Ohayo mina' !
Allez, on revient en forme après ce dernier chapitre ! Je suis certaine que celui-ci vous plaira ! [Y'a pas de lemon !] C'est pas pour ça que ça leur plaira pas ! [Han, cet optimisme... j'ai presque pitié de toi] *kick-la-conscience* Faîtes pas attention. Vous allez apprécier.
Merci pour vos reviews et vos alertes et ajouts, ça fait vraiment plaisir :) de même, bienvenue aux nouvelles arrivantes ! vous (les anciennes) avez le droit de leur balancer des trucs à la figure pour ne pas avoir à supporter l'attente que vous avez subie... [Incitation à la violence ! c'est honteux !] mais oui, mais oui...
J'ai piqué une chanson de Kool Shen pour l'occasion, en changeant quelques trucs pour l'accorder au passage ! Mea culpa.
Bon, je ne vous fais pas attendre plus longtemps, alors...
Enjoy it !
« There is a house in New Orleans
They call the Rising Sun
And it's been the ruin of many a poor boy
And God I know I'm one… »
The Doors
.
*Quais de Baltimore, nuit avancée*
- Aïe ! putain !
- Arrête de te plaindre, Portgas !
Ace serra les dents pendant que Law nettoyait son tatouage, ses doigts frottant doucement la zone écorchée. La nuit était tombée sur la ville et Law tenait à s'en occuper malgré l'obscurité, dans la lumière crue des phares. Le savon incendia sa peau déjà malmenée et il trépigna, s'attirant le regard noir de Law qui lui frappa la cuisse.
- Tu l'as voulu, assume. C'est bientôt fini.
L'adolescent s'efforça de se tenir tranquille pendant que Law rinçait sa peau et la séchait en tamponnant doucement sa chair enflammée. Il appliqua la crème et Ace mordit son sweat.
- T'es vraiment qu'une gonzesse.
- Et 'a 'ain 'ans ta 'ueule, ch'a f'ra 'onzeche, auch'i ? grogna-t-il, son pull dans la bouche.
- J'espère pour toi que t'as pas dit ce que j'ai cru comprendre, rétorqua Law en massant sa peau. Voilà... c'est fini.
Il rabattit le tee-shirt d'Ace sur la zone douloureuse et remonta son jean, le reboutonnant habilement par-dessus le tissu pour protéger le tatouage des frottements. Ace se calma et alla s'appuyer contre la voiture, jetant sa capuche sur sa tête pour éviter d'être enseveli sous les flocons, pendant que Law se lavait les mains avant de s'occuper de son propre tatouage. Ace le contempla longuement, dans le crépuscule ; les dessins étaient la suite logique de ceux qui se profilaient déjà sur tout son corps. Du maori, encore. Ace contempla les dessins et Law surprit son regard pendant qu'il nettoyait le sang et l'encre sur sa peau.
- Mmn ?
- Ils veulent dire quelque chose, ces dessins ?
- Bien sûr. Ça dépend aussi de l'endroit où ils sont placés, expliqua Law avec patience, sans broncher, sous les yeux admiratifs de son amant. Va dans la voiture, le chauffage doit avoir réchauffé l'intérieur.
- Nan, c'est bon, j'vais rester. J'pourrai choisir la musique ?
Law leva les yeux au ciel et acquiesça.
- J'écouterai les infos d'abord.
- Tu commences vraiment à être chiant avec ça, tu t'en préoccupais pas autant avant, bouda l'adolescent en croisant ses bras sur sa poitrine.
- Avant, il n'y avait pas cette histoire aussi exacerbée entre Doflamingo et le reste du gouvernement.
- Et ça t'intéresse vraiment ?
- Je m'y intéresse de très près, oui. Les temps changent, le monde change. Rien n'est immuable, et la position de Doflamingo aussi. Je suis curieux de savoir comment les choses vont évoluer pour lui.
- Tu te demandes qui va reprendre le flambeau ? marmonna Ace.
Law se contenta de reporter son attention sur son tatouage, pensif.
Ace ne sut pas comment interpréter son silence et décida de ne pas y penser ; pour le moment. Il attendit que Law ait terminé ses soins avant de contourner la voiture et de grimper à l'arrière, gardant ses chaussures, découragé à l'idée de se retrouver pieds nus dans ce froid.
