Ohayo mina !
Merci pour toutes vos reviews :) vos compliments sont tellement... tellement... tellement ! [très constructif] Merci pour vos encouragements, vos crises, vos hémorragies nasales et vos fleurs ! tout autant de raisons de toujours continuer ! :)
Je suis bien conscience que trop de suspense tue le suspense, mais je le dis encore : toutes vos interrogations auront une réponse. C'est juré. On pourra même ouvrir un FAQ à la fin de cette fiction x)
Sans plus tarder...
Enjoy it !
« Her ghost hides in my mind in the night
In a way she's haunting me
I'm wanting her still... »
Screaming Trees
.
*Interstate 95, entre Orlando et Miami*
Ace sortit de l'Aston en s'étirant, courbaturé, à peine réveillé, et esquissa quelques pas sur le bord de la route déserte où ils s'étaient arrêtés pour la nuit. Law était adossé à un arbre et se brossait les dents, pensif, le regard levé vers la cime des sapins.
Le soleil se levait timidement dans l'air frais de février.
Ils avaient fêté le nouvel an cinq semaines auparavant, et Law avait pris comme bonne résolution de faire de la musique un peu plus souvent, alors qu'Ace s'était promis de ne plus bouder à la moindre réflexion.
Bonnes résolutions brisées d'être la première semaine de janvier, bien entendu...
Pour le moment, ils étaient en route vers Miami ; Ace avait gagné au Shifumi, à savoir Washington D.C. ou la capitale de la Floride, deux jours auparavant.
Inutile de préciser que l'adolescent était totalement surexcité à l'idée de découvrir cet endroit, où le climat était particulièrement doux malgré les mois de printemps. Ace fouilla dans leur sac, en sortit un pain au chocolat et le cala dans sa bouche avant de rejoindre son amant, se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser dans le cou.
- ...'lut, articula Law, brosse dans la bouche. Bien dormi… ?
- Pas top.
- Désolé, j'ai pas arrêté de bouger, cette nuit… s'excusa-t-il.
- Ça fait rien. C'est moi la crevette qui me tortille tout le temps d'habitude.
Law sourit, se rinça la bouche dans son gobelet et rangea ses affaires dans sa trousse, voyant Ace s'éloigner entre les arbres.
- … où tu vas ?
- Pisser. Tu veux m'donner un coup d'main ?
- Faut voir, rétorqua Law. Il caille un peu, j'm'en voudrais qu'tu galères à la sortir !
Une branche vola dans sa direction ; il l'évita en riant et son sourire se fana quand le bâton heurta violemment la carrosserie de l'Aston.
- … euh, pas fait exprès ! lança la voix d'Ace, invisible dans la noirceur des sapins.
- T'ES MORT, PORTGAS !
Ace écarquilla les yeux en entendant un bruit de course et aperçut le visage rageur de Law, blême et furieux. Il remonta fébrilement sa braguette et courut à travers les bois, totalement paniqué, Law sur les talons.
- Pardon ! cria-t-il en courant à travers les fougères.
- REVIENS ICI !
Law était beaucoup plus grand et, par extension, ses foulées beaucoup plus longues. Il eut tôt fait de rattraper Ace, qui se sentit tiré en arrière par le col de son sweat. Ils tombèrent au sol, roulèrent dans les cailloux et Ace planta ses doigts dans la terre, affolé, tentant de s'extraire de l'étreinte de Law qui semblait décidé à lui faire payer son offense.
- J'suis sûr qu'elle a pas une égratignure ! gémit Ace. Et elle a connu carrément pire, ta caisse !
- Ah ouais ?! comme quoi ?!
- La boucle de ma ceinture ! brailla-t-il en ruant contre l'étreinte de Law.
« Un bon point pour le morveux. »
- Et ben pour la peine, tu la nettoieras !
- Tu rêves !
- Si t'espères pouvoir balancer des trucs sur mon bébé sans en subir les conséquences, tu te goures, trou d'uc !
Il l'autorisa enfin à se relever et Ace le suivit à la voiture, piteux ; Law rangea ses affaires à l'arrière et surprit son regard penaud.
- … quoi ?
- T'es fâché… ? bredouilla Ace en se triturant les doigts.
- À mort, ouais, ça se voit, non ? j'en bave de fureur, ironisa Law en lui ébouriffant les cheveux, plantant un baiser sur son front. Allez, va te laver.
