Ohayo mina' !
Bon, je vois que vous avez été un peu toutes retournées par l'apparition de Luffy ^^... non, je n'ai pas pris de drogues ! seulement, le subconscient travaille beaucoup pendant un rêve, et Luffy n'a été que la représentation de l'intuition de Trafalgar... bref, je pourrais passer des heures à disserter sur l'importance des songes chez l'être humain, mais j'suis pas là pour ça.
Je ne veux pas faire un en-tête de la mort à 500 mots, alors je vous donne rendez-vous en bas ["... dire ça comme ça, c'est déprimant o_O"] (roooh, ça vaaa) pour mon palabre habituel. En attendant, je me contente de mon annonce rituelle...
Enjoy it !
« What day is it ? And in what month ?
This clock never seemed so alive…
I can't keep up and I can't back down
I've been losing so much time… »
Lifehouse
.
Trafalgar posa les clés de l'Aston sur la commode de l'entrée, se déchaussa en accrochant sa veste à la patère et traversa le couloir vers la salle de bain.
Il ralentit et contempla le mur tapissé d'une multitude de photographies, variées et colorées, punaisées dans les immenses tableaux de lièges accrochés aux lambris.
Il arrêta son regard sur la plus ancienne, là où lui et Ace n'étaient encore qu'amis... et même de parfaits inconnus. Prise à San Francisco, au pied du Golden Gate. Ace arborait un sourire éclatant, et le vent agitait ses cheveux devant son visage.
Trafalgar tendit la main et frôla un cliché, où Ace se laissait embrasser sur la joue. Iguazù et ses chutes d'eau. Rio et leur douche brûlante.
Ses yeux glissèrent à un autre cliché, pris à Monterey, et il songea à cette journée où leurs gestes étaient devenus ambigus, leurs étreintes plus tendres…
Plongé dans ses pensées, Law se retrouva ramené des années en arrière.
-Ça ira pour ce soir, non… ?
- Non.
Ace l'avait embrassé comme si sa vie en dépendait, et Law avait été obligé d'admettre que le gamin était doué. Ses lèvres étaient tendres mais passionnées, son souffle était chaud et bon sang ce que ses baisers étaient délectables…
- … désolé…
Ace s'était arraché à lui, horrifié par ce qu'il avait fait. Dur retour à la réalité.
- Désolé pour quoi… ?
- Pour… pour ça… te… t'embrasser, je…
- Sois plutôt désolé d'avoir attendu aussi longtemps.
Law n'avait pas pu s'empêcher de sourire en reprenant ses lèvres pour un autre baiser. Ace l'amusait toujours autant, peu importe les circonstances.
- … t'avais pas dit que t'étais… hétéro… ?
Oui, il était hétéro. Il aimait les femmes et elles le lui rendaient bien. Et pourtant… quelque chose chez lui, Ace, l'avait attiré plus que tout. Son sourire, ses rires, ses bouderies, la beauté de son visage… ? il l'ignorait, mais le gosse lui avait mis le grappin dessus, peu importe comment, et bien malgré lui.
- Je n'ai jamais prétendu le contraire. Mais le genre importe peu, non… ? maintenant, pour une fois dans ta vie, arrête de poser des questions et contente-toi de m'embrasser… tu faisais ça très bien avant qu'on ne se mette à parler.
Oui, le genre importait peu. Et tout ce qu'il désirait à cet instant, c'était qu'Ace l'embrasse encore. Il se fichait bien des conséquences.
Law reprit sa contemplation des images et détailla chaque moment qui avait fait leur vie. Son cœur se serra quand les photographies lui rappelèrent qu'il avait manqué le meilleur – un vide total de trois années entières – avant de dévisager les nouveaux clichés qui s'ajoutaient aux autres.
Au milieu du pêle-mêle, son regard accrocha l'image d'Ace et Luffy ; le petit garçon était hissé sur les épaules de son frère et tendait les bras pour accrocher une étoile au sommet du grand sapin de leur villa, la langue entre les dents. La douceur qui émanait du papier glacé lui arracha un sourire, avant que ses yeux ne s'attardent sur sa propre photographie. Celle où Jewelry était profondément endormie, étendue dans leur canapé, son livre de cours posé sur elle. Il toucha l'image et laissa un sourire nostalgique étirer un coin de ses lèvres.
Il entendit l'eau couler dans le silence de la maison et s'arracha à la contemplation de leurs pans de vie, traversant la maison déserte avant d'entrer dans leur salle de bain, faiblement éclairée.
Law posa son sac sur la chaise avec précaution – le cadeau qu'il venait d'acheter pour l'anniversaire d'Ace était à l'intérieur : le gamin aimait les dagues, et celle qu'il avait trouvée, verte et or, allait lui plaire, il en était sûr – et contempla la paroi de verre embuée de leur grande douche italienne, où une silhouette se détachait, dans le fond.
Avec un sourire, il dénoua sa cravate et déboutonna sa chemise, passée à la va-vite avant de partir du service, sa main libre retirant ses chaussettes qu'il lança avec adresse à l'autre bout de la pièce, dans le panier à linge.
La silhouette se douchait toujours, derrière la paroi ; il avait encore un peu de temps.
Un peu plus vite, il déboucla la ceinture de son jean, défit sa braguette et s'en débarrassa d'un geste impatient, le jetant sur le chevalet avant de laisser glisser son boxer sur le sol.
Il l'envoya promener d'un coup de pied et passa derrière la vitre sans un bruit ; lentement, il laissa son regard errer sur les épaules, les omoplates, le dos musclé ruisselant d'eau et de mousse et le creux des reins élancés qui s'offraient à lui, poursuivant sa descente le long de ses fesses nues et fermes, et le galbe musclé de ses jambes.
« … encore une raison de plus de rentrer en courant du boulot. Miam » s'épancha sa conscience.
Trafalgar contempla, avec tendresse et envie, l'homme séduisant et sûr de lui
qu'était devenu l'adolescent timide et renfermé qu'il connaissait.
Il avait changé, avait grandi et pris en muscles. Dans le désert, ce n'était pas un gosse qu'il avait trouvé, mais un homme. Même sa voix lui était devenue étrangère.
