Oyaho mina' !

Bon, j'ai eu beaucoup de récriminations au milieu de vos compliments, j'me suis plutôt marrée, je vous le cache pas ! euh... y'en a qui me font vraiment transpirer dans leurs commentaires, vous avez des idées qui se... rapprochent... dangereusement... *toussote* faut que vous arrêtiez de me faire peur, z'êtes trop perspicaces... (et en vrai... j'aime beaucoup Rouge et Roger ;) )
Bref, je vous remercie pour toutes vos attentions et vos messages de soutien, je sens que mon travail est vraiment apprécié et j'espère ne pas vous décevoir avec la fin de AECQTMS, ni mes prochaines aventures.
Merci à aure-mi (j'veux pas qu'tu meures!), Bubulle (même sans dico, j'adore tes reviews^^), carmin (ta review m'a explosée de rire! "voir combien de temps il met avant de virer au violet"... pffhaha) et Partoche, les anonymes :) Je vois que tout ça vous chamboule beaucoup et que vous avez beaucoup d'interrogations... j'espère que vous trouvez les réponses à vos questions dans chacun des chapitres... et créez-vous un compte, les jeunes ! ça serait cool de pouvoir vous répondre plus longuement :)

Clin d'œil à Mana.Y ! je t'avais dit que j'utiliserai ta phrase ;)

J'arrête de palabrer... vous avez suffisamment attendu. En route pour le dernier chapitre, et...

Enjoy it !


« I heard that you're settled down...
That you found a girl and you're married now.
I heard that your dreams came true...
Guess she gave you things I didn't give to you. »

Adele

.

« Yop, vous êtes chez qui-vous-savez, je suis où-vous-savez-pas…
Alors laissez ce que vous pensez après vous-savez-quoi… ciao. »

Respiration.

« Ace ? c'est moi.
J'aurais aimé te revoir une dernière fois.
Si je le pouvais… je te dirais les mots que
je n'ai pas pu te dire il y a quatre ans.
Genre… »

Silence.
Soupir.
Hésitation.

Regrets.

« … je t'aime. »

Raccroche, et quitte la cabine téléphonique.

. . . . .

*quelques temps plus tard – Big Sur, Burns State Park, Californie*

Law coupa le moteur de l'Aston, récupéra son sac et sortit de la voiture, claquant la portière avant de retirer ses bottes et de les jeter à l'arrière ; pieds nus dans le sable chaud, il verrouilla le véhicule d'un tour de clés, rangea le trousseau au fond de sa poche et dévala la pente douce qui menait sur la place, déserte, sous le soleil aveuglant de l'été.

Juillet n'était pas le plus beau mois en Californie, mais le climat était doux et surtout, quasiment personne ne venait dans ce petit coin perdu. Une autre façon pour lui d'avoir définitivement la paix.

Il s'assit en tailleur dans le sable, fouilla dans son sac et en sortit son classeur, bourré de feuilles et de fiches ; encore heureux qu'il n'y ait pas de vent ce jour-là. Il se voyait mal courir après ses fiches pour finalement les voir amerrir dans l'océan.
Il ouvrit les derniers livres empruntés à la bibliothèque et les posa dans le sable, feuilletant ses cours pour retrouver les dernières lignes. Il n'avait qu'une envie – dormir, ce qu'il n'avait pas fait depuis soixante-douze heures, mais demain était sa dernière épreuve et il ne pouvait pas se permettre de rater maintenant. Tout s'était plutôt bien déroulé jusque-là : l'épreuve pratique lui avait arraché au moins un demi-litre de sueur, mais ses mains n'avaient pas tremblé, sous le regard de Kid et des examinateurs.

Personne n'avait bronché en voyant les vieilles estafilades le long de ses poignets, entre la blouse et le gant ; Kid avait eu le regard dur, et Law s'en était voulu d'avoir essayé de se foutre en l'air une décennie auparavant, tout en sachant que d'autres personnes l'appréciaient et avaient été prêtes à tout pour le sauver.

Les examens théoriques étaient quasiment terminés, et il n'aurait que sept petits jours à attendre avant d'être définitivement fixé sur l'avenir de ses choix et des sacrifices qu'il avait faits pour en arriver là.

Alors, pourquoi est-ce que ses souvenirs avaient décidé de refaire surface aujourd'hui… ?

Le jour de son dix-huitième anniversaire, il avait annoncé à son père qu'il partait vivre avec Jewelry. Doflamingo l'avait longuement considéré, assis dans son fauteuil en cuir, à son bureau ; Law se rappelait de la musique tzigane qui s'élevait du gramophone, du visage fermé de l'homme qui l'avait élevé à la mort de ses parents, quelques temps après leur arrivée aux Etats-Unis.

« - Tu n'es ni mon sang, ni ma chair, mais je t'ai toujours traité comme mon propre fils. Tu étais celui que je prédestinais à prendre ma place un jour. Et toi… toi… tu me trahis d'un coup de couteau dans le dos.

- Jewelry m'a demandé de choisir. Et si je la perds, je perds tout.

- J'ai longtemps cru que tu étais un pantin, Law.

- Je l'étais. Jewelry a coupé tes ficelles, c'est tout.

- Je voulais que tu reprennes les rênes. Je t'ai toujours réservé la place de cœur, dans cette famille. Et tu me quittes pour une foutue bourge ? s'agaça l'homme aux cheveux d'or.

- Elle m'a fait voir beaucoup plus loin que la vie que tu m'offres. Et je préfère n'être rien avec elle plutôt que roi dans le royaume pourri que tu diriges. Je ne suis pas fait pour ça.

- Si tu pars... il n'y aura pas de retour possible. On ne quitte pas la famiglia, sauf à vouloir mourir.

- Je le sais. Je te remercie de t'être occupé de moi toutes ces années, mais… le jeu s'arrête là.

- Le jeu ne s'arrête jamais, Law, soupira Doflamingo en contemplant son fils.

- … alors… je me couche et je quitte la table.

Je tourne les talons et la musique s'arrête.

- Je t'aimais, Trafalgar.

- Moi aussi, papa.

J'inspire profondément, la main sur la poignée de la porte.