Ace acquiesça, rasséréné, et prit la bassine que Law lui avait laissée, mais déjà remplie d'eau tiède – cette prévenance le toucha mais il ne fit pas de commentaire ; Law n'aimait pas qu'Ace lui fasse remarquer les quelques attentions qu'il avait pour lui.
Trop gênant.
Law le regarda s'éloigner pour faire un brin de toilette et s'assit dans la voiture, allumant la radio pour chercher une station. Les ondes grésillèrent, et la vieille musique d'Etta James résonna dans l'habitacle.
Un mince sourire étira ses lèvres et il leva les yeux vers le pare-soleil, contemplant l'image de Jewelry étroitement mêlée à lui.
. . . . .
« Ça craint, ici, mec… » déplore Buffalo en regardant tout autour de lui.
Ouais, c'est pas faux. On est sortis de notre quartier pourri pour aller se mêler aux bourges friqués de la discothèque de la ville. Dans la salle, il n'y a que ça : pétasses sponsorisées Chanel/Vuitton et mecs BCBG, étriqués dans leurs costards à mille dollars.
Buffalo et moi, on détonne dans le décor, avec nos jeans élimés, nos tennis et nos débardeurs qui ne cachent rien de nos tatouages et de la couleur sombre de notre peau. Des regards s'attardent sur nous et on les foudroie d'un coup d'œil noir ; le premier qui l'ouvre…
On se mêle à la foule ; la musique n'est pas trop mal et bientôt, le rythme m'entraîne. J'accroche un regard dans la masse un regard étrange, qui m'attire et me fascine.
Des prunelles mauves. Un bleu très doux teinté de rose.
Je lui donne du clin d'œil et elle s'effarouche. Comme si ça allait m'arrêter…
Je traverse le monde grouillant et nos regards se croisent de plus belle, et je ne peux m'empêcher de la reluquer sans la moindre gêne.
Elle porte des bottines à talons hauts, un short minimaliste et un débardeur blanc qui lui colle à la peau et me révèle ses formes ; sa taille est mince, ses hanches souples et ses seins ronds. Juste ce qu'il faut pour mes mains, j'en suis persuadé.
J'ai envie d'enrouler ses cheveux nacrés autour de mon poignet et de lui imposer le rythme que j'ai choisi… là d'où je viens, les filles sont faciles et la notoriété de ma famille me donne tout ce que je veux.
Elle me regarde, se mordille la lèvre, hésitante, et s'éloigne vers le comptoir ; je la suis et m'installe à une bonne distance d'elle, avant de commander une bière et de demander au barman d'offrir un mojito à la jeune femme aux cheveux roses.
Il acquiesce, me sert et prépare un cocktail, qu'il lui apporte en lui murmurant quelque chose à l'oreille et en me désignant du pouce. Elle lève la tête et je lève ma bière avec un hochement de menton.
Elle appuie le sien dans sa main et m'offre un sourire sensuel avant de porter le verre à ses lèvres.
Je rêve d'y poser les miennes ; elles sont pleines, roses, teintées d'un léger brillant, et je me prends à imaginer leur parfum. Groseille ? Framboise ?
Un fruit rouge, forcément.
Son regard happe toujours le mien, je me décide à me lever pour me rapprocher et m'installe sur le tabouret à ses côtés ; elle me dévisage de haut en bas et laisse un sourire en coin étirer ses lèvres.
« T'es pas d'ici. »
« Ça s'voit tant qu'ça ? »
« Le look musclé ténébreux, c'est pas trop le genre de la maison ! » rit-elle en trinquant, avant de boire une gorgée de boisson.
Elle passe sa langue sur ses lèvres et j'ai très envie qu'elle fasse connaissance avec la mienne.
Elle m'obsède déjà… c'est presque douloureux.
Je lui tends la main, formel, et lui offre un sourire en coin.
« Trafalgar Law. »
« Jewelry Bonney. »
« Jewelry… ? joli nom. »
Nom de bijoux. C'est exactement ce qu'elle est. Une pierre précieuse, fascinante. Inondant ce qui l'entoure de son éclat.
J'en ai connu, des nanas, et de tous les genres ; grandes, petites, minces, rondes, blanche ou noire de peau… mais aucune ne m'a jamais autant attiré que cette Jewelry, avec ses cheveux de nacre et son piercing en croissant de lune sur la pommette.