Law ne tarda pas à le rejoindre et coupa le contact, déposant la clé au pied de la banquette ; il s'étendit sur le cuir et Ace trouva refuge contre lui, sous le plaid que Law jeta sur eux. Leurs jambes s'entremêlèrent et Ace frissonna en se blottissant contre son torse.
- On fait quoi, demain ?
- J'ai pas encore décidé. On verra ça au réveil, ça presse pas, murmura Law en le caressant doucement à travers son sweat. Dors, Ace.
- Mmn. 'ne nuit.
- Bonne nuit, tête à flammes.
Ace sourit, nicha son nez dans son cou et ferma les yeux, se laissant enfin dériver vers un sommeil profond.
. . . . . .
*Baltimore, au petit matin*
- Putain, on s'les pèle…
Ace sortit de l'Aston garée sur le quai de Baltimore ; la journée avait été fraîche, et la nuit était carrément glaciale. Le plaid de Law et leurs vestes ne suffisaient plus à le réchauffer. Seul endroit où trouver quelque chose de chaud : le coffre. Hors de question de réveiller Law pour ça – il dormait tellement peu qu'Ace culpabilisait de le sortir de son sommeil chaque matin en gigotant. À regrets, il quitta momentanément la tiédeur des bras de Law, prenant sans un bruit les clés restées sur le plancher de l'Aston avant de contourner la voiture et d'ouvrir le coffre, qui grinça à peine en s'ouvrant.
Il se pencha sur l'ouverture, dont le désordre était visible à la lueur du soleil qui perçait à peine, à l'est.
Ace n'y avait jamais jeté un œil, et il ignorait le bazar qu'il pourrait trouver à l'intérieur.
Il repéra la caisse à outils, d'abord ; il y avait les sacs qui contenaient les pièces de rechange, les tréteaux pour monter le moteur… il trouva la planche, leurs provisions, où Ace subtilisa un biscuit…
…et une couverture.
« Bingo ! »
Ace tendit le bras et tira dessus, grognant en la sentant coincée. La langue entre les dents, il prit appui sur le pare-choc et insista, tirant encore et encore. La couverture lui sauta à la figure dans un bruit sonore ; le choc avait démonté le plancher du coffre, qui s'ouvrit sur un pan creux, révélant un double fond.
« Qu'est-ce que c'est que ça… ? »
Il écarta la couverture et se pencha en avant, scrutant le fond obscur, laissant ses yeux s'accommoder. Law n'avait pas bronché – Ace lui jeta un coup d'œil par-dessus la plage arrière et le vit pelotonné sous le plaid, profondément endormi.
Il reporta son attention sur le double fond et écarquilla les yeux.
Quatre mallettes noires soigneusement rangées.
Prudent, Ace tira la première à lui, alors qu'une petite voix dans sa tête lui murmurait de ne pas faire ça. Ça ne le concernait pas, et c'était totalement irrespectueux. Law n'irait jamais mettre le nez dans son carnet. Et pourtant… la curiosité l'emportait sur le reste.
Verrouillée.
La mallette fonctionnait avec deux molettes à code. Ace, frustré, la reposa et testa la deuxième, qui s'ouvrit dans un claquement sec. Curieux, il scruta l'intérieur – des photographies de Law et Jewelry, des vieilles feuilles de papiers…
Des cours, à première vue. Griffonnés, commentés, étudiés ; biologie, histologie, neuroscience…
« Ses cours de médecine. »
Ace reconnut l'écriture brouillonne de Law. Il reposa les cours en faisant attention à ne rien mélanger et fouilla dans la mallette, avant que sa main ne trouve quelque chose au milieu des feuillets.
Un paquet cadeau, le genre qu'on reçoit à Noël.
Long et mince, type plumier, ou boîte pour un bracelet.
Le papier doré était froissé, et le ruban autour semblait avoir été fait et défait de nombreuses fois. Plus curieux que jamais, Ace le déballa et trouva un boitier tout en longueur, qu'il ouvrit avant de hausser un sourcil, intrigué.
« Qu'est-ce que c'est qu'ce truc ? »
La boîte contenait un objet en plastique, long, plat et blanc, doté d'un bouchon bleu. Ace plissa les yeux dans le noir et le prit entre ses doigts. Ça ne ressemblait à rien de ce qu'il avait pu voir dans sa vie. Qui avait pu offrir quelque chose de ce genre à Law… ?
Il décida qu'il aurait tout le temps de trouver la réponse plus tard et rangea soigneusement l'objet dans sa boîte, refermant le papier cadeau et le ruban, avant de reprendre ses fouilles.