Ace ferma les yeux et leva son visage vers le jet d'eau, jouant avec les perles de son collier, pensif. Il espérait que Law ne rentre pas trop tard, pour une fois. Il savait que c'était égoïste, que des gens mouraient partout et à chaque minute et que son service avait besoin de Law, mais il ne pouvait pas s'empêcher de ne le vouloir que pour lui. Ils en avaient tellement bavé pour en arriver là où ils étaient maintenant qu'il ne parvenait pas à se résoudre à laisser Law plus de quelques heures.
Ace poussa le mitigeur et l'eau se réchauffa, frappant ses muscles noués ; son portable demeurait tristement silencieux, signe que Law n'était toujours pas parti de l'hôpital.
Trafalgar, toujours muet, se rapprocha de son corps nu tout en prenant garde à ne pas le toucher, le contemplant sans dire un mot, s'imprégnant et apprenant par cœur ses lignes et ses courbes.
Ace passa ses mains dans ses cheveux, chassant la mousse qui coula le long de ses muscles ; Law ne résista pas et tendit les mains, caressant doucement le dos nu de son amant. Ace tourna la tête à demi et sourit.
- Salut, papy.
- Salut morveux. Joyeux anniversaire… !
Ace haussa un sourcil, avant qu'une rougeur ne s'étale sur ses joues. Ça, en revanche, ça n'avait pas changé.
- Ah, c'est vrai… merci, sourit-il.
- C'est tout ce que ça t'inspire… ? tu as quarante ans aujourd'hui. Tu deviens un vieux, se moqua Trafalgar en caressant ses reins.
- Un vieux… ? tu déconnes ? t'as pris cinquante balais y'a six semaines… !
Ace se retourna et noua ses bras autour de son cou, son regard plongé dans le sien.
Beaucoup plus pratique depuis qu'il avait grandi jusqu'à le rattraper, mais sans le dépasser.
« Manquerait plus qu'ça. »
Doucement, ils s'embrassèrent et s'enlacèrent, sous le jet d'eau chaude. Law se remémora leur partie de jambes en l'air à Rio et Ace sourit contre ses lèvres en sentant son désir s'éveiller.
- Je sais à quoi tu penses, sale pervers.
- J'aimerais te dire que je suis désolé, mais ça serait mentir… chuchota-t-il avant de l'embrasser avec fougue.
Ace lui rendit son baiser avec la même impatience fébrile.
Après plus de vingt années passées à aimer le même homme, ses sentiments ne s'étaient jamais éteints. Pas une seule fois ils n'avaient faibli, même lors de leurs disputes – et Dieu seul savait qu'elles étaient nombreuses – lors des hauts et des bas, et peu importe les obstacles.
Ace avait choisi de tirer un trait sur son passé, à l'instar de Trafalgar ; et la seule manière pour lui d'effacer définitivement tout ce qui le rattachait à son ancienne vie était de perdre son nom. Ils s'étaient mariés un an après leurs retrouvailles aux Mojaves ; seuls, sans personne d'autre, après douze mois pendant lesquels Ace n'avait été qu'un fantôme, glissant sur les mailles de l'administration, avec l'aide Trafalgar.
Shashi et Penguin, entre autres, en avaient fait tout un plat, prétextant qu'ils auraient voulu être là, mais ils savaient très bien que lui et Ace avaient eu besoin de solitude, ce jour-là.
Une cérémonie expédiée à la va-vite : Ace était dégoûté à l'idée d'un grand mariage et Law n'en voulait pas non plus. Un simple échange de vœux, une signature, l'accord de l'officier d'état et c'était terminé. Leur baiser, ils l'avaient échangé dans la voiture – correction : contre la voiture. Ace lui avait presque littéralement sauté dessus une fois sortis de la mairie et Trafalgar avait hurlé de rire quand le morveux l'avait plaqué contre la portière pour l'embrasser à pleine bouche.
L'unique chose qu'Ace avait rapportée de son passé était tout ce qui avait appartenu à son petit frère. Son chapeau de paille était accroché au porte-manteau de l'entrée et ses sandales posées sur le tapis, près de leurs chaussures, à côté des talons hauts de Jewelry et du bonnet vert qu'elle aimait porter. Les bretelles de la jeune femme se balançaient au milieu des cravates de Law, et le bermuda à franges de Luffy était soigneusement plié dans la pile de jeans de son grand frère.
Il n'y avait pas besoin de grand-chose, juste ce qu'il fallait pour leur rappeler leur présence.
Trafalgar poussa doucement Ace contre le mur carrelé et pressa son désir contre le sien – Ace sourit et passa une main dans les cheveux noirs, poivre et sel de son amant, descendant à son visage, caressant les rides légères au coin de ses yeux gris, avant de retracer le dessin de ses lèvres. Sa peau était moins lisse, ses traits moins fins, mais chaque marque que le temps avait déposée sur Law… Ace les aimait.
Autant qu'il aimait l'homme qui lui avait donné cette délirante envie de vivre, autant que l'homme qui lui faisait passionnément l'amour dans les draps de leur lit, autant que l'homme qui lui chuchotait qu'il l'aimait dans son sommeil…
Law embrassa le bout de ses doigts et mordit son index avec un léger sourire.
- J'espère que t'es pas trop crevé, morveux, on a un planning chargé ce soir.
- Mmn… laisse-moi deviner : baise, resto, baise, ciné, baise, dormir, baise, baise, baise… ?
- T'es vraiment un obsédé du cul…, sourit Trafalgar en frottant lentement ses hanches contre les siennes.
- Obsédé de ton cul, vieux con. C'est mon anniversaire, non… ? Alors j'ai l'droit de choisir le programme ! et si je veux m'envoyer en l'air jusqu'à plus sentir mes jambes, c'est mon choix ! et on se croise plus qu'on ne se voit, alors j'veux vraiment en profiter.
- Je sais, je suis désolé. J'aimerais avoir plus de temps pour toi.
- Ça fait rien.
Ils reprirent leurs baisers, se touchant, se caressant, redécouvrant à chaque fois les lignes de leurs corps, sans jamais se lasser ; Ace caressa ses épaules fermes, ses pectoraux, la ligne des muscles de ses abdominaux. Un sourire étira ses lèvres et Trafalgar plissa les yeux.
- Non, tu la fermes.
- Tu te relâches un peu, bébé…
- J'ai plus vingt ans.
