Ohayo mina' !

On se retrouve pour ce chapitre 24 qui va sérieusement vous énerver dès le début (j'aime attaquer fort) ou, tout du moins, vous agacer mais qui va vous plaire quand il touchera à sa fin.
En théorie.

Merci encore à toutes pour vos reviews ! Je pense notamment aux guests qui laissent traces de leur passage en sachant qu'elles n'auront peut-être pas de réponse... je pense à Lena18 et Bubulle ;) et d'autres anonymes ! Je vois que j'ai un peu plus de personnes qui me suivent et je vais juste dire aux dernières arrivées que vous êtes des p*tains de chanceuses, parce que vous n'aurez pas à subir la frustration que celles qui me suivent depuis le début endurent à chaque chapitre... mais bienvenue tout de même ! :D

Bon, j'arrête de vous faire attendre, je vous souhaite une bonne lecture, et...

Enjoy it !


« One pill makes you larger
And one pill makes you small
And the ones that mother gives you
Don't do anything at all
Go ask Alice, when she's ten feet tall… »

Jefferson Airplane

.

Ace cligna des paupières, sa vision brouillée reconnaissant vaguement l'intérieur de l'Aston. Il se redressa, s'étira et regarda les gratte-ciel et les immeubles défiler derrière la vitre.
La main fraîche de Law caressa sa nuque, attirant son attention ; il se tourna vers lui et lui sourit, encore ensommeillé.

- … hey.

- Déjà réveillé… ?

- Mmmn.

- Ferme les yeux, il est encore tôt, murmura Law en caressant sa joue.

Ace prit sa main, embrassa sa paume et la garda contre lui, le nez dans la manche de son pull. Il neigeait, dehors, et il n'avait pas du tout la moindre idée de l'endroit où ils étaient.

La ville semblait grande et fréquentée, malgré l'heure matinale – le poste radio indiquait six heures trente.

Law récupéra brièvement sa main pour passer une vitesse et la redonna à Ace, qui ferma les yeux en la serrant contre sa joue. La radio crachotait, mais pas assez pour être inintelligible. Les informations, encore. Ace les détestait mais Law aimait savoir ce qui se passait dans leur pays ou le reste du monde.

« … et toujours en premier titre des journaux du pays et de nos ondes, l'affaire qui oppose Don Quixote Doflamingo à l'attorney général, Sengoku. Le président Akainu lui-même a tenu à intervenir sur ce sujet et nous accorde une entrev- … »

Ace grimaça, s'attirant le regard en biais de Law.

- Coupe, c'est naze !

- Ace.

- Mais quoi ?! on s'en fout de ça ! ils sont tous pourris dans notre gouvernement ! ils valent pas mieux que ceux à qui ils s'en prennent !

- J'ai envie de savoir ce qui se passe en ce moment. Tu permets… ?

Pour toute réponse, Ace tenta de couper l'autoradio ; Law lui frappa la main, agacé.

- T-t-t. J'aimerais vraiment écouter.

L'adolescent marmonna quelque chose d'incompréhensible et Law monta le son pour couvrir ses grognements.

« … et c'est pour cette raison que je peux affirmer que l'ère de Don Quixote Doflamingo est terminée. Il fait partie de cette ancienne génération et nous savons tous comment ce genre de criminels agit » martela la voix intraitable d'Akainu dans le micro du présentateur. « C'est leur point fort et leur point faible : tout le monde les croit brillants, alors qu'ils ne sont rien de plus qu'une meute de chiens enragés. Il suffit de savoir comment les appâter. »

- Ben tiens, grimaça Ace, boudeur, dans la veste de Law.

- Boucle-la ou j't'en colle une, sérieux.

« … -velles informations, et serait donc en mesure de faire tomber définitivement le réseau Dressrosa si leur commanditaire venait à chuter. Le Procureur a toutefois soulevé les interrogations d'une éventuelle passation de pouvoirs, et donc l'avènement d'une nouvelle génération pour le clan. On ne sait pas grand-chose sur les liens directs de Don Quixote mais tout porte à croire que son fils pourrait reprendre le flambeau. Fils dont nous rappelons toutefois que nous ne connaissons pas le visage et qui semble s'être volatilisé depuis -… »

- J'vois pas c'que ça t'apporte de savoir ça, grogna Ace en coupant la radio d'un habile coup de coude.