Il y avait des tablatures, comme celles que Law griffonnait sur des coins de feuilles ou de serviette, dans un snack, quand l'idée lui venait.
Elles étaient consignées dans des carnets ou d'autres feuilles volantes. Il trouva des partitions – cette découverte l'étonna, il ignorait que Law savait jouer du piano – et…
… ce qui semblait être une chanson. Maintes fois rayée, mais rédigée après ce qui semblait être de nombreux essais.
Ace l'exhuma du tas de feuilles et la parcourut du regard, reconnaissant l'écriture de Law.
"Chère J.J,
Je t'écris cette lettre, plein de solitude, l'âme en peine, comme d'habitude, depuis que t'es partie, depuis que t'es plus là, c'est plus la même…
J'ai perdu ma Reine, et d'un coup mon Royaume tout entier s'est vidé.
Mon visage aussi s'est ridé, mon cœur lui s'est bridé, un truc en moi ce matin-là s'est brisé et même si je réponds : « Ça va, merci. », j'ai dans la bouche comme un mauvais goût d'inertie."
« J.J. … ça doit être Jewelry. »
"J'essaye de le masquer mais c'est dur, J.J, j'te jure, ouais, putain c'est dur, j'ai l'impression qu'il y a plus rien, j'ai peur, en fait, depuis que tes yeux me regardent plus, il se passe plus rien, et ça je le vis mal, j'enchaîne les merdes et t'es plus là au final :
il me reste quoi à moi, hein, à part des souvenirs, des tonnes de photos usées
et puis ton sourire trop longtemps figé ?
Je peux plus, ou plus pareil alors chaque jour je me tue même un peu plus que la veille, je tue le temps, parfois mal, de là-haut tu le sens, je le sais mais tu me manques, bébé, tu me manques…"
Ace déglutit péniblement ; Law était doué pour mettre des mots sur ses pensées. Au moins à l'écrit. Cette chanson était criante de désespoir et d'un amour dévorant pour celle qu'il avait aimée plus que tout.
Il se demanda si, un jour, il serait en mesure de comprendre l'intensité du lien qui unissait Law et Jewelry. Jamais, sans doute.
"Toi et moi, on a tout fait, toujours prête à m'donner ton oxygène dans les moments où tu sentais que j'étouffais, t'étais prête à tuer si on me touchait, prête à décrocher la lune même si je la voulais. On a grandi ensemble, construit ensemble, traversé les pires moments, et vieillir ensemble : c'est ce qu'on voulait, et même si on était plus ensemble on s'en foutait, c'est ce qu'on visait.
Tu te rappelles nos fous rires, nos premiers instants, ton sourire, les moments de silence qui voulaient tout dire ?
On pouvait se nourrir l'un de l'autre, tellement j'étais toi, t'étais moi et ça, nos proches en étaient témoins.
T'étais ma vie, mon cœur et mon sang, t'étais mes tripes, mon moteur et mon sens à tout ça, alors depuis je tue le temps, parfois mal et de là-haut tu le sens, je le sais mais bébé tu me manques…"
Law aurait donné sa vie pour elle, c'était certain. Comme Ace aurait donné la sienne pour Luffy. Mais lui et Luffy ne partageaient qu'un amour fraternel. Immense, d'accord, mais seulement un lien induit par le sang qu'ils partageaient.
Le coup de foudre ne suffisait pas à expliquer la force dévastatrice et irraisonnée des sentiments que Law et Jewelry avaient l'un pour l'autre. C'était beaucoup plus que ça ; ils partageaient quelque chose qui échappait totalement à Ace, car rien de ce qui lui venait à l'esprit n'était une justification suffisante.
"Qu'est-ce que je peux dire de plus ? À part qu'il n'y a pas que toi qui me manques, c'est un gouffre que vous avez laissés. J.J, tu sais qu'aujourd'hui toutes les nuis vos morts me hantent, et pour moi depuis longtemps il n'y a plus d'été, mais… t'en fais pas J.J, je vais relever la tête, je sais que t'aurais voulu me voir plus fort, alors, je vais faire ce qu'il faut pour m'en remettre…"
Ace essuya ses larmes d'un revers de la main et contempla le « vous » rageusement griffonné au milieu des paroles. « Vous » et « vos morts »… Jewelry n'était pas la seule à être partie ce jour-là ?
Un accident de voiture, aussi, plusieurs amis décédés au même instant… ? ses parents ?