- … j'suis désolé, murmuré-je avant de franchir le seuil, laissant mon père seul dans son bureau. »

Trouver un appartement n'avait pas été simple ; étudiants, sans réel emploi, ils avaient eu un mal de chien à trouver un propriétaire qui accepte de leur louer un studio sans garant. L'apparence de Law n'inspirait pas confiance, mais J.J. ne désespérait pas. C'était ce qui la différenciait de lui, encore une fois - elle n'abandonnait jamais. Ils avaient atterri dans un une-pièce de quatorze mètres carrés. Shashi et Penguin les avaient aidés à s'installer et la pièce comportait un lit à même le sol, deux lampes, une table basse, des étagères... et un réchaud à gaz pour dîner. La salle de bain n'avait qu'une douche et un lavabo. Même pas de lumière, et des raccords défectueux.

« - Law, qu'est-ce que tu fous... ? y'a vraiment pas la place...!

- Arrête de brailler, je m'entends plus penser.

Je me glisse avec elle dans la douche, dans le noir ; l'espace est tellement exigu que mon corps se colle à son dos, et je sens un frisson lui hérisser la peau. Je la vois à peine, dans la pénombre, même si elle a laissé la porte ouverte pour avoir la lumière de la pièce d'à-côté. Mes lèvres trouvent son cou, sous ses lourds cheveux gorgés d'eau que je repousse, avant de l'enlacer pour la serrer contre moi.

- ... on trouvera mieux, t'en fais pas. Je vais trouver du boulot et je vais nous sortir de là.

- Je suis très bien, ici, sourit-elle en se penchant pour savonner ses jambes.

Je songe vaguement qu'il va lui arriver de très gros ennuis si elle continue à faire ça, mais j'essaye de ne pas trop y penser. Elle se trouve bien, là... ? parfaitement heureuse et épanouie...? j'ai du mal à y croire.

- ... parce que je suis avec toi, murmure sa voix quand elle se redresse. Et être avec toi... ça rend n'importe quel endroit plus beau.

J.J... Je souris et je la serre plus fort contre mon torse. »

C'était très loin du luxe dans lequel ils avaient tous les deux vécu... mais peu importait. Quand la température chutait, ils terminaient sous les couvertures, où ils se réchauffaient autrement – ça faisait beaucoup rire Jewelry, qui finissait par l'accuser de faire des courants d'air juste pour prétexter une séance de sexe sous les draps.

« ... elle n'en a jamais eu la preuve formelle » toussota sa conscience.

Law eut un sourire mélancolique.

La première chose qu'elle avait faite, c'était le faire décrocher de tout ce qu'il prenait ; il avait longuement réfléchi, mais elle ne lui avait pas vraiment laissé le choix. Quand elle l'avait surpris à se piquer une énième fois, J.J. lui avait laissé deux options : repartir dans son royaume et profiter des quelques années qu'il lui restait à vivre, ou rester avec elle, et tomber pour mieux se relever. Pour toute réponse, il avait jeté toutes les substances qu'il possédait dans le Ridgleys Cove, le port le plus éloigné de leur appartement. Elle l'avait embrassé et lui avait demandé de lui faire confiance, avant qu'ils ne rentrent pour sa première soirée de sevrage. Il avait eu ses crises de manques dès les premiers jours ; il y avait eu ses hurlements, ses menaces, mais elle avait été inflexible et avait tout enduré sans jamais le laisser craquer.

« - Law, lève-toi.

- Fous-moi la paix, putain.

Cette douleur... je sais que l'héroïne était la pire chose que je pouvais prendre. Que le sevrage, en plus d'être pénible... allait me donner l'impression de brûler dans l'Enfer que je méritais. Le pire est passé, mais... tout ce que je veux, c'est une dose. Une putain de dose, pour calmer la douleur...

- Baisse d'un ton.

- Dégage. Barre-toi !

Je lui lance la lampe du chevet et une trombe d'eau glacée me tombe sur le visage. Je crie et me redresse dans le lit trempé, furieux ; Jewelry me toise avec sévérité.

- Bouge-toi, j'ai eu un mal de chien à t'avoir ce taf, et tu vas aller bosser.

- Ton taf, fous-toi-le au cul et m'emmerde pas !

De quel droit est-ce qu'elle vient m'emmerder comme ça...? elle me fait déjà suffisamment chier, et j'en bave assez pour pas avoir à la supporter en plus de tout ça ! Elle contourne le lit et m'attrape par la cheville pour me tirer brusquement à elle ; j'en ai ras-le-cul. Je la saisis par le coude et la plaque dans les draps mouillés, mon corps surplombant le sien. Elle ne bronche pas et soutient mon regard, en levant difficilement une main pour toucher mon front.

- … tu as encore de la fièvre, murmure-t-elle en descendant à ma joue.

- La faute à qui ?!

- La faute à l'héroïne que tu t'es injectée pendant trois ans.

Je veux trouver quelque chose à répliquer, mais Jewelry a raison. Je me rends compte que mes mains écrasent ses bras entre les draps, et qu'elle est terriblement pâle sous son air sérieux.
Je la terrorise.
Ma crise de fureur s'évanouit aussi vite qu'elle est apparue et je me redresse, relâchant mon étreinte. J.J. grimace et je m'en veux encore plus en voyant la marque de mes doigts imprimée dans la chair de ses bras.

- Pardon, soufflé-je en les amenant à mes lèvres pour parsemer les rougeurs de baisers. « Je… te demande, pardon, je… »

- Il va falloir que tu fasses de sérieux efforts, Law.

- Je… je sais, je… je te promets de faire ce que je peux…

- Ce n'est pas suffisant. Fais-le, simplement. Arrête d'essayer.

Elle m'attire dans ses bras et me donne un long baiser, que je lui rends avec toute la douceur dont je suis capable. »

Une année entière, avant qu'il ne puisse tenir à nouveau une dose d'héroïne dans ses mains sans avoir envie de se l'envoyer dans les veines. Une année, qui s'était soldée par le passage de leur premier concours de médecine. Jewelry lui avait collé une seringue prête à l'emploi dans la main et il l'avait longuement contemplée, songeant à tout ce que cette cochonnerie lui avait apportée... tout en lui retirant plus qu'il ne l'avait imaginé. Il s'était contenté de sourire et l'avait lancée à l'eau, comme les autres, avant de remercier la femme de sa vie d'un baiser passionné.

En parallèle du parcours du combattant qu'était son sevrage, Jewelry l'avait obligé à s'inscrire avec elle en médecine, quelques jours après leur emménagement ; il n'était absolument pas intéressé par l'idée d'aller à l'école. Il l'avait arrêtée le plus tôt possible, ce n'était pas pour remettre les pieds dans un endroit qu'il avait toujours considéré comme étant totalement inutile.