- T'es chiant, marmonna Law en lui donnant une chiquenaude sur le nez.

- Aïeuh ! c'toi qu'es chiant !

« Belle preuve de maturité, Portgas » railla sa conscience.

Ace l'ignora et garda les yeux clos, le nez dans la manche de Law.

Ils revenaient tout juste de leur voyage à Miami, qui s'était prolongé un peu plus que prévu – quatre semaines au lieu des huit jours planifiés. Ace était définitivement tombé amoureux de cette ville animée et Law avait allongé leur séjour autant qu'il leur était possible, avant qu'ils n'aient dû se résoudre à partir.

- Où on est… ?

- Chez moi, murmura Law.

Ace rouvrit aussitôt les yeux et se redressa, à présent parfaitement réveillé.

- Enfin… là où je vivais avec Jewelry. Je ne viens pas d'ici, mais j'ai vécu dans cette ville pendant à peu près dix ans. Avant de… partir. On est à Baltimore, dans le Maryland, ajouta-t-il en voyant l'air plein d'incompréhension d'Ace.

- … j'aurais dû m'en douter, murmura l'intéressé. T'étais élève à l'Université Johns-Hopkins… ?

Law acquiesça et reporta son attention sur la route, semblant chercher quelque chose de précis. Ace contemplait les rues, pensif, alors qu'une drôle d'impression l'étreignait. Ni bonne, ni mauvaise. Juste… une impression.
Il fouilla dans son sac resté à l'arrière et en sortit son carnet, portant le crayon à ses dents pour tirer sur le bouchon et commença à griffonner ses notes sur la ville où ils se trouvaient. Maladroit, comme d'habitude, il laissa échapper des photographies, que Law rattrapa au passage.

- ... tu permets ? lui demanda-t-il avec un léger sourire.

- Mmn, vas-y, concéda Ace alors qu'ils s'arrêtaient à un carrefour désert.

Law balaya les clichés glacés du regard. Ace portait Luffy sur ses épaules, au pied d'une construction qui n'était pas étrangère à Law.

- ... c'est la Tour Eiffel ? en France ?

- Ouais pour les deux questions, murmura Ace, plongé dans ses notes.

Law regarda une autre photographie ; sa culture des autres pays était relativement limitée, et il n'aurait pas su dire si ces monuments se trouvaient aussi en France, mais les images semblaient avoir été prises à la même période.

- C'est quoi, ça ?

- L'Arc de Triomphe. Et la pyramide du Louvre... c'était bizarre, ce truc moderne au milieu du château.

- Ils bouffent des escargots et ça t'étonne de les voir construire ça ? railla Law. T'es allé en vacances là-bas ?

- Euh... ouais, marmonna Ace en se grattant la tête. Ma... mes parents aimaient bien ce pays.

Law lui redonna les images et Ace les rangea, refermant le carnet avant de le remettre dans son sac. Law ne commenta pas l'expression un peu amère que l'adolescent arborait et reprit leur route, laissant Ace à ses pensées et ses souvenirs. Il aimait trop lui-même se complaire dans les siens pour avoir la force de mettre fin à ceux dans lesquels le gamin aimait se perdre.

Finalement, après une longue demi-heure passée dans les rues, Law se gara le long du trottoir avant de sortir son portable et de composer un sms.

- J'ai un… rendez-vous à honorer. Tu veux venir ?

- Je… veux pas te déranger.

- T'en fais pas pour ça. Viens, tu vas t'amuser, sourit Law en sortant de la voiture.

Ace replia le plaid, le rangea sur la banquette arrière, renfila ses chaussures et sortit dans l'air glacial, sous la neige qui commençait à tenir au sol. Mars était froid, dans le Nord-Est des Etats-Unis, et Baltimore, malgré son climat tempéré, n'échappait pas à la règle.

Coup dur après un mois passé à se dorer sous le soleil de Miami.

Il enfila sa veste et contourna la voiture, que Law verrouilla soigneusement avant de lui faire signe de le rejoindre ; Ace le suivit le long de la rue, passant devant les rideaux de fer et les portes closes. Ils croisèrent peu de passants – le quartier où ils se trouvaient ne semblait pas être celui où beaucoup s'attardaient. Le soleil n'était pas encore levé, mais le ciel était clair malgré les nuages de neige.