. . . . .
Ace secoua la bassine pour en chasser les gouttes d'eau et revint à la voiture, surprenant Law assis au volant, le regard pensif, écoutant une chanson un peu vieillotte – I just wanna make love to you, de souvenir ; ses parents l'écoutaient sur leur vieux tourne-disque, quand il était enfant.
Cette expression ne signifiait qu'une chose : il pensait à Jewelry.
Il avait appris à décoder les expressions de Law, au fur et à mesure du temps passé. Six mois à ses côtés l'avaient forgé un peu plus à chaque instant, et il avait pris l'habitude de l'observer pour jauger ses réactions.
Law n'en avait pas tellement. Les seuls extrêmes qu'il lui avait connu étaient ceux de San Francisco et New York. Haine et souffrance innommable.
Le souvenir de son visage baigné de larmes et de l'horreur dans son regard le fit frissonner – il pensait savoir ce qu'était la douleur en abandonnant Luffy en chemin, mais l'expression insoutenable de Law lui avait appris qu'il était encore très loin d'avoir... assez perdu pour pouvoir un jour comprendre ce que ressentait le jeune homme.
Ace tenta de se faire discret, pour ne pas troubler ses pensées, mais Law l'entendit et tourna la tête pour lui offrir un sourire en coin.
- Hey. Terminé ?
- Mm-mmn.
Ace s'assit près de lui, sur le siège passager, et se pencha pour l'embrasser doucement.
- À quoi tu pensais… ? À Jewelry ?
- Oui. Elle aimait bien cette chanson.
- Les paroles sont… assez…
- Ouais, assez équivoques, sourit Law.
La chanson se tut et le présentateur annonça qu'il était huit heures du matin, avant de lancer le flash infos ; Ace étira ses jambes sur le tableau de bord et se ravisa aussitôt sous le regard teigneux de Law – mieux valait ne pas le provoquer davantage aujourd'hui.
« … et maintenant dans l'Est des États-Unis, nouveau rebondissement dans l'affaire de l'explosion de l'usine SAD, à Atlanta dans l'Alabama. Ce qu'on pensait être lié à un incident est en réalité lié à une affaire beaucoup plus récente, à savoir l'arrestation des deux bras droits de la Famille Don Quixote : Vergo et Monet. On se souvient des échauffourées devant le Palais de Justice quand leur libération sous caution avait été accordée, et des investigations de la police qui n'avaient donné aucun résultat exploitable pour les parties civiles. Encore une fois, Doflamingo, depuis longtemps soupçonné d'être la tête pensante du réseau Dressrosa de par sa position dans le clan Don Quixote, se serait retrouvé mêlé à une sombre histoire de plus et aurait à nouveau usé de toutes les finalités possibles pour se dégager de toute responsabilité. Et toujours encore une fois, chacun se demande jusqu'où s'étend son ombre et son influen-… »
Ace coupa vivement la radio, le visage fermé. Law haussa un sourcil, le regard interrogateur.
- … Ace… ?
- On peut éviter d'écouter ça ? souffla-t-il, la voix blanche.
- Pas de problème, murmura Law en jaugeant son expression. Tu es sûr que ça va… ?
- Ça va très bien.
Law n'insista pas « Qu'est-ce qu'il a encore dans le cul, aujourd'hui… ? ». Il chercha un moyen de relancer la machine, Ace s'enterrant de plus en plus dans un silence buté, son expression se figeant dans le masque que Law détestait.
- Ça te dirait de conduire… ?
Gagné.
Ace releva aussitôt la tête et ses yeux s'agrandirent de surprise, toute contrariété oubliée.
« Je vais lui faire prendre du Lithium, pour voir.
J'suis sûr que ce gosse est bipolaire, ou une merde dans le genre. »
- … conduire l'Aston ?
- Ouais. T'as ton permis, non ?
- Oui, oui… mais…
- Quelques kilomètres, histoire de.
L'adolescent le considéra avec étonnement et se mordilla la lèvre, hésitant ; Law se demanda à quoi il pouvait bien penser, encore. Le choix était pourtant simple. Conduire ou ne pas conduire, il ne le forçait à rien. L'Aston était un peu capricieuse, d'accord, mais elle n'exigeait pas une grande expérience de conduite, c'était tout sauf une Ferrari ou un modèle de sport à la vitesse démentielle.
