Auteurs : Brisby & Anya

Disclaimer : Malgré tout ce qu'ils ont pu vivre avec nous, ils refusent obstinément de nous appartenir, allez savoir pourquoi !

Base: Gundam Wing

Rating: Un des passages est assez gore, donc à vous de voir…

Genre : UA (monde plus ou moins médiéval), Angst, yaoi, aventure, vampires.

Couples : C'est presque dommage de le dire XD 13x2, et bien sûr le 3x4.

NOTE : Nous voulions juste signaler que, alors qu'on ne l'a pas encore vraiment vue, Hilde a déjà généré une certaine antipathie chez certains. Alors, pour éviter que vous ne vous braquiez sans trop de raison sur un perso (en plus elle est sympa comme perso Hilde), on va clarifier les choses dès à présent ;) Les réactions que Duo a envers Hilde sont non seulement disproportionnées, mais également totalement injustes ; le seul tord qu'il lui trouve est d'être née Schbeicker, ce qui n'est pas vraiment du ressort de la jeune fille. Duo joue vraiment au con sur ce coup là, vu ses antécédents avec la famille Schbeicker, on comprend tout à fait qu'il réagisse ainsi, mais il faut aussi essayer de comprendre Hilde qui s'en prend plein la tête sans vraiment comprendre pourquoi (d'autant qu'elle ne lui a rien fait). On espère donc que vous tiendrez compte de tout ça quand aux relations qui vont s'installer entre eux.

Ceci étant dit, bonne lecture à vous :)


Once upon a bloody time…


Chapitre 8: Breaking point

- « Ce n'est pas la peine de me gueuler dessus, je me demandais simplement pourquoi tu avais pris la direction du lac, sachant que ça nous a rallongé d'au moins vingt kilomètres.

- Ecoute Duo, si tu n'es pas content de la direction que j'ai prise, la prochaine fois tu feras en sorte d'être réveillé et de tenir ton rôle de copilote au lieu de ronfler. »

Duo leva les yeux au plafond.

- « C'est sûr que ça aurait été hyper compliqué de tendre la main pour me réveiller.

- Tu m'excuseras, je ne suis pas suicidaire.

- Et bien tu m'excuseras toi aussi, mais quand on conduit toute la nuit, on arrive rarement à rester éveillé toute la journée également ! »

Les mains de Heero se crispèrent sur le volant.

- « Je ne comprends pas comment Trowa a pu te laisser conduire…

- Et moi je ne comprends pas que tu en fasses tout un cinéma. Je ne dors jamais la nuit, autant que ça serve à quelque chose ! »

Le chasseur de prime sourit d'un air sarcastique.

- « Déformation professionnelle ?

- Connard… »

Un silence tendu s'installa entre eux pendant quelques minutes.

- « A gauche. »

Le brun s'exécuta et fit rapidement tourner le volant tandis que les roues crissaient légèrement sur le dallage. Il fronça les sourcils.

- « Les pneus font un drôle de bruit… J'espère que tu ne les as pas abîmés.

- Mais bien sûr que si. Pendant tout le temps où j'ai conduis je n'avais qu'une seule idée en tête, te pourrir ton van. Je savais très bien que ça me mettrait dans la même merde que toi mais ça me faisait tellement jubiler que j'ai pas pu m'en empêcher. »

Heero lui jeta un regard noir.

- « Ferme-la.

- Va t'faire ! J'ai pas d'ordre à recevoir de toi. »

Heero sentit son agacement et sa haine envers le prostitué grandir de plus en plus. Il serra les dents, essayant de se convaincre que sortir son gun et le flinguer ne résoudrait rien. Il fallait qu'il se calme et qu'il ne fasse ou ne dise rien qui envenimerait la situation.

- « Sale pute… »

Raté…

Un long silence suivit ses mots, laissant tout le temps au brun de regretter ses mots.

- « C'est bien, tu as enfin réussi à assimiler quel était mon métier. Bravo Heero, tu as fait de gros progrès, je suis fier de toi. »

Le chasseur de prime soupira intérieurement. Il jeta un coup d'œil au prostitué qui fixait le paysage d'un œil indifférent.

- « … Je m'excuse… »

Duo le coupa.

- « T'as pas à le faire. Je me fous complètement de ce que tu penses de moi ou de mon métier. Je n'ai jamais regretté mes décisions, alors l'avis des autres tu penses bien que j'en ai rien à foutre.

- Non, je m'excuse. Peu importe le fait que je méprise ton métier et que tu m'insupportes au plus au point…

- Hem…

- … Je n'ai pas à me servir de ça pour essayer de te blesser. »

Dup leva les yeux au plafond.

- « Je me fous de ce que tu penses alors je peux t'assurer que ça ne m'a pas blessé.

- Mon métier est lui aussi critiquable par bien des points, mais tu ne t'en est jamais servi comme argument. Alors je m'excuse. »

Duo soupira.

- « T'es du genre têtu toi… Bon… Je m'excuse aussi de m'être emporté… Mais franchement, t'es saoulant avec ton van !

- Je n'aime pas quand quelqu'un d'autre le conduit… C'est tout… »

Le prostitué se pencha vers lui en souriant.

- « Tsss, un vrai papa-poule. Tu lui as pas donné un nom quand même ? »

Une légère rougeur apparut sur les joues du brun tandis qu'il se focalisait sur la route.

- « Tu l'as fait ! C'est pas vrai…

- La ferme ! »

Duo éclata de rire et Heero se mit à faire de grands slaloms sur la route pour qu'il s'arrête. Duo se calma petit à petit et il jeta un coup d'œil au brun qui regardait la route d'un air bougon.

- « Oh, fais pas la gueule Heero. Tu veux que je te fasse un câlinou pour m'excuser ?

- Abruti !

- MAINTENANT CA SUFFIT À L'AVANT ! DUO TU ARRÊTES ET HEERO, TU CONDUIS NORMALEMENT ! »

Le brun soupira et se concentra sur la route pendant que Duo se calait dans son siège, regardant à nouveau la carte.

- « J'te jure… On est pire que des gosses… »

Heero se tourna vers le châtain qui le regardait avec un petit sourire. Ses lèvres s'étirèrent à son tour sans qu'il ne puisse rien y faire. Pour se redonner contenance, il se retourna rapidement.

- « On… Je dois tourner où au prochain croisement ?

- À gauche aussi.

- D'accord… »


A l'arrière du van…

- « Et ben… Je me souvenais que Heero ne conduisait pas très bien mais il s'est franchement pas amélioré… »

Hilde repoussa un classeur qui lui était tombé dessus.

- « Disons que… Ca s'est légèrement empiré quand Duo est devenu passager du van… »

Elle se tourna vers Trowa.

- « Oui d'ailleurs pourquoi il vous accompagne lui ? C'est un nouveau coéquipier ? Où un subalterne du commissaire Chang ?

- Et bien…

- Nous lui devons des sous. Et spécialement Heero. »

La brunette se tourna, étonnée, vers Quatre.

- « Ah bon ? Et pour quelle raison ?

- En fait Duo est… »

Il ne put pas en dire plus, se retrouvant soudainement projeté contre une paroi du van.

- « Heero ! Si tu ne peux pas conduire correctement tu passes la main ! Il nous faudrait arriver à Verberia en un seul morceau !

- C'est bien ce que j'essaye de faire, Wu Fei ! La route est pleine de trou ! C'est ça ou détruire un pneu ! »

Le policier grommela et essaya dans se caler entre le canapé et une étagère. Au bout de quelques minutes peu agréables pour les passagers arrière, les slaloms cessèrent et ils purent se réinstaller de façon à peu près normale. Hilde en profita pour se lever.

- « Je vais jeter un coup d'œil à leur carte, histoire de voir combien de route il nous reste à faire.

- D'accord.

- Attends une minute. »

Trowa se leva à son tour et alla chercher une couverture qui traînait sur le canapé. Il attacha les coins à deux étagères qui se faisaient face au fond du van puis il se tourna vers Quatre. Celui-ci lui fit un grand sourire et passa de l'autre côté de la couverture.

La brunette le regarda faire les sourcils froncés.

- « Pourquoi est-ce que… ?

- Il fait encore jour dehors, quand tu vas ouvrir la porte, des rayons de soleil vont parvenir jusque ici. Même en se mettant dans un coin protégé, certains écrans peuvent refléter la lumière, alors… Ce système est plus sûr.

- Oh… »

Elle regarda, intriguée, le brun s'assurer que les rayons du soleil ne passeraient pas au travers de la couverture, puis se réinstaller sur le canapé. C'était étrange… Son comportement préventif ne la surprenait pas plus que ça, mais qu'il agisse ainsi avec quelqu'un qu'il connaissait depuis si peu de temps était étonnant. En y réfléchissant, Heero et Trowa avaient quitté leur poste de policier depuis plus de quatre années, donc s'ils avaient rencontrés ce vampire dès leurs débuts… Mais Trowa était tellement réservé qu'elle avait bien mis 6 années avant d'avoir droit à des attentions aussi clairement exprimées. Elle jeta un coup d'œil au brun et soupira. Après tout c'était stupide d'être jalouse, elle devrait au contraire être contente qu'il se soit un peu plus ouvert.

Elle haussa les épaules, se dirigea vers l'avant du van et ouvrit lentement la porte.

- « Mais arrête ! Je t'ai dis à droite ! Tu ne vas quand même pas me dire le contraire ?

- Si tu m'avais dis de prendre à droite je n'aurais pas tourné à gauche !

- Mais n'importe quoi ! Je t'ai dis « premier croisement à droite et ensuite à gauche » ! C'est quand même pas de ma faute si tu ne comprends pas ce qu'on te dit !

- Je ne te demande pas de me dire où tourner dans douze croisements, je te demande de me dire où tourner sur le moment.

- Mais t'es pas possible ! Je disais ça pour te prévenir avec un peu d'avance ! Si tu ne sais même pas enregistrer deux informations en même temps… »

La jeune femme toussota.

- « Huh… Excusez-moi ? »

Heero se tourna vers elle.

- « Qu'est-ce qu'il y a ?

- Et bien… »

Elle jeta un coup d'œil à Duo qui la regardait mais il détourna immédiatement la tête.

- « Uh… Oui, je voulais savoir où on se trouvait par rapport à Verberia?

- Demande à Duo, c'est lui qui s'occupe de a carte. »

Duo soupira.

- « On est encore à plus d'une demi-journée et Heero vient de nous rajouter de la route supplémentaire avec ce charmant détour… »

La brunette les regarda d'un air gêné.

- « Dites, vous ne voudriez pas faire une pause ? Vous avez l'air à bout… Et puis ça doit bien faire neuf heures que tu conduis sans t'arrêter, Heero… »

Duo s'enfonça un peu plus dans son siège, trouvant soudainement quelque chose de passionnant à la carte.

- « On peut tenir encore un moment.

- Mais… Ce n'est pas sérieux ! Et puis tu peux parler mais ce n'est pas toi qui conduis, c'est bien plus fatiguant pour Heero que pour toi !

- De toute manière, il ne laissera pas conduire quelqu'un d'autre tant qu'il ne tombe pas de fatigue. Alors on va attendre quelques heures avant de faire une pause. »

Elle fronça les sourcils.

- « Heero tu ne vas pas me dire que tu es d'accord !

- Je ne me sens pas fatigué.

- C'est dangereux ! »

Le châtain serra les mâchoires et haussa la voix.

- « Tout le monde est crevé, vous autant que nous. Mais si on doit faire une pause autant que tout le monde puisse en profiter. »

Elle se tourna vers lui sans comprendre.

- « Au cas où vous l'auriez oublié, tant qu'il ne fera pas nuit, Quatre ne pourra pas sortir du van. »

Hilde écarquilla les yeux.

- « Oh… Oui… Je n'y songeais plus… »

Il y eu un court blanc puis elle se pencha vers le chasseur de prime.

- « Au fait Heero, tu te souviens que… »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, Duo détacha sa ceinture et se retourna. Sans lui jeter un regard, il la poussa afin d'apercevoir Wu Fei dans la partie arrière du van.

