoussa l'emballage et, un peu tremblant, contempla le carnet neuf en cuir rouge que Law lui avait offert. Pris d'une intuition subite, il l'ouvrit et parcourut la première page du regard, la gorge nouée.
« Pour ta nouvelle vie, Ace. »
Il tourna la tête et croisa le regard amusé et bienveillant de Law, au cou duquel il se jeta, le serrant fort contre lui.
- Merci, couina-t-il en nichant son visage dans son cou. Merci, merci, merci... c'est... c'est...
- Deuxième leçon : apprendre à être moins émotif, tête à flammes, sourit Law en caressant ses cheveux, plantant un baiser sur sa tempe.
- Oh, crotte, sourit Ace à travers ses larmes.
Law le garda serré contre lui tout en déballant son propre cadeau. Il repoussa l'emballage et sourit en découvrant un paquet de cordes en cuivre pour sa guitare, ainsi qu'un capodastre flambant neuf.
Ace transpirait l'autosatisfaction en voyant son sourire ; Law le remercia d'un long baiser et agita la boîte.
- La question qui me vient à l'esprit est : « quand est-ce que tu as eu le temps de trouver ça… ? »
- Oh, euh... ça fait un sacré moment, marmonna Ace, un peu rouge. Quand j'ai cherché un boulot, à Monterey. Je les ai planqués dans mon sac parce que je sais que tu n'y mets jamais les mains, mais j'ai failli me griller je sais pas combien de fois. T'as les yeux partout, c'est chiant, j'devenais parano...
Law laissa échapper un bref éclat de rire et lui donna un autre baiser, plus tendre, auquel Ace répondit avec entrain.
- Tu fêtais Noël, avec... Luffy et tes parents... ? hésita Law.
- Ouais, ouais. Thanksgiving, tout ça... nos parents sont assez traditionalistes. Pourquoi... ?
- Il y a quelque chose que tu aimerais manger ?
- Des escargots ! s'écria Ace, les yeux brillants.
- ... pardon ?
- Des escargots !
Law haussa un sourcil et se gratta la nuque.
« ... des escargots.
OK.
Chez moi, les escargots bavent et vivent sur les murs.
On doit pas avoir la même notion de ce que peut être un escargot, visiblement. »
- Hum... tu parles bien... de la limace dans sa coquille ? le truc spongieux... ?
- Ben, ouais ! c'est super bon... !
Cette fois, Law se demanda si Ace n'était pas en fait le mec le plus répugnant qu'il ait croisé sur cette Terre.
Des escargots.
- Tu... tu sais ce que c'est, un escargot ? vraiment ?
- Quoi, t'en as jamais mangé ? s'effara-t-il.
- Dans quel putain de pays du monde est-ce qu'on bouffe des escargots ? s'exclama Law, les yeux écarquillés.
- En France ! et avec du beurre persillé ! s'exclama Ace.
« OK, il veut me faire gerber. »
En France... qu'est-ce qu'Ace était parti faire en Europe... ? et à quelle occasion ? Le voyage avait un certain coût et la vie là-bas était loin d'être si abordable.
Law jaugea l'adolescent d'un regard incertain ; il avait peur de le braquer et surtout, peur de gâcher ce Réveillon. Et pourtant, la curiosité le taraudait... comme une piqûre d'insecte qui le démangeait, quelque part dans sa tête.
Insupportable.
- T'es allé en France, toi ?
- Euh... ouais, marmonna Ace en se renfermant aussitôt.
« Bravo, Traffy. Bien joué. À quand la prochaine ? »
- Bon... je suppose qu'il ne nous reste plus qu'à trouver un endroit où on peut manger des limaces... à New York, ça ne devrait pas être bien sorcier de mettre la main sur ça, sourit Law en s'efforçant d'avoir l'air toujours décontracté. Allez, viens.