Alors, pourquoi est-ce que le gosse hésitait… ?
- … dis-moi ce qui ne va pas.
- C'est Jewelry qui la conduisait.
- Oui, c'est vrai.
- Et moi, tu me laisserais la conduire… ?
- Sans problème. Tu l'as assez bricolée pour avoir le droit de la tester un peu. Et puis, tu t'es envoyé en l'air avec moi sur la banquette arrière, ta tête et tes mains ont testé à peu près toutes les vitres… alors je pense que je peux te faire l'honneur de t'asseoir à la place du pilote.
Le souvenir de leurs séances de sexe torrides le fit rougir et Law sourit, amusé ; Ace s'était retrouvé la veille la tête dans le pare-brise, les mains plaquées sur le tableau de bord, dos tourné à Law, à encaisser ses coups de reins – la place du conducteur pouvait effectivement paraître plus confortable. Ace remercia le ciel de l'avoir doté d'une certaine souplesse, avant de rougir de plus belle ; un sourire timide étira le coin de sa bouche.
- Bon… alors… d'accord.
- Allez, bouge, intima Law en se levant pour contourner la voiture.
Il s'arrangea pour qu'Ace ne le voit pas et se signa, priant silencieusement pour que rien n'arrive à son bébé avant de s'engouffrer côté passager, lançant Ace s'installer au volant.
Le gosse régla le siège à sa bonne hauteur, avant d'inspirer profondément et de démarrer.
Le moteur vrombit allègrement et Ace sortit du bas-côté, s'engageant sur le bitume lisse, où il monta en régime avec précaution. Law le regarda faire et, encore une fois, ses souvenirs revinrent à la pelle.
. . . . .
« C'est une Torino ? »
Je lui jette un regard, surpris ; je m'attendais pas à ce qu'elle reconnaisse le modèle de ma voiture – enfin, celle que j'emprunte régulièrement à mon père. C'est notre deuxième rendez-vous et je lui ai proposé de l'emmener dans un drive-in près de la ville, pour voir un des films qui passaient ce soir-là.
Elle s'est habillée décontractée, pour l'occasion – jean un peu large, genre baggy, débardeur, chemise à carreaux et une vieille paire de Taylor's – et a relevé ses cheveux, dégageant une nuque délicate et aussi pâle que le reste de sa peau.
Pas vraiment de maquillage, juste un trait sombre sur les yeux ; sobre et délicat, rien à voir avec les filles que je fréquente habituellement.
Elle me plaque un baiser sur la joue et son parfum m'enveloppe. Fleur et amande douce.
« Une Torino, ouais. »
« Une fastback, vu le coffre ? »
« Exact. »
« Quelle année ? »
« 1975. »
« Oh… V8 ? 32 soupapes ? »
Je ne peux m'empêcher de sourire, et son sourire à elle est éclatant. Visiblement, elle s'y connait en mécanique. Ou, tout du moins… elle a un goût prononcé pour les voitures anciennes ; et je ne peux qu'avouer que je suis à la limite de l'embrasser à pleine bouche, en totale vénération.
Je lui ouvre la portière et elle pouffe de rire en me remerciant, s'installant côté passager alors que je monte au volant, démarrant dans une pétarade de moteur avant de m'éloigner à plein régime sur la route.
« C'est quoi le film du soir ? »
« Un film d'horreur. Ça te gêne pas ? »
« T'espères me filer les chocottes pour que je me colle à toi ? » me défit-elle avec un regard intense.
« J'ai pas l'impression que tu sois ce genre de nana. J'me trompe ? »
« Non, pas du tout. Et c'est pas parce que j'ai accepté de te revoir que j'vais me laisser tripoter comme les pétasses de ton lycée, Trafalgar Law » sourit-elle en croisant ses bras sur sa poitrine.
Décidément, cette fille me plaît. J'en suis déjà dingue.
. . . . .
Ace surprit son regard mélancolique mais ne releva pas ; il tendit la main et lança l'autoradio, fuyant à nouveau les informations pour trouver une station de musique un peu jeune.
Un rythme hip-hop résonna mais Law s'efforça de ne pas relever – après tout, c'était Ace le maître de la voiture, en ce moment. Il avait une conduite plutôt tranquille, et était relativement attentif à ce qui se trouvait autour de lui. Le soleil était totalement levé, à présent, et inondait la route qui serpentait entre les arbres.