- J'avais remarqué, pouffa Ace, ses mains retraçant le V de ses iliaques, avant de se glisser entre ses cuisses. Mmmnn… là par contre…
Trafalgar sourit et reprit ses mains pour entrelacer leurs doigts.
- Je t'aime, murmura-t-il.
Ace embrassa ses paumes et amena ses mains tatouées à son visage ; Law empauma ses joues et le contempla longuement, observant son grain de peau blanche, les taches de rousseur sur ses pommettes, la forme sensuelle de ses lèvres, le dessin ciselé de de sa mâchoire, l'eau ruisselant sur son visage…
- Je t'aime, chuchota Ace.
Doucement, Law caressa ses joues de ses pouces et se pencha, déposant un baiser tendre sur ses lèvres.
- … on va s'aimer encore longtemps, comme ça ? murmura Ace en suivant les perles d'eau sur sa peau.
- Je ne sais pas. J'avoue que j'en doute quand je vois l'infirmière-stagiaire en réa, elle est… si sexy… susurra-t-il.
Ace éclata de rire, prit son visage entre ses mains et pressa son front contre le sien, laissant un sourire tendre étirer ses lèvres.
- T'aimes trop mon cul pour t'en passer après toutes ces années.
- Tu marques un point.
Doucement, il ondula des hanches contres les siennes ; Law frissonna et creusa les reins, répondant à sa caresse. Ace s'empara de ses lèvres dans un baiser plein de fièvre, et leurs mains se glissèrent entre eux, pour se caresser. Ace, le souffle court, l'embrassa dans le cou et gémit quand Law appliqua un va-et-vient délibérément lent sur son sexe.
- ... plus fort...
- On est pressés, Ace, sourit Law en le relâchant.
L'intéressé grogna, et Law réprima difficilement un sourire moqueur, avant de soupirer quand Ace reprit ses caresses, indifférent à son humeur. Le plus vieux des deux eut un mal fou à passer au-dessus de son envie pour l'arrêter.
- Pas l'temps, Ace.
- Hnnn… juste deux minutes… s'te plaît…
- Deux minutes !? tu me prends pour un ado de quinze ans ou quoi ? grogna Law en tendant le bras pour récupérer le gel douche. Il me faut un peu plus de temps pour m'échauffer...!
Ace pouffa de rire et entreprit de lui savonner les cheveux pour gagner du temps.
À nouveau, leurs mains dérapèrent et Law céda, alors que leurs mains retrouvaient le chemin de leurs désirs éveillés. Ace lui offrit son sourire immense, victorieux, et noua ses lèvres aux siennes avec fièvre et envie. Law gémit et s'arracha à lui, le souffle court, alors que leurs doigts jouaient sur le sexe de l'autre.
Ils s'embrassèrent encore, cherchant leur respiration entre deux baisers, avant d'enfouir leur visage dans le cou de l'autre.
Tous deux fermèrent les yeux, concentrés sur le plaisir qu'ils se donnaient mutuellement ; Ace haletait et gémissait, et Law avait terriblement envie de se foutre de lui, comme toujours - le morveux était toujours aussi sensible, même après des années.
Leurs mains libres se trouvèrent et leurs doigts s'entrelacèrent avec force, alors que le plaisir montait, brûlant et intense. Ace se serra un peu plus contre son amant, amena ses lèvres à son oreille et gémit longuement ; Law tressaillit et libéra sa main pour empoigner sa nuque, rageur.
- Arrête ça... haleta-t-il.
- Mmmnn... gémit sensuellement Ace pour toute réponse.
Law avait envie de le tuer, comme toujours lorsqu'il faisait ça. Ace raffermit l'étreinte de ses doigts sur son sexe et Law fit la même chose de son côté, décidé à ne pas laisser le gamin prendre la direction des opérations.
Finalement, c'est Ace qui craqua le premier, quand Trafalgar planta des dents dans sa clavicule ; il étouffa son cri contre sa peau, le nez dans son cou, les yeux clos. Law voulut sourire, mais le plaisir d'Ace amena le sien à se libérer, immanquablement. Lentement, leurs mains reprirent les caresses sur leur peau, alors que leurs souffles s'apaisaient, le plaisir intense laissant place à une douce plénitude.
- ... obsédé, répéta Law après lui avoir donné un long baiser.
- J'en profite avant que t'aies soixante-dix balais. Tu sais, quand tu te rappelleras même pas à quoi te sert ce que tu as entre les jambes, railla Ace en caressant ses hanches.
- Je risque d'être désagréable, alors cette conversation va prendre fin ici, murmura-t-il avec un sourire retord.
Ils terminèrent leur douche plus ou moins rapidement – Law devant lutter pour résister à d'autres avances d'Ace qui se fichait pas mal d'être en retard pour le restaurant – et s'affairèrent chacun devant leur lavabo, encore nus et ruisselants d'eau.
Ace s'étala de la mousse sur le visage et se rasa de près, surprenant le sourire en coin de Law.
- … quoi ?
- Rien, ça me rappelle le jour où tu as voulu que je te rase, à Rio.
- Ouais, l'époque où j'étais imberbe, railla Ace en agitant son rasoir dans l'eau chaude, pendant que Law lançait une tournée de linge.
- … étais… ?
- Commence pas, grogna-t-il. On m'a encore demandé si j'passais mon temps à jouer à l'esthéticienne sur mon propre corps… c'est plutôt vexant.
- Te plains pas, ta barbe tant attendue est enfin arrivée.
Ace lui présenta son majeur et Law sourit, passant derrière lui pour planter un baiser sur sa nuque, sous ses cheveux mouillés.
Ace s'assura de n'avoir oublié aucune partie et se rinça le visage, s'essuyant en lorgnant un Trafalgar nu du coin de l'œil, occupé à se sécher. Il détailla son corps dénudé et s'efforça de penser à autre chose en enfouissant son visage dans la serviette.
Foutu mec trop désirable.
Il démêla ses cheveux avec ses doigts et les attacha, comme toujours, avant de passer son boxer, son jean et sa chemise, sous le regard de Law qui laissa ses yeux errer à son iliaque, où l'as de pique avait perdu un peu de sa pigmentation.
- Va falloir que tu penses à une retouche.
- J'suis pas pressé, marmonna Ace en bouclant la ceinture de son jean.