Law lui avait dit avoir un rôle dans la mort de Jewelry… et s'il avait été responsable de beaucoup plus que ça… ? Ace ne pouvait qu'imaginer la douleur de perdre la femme de sa vie… mais est-ce que ça justifiait les terribles cauchemars dont Law souffraient et qui l'empêchaient de dormir… ? il s'était toujours douté qu'il y avait plus que ce qu'il voulait lui faire croire.
Ace était rongé par la curiosité et le doute ; Law lui cachait des choses, beaucoup plus que lui. Sa conversation lourde de sous-entendus avec Wiper… sa vie passée à Détroit… Il avait une arme et semblait plutôt bien se débrouiller pour la manier.
Ace ne l'avait plus jamais revue, et il se doutait qu'elle était soigneusement rangée dans une des mallettes.
Il ouvrit la troisième et eut un violent mouvement de recul.
« Putain. »
Des billets dégringolèrent de la mallette.
Des billets, soigneusement empilés. Non pas des billets de cinq, de dix ou de vingt dollars… non. Des billets de cent, assemblés par liasses.
Et un sachet plastifié, où des tas de passeports s'entassaient.
« Qu'est-ce que… »
Il les sortit du sachet et écarquilla les yeux en voyant que les cartes d'identités et les passeports comportaient tous des noms différents.
C'était à s'en arracher les cheveux.
Law lui avait dégoté des faux papiers visiblement assez convaincants, parce qu'il savait qu'Ace était dans les ennuis. Une seule carte d'identité et un permis, avec un seul autre nom. Ici, Law en avait plus d'une dizaine.
Si Law cherchait à dissimuler son vrai nom… s'il était recherché, d'une quelconque manière… comment avaient-ils pu passer la frontière mexicaine ?
Il avait la réponse sous les yeux : une fausse identité.
Et puis, merde… est-ce que Trafalgar Law était son vrai nom… ?!
Ace, un peu tremblant, s'empara de la liasse de billets qui était la plus proche et la compta silencieusement, prenant son temps. Ses doigts dérapèrent plusieurs fois, mais les billets étaient classés par cinq cent. La mallette devait faire un peu plus de vingt centimètres d'épaisseur, à raison de cinq d'épaisseur par liasse. Il y en avait donc quatre couches, pour sept fois cinq liasses par couche…
« Trente-cinq fois quatre… ça fait cent quarante liasses… et multiplié par cinq cent…
soixante-dix mille billets. De cent dollars. Ça fait… putain de merde… »
- Sept millions de dollars, murmura une voix grave et basse dans son dos.
Ace fit volte-face, les yeux écarquillés ; il glissa dans la neige et tomba les fesses sur le sol, les yeux levés sur la silhouette qui le surplombait, et qui lui paraissait immense, dans la pénombre.
- C'est pas ton fort, de compter dans ta tête, hein ? chuchota Law.
« T'as encore parlé tout haut » grogna sa conscience désapprobatrice. « Et j'sais pas pourquoi, mais je sens qu'on est dans la merde jusqu'au cou. »
Law rempila les liasses tombées dans le coffre et referma soigneusement la mallette, la repoussant au fond du coffre.
Ace déglutit difficilement, le regardant se redresser, porter une cigarette à sa bouche et l'allumer d'un coup de briquet, qui claqua dans le silence de la ville endormie. Ses yeux gris, froids et inquisiteurs, se posèrent sur lui et Ace sentit la honte lui tordre l'estomac.
Law lui faisait confiance.
Pendant des mois, il avait dormi avec les clés de la voiture dans sa poche ; maintenant, il les laissait à la portée d'Ace, et il avait violé la seule règle que Law avait imposée – ne pas fouiller dans leurs vies respectives.
Et lui, il avait tout foutu en l'air.
La neige s'infiltrait dans son jean et lui glaçait les reins, mais c'était totalement secondaire. La sensation d'avoir déçu son amant lui donnait envie de vomir. Law fuma sa cigarette sans un mot, son regard toujours plongé dans le sien. Les minutes passèrent, silencieuses et angoissantes.
- Je t'épargne les questions superflues. Il y a la même somme dans la dernière mallette. Et celle qui est verrouillée…
Il tendit le bras – Ace ne le vit pas composer le code, toujours avachi sur le sol, mais sursauta quand la mallette s'ouvrit dans un claquement sonore. Law expira un panache de fumée blanche et s'accroupit, une main plaquée sur le parechoc de la voiture, lui coupant toute échappatoire. Le canon de son arme scintilla devant les yeux terrifiés d'Ace.
