Titre - La tombe des lucioles

Pairing - DM/HG

Rating - Rating M. Finalement, pas de lemon. Un lemon sur une soirée aurait peut-être été un chouilla trop irréaliste. En tout cas, toujours M – meurtres, violences verbale et physique...

Résumé - Elle lui prit la main, doucement, amoureusement, avant de lui briser le poignet dans un geste qui avait perdu toute sa tendresse.

Mot de l'auteur – Je suppose que vu le temps que j'ai mis à poster ce chapitre, cela ne doit plus intéresser personne xD et c'est compréhensible. Je m'excuse pour ce retard, je n'ai même pas de bonnes excuses à fournir, mais en tout cas voici la fin et mieux vaut tard que jamais.

J'ai choisi une fin qui paraîtra dérangeante à certains, ou encore irréaliste. On attend pas forcément que cette histoire se finisse comme ça, cependant je ne voyais pas les choses finir autrement. J'espère simplement que vous apprécierez ce chapitre tout de même et que j'aurais droit à quelques reviews !

Et aussi : il y a un épilogue. Je sais, je devais m'arrêter à trois chapitres, mais tout le monde connaît le proverbe sur ceux qui ne changent pas d'avis je pense ! Rassurez vous, pas besoin d'attendre quatre mois pour l'épilogue, je le poste juste après avoir posté ceci !

Bonne lecture :)

La tombe des lucioles

You cry, I cry, you die, I die, and this til death to us part. Damn me for loving you, it burns a million fireflies.

Hermione posa les yeux sur Malefoy. Un regard long, appuyé, presque langoureux. Un sourire se forma sur ses lèvres quand il lui répondit par un regard noir.

Elle détourna la tête et se leva, se dirigeant vers la fenêtre, savourant le silence uniquement brisé par les soupirs et la respiration lourde du Serpentard. Dehors, le soleil allait bientôt se lever.

Hermione soupira à son tour. Enfin, elle allait pouvoir tout savoir. Lui poser toutes ces questions dont elle avait désiré la réponse pendant toutes ces années de détresse silencieuse. Et il avait intérêt à répondre...

"Pourquoi lui laisser cette chance de s'en sortir? Pourquoi vouloir le laisser vivre en échange de simples réponses insignifiantes? Rien ne pourra effacer ce qu'il a fait. Et tu ne l'oublieras jamais. Alors... Pourquoi?"

Sûrement que Malefoy se demandait la même chose.

"Pourquoi lui laisser une deuxième chance?"

Elle n'en savait rien. Et d'ailleurs, elle ne voyait pas exactement les choses comme ceci. Même si elle avait présenté les choses de la sorte, elle n'avait pas tout à fait l'intention de le laisser s'échapper aussi facilement. Elle était presque certaine qu'il ne répondrait pas à certaines de ses questions. Un être humain désespéré pouvait abandonner sa patrie, sa foi, ses amis, son histoire... Mais la fierté demeurait quelque chose que chacun essayait de garder jusqu'à la fin. L'orgueil était tout simplement un peu trop fort pour qu'on puisse le laisser comme on laisse de côté sa générosité ou sa patience.

Et puis... Il allait mourir. Enfin. Et il ne serait plus jamais là... Elle ne pourrait jamais lui dire tout ce qu'elle voulait. Elle en avait, des choses à lui dire... Qu'il veuille les écouter ou pas.

Hermione prit une grande inspiration et ferma les yeux. Elle ressentit soudainement une terrible lassitude. Comme si finalement, plus rien d'autre ne comptait...

- Pourquoi as-tu décidé de rejoindre Voldemort, Malefoy?...

Même les yeux fermés, elle distingua qu'il s'était crispé quand elle avait osé prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres.

- Joker! ironisa-t-il. Question suivante?

Elle grimaça, réouvrit les yeux et le fusilla du regard. Elle lança avec acidité:

- Tu es bien naïf si tu crois que je te laisse le choix. Ou peut-être inconscient. C'est moi qui décide, c'est moi qui ait la baguette magique, est-ce utile de te le rappeler? Alors réponds! s'écria-t-elle alors qu'il hochait la tête.