Une seule enseigne semblait ouverte ; Ace eut tout juste le temps de lire l'écriteau « Have fun, be Lucky » avant qu'ils n'entrent dans une boutique aux murs sombres, éclairés par des néons crus.

- J'pensais pas te revoir ici avant un moment, mon salaud, s'esclaffa une voix. Un an… ça passe vraiment vite !

Ace tourna la tête – Law le délaissa un instant pour aller étreindre un homme grand, musclé et mince, bardé de tatouages et de piercing en tout genre. Ils se donnèrent une brève mais intense accolade, avant que le type ne pose une main large comme un battoir à viande sur l'épaule de Law.

- T'es pile à l'heure, hombre. T'as ramené un nouveau client ? sourit-il en désignant Ace du menton.

- C'est moi ton seul client aujourd'hui, vieux, sourit Law. J'te présente Ace, je l'ai ramassé alors qu'il traînait dans les Mojaves. Ace… lui c'est Wiper, mon tatoueur attitré.

- Hum… salut, s'empourpra l'adolescent.

- Le seul, l'unique, sourit Wiper en lui serrant la main. Va t'installer, tu sais où c'est…

Law fit signe à Ace de le suivre à l'arrière de la boutique, à travers un dédale de couloirs ; la pièce où le tatoueur opérait était claire, malgré les murs chargés de croquis, d'essais et de photographies. Les étagères métalliques supportaient tout un tas de matériel, et une table semblable à celle d'une salle d'opération trônait en son milieu. Law ôta sa veste et l'accrocha au porte-manteau, sous le regard d'Ace qui commençait seulement à comprendre ce qui en découlait.

« Putain, t'es long à la détente ! la prochaine fois, demande-moi ! »

- Euh… tu vas te faire tatouer ?

- Yep. Et on en a pour un bon moment, mais je ne veux pas te laisser te promener dans le coin. Les blancs, ici, c'est comme les noirs pendant l'Apartheid dans le Sud : t'as intérêt à courir vite.

- Et tu vivais ici ? avec Jewelry ?

- Ils ont pris le pli, et elle avait ses habitudes, même si c'était la petite blanche. Elle s'est intégrée comme elle a pu. Prends un bouquin… ou dors, si tu veux, sourit-il.

Ace secoua la tête, retira sa veste et la suspendit près de celle de Law, avant de prendre un des fauteuils et de s'y installer, regardant son amant se défaire de son sweat et de son tee-shirt.
Le dénommé Wiper entra quelques minutes plus tard et referma la porte, avant de se mettre face à son miroir et d'attacher ses cheveux longs sur sa nuque. Il s'arrêta devant un lavabo et se lava les mains jusqu'aux coudes, jetant un coup d'œil à Law par-dessus son épaule.

- Tu veux un truc nouveau, ou juste un rafraîchissement ? sourit-il en savonnant tout ce qu'il lui était possible de nettoyer.

- Un truc nouveau, tu m'connais… tiens.

Il sortit une feuille de papier de sa poche et la déposa sur le plan de travail ; Wiper y jeta un coup d'œil tout en se séchant les mains, et laissa un sourire amusé étirer le coin de ses lèvres.

- Tu m'donnes vraiment du boulot, Law. Tu l'sais, ça ?

- C'est ton métier, non ?

- Ouais, mais tes dessins à toi sont d'un compliqué… t'as une idée de l'endroit où tu veux faire ça ?

- J'crois qu'il me reste encore un peu de place sur la hanche, sourit Law en débouclant sa ceinture.

Wiper s'esclaffa, enfila des gants en latex et tira une desserte près de lui avant d'y poser tout un tas de matériel, sous le regard intrigué d'Ace toujours tapi dans son fauteuil.

Il déposa une machine près de la table d'opération, verrouilla les roulettes des tablettes et déposa un plateau d'aluminium couvert d'une feuille à côté de lui, avant d'ouvrir des capsules noires qu'il remplit d'encre. Il mit son masque, tira un tabouret roulant sous ses fesses et déboucha un feutre, faisant signe à Law de rester debout. Son regard erra de la feuille au torse nu de son client ; il désigna son jean et Law tira sur le tissu, dévoilant son iliaque et le pli de son aine.

« Tu baves » grogna la conscience d'Ace, qui s'efforça d'avoir l'air détaché.