Il passa un bras sur ses épaules – se rendant compte qu'Ace avait encore grandi – et l'entraîna à nouveau dans la foule, pianotant sur son téléphone de sa main libre, cherchant désespérément un restaurant possédant Ia french touch.
« Tout pour lui faire plaisir, hein ? » se moqua sa conscience.
« Tout, oui. »
. . . . .
- Alleeeeez, goûte, quoi !
- Non.
- Mais s'te plaît !
- Non.
- C'est super-bon !
- Non.
Law était intraitable ; jamais une limace n'approcherait ses lèvres. Hors de question. Et de toute façon, l'idée le répugnait tellement qu'il était certain de se vomir dessus dès que ses dents croqueraient la matière caoutchouteuse – rien que d'y penser, des spasmes agitèrent son estomac, qui se tordit comme une machine en plein essorage.
« Le gosse a l'air d'aimer ça. » objecta sa conscience.
« Ce gosse est un attardé mental.
Tout ce qui ressemble à de la nourriture est une cible potentielle pour son estomac.
Objection rejetée. »
Ace fit la moue et Law soupira, décroisant et recroisant ses longues jambes sous la table ; ils avaient marché pendant plus d'une heure avant de parvenir à mettre la main sur ce restaurant français tenu par des français. Et force était d'admettre qu'Ace parlait un français tout à fait correct.
Quel gamin américain parlait mieux le français que l'espagnol, hein ? aucun. Law commençait fortement à soupçonner qu'un de ses parents était européen.
Ou alors, un voyage d'études longues, une correspondance, un échange de classes... ? trop bateau. Et Ace se débrouillait trop bien pour n'avoir que de simples notions de cours à tout juste dix-huit ans.
Avec les aveux d'Ace, Law pensait avoir enfin élucidé le mystère qui planait autour de lui, mais il semblait au contraire s'épaissir un peu plus. Comme si une ombre planait autour de l'adolescent, une épée de Damoclès au-dessus de la tête...
Ace entremêla ses jambes aux siennes, sous la table.
Law sourit légèrement – « Il essaye de t'amadouer » – et appuya son menton dans sa main, pensif. Effectivement, il devinait que, rien qu'à la tête qu'il faisait, Ace essayait de le convaincre d'accepter.
« Mec, si tu cèdes, alors autant lui donner tes boules, parce que ça sera la preuve que t'es vraiment une carpette avec lui. »
« Je ne suis pas une carpette. »
« Tu lui passes tout ! »
« Et alors... ? »
Sa conscience cessa de lutter quand il entrouvrit la bouche ; Ace, un sourire éclatant sur le visage, tendit le bras et déposa l'escargot sur sa langue.
Law s'efforça de combattre sa répulsion et mâcha lentement, alors que l'adolescent le contemplait avec appréhension. Finalement, il déglutit, et renifla brièvement.
- Alors ? le pressa Ace.
- ... immonde.
Il se renfrogna, et Law laissa un mince sourire étirer ses lèvres.
« Putain, j'ai jamais mangé un truc aussi dégueulasse de ma vie. »
- Quoi ? je ne vais pas te mentir, quand même !
« Hypocrite » toussota sa conscience.
Bien sûr qu'il pouvait lui mentir. Il lui mentait déjà sur presque tout. Mensonge par omission, mais mensonge quand même.
- J'suppose que j'peux pas t'forcer... je pensais que t'aimerais, soupira-t-il en se grattant la tête.
- Ça fait rien, moi et mon saumon on se débrouille très bien sans tes limaces.
- C'est pas des limaces.
- Si, ça en est. Moi et les gastéropodes, on a jamais été très intimes.
Ace pouffa de rire et rougit quand Law tendit la main pour chasser une mèche encore mouillée de neige de son visage. Son pouce caressa sa lèvre, doucement, retraçant le contour de sa bouche.
Law pouvait passer des heures à contempler celui qu'il appelait affectueusement son « partenaire de draps ». Ou de banquette arrière, selon l'humeur – Ace n'aimait aucun de ces surnoms.