- « Wu Fei, est-ce que je peux déroger à la règle que tu as établie et revenir à l'arrière pour quelques heures ? Non parce que si elle doit rester entre les deux pour pouvoir discuter, ça va finir par être dangereux pour Quatre.

- Et bien…

- Super, merci Wu ! »

Il la poussa sans ménagement et referma la porte derrière lui. Le policier le dévisagea pendant que Trowa lui jetait un coup d'œil étonné.

- « Ils ont sûrement des tas de choses à se dire, je ne voulais pas les déranger… »

Quatre souleva la couverture pour apercevoir Duo et il soupira en secouant la tête. Duo haussa les épaules et alla le rejoindre.

- « C'est quoi ? Une cabane ? Tu crois pas que tu as passé l'âge ?

- C'était pour me protéger d'éventuel rayons de soleil. C'est Trowa qui en a eut l'idée.

- Ah ça c'est sympa ! »

Le châtain inspecta la façon dont la couverture tenait.

- « C'est un peu casse-gueule ces étagères quand même… Regarde là il y a… Quoi ? »

Le vampire ne semblait pas l'écouter le moins du monde, se contentant de lui jeter un regard insistant. Il baissa la voix.

- « Tu pouvais pas faire un effort ?

- Non. C'est pas dans les capacités de ma structure moléculaire. Je restais une minute de plus là-bas, ça aurait mal fini, je me connais. »

Il donna un coup de poing dans le vide tandis que le blond soupirait.

- « T'es impossible.

- Je sais, c'est pour ça que tu m'aimes. »

Le châtain ne s'offusqua même pas quand la claque s'abattit sur son crâne.


Ils s'étaient arrêtés depuis une dizaine de minutes, s'éloignant de la route pour pouvoir faire un feu. Quatre buvait du sang synthétique tandis que Heero et Wu Fei essayaient tant bien que mal de faire cuire des haricots dans une casserole. Devant leur succès évident, Trowa était allé fouiller les alentours, à la recherche de végétaux comestibles. Duo lui, fouinait dans son sac à la recherche de quelque nourriture égarée.

- « Je retiens cet imbécile de chasseur de prime que a oublié de faire les courses dans la dernière ville…

- Uh… Excuse-moi… »

Il sentit déjà un certain agacement monter en lui en reconnaissant la voix de la brunette. Il se retourna avec un sourire crispé.

- « Mademoiselle Schbeicker, que puis-je faire pour vous ?

- Oh je t'en prie, tutoie-moi… »

Le sourire de Duo devint un peu plus crispé.

- « Mademoiselle Schbeicker, que puis-je faire pour toi… »

Elle sembla hésiter à parler.

- « Oh et bien… Quatre m'a dit que si tu étais avec eux c'était parce qu'ils te devaient de l'argent. Je… Je peux payer à leur place si tu veux. »

Le châtain perdit son sourire.

- « Non merci… Ce fric ce sont eux qui me le doivent, ils me le rendront.

- Mais… »

Duo sortit du van et passa à côté d'elle sans rien ajouter.

- « Attends ! »

Il serra les poings.

- « Quoi ?

- Euh… Dans quelles circonstances… Enfin, pourquoi est-ce qu'ils te doivent cet argent ? »

Le châtain ne répondit pas immédiatement. Il se mit à sourire au fur et à mesure qu'une idée germait dans sa tête. Il se retourna finalement avec un grand sourire.

- « Quatre t'a dit quel était mon travail ?

- Non.

- Je suis un prostitué. »

Elle écarquilla les yeux.

- « Oh…

- Bien. Maintenant si tu veux bien m'excuser mais… J'ai à faire.

- Oui, bien sûr… »

Elle resta un moment sans bouger. Ce type était un prostitué… Quand on doit de l'argent à un prostitué c'est qu'on a… Qu'on lui a demandé des services… Et ce vampire avait dit que c'était surtout Heero qui lui devait de l'argent.

- « Mon Dieu… »

Un peu déstabilisée, elle alla s'asseoir autour du feu où Heero et Wu Fei s'affairaient. Le chasseur de prime remarqua son air soucieux.

- « Il y a un problème, Hildie ?

- Non, non… »

Il haussa les épaules et se retourna.

- « Tu aurais pu me le dire…

- Pardon ?

- Que tu aimais les hommes… »

La cuillère qui lui servait à remuer les haricots tomba dans la casserole.

- « Je… Quoi ? »

Wu Fei le dévisagea.

- « Tu es gay Yuy ?

- Mais non !

- Tu sais Heero, ça ne me gêne pas. »

Il fronça les sourcils, agacé.

- « Je peux savoir ce qui t'a mis cette stupide idée en tête ?

- Oh et bien, c'est Duo qui me l'a fait comprendre. »

Le chasseur de prime sentit certaines pulsions meurtrières à l'égard du prostitué l'envahir.

- « Et… Je peux savoir comment il t'a fait comprendre ça ?

- C'est… Il a dit que… C'est ton régulier non ?

- Mon régulier ?

- Le prostitué que tu te payes quand tu as envie de… »

Elle ne finit pas sa phrase, tout d'abord parce qu'elle était un peu gênée par la situation, mais aussi parce que Heero venait de se précipiter vers le châtain qui discutait avec Quatre une trentaine de mètres plus loin, Wu Fei à sa suite lui hurlant de se calmer.

Lorsque Trowa revint avec des baies sauvages, il resta un moment abasourdi par la scène. Duo était plaqué au sol par Heero, lequel lui braquait son flingue sur sa tempe. Wu Fei essayait de le retenir tandis que Quatre et Hilde semblaient ne rien comprendre à ce qui se passait.

- « Je vais te tuer !

- Mais arrête ! C'est quand même pas ma faute si ta copine tire des conclusions hâtives !

- Heero, lâche ce flingue !

- Des conclusions hâtives ?

- Ok, j'ai peut-être dit que tu me devais de l'argent et que j'étais un prostitué dans deux phrases très proches l'une de l'autre, mais c'est tout !

- Je vais te…

- Heero, arrête maintenant ! »

Trowa soupira, posa les baies qu'il avait trouvés sur une pierre et s'apprêtait à aller aider Wu Fei quand Heero se dégagea et se releva lentement. Il fixa un instant le châtain avec un regard noir puis secoua la tête en soupirant d'un air de mépris.

- « La prochaine fois que tu t'amuses à faire ce genre de truc, toute la bonne volonté de Quatre ne pourra pas m'empêcher de te laisser dans la première ville où on passera. »

Duo s'arrêta de sourire. Il soutint le regard du brun un moment puis détourna les yeux pour fixer une touffe d'herbe devant lui. Les quatre autre ne disaient rien, mis mal à l'aise par l'atmosphère lourde qui venait de tomber.

- « Eh bien la prochaine fois, dis à ta copine d'arrêter de penser par elle-même. On voit bien à quelles emmerdes ça nous mène quand elle le fait. »

Heero qui avait commencé à s'éloigner du châtain se retourna et le dévisagea, la surprise ayant remplacé le mépris dans son attitude. Wu Fei et Trowa fixaient Duo avec le même étonnement. Seul Quatre ne le regardait pas, se contentant de cacher à moitié son visage derrière une de ses mains en soupirant.

Hilde ne disait rien non plus. Elle regardait ce jeune homme assis par terre sans surprise ni haine. Toutefois en la regardant bien, on pouvait voir que se bouche était pincée et que ses yeux étaient peut-être un peu plus sombre qu'à son habitude.

Quatre finit par s'avancer, il tira Duo par le bras pour le forcer à se lever et ils s'éloignèrent des autres. La brunette ne les lâcha du regard que lorsqu'ils eurent disparus derrière le van.


- « Hilde, tu peux t'occuper du café ?

- Oh c'est que… Je ne sais pas si je saurais le faire.

- Je rêve… Elle ne sait pas faire du café… »

La brunette dévisagea Duo qui passa près d'elle sans un regard, attrapa la cafetière et se dirigea vers le van pour préparer du café.

- « Il…. Je… Rah !

- Laisse tomber Hildie. Duo est… Fais pas attention, c'est tout… »

La jeune femme serra encore plus les poings et partit d'un pas rapide le plus loin possible des quatre hommes restés dehors. Aucun pour prendre sa défense face à ce type !

Elle se força à reprendre son calme en marchant à grands pas et en essayant de penser à plein d'autres choses. Duo n'était pas important, ce n'était rien, peut-être qu'ils avaient tous les deux besoin de plus de temps pour se connaître, ça arrive…

Oui, ça ne pouvait être que ça.

Un peu calmée, elle revint vers les autres, s'assit tant bien que mal sur une grosse pierre et dit, son sourire revenu:

- « Bon, puisque faire le café est visiblement si important, l'un de vous pourrait m'expliquer ? Comme ça je passerai moins pour une bonne à rien. »

Quatre lui sourit gentiment et s'approcha :

- « Si tu veux… Bon alors d'abord tu prends la cafetière. Tiens là, je vais chercher le café. »

Hilde obéit et attendit patiemment le retour du blond. Lorsqu'il sortit du van, elle vit Duo s'appuyer contre le véhicule et les observer.

Elle fit celle qui n'avait rien vu et regarda Quatre faire avant de tenter à son tour un café.

- « Non, mets moins de café.

- Mais on est six, je pense que… »

Le blond sentit sans trop comprendre sa patience arriver à limite, et il haussa la voix :

- « Pour l'instant respecte les doses que je te donne !

- … Uh… D'accord. Pas la peine de t'énerver comme ça, Quatre…

- Mais je ne m'énerve pas ! »

Et pourtant, le vampire sentait très clairement une profonde exaspération – entièrement injustifiée – monter en lui alors que les yeux de la brunette se plissaient sous la surprise et un début de colère.

- « Je te demande de me montrer et tu hurles…

- Mais c'est pas possible d'être aussi succeptible… Et…! »

Quatre écarquilla soudainement les yeux, comme s'il reprenait soudain contact avec la réalité. Il se retourna et vit Heero, Trowa et Wu Fei le regarder avec étonnement. En effet, ce n'était pas dans ses habitudes de s'emporter ainsi… Son regard se posa alors sur Duo qui semblait cacher difficilement un fou rire.

Le vampire serra les dents et courut presque jusqu'au van, où il attrapa la châtain par le col avant de refermer violemment la porte. A voix basse, son visage à quelques centimètres du sien, il menaça le prostitué :

- « Duo, t'as intérêt à te calmer… Contrôle-toi un peu, bon sang ! Je te rappelle qu'à cause du lien, on…

- Je sais, je sais… Mais avoue que c'est un vrai boulet cette fille ! Et puis comme ça je suis pas le seul à m'énerver…

- Mais je n'ai aucune raison de la détester, moi ! Tu fais comme bon te semble avec elle, mais je veux quand même que tu apprennes à te contrôler un peu ! Je ne veux pas avoir à ressentir tes sentiments quand je lui parle ! »

A l'extérieur, les quatre autres étaient toujours bouches bées.

- « Yuy, qu'est-ce qui se passe ?

- Mais qu'est-ce que tu veux que j'en sache, Chang ? »

Un grincement se fit alors entendre et une tête blonde apparut alors derrière la porte entrouverte.

- « Hilde, je suis désolé de m'être emporté. Demande à Heero de t'expliquer la suite, j'ai un 'tit truc à régler. »

Il disparut à nouveau à l'intérieur du van et un grand éclat de rire retentit.

La brunette serra les poings ; Mais ils se foutaient d'elle ou quoi, ces deux là ?

Elle repartit marcher pour se calmer alors que dans le véhicule, le blond essayait de raisonner le châtain. Hilde ne comprenait rien à ce qui se passait… Elle leur avait fait quoi au juste ?


Après avoir bataillé une vingtaine de minutes pour réussir à obtenir un feu suffisant pour faire cuire leurs haricots, Heero et Wu Fei avaient trouvé le moyen de les oublier. Heureusement, ils avaient été alertés par l'odeur d'haricots brûlés au sixième degré. Heero eu le bon réflexe de jeter de l'eau dans la casserole, ce qui certes stoppa le phénomène de carbonisation, mais noya dans le même coup tous les haricots sous un litre d'eau glacée. Ce fut donc une bouillie non seulement carbonisée mais également froide et pleine d'eau qui fut servie cinq minutes plus tard.