- Ouais, là, ça passe pile-poil. J'vais être obligé de déborder un peu, en largeur, tu préfères que j'passe sur le ventre ou les fesses ? sourit Wiper en traçant quelques traits au feutre sur sa peau.

- Le ventre. Ma résistance à la douleur a ses limites.

- J'pensais que c'était le contraire, s'étonna Ace, osant enfin ouvrir la bouche. Que le gras faisait moins mal.

- Le gras, ça pince sévère. Le muscle est moins douloureux.

- T'insinues que mes fesses sont grasses ? lança Law à Ace, qui piqua un fard monumental.

- Hein ?! n-non, j'ai pas dit ça ! je… je…

Les deux hommes éclatèrent de rire et Ace comprit, avec un train de retard, qu'ils se fichaient de lui. Il leva les yeux au ciel et ramena ses genoux sous son menton, alors que Wiper continuait ses esquisses sur la peau métissée de Law.

- J'vais commencer par le plus désagréable. Allez, sur le dos, à poil.

Ace songea brièvement que Law avait de la chance de ne pas être pudique, et ne put s'empêcher de regarder le sol alors que le jean de son amant tombait sur le carrelage. Wiper jeta un drap de papier sur la nudité de Law et rapprocha son tabouret, assemblant les curseurs, les buses et les aiguilles sous vide de la machine avant de la mettre en route.

Il trempa les aiguilles dans l'encre et, le modèle posé près de lui, se pencha sur le ventre de Law, qui inspira profondément quand les pointes percèrent sa chair.

- T'as pu faire… c'que tu voulais ? lança Wiper avec un temps d'hésitation.

- Ace sait pour Jewelry, murmura Law en croisant ses mains derrière sa tête, contemplant le plafond dallé. Et oui, j'ai pu faire ce que je voulais.

- … t'es retourné à Iguazù ?

- Un peu, mon n'veu. Et je pense que c'a plu à mon copilote, sourit-il en tournant la tête vers Ace.

L'adolescent acquiesça sans lâcher les mains de l'homme du regard. Des perles de sang se mélangeaient à l'encre, alors que le dessin prenait peu à peu forme sous ses doigts. Il semblait vraiment doué, et Ace se demanda si ce Wiper avait réalisé tous les tatouages de Law.
Est-ce que ça faisait mal ? Law ne bronchait pas, mais n'avait pas l'air franchement détendu non plus. Wiper dessinait vite, mais le modèle que Law désirait semblait être vraiment complexe et minutieux. Ses yeux bruns allaient et venaient entre la feuille et la peau qui lui servait de support, et ses mains s'activaient, traçant, remplissant, détaillant…

Deux heures passèrent, dans un silence quasi-complet ; Law somnolait, à présent, alors que le tatouage descendait le long de sa hanche. Ace, lui, s'était carrément endormi, pelotonné dans son fauteuil.

Wiper se redressa et fit craquer les articulations de sa nuque et de ses épaules en grognant, reposant le curseur sur la tablette.

- Pause clope, j'en peux plus. J'vais finir presbyte avant l'heure, moi.

- Le jour où j'te vois avec des lunettes…

- Oh, m'en parle pas, sourit-il.

Law garda le drap autour de lui, prenant soin de ne pas toucher l'œuvre inachevée de son tatoueur avant de le suivre dans le couloir, où une porte les mena dans la petite cour intérieure. La neige avait recouvert le sol dans une mince couche immaculée, et Law frissonna quand l'air froid l'enveloppa.
Il coinça une cigarette entre ses lèvres et l'alluma d'un coup de Zipo, qu'il tendit à Wiper – l'intéressé le remercia d'un clignement d'yeux et expira un long panache de fumée, qui se perdit dans la fraîcheur de l'air.

- T'as vraiment trouvé ce gars dans les Mojaves ?

- Je lui donnais pas trois jours avant de passer ad patres, marmonna Law en s'adossant au mur du couloir, contemplant l'extérieur par la porte ouverte. Complètement perdu, le gamin.

- Tu le traînes depuis combien de temps ?

- Fin juin, à peu près.

- Wow. Et on est en mars… j'pensais pas que tu tiendrais aussi longtemps en compagnie d'un autre être humain, sourit Wiper, avant de jeter un coup d'œil à la silhouette endormie, dans la pièce du fond.