Les premiers jours, il avait refusé de prendre quoique ce soit en note. Prenant bien soin de montrer à Jewelry qu'il ne s'impliquerait pas là-dedans. Elle s'était contentée d'un petit sourire… et lui s'était pris de passion pour tout ce qui y était enseigné. Elle n'avait pas bronché quand elle l'avait vu passer sa première nuit blanche à récupérer tout ce qu'il avait manqué la première semaine.

Elle lui avait fait voir tellement plus loin que la vie déphasée et criminelle qu'il menait…

Avec J.J., ils avaient passé tous les prérequis à leur autorisation d'exercice : quatre années de cycle préparatoire, suivis de trois années d'étude et de premier internat pour mériter le titre de Doctor of Medicine. Ils avaient ensuite obtenu leur formation de deux années supplémentaire pour avoir leur license et le grade de médecin généraliste… ne manquaient plus que les quatre années de spécialisation nécessaires pour devenir chirurgiens.

Et ce Noël-là... Law eut un autre sourire en contemplant le va-et-vient de l'océan.

« Le cadeau m'intrigue. Je ne sais pas ce que c'est... un plumier ? j'ai une écriture merdique – un vrai docteur, tiens – et je préfère les stylos. Jewelry a l'air anxieuse, assise en tailleur en face de moi, près du sapin miniature. Elle croit que je ne vais pas aimer...?
Je tire le ruban et je déplie le papier kraft ; une boîte. Mouarf. Je l'ouvre en me demandant ce que je vais trouver à l'intérieur, et mon expression doit être parlante. Je sais que je suis... dangereusement pâle.

Un test de grossesse.

Deux traits.

On fait beaucoup de choses avec deux traits dans la vie... un T. Un X. Un circonflexe. Un chromosome. Des liaisons covalentes sur un atome d'oxygène. Un hybridation de deux brins d'acide nucléique. Une translocation pendant un phénomène de méiose.
La vache... j'ai mal au crâne.

Ma vision se brouille.
... avec deux traits, on fait un bébé, visiblement.

Jewelry tire une tête... je me demande à quoi elle pense, de la même manière qu'elle doit se demander ce qui se passe dans ma tête. Elle a peur. Peur de ma réaction. Ça fait partie des choses que j'ai apprises à sentir... la trouille monstre qui émane d'elle me perturbe, mais elle n'a pas tort. Je ne suis réputé ni patient, ni doux. Elle sait que j'ai horreur des mômes. Que j'ai toujours répété qu'il était hors de question d'en avoir.
Mais une fois devant le fait accompli... on reconsidère ses valeurs et ses
a priori. Je n'ai pas le choix, de toute façon. Je relève la tête et mes larmes coulent enfin.

Ce que je pensais être la fin du monde est en fait ce qu'il peut m'arriver de mieux. C'est la seul chose qu'il me manquait.
Mes larmes n'arrêtent plus de couler et Jewelry est stupéfaite ; je ne suis pas certain qu'elle m'ait déjà vu pleurer. Abattu, oui, mais jamais d'effusions lacrymales. Ça doit lui faire un sacré choc.

- Combien... ?

- Presque trois mois. J'me suis fait une prise de sang au labo la semaine dernière pour être sûre. Et j'ai demandé à Basil de m'en faire une aussi, histoire d'avoir deux avis. Je lui ai fait croire que j'voulais un check-up complet... mais tu sais comment il est. Il a deviné, ce crétin, alors qu'on avait même pas encore les résultats. Il m'a dit que t'allais me tuer et faire un feu de joie avec mes restes, il sait que tu détestes les gosses, sourit-elle faiblement. J'suis désolée... si tu veux pas du bébé, il a falloir que tu me fasses passer l'arme à gauche. J'ai déjà dépassé le stade de-mmpf...!

Je la fais taire d'un baiser, et ses larmes à elle se mêlent aux miennes.
Par pur réflexe, je pose mes mains sur son ventre ; comment est-ce que j'ai fait pour ne pas le remarquer... ? médecin, et pas foutu de voir que sa future femme est enceinte... ! mais Jewelry a des formes. Pas facile à deviner, surtout que je l'ai à peine touchée, ces trois dernières semaines – trop de boulot à l'approche de Noël. Son ventre est encore plat sous mes paumes mais je sais que très bientôt, je pourrai le voir s'arrondir.
Jewelry hurle au drame quand la balance lui indique deux kilos supplémentaires, alors avec quatorze de plus... ça va devenir explosif. Mais je suis prêt à prendre le risque.

- ... t'es pas fâché...?

... idiote. Je l'aime trop pour lui en vouloir de quoique ce soit. »

Ils devaient achever leur première année de résidence en octobre, et leur vie s'était brusquement arrêtée en pleine ascension, ce jour de mars, alors qu'ils avaient enfin tout ce qu'ils avaient toujours voulu.

Law baissa les yeux vers ses feuilles et contempla son écriture brouillonne, pensif.

On lui avait pris ses parents dans l'incendie de leur maison alors qu'il n'avait même pas quatre ans ; il ne gardait aucun souvenir de sa vie avant l'incident. Strictement aucun. Et il n'avait rien pour s'en souvenir... plus de photographies, rien. Le visage de ses parents s'était envolé de sa mémoire, de la même manière que le feu avait fait disparaître tout ce qui faisait leur vie. C'était Doflamingo qui l'avait trouvé, errant sur le trottoir, couvert de suie et les vêtements en loques, à quelques mètres de la maison en flammes.

« Je recule. C'est chaud, trop chaud. Trop de lumière. Mal aux yeux.
Il y a une voiture qui s'arrête, et des gens en noir en sortent. C'est pas les pompiers. Maman elle dit qu'ils sont beaux avec leurs casques et leurs vêtements. Eux... eux, ils font peur.

- C'est ta maison, bonhomme...?

Lui... lui il fait moins peur. Il est grand... trèèèès grand. Grand comme la porte de la maison. Il s'accroupit et il retire les lunettes bizarres qu'il porte. Ses yeux sont bleus, comme ceux de Maman. Il tend la main et je recule en tirant mon bonnet sur ma tête.

- C'est ta grenouille ?

Ah, oui. Je l'ai cachée dans mon tee-shirt, mais je sais pas si elle aime. Elle respire vite, j'crois qu'il lui faut de l'eau.

- Mmmn.

- Comment elle s'appelle ?

- Elle a pas d'nom.