Hilde goûta du bout des lèvres un haricot, fit une grimace et reposa sa cuillère dans son assiette.

- « Et bien… J'ignorais que tu étais aussi mauvais en cuisine Heero… Tu aurais voulu le faire je suis sûre que tu n'aurais pas réussi. »

Le chasseur de prime se contenta de rouler des yeux, continuant de mâcher sans pour autant déglutir. La jeune fille pouffa et posa son assiette par terre.

- « En tout cas je crois que ce soir sera mon soir de régime. »

Elle n'avait pas fini se phrase que Duo s'avança pour se remplir à nouveau son assiette. Il ne sembla pas voir tous les regards qui le dévisageaient et se rassit comme si de rien n'était.

- « Tu sais Quatre, c'est marrant la vie, j'avais un copain qui se faisait le même genre de tambouilles chaque soir. Enfin il ne s'y prenait pas de la même façon, mais ça revenait un peu au même. Il se nourrissait de haricots secs qu'il allait récupérer à la fin des marchés, mais comme il n'en avait jamais assez il mettait trois fois plus d'eau que la normale, pour compenser. Au final ça y ressemblait un peu… Mais bon, au moins ça lui tenait au ventre et ça l'empêchait de crever de faim. »

Quatre acquiesça, sans bien comprendre où Duo voulait en venir. De l'autre côté du feu, Hilde les regardait, la bouche pincée.

- « Tu dis ça pour moi Duo ? »

Le châtain leva la tête et la regarda en souriant.

- « Oh pas du tout. Ca m'est juste revenu à l'instant. »

Elle lui fit un sourire crispé.

- « Oh oui bien sûr. Ca t'es revenu juste après que j'ai fait un commentaire sur cette… nourriture. »

Il leva les yeux au ciel.

- « Il fallait pas le prendre pour toi. C'est normal après tout, la majorité des personnes préfèrent manger des bonnes choses. »

Le châtain pencha son assiette pour boire l'eau qui restait dedans.

- « D'autres personnes mangent seulement pour vivre. »

La brunette serra la mâchoire.

- « Je devrais peut-être m'excuser de n'avoir jamais connu la faim dont tu parles ?

- Oh non… Tu es Hilde Schbeicker, tu ne devrais pas avoir à t'excuser… Pas pour ça… »

Elle le fixa en plissant les yeux.

- « Je vois… C'est donc mon nom de famille qui te pose un problème… »

Elle secoua la tête d'un air méprisant.

- « Et tu juges souvent les gens sur leurs noms de famille comme ça, sans rien savoir d'eux ? »

Quatre se tourna alors vers Duo en lui parlant d'une voix forte.

- « Et au fait Duo, tu l'as connu comment cet ami ? »

Duo le regarda un peu surpris et puis il lui fit un sourire.

- « Il m'a hébergé quelque temps. Enfin j'entends par là qu'il m'a laissé dormir sous le porche où il dormait. »

Le détournement de conversation avait peut-être été tout sauf discret mais au moins il avait réussi. Duo et Quatre s'étaient lancé dans une conversation sur cet épisode de la vie de Duo. Hilde n'avait pas non plus essayé de remettre sur le tapis leur dispute. Après tout, elle devinait sans peine la réponse de Duo à sa question… Un soupir lui échappa. Une main se posa sur son épaule. Elle se tourna et fit un petit sourire de remerciement à Heero.

- « Et ton ami, il est devenu quoi après tout ça ?

- Oh il est mort il y a trois ans. L'hiver était trop froid, il n'a pas réussi à trouver suffisamment de nourriture. »

Quatre avait l'air gêné mais Duo continuait de sourire.

- « Lui au moins, il n'a jamais eu à se préoccuper de sa ligne. »

Hilde tiqua et se tourna vers eux. Duo qui continuait à rire lui jeta un regard un court instant. Elle serra les poings.

- « Je dois me sentir visé par ce que tu dis ? »

Le châtain soupira et la regarda d'un air agacé.

- « Dis-moi… Ce n'est pas fatigant de se croire toujours attaquée comme ça ? Tu fais ça en mon honneur ou tu aimes tout simplement te croire au centre de l'univers ? »

Elle serra la mâchoire.

- « Avant de te répondre, bien que je ne pense pas que ça soit utile, j'aurais une question à te poser… Est-ce que tu penses vraiment qu'à te défouler comme ça sur moi te soulageras d'une quelconque façon ? Tu trouves du plaisir à t'acharner comme ça ? Ou alors c'est pour te donner bonne conscience en rabaissant une Schbeicker ? C'est d'un pathétique… »

Le regard de Duo se durcit peu à peu tandis qu'elle parlait. Quand elle eut fini, il la fixa un moment sans parler. Quatre à côté de lui pâlissait à vue d'œil et essayait de se concentrer sur autre chose. Finalement, Duo soupira et la regarda d'un air méprisant.

- « C'est dingue à quel point tu peux croire être le nombril du monde. Ca en devient vraiment inquiétant… Tu devrais peut-être consulter un de ces nouveaux médecins qui soignent l'esprit, on peut peut-être encore y faire quelque chose… »

Il se leva en prenant les assiettes qui se trouvaient autour de lui.

- « Bon, cette conversation est vraiment agréable mais si on veut repartir rapidement il faudrait voir à pas trop s'attarder. Je vais faire la vaisselle. »

Il récupéra toutes les assiettes et s'éloigna sans jeter un coup d'œil à la brunette. Celle-ci regardait fixement le feu, serrant les dents à s'en faire éclater l'émail.


Quand Duo revint de la rivière où il avait été laver les assiettes, Heero, Trowa, Wu Fei et Quatre était toujours autour du feu. Hilde par contre s'était éloignée et était assise sur une grosse pierre. Elle avait le regard perdu dans le vague mais sa bouche était pincée. Quand elle aperçut Duo, son regard devint encore plus noir. Il passa à côté d'elle sans la regarder, alla poser les assiettes dans le van et se servit une tasse de café.

- « Dis-moi, Duo…

- Yep ? »

Un léger sourire étira les lèvres de la jeune fille.

- « Tu te prostitues seulement avec les hommes, n'est-ce pas ? »

Heero l'ayant entendu se tourna vers eux en fronçant les sourcils. Qu'est-ce qu'il prenait à Hilde de poser ce genre de questions… Duo fut lui aussi surpris et ne répondit pas immédiatement.

- « Non. Dans les réseaux de prostitution organisée, il est arrivé que mes clients soient des femmes. »

Il la regarda avec un petit sourire méprisant.

- « Choquée que certaines femmes se payent aussi des prostitués ? Mais ma chère, le beau sexe n'a pratiquement plus rien à envier aux hommes. »

Elle soutint son regard en souriant.

- « Oh non… Je me doutais bien que s'il y avait des hommes assez faibles pour se prostituer, il y avait aussi des femmes assez faibles pour les acheter, et…

- N'utilise pas le mot faiblesse sans savoir de quoi tu parles. »

Duo l'avait très sèchement coupé, et il se retenait difficilement pour ne pas dire le fond de sa pensée. Mais Hilde pouffa.

- « Comme tu me l'as rappelé, je suis Hilde Schbeicker. J'ai grandis avec comme mot d'ordre celui de devenir forte ou je me ferais manger par ma famille. Alors je sais très bien de quoi je parle.

- Non, tu ne sais pas. La force dont il faut faire preuve dans une famille aussi pourrie que la tienne n'a rien à voir avec celle qu'il faut avoir dans la ville. »

La jeune femme s'arrêta de sourire.

- « Je te serais gré de ne pas insulter ma famille.

- Ha ! Tu m'en demandes trop là ! Je te demande pardon, mais quand je vois une chose aussi ignoble que ta famille, je ne peux m'empêcher de cracher dessus.

- La branche à laquelle j'appartiens ne se livre à aucun trafic ! Nous faisons dans l'économie et le commerce. Il faudrait peut-être que tu te renseignes sur les gens avant de les insulter ! »

Duo se mit à rire.

- « C'est du pareil au même, chérie. Ce n'est pas le salaire d'un petit homme d'affaire qui a pu te payer une montagne de jeux toute ton enfance ni les jolis bijoux dont tu es parée depuis ton plus jeune âge.

- Et qu'est-ce que tu en sais ! »

Elle serra les poings, essayant de se calmer ; il ne fallait pas qu'elle entre dans son jeu...

Et pourtant, elle avait tellement envie de lui rabattre son caquet… !

Les quatre autres s'étaient retournés et les observaient en silence, ne sachant s'ils devaient intervenir ou non.

Mais la jeune fille reprit tout de suite la parole, et sur un ton mielleux, elle dit :

- « Mais au fait Duo… Plutôt que de parler de ma famille. Il y une question que je me pose, aurais-tu l'obligeance d'y répondre ?

- Vos désirs sont des ordres, très chère. »

Elle cala sa tête dans ses mains.

- « Lorsque tu te vends, tes clients ne doivent pas apprécier que tu ne ressentes aucun plaisir, et puisque tu es un homme, tu ne peux simuler. D'autant plus si ton client est une femme, tu es dans ce cas-là obligé d'avoir une érection. »

Un silence suivit ses mots, tandis qu'elle fixait le châtain avec un sourire.

- « Alors comment est-ce que tu t'en sors Duo ? Comment fais-tu pour prendre du plaisir avec un homme gras d'une cinquantaine d'années ? Comment fais-tu pour avoir une érection face à une femme grasse et repoussante que tu vois pour la première fois ? »

Le châtain la fixa sans rien dire.

D'une voix très douce, presque en chuchotant, elle détacha avec application ses mots :

- « Tu sais, c'est une maladie Duo. C'est une maladie et ça se soigne très bien pourvu que tu sois bien encadré. On appelle ça la nymphomanie et il y a plein d'hôpitaux psychiatriques remplis de malades dans ton genre en manque de sexe. Tu devrais peut-être faire une cure de désintoxication avant que ça ne prenne de proportions énormes et que tu te retrouves dans les soirées « spéciales » des hommes d'affaires et des mafieux.

- Hilde ! »

Elle jeta un rapide coup d'œil à Heero avant de reporter son attention sur le prostitué. Celui-ci la fixait calmement, mais ses mains étaient crispées autours de sa tasse de café. Trowa se leva et se dirigea vers le van.

- « Ca suffit maintenant. On repart. »

Il allait monter sur la première marche quand Duo tendit brusquement la jambe, l'empêchant d'entrer. La tôle du véhicule vibra dans un grand bruit suite au choc avec le pied du châtain. Il posa sa tasse de café à côté de lui et planta son regard dans celui de la jeune fille.

- « Effectivement… Beaucoup clients préfèrent quand je prends du plaisir avec eux. »

Un silence lourd, uniquement brisé par les crépitements du feu suivit ses paroles.

- « Mais il y en a aussi une bonne partie qui s'en foutent royalement, et heureusement ils sont facilement reconnaissables. »

Il attendit un moment avant de continuer.

- « Et puisque tu tiens tellement à le savoir, quand je me vends auprès d'une femme ou bien auprès d'un homme qui souhaite me voir prendre mon pied, l'imagination est un facteur clé. »

Un sourire cynique étira ses lèvres.

- « Quant au reste… »

Il se leva et fit quelques pas vers la jeune fille, restant à une distance raisonnable d'elle. Il plaça ses mains sur ses hanches et la fixa avec le même sourire.

- « Quand au reste, tu as sûrement raison. Je suis certainement un nymphomane. »

Le ton du châtain était si calme en comparaison de la colère qui émanait de lui que c'en était effrayant. Son visage était impassible alors que ses poings étaient crispés à l'extrême, son corps tendu. Elle déglutit difficilement mais soutint son regard.

- « S'aligner quatre ou cinq clients en une soirée, rester des mois dans des maisons closes plus que louches, se retrouver dans une des « spécial parties » des politiciens avec une cinquantaine d'autres prostitués pour le plaisir de ces messieurs et continuer à prétendre que ce métier me plait et que je n'en ai pas honte, ça relève sûrement de la nymphomanie. »

Il haussa les épaules.

- « Encore que… Pour le moment je n'ai participé à aucune partouze, je dois donc être moins atteint que d'autres…Toujours est-il que… »

Il s'approcha un peu plus d'elle et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.