- J'ai fini ! on retourne vers la neige ?!
- Va, j'te rejoins.
Ace sourit, le remercia et lui piqua un baiser sur les lèvres avant d'enfiler sa veste et de trotter vers la sortie ; Law sourit, secoua la tête et se leva, regardant Ace courir sur le trottoir vers les congères de neige.
« On parie combien qu'il nous lance un projectile à la tronche quand on sort ? »
« Le gamin est prévisible. »
Il paya – son cadeau de Noël, il avait fermement bataillé contre Ace avant le repas – et sortit dans la rue, dans le froid de l'hiver glacé de New York.
Ace s'amusait à casser les stalactites des bancs du parc d'à-côté ; il essayait désespérément d'en décrocher un entier, et son acharnement amusa Law, jusqu'à ce qu'une silhouette ne passe devant lui. Des cheveux nacrés, une bouche ronde et rose... il tourna si vite la tête que ses cervicales protestèrent durement – il l'ignora, tétanisé par la vision qui s'offrait à lui.
Les cheveux étaient couleur chewing-gum... rien à voir avec les longues mèches irisées de Jewelry. Le rouge à lèvres trop criard et le visage trop rond... aucune ressemblance, juste une punk quelconque.
Il savait que ce n'était vraiment pas le moment de penser à ça, mais l'air heureux d'Ace le renvoyait cruellement à la douleur qui l'habitait toujours, quoiqu'il fasse.
Il n'avait jamais aimé Noël, et plus encore depuis que Jewelry était partie.
Il songea au dernier cadeau qu'elle lui avait fait
et la douleur le terrassa encore plus, si c'était possible.
- Law... ?!
La voix d'Ace était pleine d'angoisse ; il rouvrit les yeux et contempla le visage mort d'inquiétude de l'adolescent. Ses mains empaumèrent son visage et ses doigts glissèrent sur les larmes qui inondaient ses joues.
« Putain. Je pleure. »
Il contempla, sidéré, ses propres larmes qui ne semblaient plus vouloir s'arrêter de couler et qui ruisselaient sur les paumes de son jeune amant. Ace se hissa sur la pointe des pieds et l'enlaça, nouant ses bras autour de son cou avant de le serrer contre lui.
- Ne pleure plus, bredouilla-t-il. Ça va aller... j'te promets...
- Ace, tu... tu veux bien aller à la voiture, s'il te plaît... ?
Il déposa les clés dans sa main, et Ace sembla totalement paniqué.
- Quoi ?! non ! non, je... pas sans toi ! j'te laisse pas tout seul !
- Je suis un grand garçon. J'ai juste besoin d'un peu de temps...
Sa voix était entrecoupée de sanglots, et il se détestait d'être aussi faible. C'était à lui de s'occuper d'Ace, pas l'inverse. Surtout pas l'inverse, non.
L'adolescent avait désespérément besoin de lui pour se remettre sur les rails et en finir avec ses idées noires ; Law s'était juré de tout faire pour le rendre heureux et Ace semblait vraiment aller mieux, ces dernières semaines.
Et il venait de tout gâcher.
Il vit les larmes dans les yeux d'Ace et fronça les sourcils, plein d'incompréhension.
- ... Ace...
- Fais pas de connerie, implora-t-il en caressant ses joues. J'ferai c'que tu voudras mais promets-moi de pas te foutre en l'air... !
- Je te promets de ne pas faire ça, souffla Law en passant une main dans les cheveux humides de neige du jeune garçon. C'est juré. Juste cinq minutes, d'accord... ? tu peux surveiller si tu veux, j'aurai pas besoin de plus. Va.
Il le repoussa doucement, enfonça ses mains dans ses poches et remonta la rue, le dos courbé, la tête baissée ; ses larmes le rendirent aveugle et il eut un mal fou à voir où ses pas le menaient.