- T'as peur d'avoir mal ?
- Exactement. J'suis pas maso.
Il se tourna pour accrocher sa serviette au chevalet et sourit quand Law se pressa contre son dos, ses lèvres contre son oreille.
- … et me supplier de te coller une fessée, le mois dernier, c'était pas une preuve indéniable de ton masochisme… ? susurra-t-il en lui donnant une tape sur la fesse.
- J'vois pas d'quoi tu parles, rétorqua Ace, imperturbable. Et puis j'étais un peu pété, ce soir-là. Ça compte pas.
Le silence s'étira avant qu'ils ne ricanent – c'était toujours pareil, Ace, sa mauvaise foi, et les murmures provocants de Trafalgar. Law finit de s'habiller et éteignit derrière lui en sortant de la pièce encore saturée de vapeur. Ace enfilait ses chaussures dans l'entrée, les clés de l'Aston entre les dents, avant de se figer.
- Me'de, 'ai oub'ié de fe'mer la fe'êt'e de 'a chamb'e… !
Il lança le trousseau sur le canapé et traversa la maison, disparaissant dans les escaliers. Law secoua la tête et laça ses propres chaussures, avant de sursauter violemment quand la porte d'entrée s'ouvrit avec brusquerie.
- La porte ! brama-t-il à l'intrus.
- Désolée P'pa !
La silhouette ôta son bonnet, libérant ses cheveux bleus qu'elle releva de son visage en resserrant son bandeau sur sa tête.
Law ne put s'empêcher de la regarder, songeur – ça aussi, ça avait chamboulé leur vie.
« - Tu pourrais répéter ?
- Un bébé. J'aimerais en avoir un.
- Est-ce que je dois te rappeler que les testicules ne se muent pas en ovaires sur commande… ? t'es pas comme les escargots que tu affectionnes. L'hermaphrodisme spontané ne concerne pas l'être humain.
- Je veux un bébé, répéte Ace, se retournant dans le lit pour me faire face, alors que je termine ma cigarette.
- Et mon pied au cul, ça t'intéresse, aussi ?
Ace se hisse vers moi et promène son nez le long de ma joue, descendant à mon cou qu'il mordille, joueur, pendant que je me demande quel autre genre de lubie ce gamin va me faire subir.
- J'en ai envie, souffle-t-il.
- OK, je vais voir si j'peux t'en trouver un au magasin de jouets du coin. Il parait qu'il y en a même qui pissent et tout.
Ace sourit et ses lèvres trouvent les miennes. Je mentirais si je disais que je n'y ai pas pensé, mais je ne me sens pas le courage de commencer quelque chose comme ça. Ace, lui, semble décidé, comme toujours.
- J'ai encore de la place pour quelqu'un d'autre, ici, souffle Ace en prenant ma main pour la poser sur sa poitrine. Et toi aussi, j'le sais.
- Je suis heureux, idiot.
- Peut-être, mais pas complètement. Comme moi. Il te manque encore quelque chose.
- Tu fais partie de ceux qui croient que le bébé, c'est l'acte d'amour ultime ? me moqué-je pour cacher mon énervement.
- Non, murmure Ace, indifférent à mon emportement et ma provocation. Je pense juste que j'aimerais bien pouvoir m'occuper d'un enfant. Si ça peut lui permettre d'être heureux, alors... ça me rend heureux aussi. Et j'suis sûr que c'est pareil pour toi et c'est ça qu'il nous manque. »
Ça, c'était Nojiko. La fillette minuscule qu'ils avaient adoptée, treize ans plus tôt. Elle n'avait que quelques mois quand ils l'avaient vue pour la première fois, mais Ace en était devenu complètement raide amoureux, à l'orphelinat – un vrai coup de foudre.
Il leur avait fallu deux années entières de procédures, d'agrément et d'évaluation, de visites régulières, d'acharnement et de volonté avant qu'elle n'arrive chez eux.
Nojiko n'avait pas eu l'air plus perturbée que ça ; elle avait l'habitude les voir toutes les semaines à l'orphelinat et elle changeait simplement de maison pour une autre.
Au début, elle était discrète, un peu timide, et passait le plus clair de son temps lovée dans les bras d'Ace. Elle était plus réservée avec Law, qui ignorait comment s'occuper d'elle de la meilleure manière. Ace lui avait simplement conseillé d'arrêter de se comporter en chirurgien chef de service et d'être un père… à croire que le gosse s'en sortait mieux que lui dans ce domaine-là. Comble de l'ironie. Ace avait beaucoup mûri, et Law s'en rendait seulement compte à ce moment-là.
En fait, ils incarnaient tous les deux un visage très différent, que la fillette avait tout aussi bien assimilés.
Ace était le papa cool. Très relax, pas très regardant sur le pourquoi du comment. Le papa qui joue, le papa qui chahute, le papa qui raconte les histoires et qui fait le pitre pour la faire sourire quand elle boude.
Law était le papa strict. Celui qui impose un code et une hygiène de vie, celui qui gère et celui qui gronde. Le papa qui ordonne et qui donne de la voix pour couvrir la sienne quand elle répond.
Il s'était longuement demandé si Nojiko n'allait pas finir par le détester, mais Ace lui avait assuré que c'était loin d'être le cas, qu'elle les aimait autant l'un que l'autre. Et pour faire définitivement taire ses doutes, Ace avait lancé une « opération spéciale », pour reprendre ses termes, qui consistait à faire passer un interrogatoire plus ou moins subtil à leur fille, peu après ses six ans.
« - Hé, choupette, murmure Ace en entrant dans la chambre, où notre fille lit, lovée dans ses draps. Il est tard, faut que tu dormes…
- M'appelle pas choupette… ! proteste-t-elle en rougissant.
Ace pouffe de rire et s'installe au bord du lit, rangeant le livre dans le chevet avant de lui tendre son doudou. Nojiko se blottit sous sa couverture, ses yeux sombres contemplant ceux d'Ace qui tend la main pour repousser une mèche bleue de son visage.
- T'aimes pas choupette, comme surnom… ?
- Je préfère quand tu m'appelles princesse, murmure-t-elle en pinçant les lèvres.
- Et si je t'appelais Nono… ?
- Nan, sourit-elle, le nez dans l'oreiller, espiègle. T'as pas l'droit de m'appeler Nono.