Il sourit et cette fois, je me laisse faire quand il caresse ma joue. Il a les mains toutes noires... Je me frotte et je vois que je suis noir de partout. Ça sent bizarre, et ça me fait tousser.

- Viens avec moi. On va s'occuper de toi et de ta grenouille.

Maman dit que je suis... co...conco...concilo... conciliant...? je l'aime bien, lui. Je me laisse faire. Il a des cheveux dorés, c'est joli. Il me prend dans ses bras... ses mains sont grandes et chaudes. Il sent le même parfum que papa. L'eau de Cologne, qu'il appelle ça. J'aime bien. Son manteau est bizarre. En plumes roses... le rose, c'est pour les filles...! mais c'est doux. Moelleux, comme le pull en laine de maman. Mais c'est pas pareil. Je touche... j'aime bien toucher les choses. Pour savoir ce que c'est. Oui, c'est doux sous mes doigts. Je l'entends rire, on entre dans la voiture, et la portière se referme. »

Son père lui avait expliqué, des années plus tard, qu'il n'avait pas d'enfant et qu'il avait agi sous le coup d'une impulsion. Et puisque Law s'était contenté de s'accrocher à son cou quand il l'avait emmené…

Un premier traumatisme, dont il ne se rappelait rien, mais qui avait certainement laissé ses marques dans son inconscient.

On lui avait volé ce qu'il lui restait d'innocence le jour de son quatorzième anniversaire, quand Alvida lui avait collé une arme dans la main en lui ordonnant de tuer le type assis devant lui, dont il ne connaissait même pas le nom. Il avait regardé par-dessus son épaule et Doflamingo s'était fendu d'un sourire retord.

« - Vas-y, Law.

- … qu'est-ce qu'il a fait ?

- Il te dit de le faire, alors fais-le ! s'écrie Alvida, agacée par mon hésitation.

- T-t-t, doucement, Alvi, murmure Doflamingo en la foudroyant du regard.

- Pourquoi est-ce que je dois faire ça… ?

- Pour me faire plaisir. Pour me montrer que tu mérites la place que je t'accorde dans notre famille, explique le géant blond avec une certaine douceur. « Tu veux me faire plaisir, n'est-ce pas, Law… ? »

Je tourne la tête et contemple la silhouette tremblante qu'Alvida a fait mettre à genoux, la tête baissée vers le sol.

Est-ce que je veux faire plaisir à mon père ?
Oui, bien sûr.
Je pose mon doigt sur la détente et tire.

Le bruit est assourdissant, mais j'y suis habitué depuis longtemps. En revanche, le sang qui m'éclabousse est quelque chose que je n'ai pas encore expérimenté. Je n'entends que le rire d'Alvida, sens sa main me tenir le menton et sa langue lécher ma joue et le coin de mes lèvres pour récupérer les perles de sang qui ruissèlent sur ma peau. Ignoble. La main large et chaude de Doflamingo se pose sur mon épaule et ses lèvres se rapprochent de mon oreille.

- Bienvenu dans la famille, Law. »

On lui avait arraché ce qu'il avait chéri le plus dans toute sa vie. Il s'était imaginé passer le reste de ses jours avec la femme merveilleuse qui partageait ses draps, et une petite fille aussi douce mais déterminée que sa mère. Il avait eu l'audace de désirer ce qu'il ne pouvait visiblement pas avoir, et une force quelconque s'était arrangée de rétablir l'ordre des choses. Il avait tout eu et se retrouvait avec le néant.

On lui avait retiré définitivement le droit d'accorder son amour à quelqu'un quand Gol D. Roger était venu récupérer son rejeton. Quand il avait cru pouvoir être heureux à nouveau, le destin s'était chargé de lui faire passer le goût du bonheur de la pire des façons. Le souvenir d'Ace retenu par les agents de son père, en larmes, les bras tendus vers lui... lui fit de la peine, encore.

Il s'était résigné à la mort de Jewelry. Il ne croyait pas à un au-delà et il savait au fond de lui qu'il ne la reverrait jamais. Ni leur petite fille. C'était un deuil qu'il devait faire coûte que coûte, sans retour en arrière. Pas de regrets possibles, puisqu'il n'y avait plus rien à espérer ; la mort avait ce quelque chose de définitif, qui vous mettait au pied du mur.

Mais perdre Ace, tout en sachant au fond de lui que le gosse était toujours de ce monde et qu'une vie avec lui lui était totalement impossible… c'était pire que tout.

Il s'était accordé une semaine le droit de pleurer Ace et la perte de sa tête à flammes ; sept jours, recroquevillé sur la banquette arrière de l'Aston, à pleurer toutes les larmes de son corps.

Quand le flot de ses larmes s'était tari, quand sa voix s'était éteinte, lasse d'avoir trop crié et sangloté, et quand la brûlure du tatouage s'était faite trop intolérable, il avait roulé jusqu'à l'hôtel le plus proche et s'était enfermé à double tour dans la salle de bain, sous le jet brûlant de la baignoire. L'eau lui avait rappelé sa torride séance de sexe avec Ace sous la douche, à Rio ; mais ses larmes n'avaient pas coulé – au contraire. Un mince sourire en coin avait étiré ses lèvres à ce souvenir, alors que la douleur de son cœur semblait moindre.

Il avait mûri, encore, en acceptant le vide qu'Ace avait laissé après avoir comblé celui qu'avait causé la mort de Jewelry et de leur petite fille. Il avait pris son temps pour reprendre figure humaine, s'était longuement douché, rasé, et s'était occupé de son tatouage encore récent, en se demandant si Ace, sa tête de linotte, pensait à faire la même chose de son côté. Il avait ressorti ses cours et s'était rendu à Johns-Hopkins pour payer cash la fin de sa scolarité, et reprendre ses études où il les avait arrêtées.

Demain sanctionnait ses derniers examens pour être chirurgien titulaire, et il avait hâte d'en finir avec cette paperasse ; il avait oublié à quel point ses travaux de recherches étaient compliqués, mais ils lui permettaient de ne pas penser.
Il avait choisi de s'occuper uniquement des greffes. Peu importe l'organe concerné. C'avait été... un peu compliqué, mais Kid n'y avait pas vu d'objection. Autour d'une bière, Shashi et Penguin lui avaient demandé pourquoi, alors qu'il avait le niveau pour pousser encore plus loin.

Il s'était contenté de leur dire que parfois,
il suffisait que quelque chose vienne combler un manque pour que la machine reparte.