- Tu as déjà fait connaissance avec lui, non ? murmura-t-il, imperturbable.
- J'te d'mande pardon… bafouilla-t-il, sous le choc.
Law soupira, rangea l'arme dans sa ceinture et s'agenouilla dans la neige, face à Ace qui s'était recroquevillé sur lui-même. Il jeta son mégot au loin, prit ses poignets et écarta ses bras – Ace sursauta violemment et Law se crispa, vexé et déçu.
- … tu crois vraiment que je vais te faire du mal… ?
- Je sais plus quoi croire, marmonna-t-il, ramenant ses genoux contre son visage.
Law se rapprocha, empauma ses joues et le releva vers lui pour l'embrasser tendrement, essuyant ses larmes de ses pouces. Ace, stupéfait, resta un long moment sans réaction, alors que Law parsemait sa bouche de baisers légers.
Il ne le détestait ? il ne hurlait pas, ne le chassait pas en lui balançant son sac à la figure ?
Plein d'espoir, il se raccrocha à lui, inconsolable, se pressant désespérément contre son corps.
- Pardon, pardon, pardon, répéta-t-il entre deux baisers.
- Ça ne fait rien, murmura Law en le serrant dans ses bras. Arrête de pleurer, je ne suis pas fâché…
- D'où ça vient, tout ça… ? pourquoi t'as jamais rien dit… ? et… et dans ta chanson… de qui tu parles… ? pourquoi tu dis qu'ils sont plusieurs à être partis… ? gémit Ace, les questions se bousculant dans sa tête.
Law soupira, pressa son front contre le sien et ferma les yeux, pesant longuement le pour et le contre. Il semblait en proie à des interrogations qu'Ace ne se sentait pas d'interrompre – et qu'il n'aurait aimé avoir pour rien au monde.
- J'savais que… que c'était beaucoup plus que ce que je pensais ! haleta-t-il. L'argent pour tout payer, les mises au poker, les faux papiers que t'as été capable de dégoter… ton flingue, tes mensonges par omission…
Sa vie lui semblait si simple à côté de celle qu'avait vécue Law…
Tout s'embrouillait. Les questions, ses interrogations, les réponses que son esprit formait... il fallait que Law lui dise la vérité, ou il était certain de devenir fou. Un mal de crâne menaçait de poindre derrière son front. La voix de Law résonna dans le silence, le tirant de ses pensées désordonnées.
- … il est peut-être temps pour toi que tu saches.
. . . . .
Le pêne crissa dans la serrure grippée, mais Law insista et la porte se déverrouilla dans un écho sinistre. Il poussa le battant et fit signe à Ace d'entrer.
L'adolescent pénétra dans le vestibule et contempla les murs chargés de photographies : Law et Jewelry, leurs voyages. Des lettres, des mots. Des phrases et des dessins au mur.
L'habitation était plus un petit loft qu'un véritable appartement ; un comptoir pour la cuisine, une grande pièce où canapés, poufs et fauteuils délimitaient le côté salon, avec une table haute et des tabourets.
Il y avait un écran de télé, un peu vieillot, dans le genre tube cathodique qu'on ne trouvait plus nulle part, à l'ère du numérique. Des consoles de jeux, toutes plus ou moins démontées – Ace ne doutait pas que Law devait prendre plaisir à étudier ce genre de choses – et une chaîne Hi-fi qui avait connu des jours meilleurs, à côté d'un empilement à l'équilibre douteux de CD et de vinyles, près du tourne-disque.
Law referma derrière eux et tira le verrou, enfonçant ses mains dans ses poches, contemplant l'intérieur comme s'il le voyait pour la première fois.
Les rayons du soleil passaient à travers les persiennes, laissant l'endroit dans la pénombre, mais pas assez pour cacher les volutes de poussières qu'ils déplaçaient sur leur passage.
- … tu n'es plus venu là depuis que Jewelry est partie… ? chuchota Ace.
- Non. Ça fait un peu plus d'un an que personne n'est entré ici.
Il y avait une salle de bain, sur la gauche ; des tas de produits de beauté étaient disséminés sur le lavabo avec, au milieu, un flacon de mousse à raser et un gel douche masculin. Ace ne put s'empêcher de sourire, et Law suivit son regard. Un mince sourire étira ses lèvres à son tour.