Caché derrière la porte, je réprime difficilement un sourire.
- Et pourquoi ?
- Parce que… ! s'empourpre-t-elle en gonflant les joues.
- Allez, dis. Ça restera entre nous.
- Papa dit toujours que t'as une trop grande bouche. Tu vas aller lui raconter.
Cette fois, je me mords le bras pour étouffer un rire ; décidément, les murs ont des oreilles, dans cette maison. On va devoir faire un peu plus attention à ce qu'on se raconte quand l'ouïe baladeuse de notre fille est dans le périmètre.
- Promis, je dirai rien, jure Ace en se penchant pour approcher son oreille de son visage. Dis-moi.
- … tu peux pas m'appeler Nono parce que y'a que papa qui peut. Toi t'as pas le droit.
Ace sourit et lui caresse la joue.
- … tu l'aimes, Trafalgar ?
- Ben oui, c'est mon papa. Comme toi.
- Même s'il se fâche… ?
Nojiko acquiesce et serre sa peluche dans ses bras.
... c'est Bepo. Elle le lorgnait depuis des semaines, sur la commode de notre chambre. Je lui ai donné quand elle me l'a réclamé, même si ça m'a fait un pincement au cœur. Ace a mis une nuit entière à me calmer... j'ai eu du mal à dormir les premiers jours, en sachant qu'il n'était pas avec moi dans la chambre, mais j'ai fini par m'y faire. Comme toujours.
- Il me dispute quand je fais des bêtises, mais c'est pas grave. Il m'aime, hein… ?
- Plus que moi, soupire Ace, faussement dramatique.
Nojiko lève les yeux au ciel, et Ace est comme moi, à cet instant : on se demande brièvement quand est-ce qu'elle a appris à faire ça.
- Mais nan, t'es bête. T'es son amoureux, il nous aime pas pareil.
Je souris et je décide que j'en ai assez entendu pour me rassurer, et je frappe à la porte. Aussitôt, Nojiko se tait et Ace l'embrasse sur le front.
- Tu dors toujours pas… ? demandé-je en entrant dans la chambre.
- J'veux en câlin, réclame-t-elle en me tendant ses bras, charmeuse.
Et comment est-ce que je suis censé résister à ça… ? »
Law avait redouté, au début, qu'il ne projette sur elle l'ombre de sa petite fille qui n'avait jamais vu le jour… mais non. Nojiko avait sa propre personnalité, son caractère bien trempé, et ses sourires charmeurs bien à elle. La situation avait longtemps été délicate, toutefois, mais elle supportait très bien l'idée d'avoir deux pères, et la petite ville éloignée de tout où ils résidaient avait fini par s'y faire.
Non sans peine, au début.
Déjà, que deux mecs se mettent en ménage dans une maison du lotissement… mais qu'en plus, ils ramènent une petite fille avec eux…
« - C'est là qu'on va habiter...? marmonne Nojiko en contemplant la maison encore en travaux.
- Mm-mmn. Tu vas faire ta rentrée ici, en août.
Perplexe, elle balaye le terrain et la maison du regard. Elle demande si on peut voir à l'intérieur, et je sors mes clés en remontant l'allée. Une maison... juste nous. Tous les trois. On a vécu trois ans en appartement et on voulait vraiment avoir un endroit rien qu'à nous, même si le loft est vraiment bien aménagé. Les goûts d'Ace mêlés aux miens donnent quelque chose d'assez... particulier... mais ça nous va.
Nojiko est très fan de la musique qu'Ace écoute, mais elle aime bien m'écouter jouer de la guitare. Elle s'assoit près de moi et elle reste immobile, blottie contre mon bras. Calme, comme Ace quand je plaque quelques accords.
Elle préfère le piano, et j'essaye de lui apprendre, mais elle n'est pas très bonne élève. Trop dissipée, et pas vraiment d'oreille musicale, comme Ace, encore une fois.
Baaah...
Ça ne fait rien. Elle trouvera bien sa voie.
Je pousse la porte et Nojiko entre dans la salle déserte, où le carrelage est encore en cours de pose, au loin, et où les les installations électriques sont encore à découvert. On monte les escaliers et elle traverse les couloirs pour aller au bout, à gauche - elle a déjà repéré l'endroit, depuis la dernière fois qu'on est venus. Elle entre et son sourire est immense quand elle court jusqu'à la porte fenêtre, qui ouvre sur un petit balcon. Je la regarde se précipiter à la vitre avec un sourire, et j'entends une voiture vrombir dans la rue. Ace doit avoir fini sa journée et nous a rejoint, on dirait.
- C'est papa ! s'exclame-t-elle en trépignant.
Une minute plus tard, la porte d'entrée s'ouvre et la voix d'Ace s'élève, toujours joyeuse.
- Salut vous deux ! déjà en train de faire l'inspection ?
- PAPAAAAA ! ON EST LÀ-HAUT ! hurle Nojiko.
... écho mélodieux, environ 90 décibels. J'apprécie, et mes tympans aussi. Elle remarque mon expression et pince les lèvres en rougissant.
- ... euh... pardon.
Des pas montent les escaliers et Ace sourit en récupérant le colis qui lui saute dans les bras ; il me rejoint et plante un baiser sur ma joue avant de se pencher et d'inspecter les chambres du regard.
- On dirait que l'étage est fini et la salle de bain aussi... ils ont vachement avancé, les deux dernières semaines. On va finir par être à la bourre pour déménager...
- Plains-toi. Y'a des tas de maisons qui poussent comme des champignons mais qui voient jamais la fin des travaux... la nôtre sera prête dans un peu moins d'un mois et j'en suis pas mécontent.
On retourne au rez-de-chaussée, où Ace s'assure que tout est en ordre avant qu'on ne referme derrière nous. Et dire que la prochaine fois qu'on viendra ici, ce sera pour y poser les premiers cartons...
Je ne remarque même pas la présence des voisins, qui nous regardent sortir de la maison. Les nouveaux arrivants du quartier... j'suis vraiment nul pour m'intégrer, c'est Ace qui est doué avec les gens, pas moi. Les tatouages et la peau bronzée... ça ne met pas en confiance, je le sais.
- Ma chambre elle est pas à côté de la vôtre, marmonne Nokijo.