Kid l'avait repris sous son aile, avec une patience qu'il ne lui aurait jamais soupçonnée – il n'était pas indulgent, au contraire, il se comportait plus que jamais en tyran, mais il s'était engagé à faire de lui un véritable chirurgien et jusqu'ici, ni l'un ni l'autre n'avait failli, malgré leurs disputes et les haussements de ton quotidiens.

« Par haussement de ton, tu veux dire : "Va te faite foutre, connard !" et "Je t'emmerde, vieux mec !" ? » s'enquit sa conscience.

Law sourit et décolla brièvement le nez de ses cours pour contempler le va-et-vient de la mer, songeur.

Shashi et Penguin l'avaient accueilli comme si une journée les avait séparés, au lieu d'une année complète. Il était arrivé avec sa blouse et ses cours et ils s'étaient contentés de lui tendre une tasse de café en lui grognant qu'il était en retard – tout en désignant la pendule qui indiquait huit heures cinq – avant de lui sauter dessus et de lui ébouriffer les cheveux en lui épelant le nom des nouvelles infirmières du service.

Il avait repris leur routine et le temps avait fait son œuvre ; il avait réinvesti pendant une courte période son ancien appartement et s'était occupé de faire le vide, ne gardant avec lui que la peluche de l'ours blanc, la paire de talons vertigineux que Jewelry affectionnait, ses bretelles loufoques et son éternel bonnet vert.

Il replongea le nez dans ses cours et noircit ses pages de notes, marmonnant pour lui-même ; son examen était à San Francisco et il avait tenu à venir ici, à Big Sur, pour sa dernière soirée de révision. Un endroit où il se sentait en paix avec lui-même, et où le souvenir d'Ace soupirant de plaisir sous son corps s'était gravé dans sa mémoire.

Il enfila ses écouteurs et reprit ses notes, tournant les pages de son encyclopédie.

« Veine saphène, veine saphène…
se connecte dans le système veineux profond… veine poplitée… »

« Pitiéééééé, laisse-moi dormiiiir ! » beugla sa conscience.

« Tu vas pas m'lâcher maintenant, c'est la dernière ligne droite. »

« Va t'empaler sur ton drapeau à damiers, tiens ! »

Il n'avait renoué qu'une seule fois avec ses vieux démons ; quand ses yeux s'étaient posés sur Ace, la gorge ruisselante de sang, plaqué contre le mur de briques de la ruelle à San Francisco.

Il n'avait pas réfléchi et avait dégainé, et il avait été lui-même effrayé par l'aisance avec laquelle il avait retrouvé le poids familier de la crosse dans sa poche, le froid au bout de ses doigts, l'adrénaline… ces quelques instants qui précèdent le meurtre, où la vie est en suspens, où le temps s'arrête.

Pour Ace, il les aurait tués sans la moindre hésitation.

Il leva les yeux au ciel et secoua la tête ; un écouteur tomba et une musique un peu grésillante, venant sûrement d'un téléphone portable, parvint jusqu'à ses oreilles.

- Sympa, lança-t-il sans jeter un coup d'œil au propriétaire du téléphone.

- Morcheeba, répondit une voix douce, rieuse, légèrement éraillée – le timbre était particulier.

- Otherwise ?

- Mm-mmn. Skye Edwards est particulièrement douée.

Law sourit et ouvrit son dernier livre de chirurgie vasculaire ; la silhouette s'assit à quelques mètres de lui et la personne qui, visiblement, l'accompagnait, s'éloigna vers la mer en tenant sa capuche sur sa tête pour se protéger du vent léger qui s'était levé.
Une femme, à en juger par ses courbes. Un enfant plutôt jeune, à peine trois ans ou quatre, à en juger par sa taille et l'hésitation de sa démarche, trottait à côté d'elle en riant, et Law ne put s'empêcher de les suivre du regard avec un sourire, alors qu'ils progressaient dans le sable.

La chanson de Morcheeba se termina, avant de passer à un son beaucoup plus rythmé.

Un frisson hérissa sa nuque quand il se rappela la dernière fois qu'il avait entendu cette chanson. « Back in Black » d'AC/DC. Cette séance de sexe torride sur le capot de l'Aston, ce soir-là pluvieux en Floride... tout s'était gravé dans sa mémoire, comme le reste. La vision d'Ace nu sous la pluie, de l'eau sur son corps... il eut un bref sourire.

Mais voilà… un peu plus de quatre années étaient passées depuis ce jour de mars où on les avait séparés.

Quatre ans et quatre mois.

Et Dieu seul savait qu'Ace lui manquait toujours autant, peu importe l'endroit où il se trouvait. Il occupait ses pensées du lever au coucher, et venait encore hanter ses rêves. Il le voyait dans tout ce qu'il faisait. Il retrouvait ses taches de rousseur sur un visage, ses yeux bruns sur un autre, ses cheveux châtain sur un anonyme dans la rue…

Law avait pris trente-trois ans le mois précédent. Trente-trois années, qu'il avait célébrées en s'adressant une grimace puérile dans le miroir ; et le jour de sa naissance lui avait rappelé que celui d'Ace venait bientôt.

« White Rabbit » des Jefferson Airplane succéda à AC/DC ; elle passait dans le salon de tatouage de Wiper pendant qu'Ace immortalisait son as de pique sur sa hanche.

Sa petite tête à flammes avait fêté ses vingt-trois ans deux semaines plus tôt, d'après le calendrier d'aujourd'hui ; Law avait levé son verre à sa santé, ce soir-là, et s'était amusé à réunir un maximum de numéros de plans culs plausibles pendant cette soirée qu'il avait passée en discothèque. Une sorte de concours en hommage à Ace. Il avait même récupéré le nom d'un mec. Izou, qu'il s'appelait… plutôt bizarre, limite efféminé. Pas du tout son truc, mais une victoire quand même.
Sa façon de souhaiter un joyeux anniversaire à sa purge, où qu'il soit.

Ce gosse...

Là où J.J. avait été la femme de sa vie, Ace était l'homme de sa vie.
Il le savait et devrait vivre avec ça.

Il sourit pour lui-même ; la chanson prit fin, et « Lithium » de Nirvana se lança sur le téléphone de l'étranger. Sa première dispute avec Ace, et ses foutus goûts de rap douteux. Décidément…

Law se décida à tourner la tête quand « Run » des Snow Patrol résonna dans le silence de la plage, lui rappelant l'air qu'il avait joué à Ace, ce soir-là, dans leur chalet d'Aspen. Trop de coïncidences. Il ignorait ce qu'il allait trouver derrière lui – Ace… ?