- « Tu as raison chérie, je suis nympho, mais vois-tu… Ce monde est complètement pourri, jusque dans ses plus profondes entrailles… Je ne suis qu'un des résultats de sa dégénérescence et crois-moi, je ne suis pas le pire… »

Il se pencha à son oreille et murmura, d'une voix presque peinée :

- « Ta famille est elle aussi un bel exemple.

- Arrête avec ma famille ! »

Elle leva la main pour le gifler mais il l'attrapa avant qu'elle ne le touche.

- « Pourquoi ? Ce n'est pas vrai peut-être ? Ta famille fait du trafic d'arme, de stupéfiant et d'êtres humains ! Elle a le sang de milliers de personnes sur les mains ! Tu ne vas quand même pas oser dire le contraire ! »

Cette fois, Duo avait légèrement levé le ton, et ses yeux étaient étrécis de colère. Heero s'apprêta à se lever mais Quatre le retint par le bras. Hilde de son côté s'était mise à pleurer de rage en secouant la tête.

- « Je n'ai pas choisi de naître dans cette famille… Mes parents sont des gens bien… Je… Je ne veux pas être comme… Les autres personnes de ma famille… Je n'ai jamais souhaité l'être… »

Le châtain lâcha sa main mais la froideur dans son regard ne changea pas.

- « Ca ne change rien. Tu n'as pas choisi de naître comme une Schbeicker, je veux bien le croire, personne ne choisit sa famille. Pourtant tu appartiens à celle-ci, alors tu ne peux en aucun cas nier l'abomination de ses actes parce que ça t'arrange. »

Il se redressa tout en continuant de la fixer.

- « Libre à toi de devenir ce que tu veux. Mais dans la vie, on naît tous avec un lot d'avantages et d'inconvénients, tu ne peux pas les modifier pour que ça te convienne. Ce monde n'est pas tout rose, loin de là… Il ne ressemble en rien au joli cocon dans lequel tu as pu grandir… »

Un silence lourd suivit ses mots.

- « Il serait peut-être temps qu'elle se réveille la petite princesse… »

Duo se retourna, se dirigea d'un pas rapide vers le van et disparut à l'intérieur. Personne n'osa parler pendant quelques instants et le silence ne fût brisé que par une série de bruits sourds qui attira à nouveau tous les regards vers le van. Quatre écarquilla les yeux.

- « Mais… Duo, qu'est-ce que tu fais ? »

Le prostitué venait de balancer le sac qui contenait le reste de ses affaires sur le sol. Il sauta à son tour du van et passa l'anse du sac sur une de ses épaules sans leur jeter un regard. Il lâcha, sa colère à présent bien palpable dans sa voix :

- « J'en ai ma claque… C'est bon, j'arrête là…

- Tu… Quoi ! »

Sans rien ajouter, il s'éloigna d'eux à grands pas, se dirigeant vers la route. Wu Fei le regarda faire, trop estomaqué pour réagir, tandis que les deux chasseurs de prime le fixaient avec des yeux ronds. Quatre se leva rapidement et courut à sa suite.

- « Duo ! Je peux savoir ce que tu nous fais là ? Tu ne vas quand même pas partir sur un coup de tête ! »

Le châtain continua de marcher vers la route.

- « C'est pourtant ce que je suis en train de faire Quatre.

- Mais, Duo… Ca ira mieux maintenant entre toi et Hilde… Vous avez vidé votre sac alors… »

Duo soupira avec exaspération et s'arrêta.

- « Ecoute. D'abord, ça n'ira jamais entre elle et moi. C'est peut-être une fille géniale et je suis peut-être le roi des cons à me bloquer comme ça, mais je ne pourrais jamais la supporter. Jamais Quatre.

- Elle ne va pas rester longtemps avec nous, Duo… »

Le jeune homme secoua la tête.

- « Mais il n'y a pas qu'elle… ! Franchement, ça ne pouvait pas durer bien plus longtemps… Je me dispute sans arrêt avec Heero, même si ça va mieux ces derniers temps, Trowa a des poussées de pulsions meurtrières envers moi et au mieux j'indiffère totalement Wu Fei.

- Mais…

- Et puis tu as bien entendu ce que m'a sorti Heero tout à l'heure… A la limite je préfère partir par moi-même plutôt que de me faire jeter par un de ces types ! »

Le vampire ne répondit pas et baissa la tête. Duo soupira et il allait rajouter quelque chose quand il se sentit tiré en avant. En baissant la tête, il s'aperçut que les doigts du blond s'étaient glissés dans les passants de son pantalon et le tiraient vers lui. Il ne put s'empêcher de sourire passa ses mains dans les cheveux du blond, l'attirant à son tour vers lui. Quatre plongea instinctivement vers son cou, mais sans chercher une quelconque artère.

- « Quatre… Je n'aurais pas pu rester indéfiniment de toute manière… »

Le vampire ne répondit pas.

- « Le van est trop petit pour moi, j'aurais fini claustrophobe. Et même si j'aime bien bouger régulièrement, là c'est un peu trop pour moi.

- … On ne t'a pas rendu ce qu'on te devait pour ton appartement… »

Le châtain pouffa.

- « Et bien vous avez intérêt à avoir des florins sur vous la prochaine fois que je vous croise. »

Quatre sourit et se recula, rompant leur étreinte.

- « Tu sais où tu vas aller ?

- Oh ne t'inquiète pas pour ça… Je connais beaucoup de gens sur ce continent, je saurais me débrouiller. »

Le blond hocha la tête.

- « Et tu as plutôt intérêt à te caser rapidement avec Trowa.

- Ce ne sont pas tes affaires. »

Duo ne put s'empêcher de sourire.

- « Alors tu étais bien au courant.

- Duo quand on est un vampire de plus de quatre cent ans et donc doté d'une certaine empathie, il est pratiquement impossible de ne pas être au courant.

- Et qu'est-ce que tu comptes faire alors ? »

Il soupira.

- « C'est compliqué Duo…

- Mais non c'est pas compliqué. Tu le vois, tu lui sautes dessus, tu l'embrasses, vous faites l'amour pendant des heures et après ça vous serez bien obligés de mettre les pendules à l'heure. »

Quatre ne put s'empêcher de sourire.

- « Tu as de drôles de méthodes…

- Et elles ont toujours marchées !

- Je me demande bien avec quels genres de personnes… »

Le jeune homme haussa les épaules.

- « Moi si je dis ça, c'est pour aider.

- Je sais, merci Duo. Je m'en souviendrais mais je ne te promets pas de l'appliquer. »

Ils se regardèrent un moment sans rien dire, se contentant de se sourire.

- « Bon et bien… Prends soin de toi, Duo.

- Toi aussi… A une prochaine fois, Quatre. »

Le prostitué lui fit un dernier sourire avant de se retourner et de se remettre à marcher. Quatre le regarda s'éloigner, sentant son cœur s'alourdir peu à peu. Il ne restait plus qu'à espérer que les conséquences de cette distance sur le lien entre eux resteraient minimes. Le vampire soupira et alla rejoindre les autres. Il monta dans le van sans un mot et s'installa tout au fond.


Duo s'arrêta en face du vieux panneau qui annonçait le nom de la ville : Hieminsula.

Comme l'indiquait l'origine de son nom, cette ville était en réalité une vaste île, à l'écart du continent. On n'y accédait que par bateau, et encore, quand le temps le permettait… En effet, le climat était la plupart du temps assez rude, surtout pour les marins qui devaient lutter contre le froid et la force du vent.

Il ferma les yeux un instant et ne put s'empêcher de sourire avec ironie.

Il n'aurait jamais pensé atterrir ici il y a quelques jours en arrière…

Finalement, il remit son sac bien en place sur son dos et entra enfin dans la cité.

Il était arrivé par l'entrée est, donc pour arriver à destination, il en avait bien pour une heure à pied… Bah. Comme ça il verrait si cette ville de fous avait un peu changé…

Il ferma le col de son manteau, rentra sa tête dans son cou et mit ses mains dans ses poches pour garder la chaleur – il faisait toujours aussi froid ici décidément. Il avança tranquillement le long de la large avenue qui s'offrait à lui. Les petits immeubles blancs éblouissaient les passants en ce matin ensoleillé. Duo se demanda si les habitants repeignaient leurs maisons tous les ans pour qu'elles restent toujours aussi blanches…

Du moins dans cette partie de la ville. A l'entrée de Hieminsula, les maisons étaient toujours belles et propres, mais plus on avançait vers le centre, plus on voyait l'autre visage de cette cité. Le vieux quartier avait été peu à peu délaissé, et les maisons tombaient en ruines, ou devenaient des plus en plus sombres, les habitants n'ayant pas les moyens de les entretenir. C'étaient à présents des petites bandes de criminels et autres hors-la-loi et prostitués miséreux qui y vivaient.

Duo continua sa marche, ne réfléchissant même pas à la direction à prendre, il connaissait si bien cet endroit… Après tout, il y avait vécu un bout avant de se décider à repartir.

Il n'y avait pas à dire, il aimait ce lieu. La police avait beau être la plus corrompue de tout le pays, les habitants étaient franchement étranges, si différents de ceux du continent, certaines femmes étaient décidément vraiment barjes, mais… Mais il aimait l'architecture, il aimait les petites ruelles, il avait appris à connaître les habitants, il aimait ses amis qui y vivaient.

Quelque part, ça lui avait manqué. Quelque part, même si revenir ici n'avait pas été son intention, quelque part… Il était content d'y être à nouveau. Et puis il avait le sentiment qu'il ne voyagerait plus un bout de temps, alors si c'était pour s'installer pour un long moment, autant que ça soit ici.

Oui. Il avait beau être fatigué, déçu de ce qui lui était arrivé quelques jours à peine, être de retour à Hieminsula lui donnait un petit sourire nostalgique.

Il continua à marcher pendant une bonne demi-heure avant d'arriver à destination.

Il se trouvait en face d'une haute maison étroite à cinq étages, avec un toit de tuiles rouges sombre, des murs blancs qui tiraient sur l'écru, et une énorme porte en bois massif.

La plupart des volets rouges étant fermés, Duo se douta que les habitants étaient sans doute à peine réveillés. Mais peu lui importait. Il n'était pas un étranger après tout…

Il ne put s'empêcher de rire devant l'enseigne qui grinçait avec le vent.

On pouvait y lire : « Lilies of the depth valley ».

Les lettres étaient stylisées rouges et or, laquées sur le bois sombre. Mais ce qui le faisait rire, c'était que les lettres étaient beaucoup plus voyantes que la dernière fois, stylisées à l'exagération, et la couleur or prenait largement le dessus, donnant un petit côté excentrique à cette maison plutôt banale de l'extérieur. Il pouvait déjà mettre un nom sur la personne qui s'était occupée du « relooking » de la pancarte.

Le sourire aux lèvres, il frappa deux fois deux coups à la porte.

Comme avant…

Il attendit dix bonnes minutes avant que la porte ne s'ouvre violemment sur une magnifique femme blonde en très petite tenue. En dessous de son long peignoir de soie rouge grand ouvert, sa nuisette de la même couleur était entièrement transparente, laissant voir son string noir et le bout de ses seins nus. Ses yeux bleus lançaient des éclairs, elle venait visiblement de se lever. Mais en reconnaissant son visiteur, toute colère disparut et elle laissa échapper un « DUO ! » étonné. Le châtain lui adressa un grand sourire de canaille et il se rapprocha d'elle pour tendre les bras, réclamant un câlin. Elle éclata de rire et le tira à l'intérieur pour le serrer contre son opulente poitrine, l'étouffant au passage.

- « HEY ! Je déconnais, ton affection, tu te la gardes !

- Espèce de salaud, et moi qui croyais que je t'avais manqué !

- Faut pas rêver non plus, t'es la pire nana que je connaisse.

- Mais j'en suis très fière, mon chéri. »

Le jeune homme fit mine de lui envoyer un baiser et elle papillonna des cils.

Soudain, une voix douce mais visiblement de mauvaise humeur coupa leur échange :

- « Dorothy, qu'est-ce que tu fais ? Et qui a osé frapper à cette heure-ci ? »

La blonde regarda Duo d'un air ironique.