- Jewelry était plutôt coquette. Elle disait que manquer cinq heures de sommeil par jour allait pas l'empêcher d'être jolie. Elle l'était avec ou sans artifices, de toute façon ajouta-t-il après un silence.
Il disparut à l'angle d'un mur et Ace le suivit ; une porte, dans le salon, ouvrait sur leur chambre. Une grande penderie pour elle, une commode pour lui. Un lit à barreaux, où une paire de menottes en acier était encore accrochée. Law rougit un peu et Ace se mordit la lèvre pour réprimer un sourire trop grand.
- Joueuse… ?
- Et joueur aussi, murmura Law en s'appuyant à l'encadrement de la porte.
Ace s'arrêta au milieu de la grande pièce à vivre et laissa son regard errer sur ce qu'avait été la vie de Law et Jewelry, avant que tout ne bascule.
Des vêtements étaient encore suspendus au séchoir, des livres de médecine pêle-mêle au milieu des romans abandonnés sur la table basse, une tasse de café depuis longtemps évaporé laissée sur l'accoudoir du canapé…
Un plaid, où Ace était prêt à parier qu'ils se lovaient tous les deux. Quelques dessins suspendus à des fils, ci et là ; des croquis au fusain. Il s'en approcha et sourit en voyant qu'il ne s'agissait que de schémas anatomiques.
Son regard se promena sur le reste du salon et un détail attira son attention ; là, sur la table basse. Il se rapprocha et saisit l'objet en question, le soulevant à la lumière des rayons du soleil.
Une peluche.
Un petit ours blanc, à l'apparence neuve.
- Il s'appelle Bepo.
Ace jeta un regard à Law et vit les larmes sur son visage, malgré le léger sourire qui étirait ses lèvres.
- Qu'est-ce que…
. . . . .
Oh. Putain de réveil.
J'ai une flemme monstre, ce matin.
Une main caresse mes cheveux et je souris malgré moi.
- J.J….
- Lève-toi, grosse marmotte.
Je me retourne et je prends ses lèvres. Roses et gourmandes, qui se mêlent si bien aux miennes… je l'aime. Je l'aime plus que tout ce que j'ai au monde.
Elle est la chance que je n'aurais jamais dû avoir,
mais que j'ai su saisir quand elle s'est présentée.
Elle sourit contre mes lèvres et se pelotonne contre moi. Je respire son odeur, je savoure la douceur de sa peau. Ma bouche erre dans son cou, le long de sa clavicule ; elle pouffe mais gémit doucement quand mes lèvres caressent ses seins à travers le tissu de son débardeur. Je tire sur une bretelle et ma langue prend le relai de ma bouche.
J'ai envie d'elle.
Encore.
- … Law… tu vas être à la bourre, halète sa voix.
- Et alors… ?
Mes doigts retracent ses courbes, minces et délicates.
L'arrondi de sa poitrine, le dessin de ses flancs, l'incurvé de sa taille et de ses hanches… finalement, ma bouche s'arrête sur son ventre et j'y pose mon oreille en fermant les yeux.
Un pied minuscule me pousse et je souris, alors que Jewelry caresse mes cheveux.
- Déjà réveillée… ? demandé-je, amusé.
- Depuis longtemps. Il n'y a que toi qui dors comme une souche, dans cet appartement.
J'embrasse son ventre rond avec tendresse et je laisse mes doigts retracer la petite ligne marquée qui court sous son nombril. Jewelry s'agite et repousse mes doigts en riant, chatouilleuse.
Je remonte à son visage et je l'embrasse encore ; j'ai l'impression que je ne m'en lasserai pas, même après ces dix années déjà passées à ses côtés.
- T'as vraiment l'air épuisé, murmure-t-elle en caressant mes cernes du bout des doigts.
- Shashi était trop malade, alors j'ai assuré sa garde, tu sais bien.
- Soixante-douze heures sans dormir… t'as l'air d'un panda dépressif qui a pris l'eau. T'as encore besoin de récupérer, on dirait.
- J'adore quand tu me complimentes.
Elle rit, et je ne peux m'empêcher de la trouver belle, encore, en vieux pyjama et les cheveux de travers.
- Ça va aller, toi, aujourd'hui… ?
Je m'inquiète, comme toujours, quand la fatigue tire ses traits. Mais elle est intraitable et refuse de se faire arrêter, sous prétexte qu'elle n'est qu'à cinq mois de grossesse. Idiote trop têtue.