- T'es juste en face. Et quand tu seras plus grande, crois-moi, tu seras bien contente d'avoir une distance entre nos deux chambres, pouffe Ace en lui caressant le dos, alors qu'elle s'accroche à son cou.
- ... ben pourquoi ?
- Pour rien, je marmonne en jetant un regard torve à Ace, qui ne se démonte pas et me lance un sourire moqueur.
Il se rapproche et amène mon visage au sien pour m'embrasser, et je me laisse faire de bonne grâce, alors que Nojiko bataille pour ravoir l'attention de son idiot de père. Désolée, ma puce, mais Ace est toujours distrait quand ma bouche est sur la sienne. Il sourit contre mes lèvres et sa langue frôle brièvement ma bouche, avant qu'il ne s'écarte pour nous laisser reprendre notre souffle.
J'entends une exclamation surprise et je m'arrache à la contemplation d'Ace et de ses yeux brillants pour jeter un coup d'oeil derrière moi.
... salut, voisines. Et voisins.
Encore certains qui vont aller colporter les ragots à tout le quartier.
Chouette. »
Ça n'avait pas été de tout repos, au début. Pendant qu'ils déménageaient leurs affaires, Law avait bien remarqué les silhouettes aux fenêtres, les passants qui changeaient de trottoir, et ses oreilles avaient sifflé toute la journée. Ace faisait ce qu'il pouvait pour s'en foutre royalement, mais Law sentait que cette curiosité malsaine et hypocrite le peinait autant que lui.
Il avait passé le week-end entier à se demander s'ils ne faisaient pas une connerie, tout compte fait. Au moins, en ville, les gens se fichaient pas mal de qui ils étaient ; là, c'était la banlieue chic, où tout le monde se connait et partage sa vie avec le porche le plus proche du sien.
Oui mais non. Ace et Law étaient du genre discrets et ils avaient du mal à s'ouvrir, et ils avaient entendu parler d'une pétition pour les faire partir trois semaines après leur arrivée. Law s'y attendait, mais Ace, encore naïf - un gros trait de son caractère - avait pris ça comme un vrai coup de massue. Law voulait rester, mais lui voulait partir. Ils s'étaient disputés des heures entières à ce sujet, et le ton était monté, comme toujours. Ace s'emportait facilement et une fois lancé, il était difficile à arrêter. Law l'avait trouvé en train de refaire leurs cartons et il s'était vraiment fichu en rogne.
Le problème s'était soldé quand le ballon d'un gosse avait atterri dans leur jardin. Le père était rentré et avait trouvé une maison normale, un Trafalgar en costume prêt à partir pour la clinique, ses affaires sur sa mallette, un Ace noir de cambouis enfoui sous le moteur de l'Aston avec une Nojiko dans le même état. Il avait dû parvenir à la conclusion qu'en effet, ses voisins homosexuels n'étaient ni dépravés, ni satanistes, et qu'ils n'utilisaient pas leur fille pour des rituels répréhensibles par la loi. Dommage qu'il ait fallu attendre deux mois entiers pour ça.
Les plus idiots s'étaient aussi rendus compte, suite à ça, que l'homosexualité n'était ni mortelle, ni contagieuse. Et comme tout le reste… les habitants avaient fini par s'y faire. Law et Ace avaient fait des efforts considérables pour éviter d'être rancuniers, et puis... la plupart étaient sympas, et ils s'entendaient bien avec eux, au fil des années passées. Et de toute manière, il était difficile de résister au charme de Nojiko quand elle vous adressait son sourire ravageur.
Law était certain que c'était Ace qui lui avait appris à sourire comme ça.
Cet enfoiré.
Law sortit de ses pensées alors que Nojiko accrochait sa veste en jean ; elle tourna les talons pour venir l'embrasser, lui ébouriffant les cheveux avant de traverser l'entrée de son pas léger.
- Bonjour, grogna Law.
- Ooooh, toujours à rechigner, hein ? soupira-t-elle en entrant dans la cuisine, saisissant une barre de chocolat qu'elle coinça dans sa bouche avant de subtiliser la bouteille de lait dans le réfrigérateur, qu'elle dévissa pour la porter à ses lèvres.
- Repose-ça ! tu prends un verre !
- 'ais a'ez ! trépigna-t-elle, la bouche pleine.
- Un verre, Nojiko ! tu sais c'que c'est, non ?
- 'ais P'pa il 'oit à la 'outeil'e, lui !
Law haussa un sourcil et elle sut qu'elle en avait trop dit ; elle piqua un fard et s'empressa de sortir un verre, alors qu'Ace revenait du fond de la maison en souriant.
- C'est ma princesse que j'ai entendue ?!
Elle avala ce qui restait de sa barre de céréales et se laissa faire quand il l'enlaça, la soulevant d'un seul bras pour la déposer sur le tabouret du comptoir, sous le regard pensif de Trafalgar – élever une fille de quinze ans était plus compliqué que greffer un poumon, mais si en plus il devait gérer les débordements adolescents d'un homme censé avoir enfin quarante ans…
- On mange pas debout, j'te l'ai déjà dit.
- Vous avez décidé d'être pénibles, ce soir, non… ?
- Cause meilleur, rétorqua Law en récupérant la bouteille de lait, donnant un coup de coude à Ace au passage. Toi, faut qu'on parle.
- Pourquoi ? s'exclama-t-il, outré.
Nojiko pouffa de rire et avala une gorgée de lait, regardant ses deux pères s'affronter du regard. Ace finit par se dégonfler sous le regard noir de Trafalgar et marmonna que de toute façon, Law ne buvait pas de lait, alors « qu'est-ce que ça pouvait lui foutre qu'ils boivent à la bouteille ou pas » – remarque qui lui attira un autre regard glacial du chirurgien.
- … au fait… t'es pas supposée être chez Nosferatus, toi ? marmonna Law en jetant un coup d'œil à sa fille.
- Il s'appelait Dracule Mihawk, papa, s'impatienta l'adolescente.
- Tu nous as fait tout un cirque pour passer la soirée chez lui et là, t'es encore ici ? et comment ça, il s'appelait… ?
- J'suis plus avec lui depuis ce matin !
Un instant de flottement imposa un lourd silence dans la pièce, avant que Law joigne ses mains et rejette la tête en arrière, remerciant le ciel pour sa gratitude, alors qu'Ace esquissait une petite danse de la victoire. Law le rejoignit dans la danse et ils tournèrent sur eux-mêmes, hilares.