- Moi non plus, vieux.

Ils reportèrent leur attention sur la neige qui tourbillonnait toujours. Neige, qui le renvoyait encore à cet après-Noël où Jewelry était partie. La douleur dans son cœur était moindre, à présent ; les mois passés avec Ace avaient lentement fait leur chemin, et ses angoisses s'apaisaient enfin.

Wiper contempla les méandres que leurs fumées mêlées créaient sous le plafond bas, pensif.

- Shashi et Penguin se rongent les sangs. Ils pensent que tu t'es foutu en l'air.

- Tu leur diras que je vais bien.

- Tu le feras toi-même, ducon. J'suis pas messager.

- Si je suis là, c'est juste pour les tatouages, tu le sais bien. J'ai dit que je ne voulais revoir personne, et je m'y tiens.

- Il va falloir que tu te trouves un autre tatoueur, alors, sourit Wiper derrière un nuage de fumée.

- C'est en projet. Ducon toi-même.

Ils rirent, jetèrent leurs mégots dans le cendrier resté au sol ; Wiper claqua la porte et ils retournèrent dans la salle de tatouage, où Law se réinstalla, sur le ventre cette fois-ci, pendant que l'artiste reprenait son savonnage méticuleux.

Ace dormait toujours, lové sur lui-même ; ses cheveux se soulevaient à chacune de ses respirations, et Law ne put s'empêcher de contempler longtemps son visage endormi. Ses lèvres entrouvertes, son souffle régulier, ses traits apaisés…

Wiper remit des gants et un masque, avant de s'atteler à nouveau à sa tâche ; il lui fallut quatre heures supplémentaires pour terminer son travail, pendant lesquelles Ace resta tranquille, plongé dans un profond sommeil. Law observa brièvement le résultat dans le miroir et sourit.

- Alors ? satisfait ?

- Bien sûr que oui, c'est parfait.

- Ramène-toi.

Law resta immobile pendant que Wiper nettoyait sa peau à vif, avant d'y appliquer une crème qui enflamma ses chairs malmenées ; il ne protesta pas – s'y efforça, tout du moins – et attendit que les compresses soient posées avant de se rhabiller, pendant que le tatoueur ôtait ses gants et son masque.

Il ferma son jean et réveilla Ace d'une pichenette sur le bout du nez ; l'adolescent sursauta et se redressa, totalement à l'ouest, sous les ricanements des deux hommes. Il se gratta la tête et s'étira en bâillant, avant de jauger Law d'un regard un peu inquiet.

- T'as fini ?

- Il est presque quatorze heures, sourit Law en lui ébouriffant les cheveux. Marmotte.

- Mais c'est pas vrai, gémit Ace, faut que t'arrêtes de me laisser dormir comme ça… !

- Pendant ce temps, tu me fiches la paix.

Ace lui offrit la plus belle grimace de son répertoire et contempla avec une certaine envie l'endroit où le tatouage de Law serait bientôt guéri, sous le tee-shirt qu'il avait renfilé. Law surprit son regard et haussa un sourcil, quelque peu surpris.

- Quoi ? tu veux un tatouage, aussi ?

- J'ai que dix-huit ans, rétorqua Ace. J'ai encore un peu de temps avant de pouvoir choisir où en faire un.

- Wiper ?

L'adolescent songea que la conversation prenait un tour qui lui échappait. L'encre devait avoir bousillé la logique et la raison de Law. Forcément.

Il ne pensait tout de même pas à le…

L'homme leur jeta un regard par-dessus son épaule, interrogateur.

- Mmmn ?

- Jusqu'à quel point t'es à cheval sur le règlement ? lança Law, alors qu'Ace blêmissait.

- Faut voir. Le gosse est partant ?

- On dirait.

Ace secoua frénétiquement la tête, les yeux ronds.

- Arrête, t'es dingue ! j'suis sûr que j'vais hurler à la mort, ça doit faire un mal de chien !

- J'pensais pas que c'était de la douleur qui t'inquiétait le plus, sourit Law en allant s'appuyer au plan de travail, près de Wiper qui jaugeait Ace d'un regard songeur. T'en penses quoi ?