Il bifurqua sur la gauche et s'éloigna vers une ruelle – il voulait être seul, il devait être seul. Quand il jugea qu'il était assez éloigné de tout, il se laissa tomber à genoux dans la neige, ses bras noués autour de lui.
La douleur de son cœur allait le tuer.
Il serra les dents, ses larmes redoublèrent d'intensité – des mois trop longtemps retenus – et il éclata en sanglots, étouffant un hurlement dans son écharpe avant de se mordre le poing.
« On and on the rain will say
How fragile we are, how fragile we are... »
Deux bras chauds l'enlacèrent et ses pleurs devinrent plus bruyants encore ; une partie de lui rejetait violemment cette sensation : la seule chose que son cœur voulait, c'était les bras de Jewelry, la douceur de ses cheveux longs et son odeur de fleurs et d'amande. Une odeur douce et réconfortante.
Et pourtant, sa souffrance s'apaisa quand d'autres cheveux, ondulés et doux, caressèrent son visage, quand un parfum de sucre brûlé envahit ses narines et que des lèvres touchèrent délicatement les siennes. Il se réfugia dans les bras d'Ace qui le serra contre lui, et laissa libre cours à son chagrin.
- ... je suis désolé, murmura Ace en caressant doucement ses cheveux noirs. Je sais que tu voulais que je reste à la voiture mais... j'peux pas. J'peux pas te laisser tout seul comme ça, pas alors que tu souffres tellement...
- Pardon, sanglota Law.
Il se sentait... oui, si faible. Si désespéré, lui qui s'était juré de ne plus faiblir.
Le souvenir de Jewelry venant le réveiller, le matin du 25 décembre, pour l'emmener près de leur sapin lui tordit l'estomac ; il avait envie de vomir, de cracher toute cette horreur, tout ce dégoût qu'il avait de lui-même…
Ace embrassa sa tempe et le serra dans ses bras minces, les yeux fermés. Doucement, il fredonna la berceuse que sa mère jouait à Luffy quand il n'était encore qu'un bébé ; il ne connaissait rien de plus apaisant, même si cette chanson ne lui était lui-même pas destinée.
Lentement, la respiration de Law s'apaisa ; ses sanglots se turent, et ses larmes se tarirent enfin. Ace se balança doucement d'avant en arrière, berçant le long corps recroquevillé dans ses bras, de la même manière qu'il calmait les tourments de Luffy.
- ... viens, souffla-t-il en se redressant, emportant Law dans son mouvement. Viens, on va à la voiture...
Law se laissa entraîner à travers les rues sans dire un mot, les yeux baissés sur le sol ; pour le moment, il n'avait pas le courage de regarder Ace en face. L'adolescent ne sembla pas s'en offusquer et déverrouilla la portière arrière, se glissant sur la banquette en emmenant Law avec lui.
Il ferma les portières de l'intérieur, tira les couvertures sur eux et s'étendit tout contre le métis, le reprenant dans ses bras.
Law enfouit son visage dans son cou, sous ses cheveux noirs, et inspira son odeur à pleins poumons.
Peut-être que pour une fois, il pouvait se permettre de craquer. Juste une fois...
Ses larmes revinrent et Ace le serra plus fort dans ses bras. Law se blottit contre lui, sous les couvertures, dans la chaleur qu'il dégageait.
C'était doux et réconfortant. Tout ce dont il avait besoin.
- ... demain, ça ira mieux, murmura Ace. On n'en reparlera pas si tu le veux pas. Je veux... je veux que tu sois heureux.
Law ferma les yeux et se nicha étroitement dans ses bras, se laissant dériver dans un sommeil de plus en plus profond, bercé par les battements lents du cœur d'Ace.
.
La neige et l'hiver, le temps maussade... toutes ces choses me rendent mélancolique. Vous aussi, peut-être, mais j'espère que malgré tout, ce chapitre vous aura plu, et que la suite vous intéressera, et que vous aurez toujours autant envie de connaître le fin mot de l'histoire...
À très bientôt, j'espère !