- « Comme tu vois, pas grand-chose a changé ici…

- A part la pancarte…

- Elle pète, hein ? Avoue, quand Dorothy s'occupe de quelque chose, on remarque tout de suite la différence, hé hé… »

Le châtain leva les yeux au ciel, alors qu'on entendait toujours la voix s'élever au bout du couloir. La blonde soupira.

- « La bonne humeur matinale de 'madame' est toujours au rendez-vous, malheureusement.

- Et sa magnifique tenue matinale aussi ?

- Bien sûr ! Elle a même renouvelé sa garde robe, tu vas voir ça, c'est…

- Splendide, j'imagine.

- Aucun mot ne me vient à l'esprit pour décrire cette finesse de goût… »

Duo éclata de rire et il suivit enfin la blonde dans le couloir pour retrouver la gérante.


Duo s'installa donc dans ce qui était son ancienne chambre, une large pièce aux murs tapissés de velours bleu nuit dans des encadrements blancs. Au plafond, un petit lustre électrique donnait une légère lumière tamisée. Il posa son unique sac sur le large lit et s'y étala de tout son long. Il était fatigué, et il n'avait qu'une envie : dormir.

Il resta dans cette position quelques longues minutes avant de vider enfin son sac, et de retirer ses chaussures et son manteau. Il rangea ses quelques affaires dans le grand placard en face du lit et alla tirer les longs rideaux pour cacher la lumière du matin qui éclairait la chambre.

Il alla se coucher tout habillé, après avoir mis le réveil de la table de chevet sur 18 heures. Après tout, il ne commencerait à travailler que le soir, il avait le temps de dormir avant de reprendre la routine. Il ne put s'empêcher de penser que la gérante était toujours aussi gonflée.

Il venait à peine d'arriver, et déjà il devait travailler. Lui qui avait espéré avoir une journée de plus pour racheter des habits et se mettre à l'aise, c'était raté.

Il sombra très vite dans un sommeil de plomb. Pour la première fois depuis des jours, il dormait enfin dans un vrai lit, et sans avoir à se soucier de chasseurs de primes têtus et franchement antipathiques.


Quelques heures plus tard…

Duo regarda la grande horloge du grand salon : 19h13.

Bien… Dans peu de temps, il commencerait. Il alla s'asseoir dans un des sièges en cuir noir et prit un livre au hasard pour tuer le temps.

… « Comment amener son homme au septième ciel »

Le châtain leva un sourcil et ouvrit le livre pour voir s'il y avait un quelconque nom écrit dessus. Il ouvrit alors la première page du livre, mais rien. Finalement, il reposa le livre en ricanant. Sûrement à une nouvelle…

- « Duo ? Qu'est-ce que tu fais ?

- J'essaie de tuer le temps. »

Dorothy s'était penché sur lui pour voir ce qu'il feuilletait, découvrant son opulente poitrine.

- « En regardant ce bouquin ?

- Ouais, si on peux appeler ça un « bouquin ».

- Un livre reste un livre, même s'il parle de cul.

- … Franchement, ce genre de livres traînant dans le salon où on accueille les clients, ça fait pas franchement fin et professionnel, si jamais notre chère gérante voit ça, ça va gueuler.

- Ca doit être à Violette, une ptite nouvelle, un peu tête en l'air certes, mais adorable, et puis avec un magnifique derrière, tu peux pas la louper. »

Duo rit en voyant la blonde mimer la forme des fesses.

- « Ouais, bah qu'elle fasse attention, après les clients vont croire qu'on laisse traîner ça exprès, on n'est pas ce genre de maisons closes hardcores où il s'agit de faire une orgie toutes les nuits !

- Encore heureux… J'imagine pas la tête de... »

Dorothy se tut, laissant son imagination faire son travail. Finalement, elle éclata de rire et se laissa choir sur le siège en face du châtain.

- « Enfin bon… Déjà prêt, toi ?

- Eh oh, j'ai pas besoin de deux heures pour me préparer, moi.

- Tu devrais, mon chou… Tu sais, je prends soin de moi et les clients apprécient… Je suis débordée, tu n'as pas idée…

- Tu es débordé parce que je ne suis pas là pour te concurrencer, ma belle.

- Garde ton arrogance, Duo… Tu sais très bien que personne ne me résiste…

- Ah ouais ? C'est facile de dire ça… quand je ne suis pas là. Je te rappelle que j'ai toujours eu plus de clients que toi, la plupart du temps. »

Elle le fusilla du regard, croisa ses jambes, dévoilant au passage ses bas et porte-jarretelles en dentelle noire, et se pencha vers lui pour dire à voix basse, comme sur le ton d'une confidence :

- « Mon petit Duo… Je te parie que j'aurais le double des clients qui se présenteront à toi…

- Pari tenue, très chère… »

Ils se sourirent d'un air entendu, puis la blonde renifla et se leva.

- « Bien… Puisque ce soir ne sera pas comme les autres, je vais m'habiller en conséquence… Tu devrais faire de même, n'est-ce pas, Duo ? »

Le châtain la regarda avec étonnement. Elle portait une longue robe de soie rouge sombre ouverte sur un magnifique décolleté et fendue sur les deux côtés, laissant voir ses longues jambes et ses chaussures à talons aiguilles rouges. Un bandeau rouge maintenant sa très longue chevelure blonde en arrière, alors que de grandes boucles d'oreilles en argent avec un rubis rappelaient la couleur de sa robe. Elle portait un rouge à lèvre de la même couleur, et seuls ses longs gants et ses bas noirs apportaient un peu de sobriété à sa tenue extravagante.

- « Je ne vois pas trop en quoi tu ferais mieux… Sincèrement, tu es parfaite comme ça. Moi, je ne me changerais pas en tout cas. »

Elle le détailla attentivement du regard, s'attardant sur sa fine chemise d'un violet foncé entrouverte où sa croix en argent dépassait du col, avant de descendre jusqu'à son pantalon noir et ses chaussures de la même couleur, propres et bien cirées. Ses cheveux étaient impeccablement nattés, et de beaux reflets châtains donnaient à sa chevelure un aspect encore plus soyeux. Sa tenue était assez simple et élégante, si on exceptait sa grosse croix et les petites boucles d'oreilles en argent.

Dorothy leva un sourcil, surprise. D'habitude, Duo ne pouvait s'empêcher de faire des remarques sur sa tenue pour ensuite vanter la sienne... Puis elle décida d'en jouer.

- « Hmm… Je suppose que tu dois avoir peur de ne pas faire le poids, il est vrai que tu as dû te racheter des vêtements en catastrophe… Tu n'as que des choses classiques à mettre, comparé à moi, c'est vrai… Bien, pour ce soir je fais une exception alors. »

Et elle se leva avec un grand sourire malicieux.

- « Je vais te laisser alors, Duo. Nous les femmes avons toujours beaucoup de petites choses à régler, nous sommes perfectionnistes. »

Puis elle partit en roulant des hanches, la tête haute, comme si il devait la remercier pour sa magnanimité. Le châtain rit et se secoua la tête.

Décidément, cette fille était toujours aussi frappée.

Il leva les bras et s'étira en baillant.

Il ne savait pas trop quoi faire pour s'occuper avant que les clients n'arrivent. Il se voyait mal dormir à cette heure ci, et les magazines qui traînaient n'avaient rien d'attrayant…

Il se mit à regarder la grande horloge, comptant les secondes, tout en faisant jouer sa croix dans ses mains pour faire passer le temps. Puis une voix douce mais ferme s'éleva.

- « Allez, on se dépêche un peu… La ponctualité est une qualité qu'apprécient nos clients, je vous le rappelle. Ah, Violette, tu es là, c'est bien. Yann, ouvre moi plus cette chemise ! »

Duo lâcha sa croix et se retourna pour observer avec amusement la gérante.

Elle était toujours aussi belle et autoritaire. Ses cheveux blond foncés étaient attachés en un parfait chignon au sommet de son crâne. Aucun cheveu ne dépassait, si l'on exceptait sa frange et les deux longues mèches blondes qui retombaient gracieusement sur ses épaules. Elle ne portait aucun maquillage, sauf un rouge à lèvre rose pâle. A ses oreilles, deux longues et fines boucles d'oreille en argent massif qui brillaient. Dans sa robe de velours noir, elle paraissait être la seule femme sobre de cette maison. En effet, si ses seins ronds étaient comprimés par le lacet qui serrait le haut du vêtement comme un corset, la robe n'en n'était pas moins très longue, cachant ses jambes. On distinguait juste la pointe des souliers noirs bien cirés. Sans plus de bijoux et de maquillage, elle était pourtant majestueuse, d'une beauté froide avec son regard calme et ses lèvres serrées.

Mais Duo connaissait très bien le personnage, il savait que ce n'était qu'une façade, et que s'il y avait bien une personne qui était aussi atteinte que Dorothy dans cette baraque, c'était sans conteste cette femme là.

- « Réléna… »

Il avait murmuré son nom sans vraiment s'en rendre compte.

Elle se retourna vers lui et lui fit un petit sourire.

- « Ah, Duo. »

Elle s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule, serrant gentiment le tissu soyeux. Son sourire s'étira, un sourire plus tendre, plus complice.

- « Tu t'es un peu reposé ?

- Oui, je n'ai pas eu ma journée comme je l'espérais, mais j'ai eu quelques malheureuses heures de sommeil, c'est déjà ça. »

Elle lui tapota gentiment le crâne et dit d'un ton de vieille grand-mère :

- « Le pauvre petit, on le surmène… »

Le châtain éclata de rire et repoussa la main qui démêlait ses cheveux.

- « Pas que ça me dérange, Réléna, mais tu gâches un travail d'une demi heure… »

Elle pouffa doucement et dit d'un ton faussement vexé.

- « Et moi qui pensais que tu comprenais que je ne faisais ce genre de gestes qu'avec certaines personnes privilégiées…Ingrat, va.

- Ouais, ouais… »

Puis elle soupira, plus sérieuse :

- « Toi au moins, pas besoin de te dire quoi faire.

- J'apprécie le compliment… Mais ce ne serait pas plutôt toi qui serait un peu trop stressée ? Ce n'est pas dans tes habitudes d'ailleurs… Si tu étais plus calme, peut-être qu'ils t'obéiraient mieux…

- Stressée ? »

Elle rit.

- Duo, diriger une ribambelle de drôles dans votre genre est un boulot éreintant, tu sais. Tu ne gères pas tout ce petit monde à longueur de journée… J'essaie de m'occuper de vous tous comme il faut, et de vous apprendre à bien pratiquer un métier comme un autre. En même temps, je dois aussi m'occuper de la tenue de cette maison, et ce n'est pas facile crois-moi. J'ai en eu une journée assez chargée donc je suis peut-être plus à cran qu'à l'accoutumée, mais… Je ne suis pas plus exigeante que d'habitude, non. Et pour tout travail bien fait, il faut y mettre de l'énergie et de la volonté, c'est surtout ça que j'essaie de vous apprendre. Allez donc voir ailleurs, je pense que je suis bien plus gentille que ce que vous trouverez à l'extérieur… »

Elle en profita pour hausser légèrement le ton, pour que tout le monde l'entende. Duo sentit un début de fou rire le gagner. Cette nana n'avait décidément pas changé d'un pouce…

- « D'accord, d'accord, je m'avoue vaincue, tu es la gérante parfaite.

- Oh, quel flatteur… Comme si tu le pensais vraiment. Mais tu dois bien admettre que ma maison a une excellente réputation, et que nos clients sont des gens de marque, raffinés et riches. »

Duo pouffa de rire, la plupart des autres prostitués sourirent.