- J'ai pas encore rangé la machine. J'ai juste le curseur à passer à l'autoclave et des aiguilles à changer… ça nous laisse assez de temps pour plancher sur un dessin, à moins que le gosse n'ait déjà une idée de ce qu'il veut…

L'adolescent sentait qu'il était dans une panade monstrueuse ; bien sûr, Law ne le forcerait jamais à faire quoique ce soit, mais il ne ferait rien non plus pour l'en dissuader. Il lui répétait qu'il était toujours libre de faire ce qu'il voulait, quand il le désirait, mais Ace avait encore du mal à suivre ce précepte à la lettre. Et encore aujourd'hui, Law lui laissait l'opportunité de choisir, entre suivre les convenances ou suivre son envie.

« T'as pas deux heures, décide-toi maintenant. »

« Tu pourrais arrêter de me foutre la pression ?! »

« Tu te fous la pression tout seul, Portgas. »

- … d'accord.

. . . . . .

- AAAAH !

Ace serra les dents et rejeta la tête en arrière, sur la table d'opération, agrippant les bords à s'en faire mal aux mains – l'aiguille perça sa chair de plus belle et la vibration du curseur se répercuta dans l'os de son iliaque.

Wiper pouffa de rire derrière son masque mais ne s'arrêta pas pour autant.

- L'os, c'est c'qu'il y a d'plus douloureux, gamin. T'as pas choisi un endroit facile, commenta-t-il.

- Laisse-le, ça lui fait du bien de douiller un peu. Pas vrai, Ace ?

- Gggnnnn… ! se contenta de grimacer le jeune garçon à travers ses dents serrées. PUTAIN ! 'POUVIEZ PAS ME L'DIRE AVANT ?!

Law sourit, assis derrière lui, et passa discrètement une main dans ses cheveux châtain épars sur la table. Le geste, apaisant, le força à se calmer.

- Si Wiper t'a promis vingt minutes, il en mettra pas une de plus. C'est bientôt fini.

Ace acquiesça sèchement et garda les yeux fermés, s'efforçant de se dire que ça en valait définitivement la peine.

Si un jour ses parents voyaient ça…

« T'as plus l'intention de les revoir. Et la seule manière de voir ça, ça sera de te trimbaler avec le caleçon sur les cuisses. Aucun risque » argumenta sa conscience.

Il plaqua ses mains sur son visage et laissa échapper un cri quand le curseur gratta sa peau pour remplir le motif. Les vibrations se diffusèrent dans son os et la douleur lui arracha d'autres cris.

- PUTAIN DE… … DE MERDE !

« Nom de Dieu de putain de bordel de merde de saloperie de connard d'enc-… ! »

Il n'alla pas plus loin – l'aiguille quitta sa peau et Wiper sourit derrière son masque, satisfait.

- Terminé. Tu peux pleurer, gamin.

- Ace ne pleurera pas, sourit Law en lui tapotant l'épaule. C'est un grand garçon, pas vrai ?

Ace renifla, les yeux humides, inspira à fond et se hissa sur les coudes, contemplant le travail de Wiper qui coupa sa machine. Law contourna la table et jaugea le motif avec un léger sourire en coin.

- Tu ne veux toujours pas me dire pourquoi t'as choisi ça… ?

- Non, sourit Ace en observant l'as de pique stylisé gravé dans la chair de son iliaque. Sauf si tu me payes.

- Ça y est, un tatouage et tu prends de l'assurance ? s'esclaffa Law. La bonne blague.

Wiper nettoya la zone douloureuse et Ace glapit, arrachant un rire moqueur à son amant qui secoua la tête en remettant son blouson – le tatoueur badigeonna le tatouage de crème et y plaça les compresses.

- Law est très bon pour s'occuper de ces trucs-là mais on sait jamais, alors tu nettoies ça tous les jours avec le savon que je vais te donner. Avec les mains. Tu rinces bien, et tu mets la pommade. Et tu te grattes pas...! Si ça saigne ou que ça suinte, même de l'encre, c'est normal, pas la peine de baliser. Et d'ici une quinzaine de jours ça devrait avoir bien commencé la cicatrisation.

- Allez, la vocaliste, pouffa Law en coinçant sa cigarette fraîchement roulée au coin de ses lèvres. On règle nos dettes et on file, on a encore pas mal de choses à faire aujourd'hui.