L'homme était jeune.
Une vingtaine d'années, à peu près… il était difficile de lui donner un âge sous le chapeau de paille immense qu'il portait. Il avait une cicatrice sous l'œil gauche, qui lui rappela quelque chose avec une violente amertume – Luffy, le petit frère de son amour perdu.
Mais ce n'était pas possible. Luffy avait quitté ce monde.
Le garçon releva la tête et lui offrit un sourire immense, sous les épis de ses cheveux noirs. Le même que celui immortalisé sur le papier glacé qu'Ace avait dans son carnet. Le même qu'affichait Luffy.

Law sentit un affreux doute lui étreindre la poitrine. Ce chapeau de paille…

- … Trafalgar Law. J'ai mis du temps à te trouver.

- On se connait ?

- Je te connais, corrigea le jeune homme.

« … fais quelque chose, parce que là, c'est plus possible » grogna sa conscience. « Ça y est, c'est le surmenage, on devient fous, mec. »

- … tu es Luffy ?

- Celui que j'aurais pu être, oui, sourit-il en se rapprochant de lui.

Law, sidéré, le regarda s'installer dans le sable, comme si de rien n'était, et jeter un coup d'œil à ses cours. Qu'est-ce qui se passait... ? il ne croyait pas à toutes ces histoires de fantômes. Il était trop terre-à-terre pour ça.

- Ben, dis, c'a l'air chiant tout ça. Mais bon, tout s'est bien passé, alors, t'es tranquille, maintenant.

- De quoi tu…

Luffy désigna l'Aston et Law hésita. Le jeune homme se contenta d'un grand sourire et Law se leva, suspicieux, remontant la pente légère qui menait à la voiture. Il arriva à hauteur du pare-brise et sursauta violemment, stupéfait. Son corps était étendu dans le siège conducteur de la voiture, un livre posé sur sa poitrine. Il dormait profondément, sa poitrine se soulevant doucement au rythme de sa respiration.

- … je rêve ?

- C'est un rêve si tu décides que ça en est un, sourit Luffy en creusant le sable entre ses jambes.

Law se frotta les yeux et se pinça l'arête du nez ; son cerveau lui en avait toujours fait voir des vertes et pas mûres, mais là, c'était vraiment le summum de la connerie. Il devait se réveiller coûte que coûte – hors de question d'interagir avec son subconscient. Il y avait encore beaucoup trop de choses enfouies dans son cœur, et il ne se sentait pas d'y faire face.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Moi ? rien. Je m'inquiète pour Ace, c'est tout, murmura Luffy en traçant des cercles dans le sable.

- Pourquoi… ?

- Il s'est perdu.

- … perdu ?

Luffy acquiesça et Law fronça les sourcils, se tournant vers lui pour plonger son regard dans le sien. Qu'est-ce que ce gosse entendait par « perdu » ? Ace avait toujours eu un pitoyable sens de l'orientation, mais il n'y avait malheureusement rien à faire pour ça, à part lui acheter une boussole ou un GPS. Le sens de ses mots n'était peut-être pas littéral, toutefois.

Qu'est-ce que le morveux avait fait… ?
Son portable sonna mais sa poche était vide ; il se tourna à nouveau vers son corps plongé dans un profond sommeil, avec l'envie de gifler son corps endormi pour qu'il décroche. Son regard accrocha l'écran du téléphone et il se figea en voyant la date qui s'y affichait.

- … ton dernier examen est passé, sourit Luffy, son menton appuyé dans ses mains. Depuis une semaine.

« Euh... »

- Pardon… ?

- Tu ne t'en rappelles pas tellement à ton réveil, t'es pas très doué pour te rappeler de tes songes, tu le sais déjà, mais tu rêves souvent que tu révises ici, à Big Sur, ces derniers temps. Parce que…

- … je me sens en paix avec moi-même, compléta Law sous le regard bienveillant de Luffy.

Il reporta son attention sur le portable – Shashi essayait désespérément de l'appeler, mais il dormait beaucoup trop profondément pour entendre la sonnerie.

Maintenant que Luffy le lui rappelait…

Oui, son examen était passé depuis plusieurs jours. Il avait soutenu sa thèse – étude comparative de l'anatomie des plaies de greffe de cornée par tomographie de cohérence optique, une vraie gageure dont il était bien content d'être débarrassé – et passé toutes les épreuves. Enfin, il avait atteint la dernière étape pour devenir chirurgien, et réaliser le rêve de Jewelry qui était devenu le sien. Il avait passé des nuits sans dormir et les épreuves l'avaient achevé ; il faisait une cure de seize heures de sommeil par jour pour rattraper un peu de son capital perdu, mais ses cernes ne s'arrangeaient pas, apparemment.

- C'est sûrement les résultats, commenta Luffy en reportant son attention sur la mer, alors que le portable sonnait toujours. Tu les verras à ton réveil, t'en fais pas.

- Où est Ace ?

- Il a bien reçu ton coup de fil, j'en suis sûr. Il a sûrement voulu te rappeler, mais tu as changé de numéro, alors…

- Où est Ace ? répéta-t-il un peu plus fort.

Luffy secoua la tête et contempla ses pieds nus dans un soupir.

- Comment est-ce que je le saurais… ? après tout… je suis dans ta tête, non ?

Law fit les cent pas autour de la voiture, nerveux ; combien de temps allait-il mettre pour se réveiller enfin… ?
Luffy le regardait aller et venir, silencieux. Law songeait à ses paroles. « Ace s'est perdu. » Perdu où ? quand… ? où est-ce que ce gosse avait bien pu aller ?

… qu'est-ce qu'il avait fait… ?

- Ace est allé quelque part… ?

- Possible. Ça dépend de ce que tu appelles quelque part.

- Ne me dis pas qu'il a fait une connerie… ?!

- Oh, non, ce n'est pas son genre. Seulement… il n'est plus à la maison. Il est… perdu.

Law releva la tête et Luffy lui offrit un léger sourire.

Perdu… ?

- … bon… je pense que j'ai fait ce que j'avais à faire.

Luffy se leva, enfila ses sandales et remit sa capuche sur sa tête, par-dessus son chapeau, alors que Law se détournait de son corps toujours endormi pour le suivre du regard.

- … où tu vas ?