Law lui jeta des regards à la dérobée ; il aimait bien la façon dont Ace conduisait, souple et décontractée, une main sur le volant, l'autre battant la mesure de la musique sur le corps central. Il fredonnait et sa nonchalance amusait Law autant qu'elle lui plaisait. Ace se détendait, et le voir insouciant le rendait heureux.
Soudain, au loin, deux balises s'allumèrent, et deux silhouettes se dessinèrent sur le bord de la route ; Ace se crispa et Law lui posa une main sur la nuque, sous ses cheveux longs – il la sentit moite et glacée.
- Calme-toi, Ace, c'est rien qu'un contrôle de flics.
- ...
- ... Ace ? s'inquiéta Law en le voyant changer de couleur.
- ...
- Laisse-moi m'occuper de ça.
Ace déglutit difficilement et Law se pencha vers lui pour embrasser sa tempe, dans un baiser qu'il voulait apaisant. S'il ne se calmait pas, les policiers allaient être méfiants, à tous les coups, et ce n'était vraiment pas dans son intérêt.
Ni... dans celui du morveux, visiblement.
Ils ralentirent et se garèrent sur le bas-côté ; aussitôt, l'un des deux hommes commença un tour du véhicule, alors que l'autre s'approchait de la vitre, relevant son chapeau d'une chiquenaude de l'index.
- Messieurs, bonjour… les papiers de la voiture, s'il vous plaît, et permis et papiers d'identité.
« Bon, ben, j'crois qu'le voyage s'arrête ici » soupira la conscience d'Ace, dépitée. « C'était sympa. »
« Putain, non, non, non, j'vous en prie, non… »
Il avait envie de hurler, de pleurer, de partir en courant.
Law fouilla dans la boîte à gants et tendit ce qu'il demandait, sans un mot. L'autre inspecta l'arrière, contemplant la guitare et le plaid plié sur la banquette arrière.
Le flic feuilleta les papiers, leur jeta un coup d'œil et rendit les papiers à Law, qui le remercia et les rangea dans la boîte à gants.
Ace était sidéré. C'était tout… ? il ne lui ordonnait pas de descendre, ne l'emmenait pas à l'arrière de sa voiture et ne lui demandait pas de se tenir tranquille jusqu'à leur arrivée chez son père… ?
Il avait loupé un épisode, ou quoi ?
De toute évidence, quelque chose clochait. Déjà, pouvoir passer la frontière mexicaine l'avait beaucoup surpris. Surtout deux fois de suite. Bon... il avait accordé ça au fait qu'il n'était pas parti de chez lui depuis très longtemps. Mais là... plus de sept mois plus tard...
Son père aurait vraiment déjà dû lui mettre la main au collet. Il en était certain à deux cents pour cent. Il avait assez de relations, d'indicateurs, de pouvoir et d'étendue pour se mettre toutes les unités de police de l'Est américain dans la poche... au minimum. Alors... pourquoi le flic n'avait eu aucune réaction en voyant son nom ?
Law lui avait filé un billet de cent dollar entre deux permis, ou quoi...?
Ace avait mal à la tête.
- Jolie voiture, commenta le flic.
- Ça demande de l'entretien, plaisanta Law en s'appuyant au tableau de bord. Mais ça reste agréable à conduire.
- Vous allez où, comme ça ?
- On va passer un peu de temps en Floride pour se détendre avant les examens.
Ace sentit son cœur changer de rythme dans sa poitrine une course rapide et effrénée.
Si Law s'embarquait dans ce genre de discours, et qu'il gardait un silence de mort… qu'est-ce que le flic allait penser ? que ça cachait quelque chose ?
- Examens de… ?
- Médecine, murmura Ace en désignant Law, et mécanique pour moi.
- Vachement lourdes, comme études, non ?
- Question de motivation, sourit Law. Et vous, sous le soleil à attendre les conducteurs, ça va ?
- Question de motivation aussi, plaisanta le flic, croisant le regard de l'autre qui désigna le coffre. C'est juste pour une formalité, mais ça vous dérange pas d'ouvrir l'arrière ? On doit contrôler tous ceux qui vont dans l'axe Miami-Orlando. Trafics en tous genres...
- Ouais, bien sûr.