Ace remonta son boxer et son jean, baissa son tee-shirt et remit sa veste, suivant Law jusqu'à la boutique, toujours déserte.
Il se rendit compte qu'ils n'avaient pas été dérangés de la journée ; son regard accrocha la pancarte, qui indiquait « Fermé le lundi ». Lundi, c'était justement aujourd'hui. Wiper avait ouvert sa porte… juste parce que Law le lui avait demandé ?

Finalement… Wiper était peut-être plus que son tatoueur attitré. Peut-être même qu'il en savait beaucoup sur la vie de Law et son passé. Ace songea qu'il était totalement stupide d'éprouver de la jalousie. Et pourtant...
Wiper ne tarda pas à revenir, passant derrière son comptoir en feuilletant son livre de compte, sourire carnassier aux lèvres ; Law semblait amusé, au vu de l'expression qu'il arborait.

- J'te fais un prix d'ami, vieux mec… on part sur neuf cents dollars ?

- No problemo. En échange, tu t'assois sur un barreau de chaise, OK ?

Ils éclatèrent de rire et Law sortit une liasse de billets de son cuir, qu'il plaqua sur le comptoir usé par les passages.

- Sept cents, comme d'habitude. Et cinquante de plus pour celui du morveux, t'as même pas passé une demi-heure dessus.

- Ça me va. Deal.

Il rangea l'argent et dévisagea longuement Law, avant qu'ils n'échangent un sourire plutôt nostalgique avant de se serrer la main.

- Tu fais gaffe à ton cul, OK ?

- T'en fais pas. Ça m'a fait plaisir de te revoir, Wip.

- Et moi donc, hombre. J'espère ne plus revoir traîner tes miches par ici. Et toi, l'emmerde pas trop, il pourrait bien décider de te planter si tu le fais trop chier, lança-t-il à Ace qui se contenta de sourire.

- J'y penserai. Merci pour le tatouage… !

- Pas d'quoi. Allez, dégagez le plancher, j'ai une sieste à faire, sourit-il derrière l'écran de fumée de sa cigarette.

- Vaya con dios, murmura Law dans un sourire en ouvrant la porte de la boutique.

Ils sortirent dans la neige qui avait envahi les trottoirs, au milieu des nombreux passants qui allaient et venaient dans la rue à présent bondée.

Law claqua la porte derrière lui, prit sa main et l'entraîna vers la voiture, allumant sa cigarette de sa main libre.

- … tu le connais depuis longtemps ? s'enquit Ace, hésitant.

- Très longtemps, oui. T'étais même pas né quand j'ai fait la connaissance de Wiper.

- C'est lui qui t'a fait tous tes tatouages… ?

- C'est lui, affirma Law.

- Et… c'est lui qui t'a appelé quand on était au ski ?

Law était étonné ; il ne pensait pas qu'Ace allait se souvenir de ça.

- C'est lui, répéta-t-il, toujours un peu surpris.

Ace hésita encore – il n'était pas très doué pour la subtilité et il ne se voyait pas utiliser des chemins détournés pour faire avouer quelque chose à Law. Et pourtant, il savait qu'à tout instant, Law pouvait décider de se fermer comme une huître et de ne plus répondre à ses questions.

- … tu m'as bien dit que tu n'avais vécu que dix ans ici ?

- Exact.

- Alors… d'où est-ce que tu viens ? chuchota Ace en serrant plus fort sa main dans la sienne.

Law contempla la neige sous ses pieds et ses doigts lâchèrent ceux de l'adolescent, qui sentit une violente amertume lui laisser un goût acide dans la bouche. Le jeune homme déverrouilla l'Aston et monta au volant sans un mot, une expression indéchiffrable sur le visage. Ace monta à côté de lui et claqua la portière, s'efforçant de ravaler sa colère et sa frustration. Qu'est-ce qu'il savait de Trafalgar Law... ? rien, hormis qu'il avait un passé compliqué – sûrement de délinquant – qu'il s'était reconverti dans la médecine et qu'il avait joué un rôle bien plus qu'actif dans la mort de sa petite-amie, Jewelry Bonney.

Law glissa la clé dans le contact et démarra, jetant un coup d'œil dans le rétroviseur avant de sortir de sa place et de rouler dans les rues enneigées. Ace tourna la tête vers la vitre et contempla les passants, tentant de mettre de côté sa colère qu'il savait totalement puérile.