- « Riez, riez ! Essayez de vivre aussi bien dans une autre maison ou à l'extérieur et vous verrez la différence. Ici je vous assure tout de même une certaine protection, et les clients partent en payant ce qu'il faut… Bien. Maintenant ce luxe n'est pas gratuit, il me faut un personnel qui sache aussi travailler, donc je veux voir tout le monde prêt. »

Elle lança un petit sourire doux à l'assemblée tout en regardant sérieusement ses employés pour vérifier que tout allait comme il fallait. Le châtain mit les mains dans ses poches et la regarda avec un sourire en coin. Réléna Peacecraft, douceur et autorité, le mélange qui donnait des résultats bien surprenants des fois, mais ça marchait… Par contre elle cachait bien son jeu. Dès qu'il était question d'affaires, elle dissimulait soigneusement son grain de folie sous bon nombre de sourires polis et un professionnalisme étonnant. Encore que « grain » n'était peut-être pas le terme le mieux adapté quand on connaissait bien la jeune femme. Le feu sous la glace…

La gérante se tourna vers Duo qui l'observait toujours.

- « Qu'est-ce qu'il y a encore, Duo ?

- Hm… Je me demandais pourquoi est-ce que tous les gens que je fréquentais étaient aussi barjes… Bon, j'avoue que tu n'es pas aussi folle que Dorothy, mais tu n'es pas mal non plus.

- On ne peut pas s'empêcher de parler de moi ? »

La grande blonde se planta entre eux deux, les poings sur les hanches. Elle sentait très fort un parfum à la rose, comme si elle avait vidé le flacon entier. Duo grimaça.

- « Exactement. Dès qu'on parle d'anormalité, je me dois de te citer.

- Je t'emmerde, Duo.

- Ecoutez vous deux, ce n'est vraiment pas le moment…

- Tu me déçois, Dorothy… Tu faisais mieux que ça avant.

- Dorothy, Duo, je vous préviens, je…

- Un instant, Réléna. Il m'insulte là, j'ai le droit de me défendre tout de même ! Duo… Ca prouve au moins que j'ai perdu mes mauvaises habitudes et que mon langage est plus raffiné, comparé à celui de certains qui ne savent que critiquer…

- Tu m'excuseras, mais « raffiné » pour définir ta façon de parler, c'est comme mettre « Réléna » et « innocente » dans une même phrase. C'est une absurdité. »

Dorothy s'apprêtait à répliquer, lorsqu'une voix très froide et pleine de colère les coupa :

- Vous allez vous la fermer et partir bosser tout de suite, avant que je ne choisisse des clients pour vous ! Et ce n'est pas qu'une menace, je peux vous l'assurer… »

Duo et la blonde déglutirent avant de s'écarter en vitesse de leur gérante. Ses yeux brillaient d'une lueur malsaine qui n'était absolument pas bon signe…

La dernière fois que Réléna leur avait choisit un client pour les punir de leur dispute qui avait dégénéré en un concours de « celui qui saurait le mieux faire jouir le client », ils avaient dû accepter deux magistrats hauts placés et très riches mais particulièrement laids, gras, franchement écoeurant de grossièreté et de suffisance et âgés de plus de cinquante ans. En temps normal, ce type de clients ne rentrait pas facilement chez eux, ou alors on tentait de les convaincre qu'ils étaient au mauvais endroit, mais ce soir là, deux d'entre eux étaient entrés exprès comme punition. Une horreur dont les deux prostitués se souviendraient encore longtemps…

Ils s'excusèrent rapidement avant de filer tout aussi vite.

- « … On a été un peu loin là…

- TU as été un peu loin, Duo.

- Ok, ok… Mais n'empêche, elle serait pas plus succeptible qu'avant, la Réléna ?

- Je pense que c'est la crise des vingt-cinq ans… Maintenant elle appréhende les trente ans qui se rapprochent dangereusement…

- Hein ?

- Je te rappelle que notre chère gérante a fêté ses vingt-cinq ans il y a à peine un mois.

- Tiens, c'est vrai, ça fait d'elle la plus âgée, hé hé…

- La ferme ! Dis ça plus fort et on se tape la punition du siècle ! »

Le jeune homme se tut, mais il retint difficilement un rire. Ah, les femmes…

Soudain, la grande horloge sonna huit heures.

Les deux prostitués se redressèrent et remirent leurs vêtements bien en place avant de s'éloigner l'un de l'autre. Maintenant, le travail sérieux commençait…

Réléna alla accueillir les clients à la porte en leur adressant un sourire courtois et en les aidant à prendre place dans les confortables sièges et autres canapés en cuir rouge foncés du salon de style ancien. La pièce était assez sombre, avec des petites lumières chaudes un peu partout, donnant une ambiance intime et érotique à la fois. Les boiseries simples mais bien entretenues donnaient au vieux salon ses airs de noblesse, la plupart des clients se sentaient dans leur élément, et non pas dans une vieille maison de passe affreusement glauque. Certains restèrent debout ou allèrent directement voir des prostitués qu'ils devaient bien connaître. D'autres discutaient à voix basse avec Réléna, lui jetant des regards appréciateurs.

Leur gérante avait toujours autant de succès… En effet, Réléna était une sorte de courtisane qui accompagnait les hauts magistrats pour une soirée ou un dîner, etc.… Elle ne proposait pas de services sexuels, mais elle vendait sa compagnie pour les hommes qui désiraient avoir une belle femme talentueuse à leurs côtés. Réléna savait aussi bien danser avec grâce que jouer de plusieurs instruments de musique que parler de politique ou autres sujets contemporains… Duo savait qu'elle refusait tout autre service que celui-ci. Par contre elle n'hésitait pas à faire du charme pour attirer des gens hauts placés ou les inciter à revenir. Elle savait être charmante tout en restant à sa place. Jamais de vulgarité ou trop d'insistance, tout en douceur et avec persuasion.

Duo jeta un rapide coup d'œil à Dorothy qui était entourée de trois hommes en riches costumes. Cette fille là ne perdait jamais son temps, il ne doutait pas un seul instant qu'elle ait eu le plus de succès durant son absence.

Il alla au petit bar au fond de la pièce se chercher un verre, évitant les serveurs qui se faufilaient avec des plateaux remplis de verres d'alcool destinés aux clients. Pour l'instant, ils passaient entre les tables, mais sous peu, ils iraient carrément apporter les alcools dans les chambres occupées. En effet, des téléphones reliaient les chambres au bar, au cas où les clients réclameraient un peu d'alcool pour la soirée. Lui-même avait plusieurs fois fait appel à leurs services dans ses soirées. Duo nota qu'il y avait bien peu de serveurs, comparé à la dernière fois qu'il avait travaillé dans cette maison. Il haussa les épaules, prit son verre et s'apprêta à repartir lorsque Dorothy se colla à lui pour mieux se pencher vers l'un des petits serveurs :

- « Stuart, ma chambre est prête ?

- Presque, Mademoiselle Catalonia. Richard est encore en train de rajouter quelques coussins. Je pense qu'il aura fini d'ici cinq minutes.

- Merci, Stuart. Au passage, tu me monteras deux verres de gin. Ah oui ! Et je sais bien que tu es nouveau, mais appelle-moi par mon prénom s'il te plaît, j'ai l'impression que tu me parles comme à une vieille.

- Uuuh… Oui, d'accord. »

Puis elle se retourna vers Duo et lui envoya un baiser :

- « A bientôt, Duo…Je te rappelle qu'on a un pari, tu vas être à la hauteur ?

- Fais surtout attention à pas te sentir larguée… »

Elle partit en riant très fort, et rejoignit un homme bien sur lui d'une quarantaine d'années.

Duo ricana et la suivit, marchant tranquillement entre les canapés, regardant furtivement autour de lui, essayant de voir si on l'avait remarqué… Il repéra trois regards insistants posés sur lui, puis choisit finalement de s'asseoir à côté d'un homme avec une petite moustache brune bien lisse et un regard pétillant.

- « Bonsoir. »

Le châtain but une gorgée de son verre et lui fit un signe de tête.

- « Vous êtes nouveau n'est-ce pas ?

- Pas vraiment… J'ai travaillé ici il y a quelques temps avant de me décider à revenir. Je connais bien la maison.

- Un ancien, donc.

- Si on veut. Je ne vous ai jamais vu non plus…

- Je suis de passage à Hieminsula, et je trouve cette ville bien trop ennuyeuse… Alors un ami m'a amené ici en disant que je trouverais de quoi me satisfaire.

- Hieminsula ennuyeux ? Soit vous allez aux mauvais endroits, soit vous êtes très difficile.

- Je pencherais plutôt pour la seconde option… Mais peut-être que vous savez ce qui pourrait convenir à un homme comme moi ? »

Duo lui fit un grand sourire et posa son verre.

- « Ca dépend de ce que vous aimez…

- Ca dépend de ce que vous avez à me proposer. »

L'homme se contentait de le regarder avec malice, sans le toucher ou tenter d'être plus explicite. Ca plaisait bien à Duo. Ce type avait l'air de savoir ce qu'il voulait, mais il restait poli et il avait un côté assez charmeur…

Le châtain finit son verre, ses passa rapidement sa langue sur ses lèvres et dit :

- « Je vous fais découvrir, alors ? »


Plus tard dans la nuit…

Duo raccompagna son troisième client jusqu'à la porte d'entrée. Un grand homme d'âge mûr en beau costume noir. Il se retourna pour embrasser une dernière fois le châtain, le prendre dans ses bras pour mettre plusieurs billets dans la poche arrière de son pantalon, puis il partit en promettant de revenir la semaine d'après. Duo lui fit un petit sourire entendu, puis il referma la porte en soupirant.

Il s'étira et remonta les escaliers pour retourner dans sa chambre, lorsqu'il buta dans quelqu'un. Il se frotta le crâne, en colère contre lui-même – quelle idée de monter les escaliers la tête baissée ! – et contre la personne qui lui était rentrée dedans bien entendu.

Duo leva la tête pour voir s'il connaissait le client, lorsqu'il cessa de respirer.

- « … Treize… ? »

Le grand homme dans un long manteau de couleur foncé écarquilla les yeux et plongea sur le châtain pour le prendre dans ses bras.

- « Huuu… Treize, tu m'étouffes… ! »

Le brun n'en tint pas compte, il enfuit sa tête dans son cou et y déposa quelques baisers avant de se dégager de lui.

- « Duo… Je ne savais pas que tu étais revenu !

- Hmm… On va dire que certaines circonstances m'ont amenées ici… »

Le brun plissa les yeux et lui sourit tendrement avant de se coller à nouveau à lui. D'une main, il caressait le dos de Duo, de l'autre il descendait jusqu'à ses fesses…

- « Hum, hum. Le tripotage, c'est pas gratuit, et encore moins dans les escaliers où tout le monde nous voit… »

Treize rit doucement puis le regarda droit dans les yeux.

- « Ce n'est pas comme si j'étais un étranger pour toi…

- Non, mais il y a tout de même un minimum de règles à respecter, je te rappelle… »

Ils se regardèrent un instant sans rien dire, puis finalement Duo dit :

- « Tu étais venu voir qui ?

- Ca n'a pas d'importance. C'est toi que je veux voir maintenant… »

Le brun le reprit dans ses bras, et cette fois, le châtain referma lui aussi ses bras autour de son cou, un sourire aux lèvres.


Duo repassa ses mains le long du dos nu en se penchant à l'oreille de l'homme sur lequel il était assis.

- « Ca fait bien vingt minutes que je te masse… T'as intérêt à avoir vraiment mal au dos parce que moi je commence à en avoir marre… »

L'homme sous lui rit et tourna légèrement la tête pour lui jeter un regard malicieux.

- « J'ai très mal, Duo… Après une journée entière à bosser dans un bureau avec des abrutis, j'ai besoin de me détendre, c'est normal… Et j'adore quand c'est toi qui me masses… Je crois que je pourrais venir deux fois par semaines rien que pour ça… »

Duo ne put s'empêcher d'être touché. Voila pourquoi Treize était son client préféré. Il était bel homme, doux, riche et surtout tellement adorable... Jamais il n'avait eu un autre client comme lui. Des gens qui lui faisaient penser à Treize, oui. Mais le brun restait le seul à l'attendrir comme ça.

L'homme se retourna alors, faisant tomber le châtain sur le côté gauche du lit.

Treize regarda attentivement le jeune homme nu qui lui faisait face, un sourire aux lèvres.