Il fit signe à Ace de lui donner les clés et se leva, contournant la voiture pour déverrouiller le coffre et l'ouvrir. Le deuxième flic contempla l'intérieur, ouvrit le sac de provisions et tapota ceux qui contenaient leurs affaires.
- Vous pouvez ouvrir, s'il vous plaît ?
Law se plia à son injonction polie et ouvrit leurs sacs, prenant soin de ne pas regarder ce qu'il y avait dans celui d'Ace – c'était personnel, et lui-même avait demandé à Ace de ne pas chercher à aller dans le coffre de sa propre initiative.
Ils avaient chacun leurs limites, chacun leurs secrets, et s'étaient toujours efforcés de ne jamais franchir les frontières de l'autre. Ils partageaient beaucoup plus qu'une place dans la voiture, désormais ; ils avaient des sentiments forts l'un pour l'autre, qui restaient à définir, et leur relation n'était pas basée que sur des chamailleries et du sexe dans la voiture, c'était beaucoup plus que ça.
Une confiance et un respect mutuel étaient nécessaires pour que chacun n'ait pas la sensation d'étouffer et possède son propre espace vital.
Law avait besoin de son coin à lui,
et son coffre était son no man's land.
Le flic balaya sa lampe torche à l'intérieur du coffre, observateur ; Law resta tranquille – une vieille habitude – et attendit qu'il se redresse, son regard croisant le sien.
- Tout est OK, c'est bon. Merci, conclut le flic en l'enjoignant d'un signe de tête.
- Pas d'quoi.
Law referma leurs sacs, claqua le coffre, le verrouilla à double tour et retourna dans la voiture, avant de redonner les clés à Ace qui démarra.
- Passez une bonne journée, et soyez prudents, sourit le policier en s'écartant pour leur laisser le champ libre.
- Merci, vous aussi, sourit timidement Ace en embrayant pour passer la première, avant de s'engager sur le route et d'accélérer pour s'éloigner des deux voitures de police.
Les minutes passèrent et Ace avait les dents serrées et le regard sombre ; son expression spéciale "tête de con", que Law détestait par-dessus tout. Le silence s'étira, avant que le jeune homme ne se pince l'arête du nez dans un long soupir.
- Tu vas te décider à me dire quel est le problème avec ton nom ? t'étais prêt à clamser pour pas aller à l'hosto alors qu'on était au Brésil, et là, t'étais à deux doigts de la syncope parce qu-
- Non, marmonna Ace, les mains sur le volant, visage buté. J'ai vraiment pas envie d'en parler.
- Et tu crois que je vais te laisser esquiver éternellement la question ?
- Je crois juste que ça me regarde, point barre.
Il haussa un sourcil et le fixa lourdement ; Ace resta stoïque, fermé au possible, les yeux rivés sur la route devant eux. Law inspira profondément, jugulant son propre emportement.
Tout ça commençait à l'énerver sérieusement. Lui aussi avait ses propres secrets, des démons qu'il ne se sentait pas prêts à libérer… mais ceux d'Ace semblaient surpasser ce qu'il s'était imaginé.
« Le gosse est au taquet, ce matin... »
Cette histoire le gonflait.
- Tu penses que je ne suis pas en mesure de comprendre… ?
- Je pense que t'es juste mal placé pour me faire des remarques.
« Il fallait bien que ça pète un jour ou l'autre » marmonna sa conscience, défaitiste.
Law se tourna vers lui et contempla ses traits durcis par une colère qu'il ne lui connaissait pas. Ace était boudeur, comme tous les ados frustrés, mais jamais il ne lui avait vu cette détermination. Même ce soir-là, à San Francisco, Ace n'avait pas eu ce regard, cette expression.
- Donne-moi ton vrai nom, ordonna Law,
alors qu'Ace lui jetait un regard sombre à travers ses cheveux longs.
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Vous avez officiellement le droit de me tuer, vous en avez l'autorisation. Sisi, j'vous jure. Bon, par contre, autant vous le dire... *toussote en voyant les fourches s'agiter sous son nez* ... si vous me butez, y'aura pas la partie 2. Après, c'est vous qui voyez, hein...
Mon sadisme ayant ses limites, je vous dis à très très vite pour la partie II. Sinon je sens que j'vais me faire défoncer (doux euphémisme) par écrans interposés.