- Nulle part, sourit Luffy en marchant à reculons vers la forêt. Mais ne t'en fais pas pour moi…

- Luffy…

- J'aurai aimé te connaître vraiment, murmura le jeune homme en retenant son chapeau de paille quand une bourrasque se leva, emportant un tourbillon de poussières sur la route. Pour qu'Ace t'aime, c'est qu'en fait… tu dois vraiment être un type génial.

Le jeune garçon recula encore, sous le regard surpris de Trafalgar. Le gamin sourit et ses yeux pétillèrent, comme ceux d'Ace quand une joie pure le saisissait.

- Ace était tout ce que j'avais. C'est l'homme le plus merveilleux que j'ai jamais connu. Je l'ai aimé comme je n'ai jamais aimé personne… et je ne supporterais pas de le voir se briser encore, murmura Luffy.

Une expression amère traversa son visage, avant qu'un sourire mélancolique n'étire ses lèvres.

- … on se reverra dans une autre vie, Trafalgar Law. Prends soin de mon frère, d'accord… ?

Il lui tourna le dos et Law voulut lui emboîter le pas, le cœur battant à tout rompre : il voulait encore lui parler. Le contempler, même si ce n'était qu'un produit de son subconscient. Pour pouvoir retrouver chez lui un peu d'Ace. Des éclats de rire montèrent et il fit volte-face.

Il aurait reconnu ce rire n'importe où.

Jewelry tournait avec l'enfant dans ses bras, et Law sentit son cœur se décrocher, pour tomber bas. Très bas dans son ventre. La petite fille s'accrocha au cou de J.J. et couina, hilare. Law esquissa quelques pas vers elles sans lâcher du regard ce que sa fille aurait dû être. Des cheveux sombres, aux reflets ailes de corbeau, et une peau café au lait, à peine plus claire que la sienne. La seule chose qui détonait sur son double miniaturisé, c'était ses yeux. Couleur de crocus, comme ceux de Jewelry.

- ... J.J. ...

Elle tourna la tête et une autre bourrasque envoya ses cheveux nacrés voler devant son visage.

- ... J.J...!

Elle sourit et la fillette tourna son visage poupin vers lui, avant de lui offrir un sourire irrésistible, à l'image de ceux que Jewelry lui adressait. Il tendit le bras et s'avança – il voulait la serrer dans ses bras. La toucher, lui dire qu'il l'avait toujours aimée, même si elle n'avait jamais vu le jour. Il voulait enlacer Jewelry et lui dire qu'il y était arrivé, enfin. Il voulait lui demander pardon d'avoir douté, pardon d'avoir été faible.
Il voulait lui dire qu'il était un foutu crétin, qu'il avait réussi à tourner la page, et qu'il sortait un peu plus la tête de l'eau chaque jour...

Il dérapa et tomba la tête la première dans le sable.

Le réveil fut brutal ; une sensation de chute, conséquence d'une contraction et décontraction de ses muscles.
Law se réveilla en sursaut et se redressa un peu trop vite. Son front heurta violemment le plafond.

- Aaaaah putain de merde… !

« Grouuuuuille, mon pote !… » hurla sa conscience. « Alleeeeeez ! »

« Ta gueule putain, j'arrive pas à m'concentrer ! »

« D'où t'as besoin d'te concentrer pour foutre une clé dans une serrure, connard ?! bouge ton cul ! »

Il jura en se tenant la tête, fouillant dans sa poche pour mettre les clés sur le contact et démarrer.

Il jeta son livre sur le côté, referma son téléphone et passa la marche arrière, calculant déjà le temps qu'il allait mettre pour retrouver le morveux. À peine quelques heures à plein régime. Une journée ou deux s'il prenait son temps…

… mais il était hors de question qu'il le prenne, ce temps. Il en avait déjà trop perdu.
Il s'engagea sur la route dans un crissement de pneus et accéléra, sa main crispée sur le volant, l'autre poussant le pommeau du levier de vitesse à chaque embrayage.

Il n'y avait qu'un seul endroit où Ace s'était totalement perdu.
Seul, sans personne.
Plus mort que vif.
Le souvenir d'une vieille conversation, avec Wiper, lui revint en mémoire.

"Je lui donnais pas trois jours avant de passer ad patres. Complètement perdu, le gamin."

« Plus vite, plus vite, plus vite… » songea-t-il, nerveux, en écrasant la pédale de l'accélérateur.

Son inconscient était apparemment moins stupide que lui. Il avait tout de suite deviné qu'Ace avait pris sa décision, et qu'il l'attendrait certainement quelque part. Là-bas. Là où tout avait commencé.
Le lien qui le reliait à Ace était ténu, mais il avait survécu au fil des années.

L'Aston rugissait sur la route que le compteur avalait ; Law songea, des heures durant, qu'elle n'allait pas tenir le coup, mais elle ne broncha pas pendant tout le temps que dura son voyage. Elle ne l'avait jamais lâché quand ce n'était pas le moment, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait le faire.

Roger risquait de les retrouver. De le faire exécuter sans sommation, si son regard croisait celui d'Ace à nouveau. De toute évidence, le morveux avait décidé qu'il n'en avait rien à foutre. Et à bien y réfléchir... Law s'en foutait aussi. Ace prenait le risque de les faire assassiner tous les deux... mais Law s'en fichait. Puisque Ace avait décidé. Et ça valait largement le coup de mourir pour ça.

La clarté était aveuglante, dans la matinée californienne qui commençait à peine. Law baissa son pare-soleil... et son regard contempla la photographie qui y était épinglée. Il sourit et quitta momentanément la route des yeux pour s'attarder sur les couleurs du cliché.

Ace, le visage apaisé, un léger sourire aux lèvres,
en train de griffonner dans son carnet rouge, sur les passerelles des chutes d'Iguazù.

Il accéléra et l'Aston vrombit avant de s'emballer et de filer à toute allure sur le bitume.

.

.

.

La chaleur était écrasante, comme toujours dans le désert des Mojaves, en plein juillet. Le vent qui s'engouffrait par les vitres ouvertes était chaud, et l'horizon troublé par les volutes brûlantes qui s'élevaient du sol.

Law passa une main sur sa nuque mouillée de sueur et soupira, agacé. Cette route n'en finissait pas, et son paysage rocheux et ocre non plus. Il roulait depuis des heures et la touffeur était infernale, mais il savait qu'il ne devait pas céder maintenant. Il ne s'était pas arrêté une seule fois depuis son départ. Il n'avait pas bu, pas mangé... pas dormi. Trop d'adrénaline et de toute façon, il n'aurait pas pu fermer l'oeil, en sachant qu'Ace avait toutes les chances de se trouver sous la chaleur torride du désert, avec les risques que ça comportait.