- ... tu veux savoir le nom de la ville où j'ai grandi, aux États-Unis... ou d'où est-ce que je suis originaire ? murmura Law dans le silence.

Surpris, Ace se tourna vers lui, les yeux grands ouverts ; Law affichait le visage du type qui se résout à faire quelques confidences, histoire d'avoir la paix. Mais c'était mieux que rien.

- C'est...

- Je sais que tu sais. J'ai beaucoup travaillé mon accent mais ça s'entend encore, murmura Law, plein d'évidence.

Ace le soupçonnait depuis longtemps de venir de beaucoup plus loin que leur continent ; même si Law était très à l'aise avec les langues latines, Ace ne le voyait pas venir de l'Amérique du Sud.

- Le... les deux.

- J'ai grandi à Détroit, dans le Michigan, marmonna Law en gardant son regard fixé sur la route. Jusqu'à mon départ pour Baltimore. Depuis mon arrivée aux USA quand j'ai eu deux ans.

Il prit une profonde inspiration et s'arrêta au feu rouge, ses doigts pianotant sur le volant. Ace contempla les lettres "D.E.A.T.H." sur sa peau et songea que ce n'était pas surprenant qu'il arbore ce genre de tatouages, au vu de l'endroit où il avait grandi.

Sérieusement, cette ville craignait. De toutes les manières possibles. Le FBI annonçait une moyenne de 1.220 crimes violents pour 100.000 habitants. La ville en comportait un peu plus de 700.000. Statistiques de folie.
La ville était en faillite et rien ne tenait plus debout.
Ace n'était pas surpris qu'un homme comme Law ait grandi dans cet enfer ; ce qui expliquait aussi son aisance à manipuler une arme à feu comme si elle était une extension de lui-même. Ace détestait les clichés, mais il fallait reconnaître que Law avait le profil du mec infréquentable par nature, malgré sa beauté physique.

- ... je suis né à Whakatane, en Nouvelle-Zélande.

Aussitôt, Ace baissa les yeux pour contempler les tatouages qui dépassaient de ses vêtements, tout en songeant aux dessins immenses et complexes gravés dans sa chair mate, qui recouvraient son torse, ses hanches et une partie de ses jambes, jusqu'à ses pieds.

Ses tatouages maori.

Law lui jeta un regard et observa sa réaction ; Ace releva les yeux et ils se fixèrent longuement, silencieux, chacun plongé dans ses pensées.

- ... Ace ?

- Ouais... pardon. T'es Néo-Zélandais, alors... ? sérieux ?

- Je pense pas avoir la tête du natif américain bon teint qu'on croise dans les villes de l'Est, murmura-t-il avec un léger sourire en coin.

Ace sourit à son tour et contempla la peau tatouée de Law. Mate, donc, entre le bistre et le caramel. Sombre, mais pas forcément foncée. Il tendit la main et la toucha, apposant sa propre peau blanche sur la sienne – les couleurs qu'il avait prises à Miami étaient pitoyablement dérisoires.
Il songea à leurs ébats, à leurs corps qui se mêlaient ; Ace pouvait passer des heures à contempler le contraste que formaient leurs peaux nues.

Law, lui, contempla la carnation presque laiteuse d'Ace, les taches de rousseur et les grains de beauté de sa peau blanche, sans savoir que l'adolescent partageait ses pensées.

Ace releva la tête au moment où Law redémarrait au feu vert, la voiture s'éloignant vers l'extérieur de la ville. À en juger par l'endroit où les entrepôts de multipliaient et les habitations se raréfiaient, Law se rendait vers les quais. Un endroit désert où ils auraient la paix, comme toujours.

- ... hé, Law.

« Mauvaise idée, Portgas... » toussota sa conscience, sentant le danger venir.

- Mmn.

« Oublie ça. Maintenant. »

- ... tu sais faire le haka... ?

« Et merde... »

Law lui jeta un regard noir et Ace couina
en ramassant une carte routière en pleine figure.

.


Soyez heureuses ! vous en savez un peu plus ! on progresse, la fiction approche dangereusement de la fin... *renifle en songeant qu'un jour, elle sera en "complete"*aujourd'hui, vous avez pas le droit de me balancer quoique ce soit à la face !

J'espère que tout le monde est bien installé, le chapitre 25 est en vue... à bientôt pour la suite !