Elle aurait voulu que son regard trop gris exprime de la culpabilité, des regrets, et la gêne, de la tristesse. Mais il n'en avait cure. Il continuait à sourire, mais trop légèrement pour qu'elle puisse l'en accuser.

- Et pourquoi est-ce que je n'aurais pas rejoins Tu-sais-qui? Ça pause un problème?

- Que tu fasses n'importe quoi avec ta vie, c'est ton problème, mais que tu détruises la mienne, OUI, ça en pause un, crétin!

- Voyons Granger, restons polis! nargua-t-il. Je vais te répondre. Je suis né pour être Mangemort. On m'a élevé comme ça, j'ai grandi comme ça, et puis, ça me convient. Tu m'imagines en train de boire un chocolat chaud avec l'Ordre du Phénix? C'est comme ça, c'est tout.

Elle serra violemment les dents. Pourquoi n'éprouvait-il aucun regret, aucune envie d'une vie du bon côté? Ce n'était pas...normal!

- Et pourquoi tu ne t'es pas rebellé contre ton destin, merde! C'était trop difficile peut-être? Tu avais peur d'être fouetté par le Maître, c'est ça?! hurla Hermione en frappant le poing contre la table de chevet. Tu n'es qu'un lâche en fait!

- Pourquoi veux-tu que je me rebelle si la vie que je mène me convient? demanda-t-il en roulant des yeux.

- Ça ne convient à personne de tuer des gens! Tu ne peux pas désirer une existence pareille, c'est impossible! Je fais partie de ces personnes qui savent que quand on fait ça, c'est parce qu'on n'a pas le choix! cracha-t-elle.

Il y eut un silence pendant lequel Malefoy sembla réfléchir. Elle afficha un sourire vainqueur. Il allait enfin avouer qu'il aurait voulu être sauvé, que c'était son père qui avait tout manigancé, qu'il avait été sous imperium... Triomphe glorieux.

- Tu sais quel est ton problème Granger? répliqua-t-il finalement et il sembla soudainement las à son tour. Tu ne vois que deux choses. Le blanc, c'est à dire tout ce que tu trouves super, la bonté, aider les gens, ces conneries. Et le noir, c'est à dire ce que tu trouves mal, le meurtre, le soi-disant racisme, tout ça... Mais personne ne t'a jamais dit qu'il y avait de nombreuses nuances de gris? Tu vois toujours tout d'une manière si extrémiste comme si c'était toi, toi et toi, ton opinion, et encore toi. Chacun a ses buts et aspirations dans la vie, sang de bourbe. Et ce n'est pas à toi de décider lesquelles sont les meilleures.

- J'aimais Ron, déclara-t-elle d'un ton absent. Ce n'était pas à moi de décider sa mort, mais ce n'était pas en ton pouvoir non plus. Tu n'aurais pas du le tuer.

- Je croyais que tu m'aimais moi? interrogea-t-il.

Elle le fixa étrangement. Il n'y avait aucune dérision ou moquerie dans sa voix. Juste une profonde lassitude.

- C'est moi qui pose les questions. Pourquoi avoir livré Harry à Voldemort?

- Je haïssais Potter.

Hermione sentit ses yeux s'embuer et une larme furtive couler sur sa joie, qu'elle balaya impitoyablement dans un geste presque rageur. Harry... Ron...

- Pourquoi le haïssais-tu autant?! s'étrangla la Gryffondor. Il ne t'avait rien fait!

- Tout le monde ne s'intéressait qu'à lui, rétorqua Malefoy en haussant les épaules. Sais-tu ce que c'est que de voir la personne qu'on hait le plus au monde couvert de gloire et de recevoir de son côté des regards méprisants quel que soit l'endroit où l'on passe? J'aurais donné beaucoup de choses pour être à la place de Potter parfois.

- Tu n'es pas tant à plaindre, tu avais aussi des amis et un clan, ne l'oublie pas.

- La plupart de mes amis comme tu dis ne me côtoyaient que pour mon argent ou parce qu'ils craignaient le pouvoir de ma famille. Tu le sais mieux que personne Granger. La seule personne que j'ai aimé était Pansy, et elle est morte pendant les vacances précédant la rentrée, à l'époque.