Il l'attira à lui et l'allongea pour s'installer contre lui de tout son long, caressant à nouveau sa peau douce en même temps que ses lèvres dévoraient celles du châtain. Duo referma ses bras autour de son cou en répondant avec délice au baiser. Treize avait beau lui prendre la majeure partie de ses nuits, il ne le regrettait jamais. Non seulement il payait en conséquence, mais il savait exactement ce qu'il voulait, et le brun savait s'y prendre pour que lui-même n'ait pas à simuler ou faire le gros du travail tout seul. C'était un vrai partenaire, un homme en or, tout simplement.

Oh oui, Treize était tout à fait son type. S'il y avait réellement eu quelque chose entre eux, cela lui aurait bien plu de tenter une relation sérieuse. Mais ce n'était vraiment pas à faire. Treize avait beau avoir beaucoup de qualités, il n'avait aucune envie de s'engager dans une histoire pareille. Sa vie lui convenait telle qu'elle l'était, il n'avait pas envie de penser à ce genre de choses pour le moment.

Alors le châtain s'appliqua, comme toutes ses nuits avec Treize, à ne faire que son travail. Avec bien plus de plaisir, mais juste son travail. Le sexe n'était pas l'amour.


Duo ouvrit confusément les yeux. Il distingua devant lui un vieux bureau en bois sculpté où se trouvaient une dizaine de feuilles éparpillées. On avait écrit dessus dans une langue qu'il ne connaissait pas, mais de toute évidence, les lettres avaient été calligraphiées avec soin.

Mais qu'est-ce que… ?

- « NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNN ! »

Il se redressa immédiatement, faisant tomber la chaise sur laquelle il était assis. Il sentit son cœur se mettre à battre plus vite et quelque chose ressemblant à de la peur monter en lui. Il resta un moment debout puis il se dirigea en courant vers la porte de la chambre et se retrouva dans un couloir.

Mais… Où est-ce qu'il se trouvait ? Il n'avait aucun souvenir de cette chambre ni de ce couloir.

Il resta un moment sans bouger, puis il se mit à courir vers un bout du couloir et il arriva dans un énorme hall où descendait un escalier. Sans savoir vers quoi il se dirigeait, il se mit à descendre les marche quatre à quatre. Arrivé au rez-de-chaussée, il s'arrêta sur la dernière marche. A quelques mètres devant lui gisaient plusieurs corps dont les membres semblaient complètement désarticulés. Il resta tétanisé devant cette vision, sentant la nausée le gagner peu à peu.

- « KYYAAAAAA !

- NON ! JE VOUS EN SUPPLIE ! ARRÊTEZ ! »

Il se retourna, le cœur battant, et se mit à courir vers le corridor d'où provenaient les cris. Tout au long de sa course, son regard s'arrêta sur les multiples vases, tableaux et autres objets précieux qui emplissaient le couloir. Il ne comprenait pas… Il ne se souvenait pas être jamais allé dans une maison aussi somptueuse.

Il s'arrêta finalement à plusieurs mètres d'une porte entrouverte d'où filtraient quelque rayons de lune. Les cris venaient d'ici, il en était sûr. D'où il était, il pouvait même entendre des bruits de mouvements et des gémissements. Le ventre noué, il s'approcha lentement jusqu'à passer lentement la tête dans l'ouverture. Son cœur s'arrêta de battre un instant tandis que ses pupilles se rétractaient.

Dans le grand salon, derrière cette porte, se déroulait une scène cauchemardesque. Sept femmes gisaient au sol, les yeux révulsés d'horreur tandis que leur sang coulait des larges blessures sur leurs gorges. Il inondait le tapis, teignant leurs robes semblant sortir d'un autre temps et leurs longs cheveux blonds de rouge. Une personne enveloppée de noir se tenait au milieu d'elles, cachée par une grand capuche, elle avait la tête plongée dans le cou d'une huitième jeune femme. Dans un coin de la pièce, un homme regardait la scène en pleurant. Ses cheveux châtains gardaient encore les traces d'une mise en pli parfaite qu'une bataille semblait avoir effacée. Sa bouche tremblait, à moitié cachée sous une moustache bien fournie.

Sans bien comprendre pourquoi, Duo sentit un poids énorme se matérialiser dans son estomac tandis que les larmes lui montaient aux yeux.

La personne au centre de la pièce laissa tomber la jeune femme qu'elle tenait et releva la tête en soupirant de satisfaction, exposant ses longues canines maculées de sang. De là où il était, Duo ne pouvait pas bien voir le vampire, qui plus est celui-ci était enveloppé dans une épaisse cape noire. Il aperçut alors l'homme dans le coin de la pièce s'approcher lentement.

- « M… Monstre ! Combien de mes enfants vas-tu tuer pour combler ta faim !

- Mais tous mon cher. Ainsi ils n'auront pas le temps de vous manquer. »

Duo tiqua au son de la voix du vampire. Elle était certes grave mais ça ne ressemblait pas à une voix d'homme…

- « Je ne te laisserais pas faire ! »

L'homme poussa un cri de rage, attrapa un sabre qui ornait un mur et se précipita vers le vampire. Tout se passa très vite, le vampire fit un grand geste de la main, faisant voler sa cape, saisit d'une main la tête de l'homme, et la tourna violemment, occasionnant un craquement sourd. L'homme tomba à terre en même temps que la cape du vampire, révélant un corps de jeune femme aux proportions parfaites, enserré dans une longue robe à col montant d'un rouge profond. Ses cheveux étaient si noirs qu'ils avaient des reflets bleus. Ils étaient coupés courts et s'alliaient à merveille avec le rouge de sa robe pour faire ressortir la blancheur de sa peau. Le rouge à ses lèvres n'avait miraculeusement pas été estompé par les morsures. Elle regardait d'un air paisible le corps de l'homme à ses pieds, ne semblant pas vouloir de son sang.

Ce n'est qu'à ce moment là que Duo prit conscience des larmes qui roulaient sur ses joues. Une sorte de nausée l'obligeait à porter la main à sa bouche alors que la bile remontait lentement le long de son œsophage. Il sentit ses jambes se mettre à trembler et crut qu'il allait tomber au sol quand il fut tiré en arrière. Un cri de surprise failli lui échapper mais une main se plaqua sur sa bouche. En tournant la tête, il aperçut une jeune femme aux cheveux blonds coupés au carré qui gardait les yeux fixés sur ce qu'elle pouvait voir du salon. Des larmes coulaient le long de ses joues mais son regard brûlait de rage.

- « Iria… »

Pardon ? C'était qui ça « Iria » ? Et pourquoi il l'avait appelé ainsi ? Pour autant qu'il se souvienne, il ne l'avait jamais vue. La jeune femme baissa lentement la tête vers lui, le gardant serré contre elle. Puis sans un mot, elle le poussa vers huit autres jeunes filles qui pleuraient elles aussi. Elle se pencha vers Duo en chuchotant.

- « Il faut partir, petit frère ! Et le plus vite possible ! »

Comment ça « petit frère » ? Il n'avait jamais eu de sœur !

- « Fuyez ! Ne vous préoccupez que de votre vie ! Je vais essayer de trouver les autres et de détourner l'attention du vampire !

- Non ! Iria je ne…

- Ne discute pas petit frère ! »

Ne pas discuter, d'accord, mais le problème était que les mots franchissaient sa bouche sans son contrôle.

- « Maintenant, fuyez !

- N'y pensez même pas. »

La voix grave du vampire les paralysa.

- « Vous ne pensiez quand même pas qu'une simple porte vous protègerait ? »

Duo vit Iria froncer les sourcils et déglutir difficilement.

- « Courrez ! »

Il se sentit tiré par les autres jeunes filles et commença à courir. Mais le sol se déroba soudainement sous leurs pieds et une force les traîna tous vers le salon. Quand Duo sentit qu'il était de nouveau immobile, il tenta de se redresser, mais à peine avait-il relevé la tête qu'il rencontra le regard vide du vampire. Elle se tenait à moins d'un mètre devant lui et le dévisageait longuement. Il sentit une haine sourde monter en lui.

- « Non ! »

Il tourna la tête et aperçut Iria se précipiter vers eux et se placer entre lui et le vampire. Elle écarta les bras en croix pour le protéger de son mieux sans lâcher du regard le vampire. Celle-ci s'agenouilla pour se trouver à sa hauteur.

- « Que crois-tu faire, ma belle ?

- Je ne vous laisserais pas tuer mon petit frère sans bouger ! »

La brune lui sourit.

- « Oh ne t'en fais pas, je ne boirais pas son sang, je ne bois que celui des femmes… »

Tout en parlant, elle avança la main et la passa dans les cheveux de la jeune femme. Iria la fixa sans ciller.

- « Ce qui ne signifie pas que vous n'allez pas le tuer comme vous l'avez fait pour mon père ainsi que pour les gardes. »

Le vampire se redressa.

- « Je ne tue pas par plaisir et je n'ai rien de spécial contre vous. Ton père et ces hommes ont essayé de m'attaquer, je me suis défendue. »

La jeune femme la regarda d'un air méprisant et se releva à son tour.

- « Oh vous vous êtes défendue ? Face à des hommes dont vous n'aviez rien à craindre ?

- Il faut être fatigué de la vie ou tout simplement stupide pour s'attaquer à un vampire et espérer y survivre. Remarquez que c'est tout aussi inconscient de prétendre tenir tête à un vampire comme vous le faites. »

Iria eut un petit sourire.

- « Ca n'est pas de l'inconscience.

- Alors qu'est-ce donc ? »

La jeune femme ne répondit pas et continua de regarder le vampire en souriant. Duo remarqua à ce moment que sa main droite qu'elle gardait cachée derrière son dos ne cessait de bouger, formant divers signes. Ne comprenant pas le sens de ceux-ci, il jeta un coup d'œil aux jeunes femmes derrière lui. Il déduit de leurs regards déterminés qu'elles avaient compris le message d'Iria.

D'ailleurs celle-ci commença à se déplacer dans la pièce, s'éloignant de Duo et des autres jeunes femmes.

- « Que faites-vous ?

- Je ne sais pas… Je ne comprends pas ce que vous attendez. Vous n'avez pas hésiter une seule seconde à tuer mes autres sœurs… »

Elle se pencha et ramena le bras d'une de ses cadettes sur sa poitrine.

- « … Vous n'avez pas non plus hésité à tuer mon père… Et pourtant nous tergiversons depuis cinq bonnes minutes, alors je vous le demande : y a-t-il quelque chose que vous attendez ? »

Le vampire se mit à sourire.

- « Mais non ma belle. Si vous êtes si fatiguée de vivre que cela, alors je veux bien vous exaucer. »

Elle s'approcha lentement de la jeune femme.

- « Iria non ! »

La brune se retourna pour jeter un coup d'œil à celle qui avait crié.

- « Ne vous en faites pas mes chéries, vous suivrez votre grande sœur très rapidement. »

D'un mouvement souple, elle prit la jeune femme dans ses bras et plongea la tête dans son cou. Les autres femmes derrière Duo se levèrent immédiatement, le tirant avec elles en se précipitant vers la porte du salon. Les quatre premières passèrent sans aucun souci, mais quand la cinquième voulut passer, le battant de la porte se referma violemment, lui écrasant la moitié du corps. Elles se mirent toutes à hurler et Duo se retourna vers le vampire qui continuait de boire le sang d'Iria, non sans observer leurs moindres faits et gestes. Une rage sourde monta en lui et il se précipita vers la porte. Oh elle voulait jouer avec eux ? Et bien elle risquait d'avoir des surprises.

Il cala ses coudes contre les battants de la porte et mit toute la force qu'il pouvait pour essayer de dégager la jeune femme. Il finit par y arriver et elle passa, titubante, de l'autre côté de la porte. Il fit un signe aux trois autres et elle se glissèrent sous lui pour passer également de l'autre côté de la porte. Certaines déchirèrent avant de passer les ballons de leurs robes qui étaient trop grands pour l'ouverture de l'embrasure. Mais la pression se faisait se plus en plus forte et Duo sentait ses os crisser. La douleur devint insupportable quand la dernière jeune fille passa la porte. Et alors qu'elle n'était pas encore tout à fait sortie, un craquement sec se fit entendre. Duo se rattrapa en se servant de son épaule pour caler la porte.