Law se rappela la première fois où il avait vu Ace. À la souffrance sans nom qui les torturait, à la culpabilité qui les empêchait de trouver le sommeil... les mêmes maux, malgré une situation totalement différente. Il n'aurait jamais cru qu'un gosse puisse le remettre sur les rails, de la même manière qu'il n'aurait jamais cru qu'une bourgeoise d'un quartier chic puisse s'intéresser à lui et lui offrir la possibilité d'une vie heureuse.
Law se rappela de leurs disputes. De l'énervement d'Ace, de sa susceptibilité, de sa véhémence. De la passion qu'il mettait dans ce qu'il faisait.
Law se rappela de leur baiser, contre l'Aston. De l'hésitation du gamin, de ses lèvres sur les siennes, de sa timidité et de ses rougeurs.
Law se rappela de leur première fois, et de toutes celles qui avaient suivi. Du visage d'Ace, en proie au plaisir, de ses yeux embués et de sa bouche, qui laissait échapper son nom, au milieu de ses soupirs d'extase.
Law se rappela de son corps alangui sous le sien, de sa peau mouillée de sueur, de ses cheveux étalés sur la banquette, autour de son visage rouge de plaisir. De ses joues constellées de taches de rousseur, de son air espiègle, gamin, sous les traits de l'homme magnifique qu'il allait devenir plus tard.

Law se rappela d'une vie qu'il avait imaginée, encore ; d'une maison, d'une routine bienfaitrice, de voyages impromptus et de prises de tête, entre deux réconciliations et encore d'autres disputes. D'étreintes dans les draps d'un lit, de chamailleries dans une salle de bain et de moments plus calmes, dans un salon, l'un sur sa guitare et l'autre sur ses jeux vidéos.

Il avait rêvé, espéré, désiré...

Un éclat attira son regard ; quelque chose qui détonnait dans le paysage.

Il plissa les yeux derrière ses lunettes de soleil et les releva sur son front, fixant un point lointain. L'éclat brilla à nouveau et son pied quitta l'accélérateur. Lentement, l'Aston lancée à pleine balle perdit sa vitesse, se rapprochant de ce qui avait attiré son regard.

L'éclat rougeoyant d'un collier.

Il freina et laissa la voiture s'arrêter au pas au milieu de la route, ouvrant sa portière pour sortir sous la chaleur torride.
... si ça, c'était pas une surprise...

- … tu t'es perdu, morveux ?

- Toujours, sur l'Interstate 40. Faut croire que j'ai un souci avec cette route, sourit la voix basse, grave et sensuelle de l'homme tranquillement assis sur un des rochers chauffés par le soleil.

- Joli stetson.

La silhouette sourit et, d'un doigt, releva le chapeau orangé qui le protégeait des rayons cuisants du soleil. Law s'arrêta au milieu de la route poussiéreuse, prenant le temps d'admirer la vue – il se foutait pas mal du paysage. Ce qu'il reluquait sans gêne, c'était l'homme qu'il avait en face de lui.

- T'as vu. Il est plutôt classe, hein ?

- Tes goûts se sont un peu améliorés, mais l'ensemble laisse quand même à désirer. Tu montes...?

Le jeune homme sourit, ramassa son vieux sac poussiéreux et rejoignit la voiture, d'abord lentement, avant de presser le pas. Law l'imita et son regard appréciateur balaya la grande silhouette qui marchait vers lui. Il n'était pas le seul à avoir changé, ces dernières années. Ils finirent par courir l'un vers l'autre ; Ace laissa son sac tomber au sol et se jeta contre lui, ses bras le serrant avec force.

Aussitôt, leurs mains se cherchèrent, leurs corps s'épousèrent mais leurs lèvres s'évitèrent.

- J'ai écouté ton message plus de trois cents fois. Trois cent trente-quatre, exactement. Parce que je voulais encore entendre ta voix me dire que tu m'aimais, chuchota le jeune homme contre ses lèvres, leurs souffles se mêlant au rythme de leur respiration précipitée.

- T'es obsessionnel, Ace.

- Seulement amoureux. Désespérément amoureux, corrigea-t-il.

- Tes parents vont nous faire la peau...

- La mort est une aventure, pas vrai ? Mais... j'suis pas prêt à la vivre tout de suite. J'compte sur toi pour me faire passer pour un fantôme, t'as montré que t'étais plutôt doué pour ça.

- Et toi, t'es doué pour nous foutre dans la merde. T'auras intérêt à te tenir à carreaux.

- T'as toujours été doué pour autre chose, aussi, insista Ace. Tu me montres...?

Law sourit, enfouit ses mains dans ses cheveux bruns et leurs bouches s'effleurèrent, avant que leurs langues ne se touchent, timides, se reconnaissant et se caressant. Ils gémirent tous les deux dans un soupir commun et leurs corps se rapprochèrent encore plus. Leur baiser gagna en passion et Ace, enhardi, prit le dessus – Law se laissa porter par le baiser, les yeux clos. En savourant toute l'intensité.

Il retrouva le parfum du gamin, sucré et irrésistible, sous la poussière du désert. Il retrouva la chaleur de ses lèvres, la douceur de sa peau, son impatience et le jeu de ses doigts sur sa peau.

Trafalgar rouvrit les yeux et les ancra dans les siens, perles grises dans un charbon obsidien, qui le vrillaient avec intensité, sous le soleil écrasant des Mojaves.
Ils avaient tous les deux beaucoup trop attendu.

- J'me suis tapé 4000 kilomètres en stop pour que tu me dises ce que je crève d'entendre depuis des années, alors t'as intérêt à gérer, Law, chuchota Ace avec un sourire en coin.

Law préférait montrer ses sentiments plutôt que les exprimer à voix haute ; les gestes avaient ce... quelque chose de plus "parlant", que les mots ne possédaient pas. Et il détestait tout ce qui était banal. Et comment dire à Ace qu'il avait toujours hanté ses journées, malgré la distance...? Law sourit à son tour et empauma son visage, plongeant ses yeux gris dans les siens.

- ... je t'aime, morveux.

- Je t'aime, vieux con, souffla Ace en se hissant vers lui pour sceller à nouveau leurs bouches.

Enfin complets.
Ensemble.

.

.

.


Il ne reste plus qu'un épilogue, et j'espère que vous êtes heureuses... une "HappyEnd", bande de veinardes...
À très vite pour l'épilogue.