- Bien sûr que oui, ta petite baleine n'en est pas encore au stade de faire craquer le sol de la salle d'opération ou de bloquer l'ascenseur… rit-elle.
Elle se lève, assise au bord du lit ; je passe mes jambes de chaque côté des siennes et je la serre contre moi, en inspirant son parfum ; mes mains caressent son ventre arrondi et elle sourit en entrelaçant nos doigts.
- On doit y aller, Traf'… Eustass va vraiment nous tuer si on est en retard.
- Eustass-ya va me tuer… toi, il t'aime trop pour oser élever la voix. Et il a trop peur de s'en ramasser une.
Notre service est mouvementé ; la chirurgie est toujours sur les starting-blocks, et chaque jour, chaque heure apporte son nouveau lot de blessés à opérer en urgence.
Jewelry a menacé d'émasculer Kid, notre chef, s'il s'avisait de l'éloigner un tant soit peu des blocs opératoires, et je pense que le message est plutôt bien passé.
Mais bon, notre garde commence – pas de chirurgie aujourd'hui, seulement une garde au service des urgences, « histoire de nous rappeler qu'on est encore des foutus gamins », d'après Kid – et un coup d'œil à la pendule qui indique vingt-et-une heures m'arrache un grognement. Tu parles d'une vie…
. . . . .
Ace était abasourdi ; son regard balaya la petite chambre, à côté de celle de Law et Jewelry. Il y entra à la suite de Law et contempla l'intérieur avec le ventre noué. Le petit lit à barreaux était déjà monté, mais la commode restait encore en kit, avec l'armoire. La table à langer était en cours de réalisation, au milieu des cartons et des vêtements en attente d'une étagère. Il y avait déjà des jouets, ci et là, et des peluches sur une couverture posée au sol.
« Un test de grossesse. C'était ça, dans le paquet cadeau… ? »
Law tendit le bras et fit tourner, pensif, le mobile accroché à la tête du lit de leur bébé. Quelques notes de musique résonnèrent et Law laissa son bras retomber, ses yeux accrochant la peinture que Jewelry avait faite pour décorer le mur du fond.
. . . . .
Je suis pressé, comme d'habitude. Les urgences sont toujours pleines à craquer malgré la nuit bien avancée, et Shashi et Penguin vont et viennent sous les indications d'Eustass, notre médecin référent.
J'ai la liste de tous les bilans sanguins à aller chercher ; c'est à l'autre bout de l'hôpital, et je n'ai vraiment pas le temps pour ça… les salles de consultations sont pleines et je vais perdre un temps précieux.
Je décroche le téléphone mural et j'appelle Jewelry sur son portable ; elle décroche au bout de quelques sonneries, un peu surprise.
- Ça ne va pas… ?
- Si, si, j'suis désolé d'te déranger… tu veux bien me remonter les derniers résultats du labo en revenant, s'te plaît ?
- Tu fais chier, Law, soupire sa voix.
- Ouais, je sais, j'suis désolé, mais là j'suis overbooké… !
- Ça s'payera en parties de jambes en l'air.
- Promis, tout c'que tu veux, dans toutes les positions. Levrette, petite cuillère, l'amazone, Andromaque… c'est toi qui choisis.
Je sens le sourire dans sa voix, et je ne peux m'empêcher de sourire moi aussi ; je suis fou de cette femme.
- Autant que mon gros bide me le permet.
- J'ai pas eu l'impression que c'était gênant, hier après-midi. Et hier matin non plus… et avant-hier, et avant-avant-hier, et…
- C'est moi la femme enceinte bourrée d'hormones censée être obsédée, pas toi, crétin… !
- Tu penses que je vais m'excuser d'avoir envie de te faire l'amour chaque jour… ?
Elle rit, et toussote pour se reprendre – elle fait toujours ça quand elle rougit, ou qu'elle est un peu gênée. Ça veut sûrement dire qu'elle n'est pas seule, et l'imaginer virer couleur tomate alors qu'elle parle de sexe au téléphone à côté de nos collègues me fait marrer.
- Ta fille va se demander pourquoi la terre tremble, argumente-t-elle une dernière fois.
- Elle fera des galipettes avec nous, t'en fais pas pour elle. Elle a l'habitude.
- Bon, d'accord… à tout à l'heure, sale pervers.
- Je t'aime, bébé.
- Je t'aime aussi, Doc, sourit-elle avant de raccrocher.