- « Dépêche-toi Elise ! »

Tiens ? A elle aussi il connaissait son prénom ? Encore… Encore une fois les mots lui échappaient de la bouche sans qu'il n'ait aucun contrôle sur eux… Pourtant, dans le cas présent, il n'avait absolument pas voulu dire ça. D'ailleurs à bien y réfléchir il n'avait jamais voulu dire tout ce qu'il avait dit… Et puis il était où, bordel !

Quoi qu'il en soit, elle réussit à passer de l'autre côté mais Duo ne réussit pas à tenir plus longtemps et la porte se referma en claquant. Il porta la main à son bras cassé et se retourna lentement. A l'autre bout de la pièce, le vampire le regardait tranquillement, à ses pieds gisait le corps d'Iria. Celle-ci regardait Duo d'un œil vitreux, tandis que des larmes coulaient sur ses joues.

- « Vous… Vous êtes un monstre ! »

Il sortit un poignard d'une de ses poches et se précipita sur le vampire. Elle l'arrêta d'une main.

- « Et pourquoi serais-je un monstre ? Par égard pour ta sœur qui s'est sacrifiée j'ai laissé à tes autres sœurs l'espoir de se sauver. Bien que je sois sûre de les rattraper, enfin… »

Il essaya de se débattre pour pouvoir la blesser… Même s'il savait parfaitement qu'avec un petit poignard comme celui-là, il n'avait aucune chance de réussite.

- « Vous êtes immonde ! »

Elle fronça les sourcils.

- « Tais-toi petit.

- Vous n'êtes qu'une créature des enfer qui sème le mal partout où elle va ! »

Le vampire l'attrapa par son bras cassé, le faisant hurler de douleur.

- « Ne parle pas sans savoir gamin ! J'ai plus de dix fois ton âge, je sais mieux que toi ce qui est bon ou mauvais ici bas ! Est-ce que tu ne tues pas des êtres vivants toi aussi pour te nourrir?

- C'est différent ! »

Elle sourit d'un air supérieur.

- « Tu as raison, c'est différent… En plus de me nourrir, quand je tue des humains, je soulage le monde d'un membre de l'espèce la plus ratée de la création. Or toi tu ne fais qu'ôter la vie.

- Les vampires sont des aberrations ! Des bêtes sanguinaires qui ne savent pas refreiner leurs pulsions ! »

La brune pencha la tête sur le côté.

- « Certains, oui… Comme certains humains d'ailleurs.

- Mis à part les fous, je ne connais aucun humain qui perpétuerait un massacre comme celui que tu viens de le faire ! »

Elle éclata de rire.

- « Oh je t'en prie, c'est trop ça ! Et les guerres ? Et les massacres organisés ? Les Hommes sont bien moins droits que tu ne le penses… Il sont au moins aussi tordus que certains vampires.

- …C'est faux… »

Un large sourire étira sa bouche.

- « Et bien, petit… Nous allons nous livrer à une intéressante expérience. Laisse-moi te donner une leçon de vie. Où plutôt… »

Elle disparut du champ de vision de Duo et il se sentit immédiatement happé vers l'arrière. Un bras fut plaqué sur son torse, l'empêchant de bouger, et elle se pencha à son oreille.

- « Laisse-moi te donner une leçon de mort. »

Avant qu'il n'ait pu réagir, elle planta ses crocs dans sa gorge. Duo sentit la douleur se répandre en lui instantanément. Mais elle écourta la morsure rapidement et le poussa en avant, le faisant tomber au sol. Il resta un instant assit, l'esprit confus par ce qui venait d'arriver, mais le vampire ne lui laissa pas beaucoup de répit. Elle lui attrapa le menton et lui leva le visage vers le plafond. Encore un peu groggy, Duo ne comprit pas ce qu'elle était en train de faire, ce n'est que quand il sentit un liquide chaud couler dans sa gorge qu'il réalisa. Il se dégagea violemment et s'éloigna d'elle. Il se mit à cracher et à essayer de vomir le sang qu'elle lui avait fait boire, mais rien n'y fit.

- « C'est trop tard… Tu es condamné maintenant. Viens, je vais te montrer quelque chose d'intéressant. »

Duo se sentit à nouveau traîné vers le sol, et il se retrouva à l'autre bout de la pièce, le vampire à ses côtés.

- « Regarde. »

Il releva la tête pour voir ce qu'elle voulait lui montrer et aperçut alors un grand miroir. Son visage se décomposa quand il aperçut ce que lui renvoyait la glace. Bien entendu, elle ne reflétait pas l'image du vampire, mais ce n'est pas ce détail qui déstabilisa Duo. Ce qui lui fit écarquiller les yeux ce fut son propre reflet. Le miroir lui renvoyait l'image d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, habillé dans un espèce de costume vert à queue de pie taché de sang. Ses cheveux blonds tombaient sur son front, ne cachant pourtant pas ses yeux d'un bleu myosotis.

Quatre…

Quelque chose se glaça en lui, le faisant se plier en deux.

- « Regarde le miroir. Tu perds le meilleur du spectacle… »

Duo se releva, gardant une main sur son ventre, et vit avec effroi que son reflet dans le miroir commençait à s'estomper. Bientôt, ses jambes entières avaient disparu du reflet. Le sang du vampire continuait à se propager dans son corps, le faisant se plier de douleur régulièrement.

- « Je… Argh !

- Calme-toi, c'est normal. Ton corps meurt et renaît. Laisse-le se transformer.

- Je… Ne veux pas… Être un vampire… »

Elle pouffa de rire.

- « Tu n'as plus le choix maintenant. Allons regarde le miroir, le meilleur est toujours pour la fin. »

Il releva la tête et se rendit compte que ses bras avaient également disparu. Il ne restait plus qu'un demi torse ainsi qu'une tête qui flottait devant le miroir. La tête de Quatre…

Une douleur violente lui transperça la poitrine et il porta la main à son cœur. Quelque chose… Avait changé… Le liquide que pompait son cœur était devenu glacé… Ce n'était plus… Du sang humain…

Il reporta son attention sur le miroir et se rendit compte que son torse avait également disparu. Il avança la main pour toucher le miroir à l'endroit où son corps n'était plus reflété. La glace lui parut étonnamment chaude.

Le vampire derrière lui se mit à rire.

- « Etrange n'est-ce pas ? Il va falloir t'y faire, maintenant tu ne trouveras jamais quelque chose plus froid que ta température corporelle. »

Duo ne lui prêta aucune attention, se contentant de regarder le miroir. La tête de Quatre flottait dans la pièce en regardant la glace d'un air effrayé. Il sentit alors quelque chose lui marteler la tête tandis qu'une douleur violente lui déchirait la bouche. Il se força à ne pas baisser la tête pour ne pas perdre son reflet des yeux et vit avec effroi ses yeux bleus devenir peu à peu rouges. Horrifié, il ouvrit la bouche pour crier, laissant alors apercevoir quatre longues canines. Son cri d'épouvante se perdit dans sa gorge, et une seconde plus tard, son reflet s'était complètement évaporé.

Il resta à regarder la glace dans un état secondaire, ne réagissant même pas quand le vampire se plaça entre lui et le miroir. Elle resta un moment à le regarder puis se pencha vers lui.

- « Bienvenue dans le monde de la nuit. Je m'appelle Noin et je serais ton maître pendant ton premier siècle. »


Le châtain se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Il fixa le plafond un moment tandis qu'un goutte de sueur glacée coulait le long de sa tempe.

- « Cauchemar ? »

Il se tourna vers Treize, l'esprit encore un peu embrouillé.

- « Hm… Huh… Je crois… »

Il se redressa sur le lit et se frotta la tête pour essayer de remettre de l'ordre dans ses idées.

- « Je suis désolé de m'être endormi. »

Le brun lui sourit tout en caressant la cuisse du prostitué.

- « Ce n'est pas grave, Duo.

- Si ça l'est. Tu ne me paies pas pour que je dorme. Je… »

Il soupira.

- « Je suis désolé. Ca ne se reproduira pas. »

Treize eut un petit sourire.

- « Toujours aussi professionnel… C'est un point chez toi qui peu être aussi agréable que désagréable.

- Mon professionnalisme est désagréable ? »

Le brun enjamba le corps de Duo et se plaça au-dessus de lui.

- « Oui, il peut l'être. Si un prostitué se comporte de façon moins professionnelle pour être au contraire plus intime… Ca peut être très agréable. »

Il se pencha et commença à embrasser le torse du prostitué.

- « Ca peut lui faire perdre son boulot aussi. Mais j'ai compris le message, la prochaine fois je te ferai des suçons dans le cou et je piquerai une crise de jalousie si tu flirtes avec un autre prostitué. »

Treize éclata de rire.

- « Imbécile ! »

Il attrapa le visage de Duo et l'embrassa longuement, laissant ses mains palper le corps du jeune homme.

- « Bien, que diriez-vous d'un bain, monsieur Kushrenada ? »

Le brun réfléchit un instant.

- « Ca me paraît une excellente idée… File donc le faire couler. »

Duo se glissa hors du lit avec un sourire et se dirigea vers la salle de bain. Il tourna rapidement les robinets de l'imposante baignoire et commença à fouiller parmi les différents sels de bains et huiles essentielles qui lui restait.

Alors… Il pouvait faire un mélange de sels de bain à la violette… Avec une huile de pois de senteur… Et pourquoi pas un fond de bain moussant à la capucine ?

Il continua de fouiller ses vieux pots et tomba sur un qui était hermétiquement fermé. Il l'ouvrit pour voir ce qu'il y avait dedans et un grand sourire étira ses lèvres. Voilà quelque chose qui plairait à coup sûr à Treize.

Il s'approcha de la baignoire, y mit d'abord les sels de bains et les huiles essentielles, puis le bain moussant qu'il répartit sous le jet. Une fois que la baignoire fut bien pleine et qu'une quantité suffisante de mousse se soit formée, il prit la dernière boite et la renversa au-dessus de l'eau. Une multitude de pétales de roses rouges et noires tombèrent dans l'eau et sur la mousse.

Duo regarda son œuvre avec un grand sourire. Il s'apprêtait à aller prévenir Treize quand quelque chose dans la salle de bain attira son attention. Il s'approcha lentement de la glace et observa son reflet. Il était certain avoir reconnu Quatre dans son rêve, mais… De quoi avait-il rêvé au juste ? Ca ne ressemblait en rien à ses cauchemars habituels... Etait-ce son propre songe ? Le lien entre eux qui devenait une connexion quand l'un d'eux dormait ? Non, ce qui se passait dans le rêve ne pouvait pas s'être passé ce soir puisqu'il avait vu Quatre se faire vampiriser… Encore que ce n'était peut-être pas la vraie version… Oh, il n'y comprenait rien!

… Il espérait juste qu'ils n'aient pas eu d'ennuis…

- « Un problème ? »

Le châtain sursauta et se tourna vers Treize qui se tenait le sur seuil de la porte.

- « Non, aucun. Excuse-moi j'étais perdu dans mes pensées. Quoi qu'il en soit le bain et prêt ! »

Le brun se tourna vers la baignoire et l'observa minutieusement.

- « Violette ?

- Les sels de bains.

- Pois de senteur ?

- L'huile.

- Capucine ?

- Le bain moussant.

- Et des pétales de rose ?

- Touche personnelle. »

Treize se retourna vers lui avec un grand sourire. Il l'attrapa par la taille et l'embrassa à nouveau, laissant ses mains descendre vers le postérieur du châtain et en tester la fermeté.

- « Tu m'as manqué, Duo.

- Toi aussi, Treize. »

Tsukusu…



Notes des folles : Hu hu hu… On l'a fait ! Malgré les ennuis de connexion d'Anya en Allemagne, le concours de Brisby, on l'a fait ! Et ça va continuer dans cette voie XD

« Craignez les chapitres à venir, entre passages gores, beaucoup de noirceur, explosion de situations cocasses et autres concours stupides, des vampires par contre pas si stupides que ça… Hu hu hu… Quatre appliquera-t-il le conseil de Duo ? Trowa arrivera-t-il à se contrôler ? Réléna surmontera-t-elle sa crise de grand âge… ? »

¤mettent une musique de soap américain quelconque en fond¤

« Vous le saurez au prochain épisode… »

Brisby : … No comment…

Anya : ¤ fière, fière ¤ XD