Nojiko grimaça et leur lança un torchon à la figure alors qu'ils se lançaient dans une valse totalement ridicule.
- Vous pourriez cacher votre joie, hein !
- Pour quoi faire ? il avait une tête de psychopathe ! bon débarras ! marmonna Law en arrangeant les cheveux d'Ace qui s'étaient encore échappés de son élastique.
- Et toi, avec ta tête du type qui dort une heure par nuit, tu crois que t'as pas l'air d'un psychopathe ? rétorqua-t-elle, piquée au vif.
Law préféra ne pas relever – de toute façon, son regard venait d'être attiré par quelque chose d'autre, sous les cheveux de son amant.
- Roh, Ace, tu sais vraiment pas te laver ! déplora-t-il en voyant qu'il lui restait du cambouis derrière l'oreille. La douche, c'est pas pour faire trempette !
- Je t'emmerde ! répliqua l'autre pendant que Law frottait la peau avec un mouchoir. J'suis mécano, pas esthéticien !
- Oh, cette excuse de merde… ! trouve-toi un boulot de gay, si y'a que ça pour que tu restes propre… !
- Un boulot de gay ?! genre esthéticien c'est un truc de tarlouze ? c'est quoi ce cliché homophobe ? brailla Ace sous le regard consterné de Nojiko, qui suivait leur échange comme une spectatrice d'un match de tennis.
- Non mais t'as raison, le cliché du mécano plein d'huile et de sueur, qui te propose de te remplir le réservoir et de te prendre la température du moteur, c'est carrément mieux, susurra Law en s'appuyant au plan de travail, bras croisés, attendant gentiment qu'Ace explose.
- AH NON TU COMMENCES PAS AVEC ÇA !
- Oh, sujet sensible, hein ? ça t'apprendra à me faire chier, tiens, pour toutes les fois où tu me demandes combien d'infirmières j'ai draguées dans la journée…
- T'avais pas l'air contre l'idée du mécano quand j'ai refait la révision de l'Aston le mois dernier… ! je me suis jamais autant fait allumer d'ma vie !
- Ooooh, la belle affaire ! et tu vas hurler au viol, aussi, pendant que tu y es, non ?!
- Vous êtes en forme, tous les deux, ce soir, soupira Nojiko en fermant la fenêtre de la cuisine.
- On est toujours en forme pour s'engueuler, répliqua Trafalgar.
- Du coup, tu restes ici, princesse ?
- Ouais, et j'vais en profiter pour faire venir toute une équipe de techniciens du son, ils vont enfin faire triple-insonoriser votre chambre, ça m'évitera de saigner des oreilles quand vous allez rentrer du cinoche ! railla-t-elle.
Ace rougit des épaules à la racine des cheveux, alors que Law affichait son éternel flegme à toute épreuve.
Ils faisaient toujours ce qu'ils pouvaient pour être le plus silencieux possible, mais leurs séances « privées », qu'elles soient tendres ou torrides, ne manquaient jamais de terminer sur une note plus bruyante – le lendemain, c'était une Nojiko maussade et les yeux cernés qui les toisait d'un regard meurtrier, le nez dans son bol de chocolat chaud, quand ils se décidaient à quitter la chaleur de leur lit.
La passion qui les animait à leurs débuts ne les avait jamais quittés. Qu'ils soient dominés ou non, peu importe – l'amour était le même.
Ace avait suffisamment pris d'assurance pour prendre les commandes, et c'était toujours à celui qui l'emporterait sur l'autre ; Law gagnait très souvent, mais Ace n'était pas en reste et chacun y trouvait son compte, tour-à-tour dessus, dessous, en et hors…
- Excellente initiative. Pour les payer, le chéquier est dans la commode… tu ne devrais pas avoir de mal à imiter notre signature, ta prof de maths m'a dit ce matin au téléphone que t'étais plutôt douée pour ça, susurra Trafalgar.
Ce fut à elle de rougir intensément, terriblement embarrassée. Elle sentait qu'elle n'échapperait pas au savon mémorable qui ne manquerait pas de tomber, le lendemain matin – Ace allait laisser couler, mais Law risquait de monter dans les décibels, ce qui n'inaugurait jamais rien de bon, avec lui, elle le savait aussi.
- Faut vraiment qu'on y aille, alors on compte sur toi pour te garder toute seule, murmura Ace en lui passant un bras sur les épaules, lui ébouriffant les cheveux avant d'embrasser son front.
- Ouais, j'vais survivre, je pense. Amusez-vous bien.
- Sois sage.
- Comme d'hab'.
Ace sourit, sortit de la cuisine et récupéra les clés, laissant Law seul avec Nojiko. Elle rougit un peu – elle allait vraiment en prendre pour son grade, demain – mais se rasséréna quand il l'enlaça. Elle ferma les yeux et il nicha son nez dans ses cheveux bleus, inspirant son odeur différente mais aussi rassurante que celle d'Ace ; Nojiko sentait la mandarine.
- … j'aurais préféré que tu ne restes pas toute seule ici.
- Arrête de te biler, murmura-t-elle contre sa chemise.
Nojiko savait pourquoi Law s'inquiétait tellement à son sujet ; Ace le lui avait avoué – elle était douée pour faire parler le plus jeune de ses pères – l'année précédente. Il était resté évasif, mais elle en savait assez pour savoir que Law craignait de la perdre comme il avait perdu la petite fille qu'il aurait dû avoir.
- T'appelles, si t'as besoin.
- Promis.
- Tu t'enfermes à clé et tu fermes tous les volets, d'accord… ? et t'ouvres à pers-…
- Papa. Ça va aller.
Il soupira et l'embrassa longuement sur la joue ; elle sourit et serra un peu plus ses bras autour de lui.
- Ch't'aime, marmonna-t-elle, embarrassée.
- On a vraiment l'impression qu'on te torture quand tu dis ça, sourit Law en déposant un dernier baiser sur sa tempe. « Ch't'aime » aussi, Nono.
Elle s'empourpra et s'écarta pour le laisser passer, pendant qu'Ace attendait dans l'encadrement de la porte ouverte.
- À plus tard, princesse, sourit-il en refermant la porte derrière Law.