Je retourne à mes examens et je me bidonne en voyant Shashi trébucher et s'étaler de tout son long sur le lino. Andouille.
Jean Bart, le colosse qui nous sert d'ambulancier, est mort de rire, et l'atmosphère se détend d'un iota, avant que Kid ne se ramène de son éternel air pas commode et nous demande de nous activer. Je cite : "On est pas à crèche, bande de crétins !" ... on prend note.
Dans le premier bloc, une fillette s'est ouvert le genou et saigne comme c'est pas permis. Sa mère est dans tous ses états et je songe brièvement qu'au moins, avec Jewelry, notre fille n'aura pas de crises de larmes venant d'une mère dépassée.
J'ai presque plus de mal à la calmer que la gamine, qui ne bronche pas quand je pique la blessure avec quelques doses de xylocaïne.
- Ça va… ? je ne te fais pas mal ?
- Non ! pas mal du tout ! bafouille-t-elle avec la bravoure des enfants qui se retiennent.
Elle pleure, mais elle essaye de ne pas se faire remarquer ; ça me plaît. J'ai rien contre les gosses, même si j'en suis pas un fan inconditionnel... surtout quand ils braillent pour rien. Mais bientôt, la douleur s'estompe et je peux commencer les sutures.
Il y a du bruit, de l'agitation dans les couloirs ; ça gronde, j'entends des éclats de voix.
Une urgence, le plus souvent. Un type qui arrive en miettes, fracassé dans un accident de voiture. C'est le lot commun et il faut apprendre à y faire face, même si c'est usant de travailler dans des conditions comme ça. Mais j'y renoncerais pour rien au monde – c'est cet univers-là qui me plaît. La frénésie, l'agitation. Ça permet de ne pas penser. Je déteste l'oisiveté.
- Law !
- J'ai pas l'temps, là ! rétorqué-je en terminant la suture.
Je nettoie la plaie, pose un pansement et réponds aux inquiétudes de la mère, qui me toise d'un regard en biais assez lourd pour être insultant – elle a vu les tatouages sur mes mains, mes avant-bras et mon cou et elle flippe, alors que ça amuse sa fille. Elle balise à mort.
Ben tiens. Comme si j'allais assassiner la gosse.
- LAW !
- Plus taaard !
J'peux pas être au four et au moulin. J'ai déjà bien assez à faire avec mes-…
La porte s'ouvre dans un fracas innommable ; la mère et la fille sursautent, et je me tourne pour jeter un regard noir à celui qui ose rentrer ainsi alors qu'il n'y est pas autorisé sans s'être annoncé.
Ma réplique cinglante se perd dans ma gorge quand je vois Penguin, le regard halluciné, blême comme la mort. Il transpire tellement que sa sueur goutte sur sa blouse.
- Qu'est-ce que…
- Pardon, j'suis désolé, faut qu'tu viennes… !
Il ne me laisse pas le temps du pourquoi et du comment ; sa main agrippe mon bras et je me fais traîner dans le couloir, où c'est le branle-bas de combat général.
Kid, au téléphone, est d'une lividité affolante.
Déjà qu'en temps normal, ce type a pas le visage le plus avenant du monde, mais alors là… il me voit et j'ai l'impression qu'il va tourner de l'œil. Quoi, j'ai un scalpel planté dans l'oreille ou …? ça veut dire quoi ce regard ?
Il me regarde avec un mélange indescriptible de terreur, de chagrin et de prudence, comme s'il allait s'adresser à une bête blessée.
- Law, mon vieux, écoute, tu…
Shashi arrive en courant par l'aile nord ; il est tremblant et son visage n'est pas mouillé de sueur, mais de larmes. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
- … … … Jewelry, souffle sa voix cassée.
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Euh... me dites pas que vous vous y attendiez pas... ? 'fin le titre, la "partie I"... toussa... non... ? ah. Navrée.
La suite arrive vite. J'espère que ce qu'il y avait dans le coffre vous a convenu. N'hésitez pas à me faire part de vos avis à ce propos ! vos appréciations mais aussi vos déceptions, je les attends avec plaisir (et un peu de crainte, j'avoue) ! et sur le reste, tout ce qui concerne Jewelry et Law... bref, reviews et PM sont bienvenus, comme toujours, pour avoir vos ressentis !
Je vous dis à très vite pour le chapitre 26, promis ! [C'est quoi très vite... ?] Genre... dans deux jours...? [... bien négocié.]