Ils sortirent dans le crépuscule, verrouillant la porte d'entrée d'un tour de clés avant de s'éloigner vers l'Aston garée dans l'allée, à côté de la BM moderne d'Ace – que Law détestait.
- T'es inquiet… ? murmura Ace alors qu'ils montaient en voiture.
- J'aime pas la laisser toute seule, tu sais bien, soupira Law en attachant sa ceinture.
- On est pas à trois cents bornes, t'en fais pas.
- … en fait, si.
Ace tourna la tête et Law se mordilla la lèvre, lui jetant un coup d'œil en biais.
- J'ai menti, pour le restau. Et le ciné.
- … je vois. Tu comptes pousser jusqu'aux falaises qu'on a pas encore vues… ?
- C'est ce que j'avais prévu. A peine à trois heures d'ici, on y sera avant vingt-deux heures. Ça nous laisse assez de temps pour… passer un peu de temps tous les deux, et être revenus demain matin.
Ace sourit à la mention du "passer un peu de temps tous les deux" et secoua la tête, amusé ; il savait ce que ça signifiait.
De temps en temps, ils reprenaient l'Aston et partaient au hasard. Un après-midi entier, ou rien qu'une heure. Juste pour être seuls, sur la route.
Nojiko avait pris l'habitude de ce petit rituel, et elle n'avait jamais cherché à en connaître la raison – elle leur avait expliqué que ça ne la concernait pas, et que les trucs tristes la transformaient en fontaine.
C'était triste, oui. Ils s'étaient rencontrés quand ils n'avaient plus rien à quoi se raccrocher. Ils s'étaient trouvés quand ni l'un ni l'autre n'avaient plus rien à espérer de la vie.
Deux âmes brisées qui se réparent à coup de rires, de larmes et d'étreintes.
Les voyages n'avaient plus la saveur d'avant ; c'était différent, mais ça n'en était pas moins bon. Les deux hommes profitaient et tiraient le meilleur de ces roadtrips, même courts, alors qu'ils ne les appréciaient pas à leur juste valeur vingt ans auparavant.
Leurs regards se croisèrent – brun chaud pour Ace, gris irisé pour Trafalgar.
Law se trouva à nouveau projeté des années en arrière ; Ace, adolescent, cheveux au vent, bras ouvert par la fenêtre, dans la lumière du soleil. L'éclat rougeoyant de son collier, ses rires, ses bouderies et son visage rouge de plaisir.
Toutes ces choses que Law n'avait pas oubliées.
Ace reposa sa tempe contre l'appui-tête, laissant un sourire étirer ses lèvres – il savait que son amant était plongé dans ses pensées. Law le contempla, silencieux.
Ace avait grandi, mûri, n'avait cessé de s'embellir ; comme si le temps n'avait aucune prise sur lui. Law avait vieilli, il le savait ; il savait aussi qu'un jour, l'âge rattraperait Ace, comme il l'avait rattrapé lui. Ils étaient bien partis pour se supporter encore très longtemps, et Law se demandait quelle serait la prochaine étape. Ils avaient eu un appartement, le job de leurs rêves, une petite fille et une maison telle qu'ils la voulaient...
Law sourit en songeant qu'un jour, Ace allait devoir se débrouiller sans lui. Ou vice-versa, la vie réservait beaucoup de bonnes et de mauvaises surprises. Mais… pas tout de suite. Comme le disait Ace, la mort était une aventure, mais il n'était pas pressé de la vivre trop tôt.
Les photos prouvaient toutes qu'ils avaient tous les deux changés, mais Law voyait toujours Ace comme au premier jour de leur rencontre. Ce soir-là, où il avait ouvert la porte de leur chambre, et où Law avait enfin pu le contempler, débarrassé de la poussière du désert.
Ace se mordit doucement la lèvre, et un sourire en coin charmeur étira le coin de ses lèvres. Law sourit, mit le contact et démarra, son regard toujours planté dans le sien :
- … alors… est-ce que tu me suis ?
.
Bon, et bien, je crois que c'est le moment de tout mettre à plat.
Merci à toutes et à tous(?) pour votre soutien, et pour m'avoir suivie sur la route. Je pensais avoir des tas de choses à dire, mais comme ce n'est pas un "adieu" mais un "au revoir", je n'ai pas besoin de faire quelque chose de très alambiqué...
Merci, merci infiniment à tous ceux qui m'ont suivie... ! Je m'adresse d'abord aux anonymes, qui vont se créer un compte très rapidement, je l'espère (ce message n'est absolument pas subliminal !) : Lena18, Bubulle, Carmin et Aure-mi (j'ai tenu les délais ! à vous de faire la même chose, et vite ! j'veux pouvoir répondre longuement à vos reviews ^^), et les autres qui ont pris le temps de commenter, même à l'occasion :)
Viennent ensuite les irréductibles, celles qui me suivent depuis le tout début : Ma Décortiqueuse d'Or Mana.Y (qui a pris du grade !), Osmose-sama, DeathLetter, Anna-chan17, maili-mailo, Laylou-miimi, La vague folle, BizarrerieDeMay...
Celles qui sont venues plus ponctuellement ou tardivement mais qui ont toujours laissé leurs traces ! avec : flllora, CrazyPanda, Larmes-Noires, Portgas D. Beniiro, TheBlackSpirit, TearOfCookies, Mlle Hatake, Kimyona, Laedy, the leprechauns queen, Evanae, kawa-sensei, Mavis-san, Vivianne95...
Et puis j'termine par mon Chauffe-Patate, qui a été la première à me lire, me soutenir (et m'inspirer, il faut l'dire, merci les clins d'œil et AC/DC...) : ma grande Pyrolouve ! :D
Merci aussi à tous ceux et celles qui sont passé(e)s sur la route de l'Aston et qui ont, je l'espère, apprécié cette histoire autant que celles déjà citées... ! les stats ne trompent pas, à moins qu'il n'y ait des fanatiques parmi vous ;)
C'a été un immense plaisir de travailler pour vous et de vous emmener dans ce roadtrip américain !
Je vous dis à bientôt pour la prochaine fiction (imminente), si vous avez toujours l'envie de suivre mes écrits et mes OS !
À bientôt ! :')
Mille baci
*Harlem, votre dévouée*