- Tu n'avais pas du tout l'air chagriné par son décès, articula-t-elle froidement. Je dirais même que tu avais l'air de royalement t'en foutre.

- L'air, oui… Mais tout le monde n'est pas obligé de faire subir son chagrin à la ronde comme tu le fais.

- Tu te fiches de moi? éclata-t-elle d'un rire glacial. Tu es un monstre, sans coeur, sans pitié, tu ne mérites que de mourir. Tu n'aimes personne sauf toi. Tu es juste... incapable d'aimer quiconque. Ou même de ressentir de l'affection. J'ai compris ça trop tard.

- Tu ne comprends jamais rien, Granger…

En un instant, l'atmosphère sembla se dénuer de tous bons sentiments, de tous moments de joie. De toute moquerie aussi, de toute acidité. Hermione se laissa tomber sur le lit à côté de Drago. Cette proximité paraissait presque dérangeante mais aucun d'entre eux ne fit un mouvement de recul. Il pouvait presque sentir le doux frottement de la hanche de la jeune femme, imperceptible, fuyant...

Elle le fixa.

Puis, sans crier gare, quelque chose disparut dans les yeux assombris par la haine de Malefoy. L'espoir. L'envie de s'évader, de se battre, de lui tenir tête, avaient disparu.

Capitulation, abandon. Renonciation. Renoncement

Même plus d'ennui dans ses yeux troubles. Plus de rage, de fierté, ou même d'intelligence. Seul un vide déstabilisant synonyme du fait qu'il se résignait à en finir.

- Tu n'as jamais eu l'intention de me sauver, pas vrai, Granger? souffla-t-il avec simplicité. Même si je répondais à toutes les questions que tu me posais, même si je te donnais le lieu où se trouve le Seigneur des Ténèbres, ou même le moyen de l'anéantir à jamais, jamais tu ne m'aurais sauvé, n'est-ce pas? Pourquoi, Granger?

- Comment peux-tu oser me demander pourquoi?!... Tu as tué tous ceux qui donnaient un sens à ma vie.

- C'est vrai. Mais en un autre temps, même malgré ça, tu m'aurais guéri. Oubliant l'espace d'un instant tout le mépris que tu as envers moi, tu m'aurais soigné. Parce que tu restes une fille généreuse qui oublie ses propres intérêts pour servir la cause en laquelle elle croit. Tu as changé. Il y a autre chose que ces meurtres. Je me trompe?

Des traits qui se détendent. Abdication. Hésitation éphémère, flottante, insaisissable.

Décision.

- Non. Tu ne te trompes pas.

Une main qui se pose sur son visage, fragile, peu sûre d'elle-même. Qui dessine ses traits masculins avec une passion dénuée de douceur. Pas d'amour. Juste des souvenirs.

- Je t'aimais, Malefoy.

Un silence. Un regard gris qui reprend vie, semblant doucement renaître mais qu'une simple nouvelle contrariété tuerait à nouveau.

- Granger... Comment as-tu pu tomber amoureuse de moi… C'était juste improbable.

- Je sais. Mais c'est arrivé. De toute façon, ce n'est qu'une amourette de collège je suppose... A cette époque, ça m'a brisé le coeur. Je t'en ai toujours voulu pour ça et je continuerais encore à le faire. En plus du reste, bien sûr.

- Et si je te dis que je t'aime, maintenant, tu me sauveras?

- On sait tous les deux que c'est faux, et on sait aussi que non. Je ne te sauverais pas.

- Pourquoi autant m'en vouloir d'avoir tué Weasley, si tu m'aimes?

- Tout simplement parce que je ne t'aime plus. Tu as détruit toute image positive que je pourrais jamais avoir de toi.

- L'amour est pourtant aveugle et est peu regardant sur la qualité de la personne...

- Comme si tu t'y connaissais en amour...

- Ose dire que j'ai tort?

Elle aurait volontiers hurlé qu'il se trompait, mais il avait précisément raison. Elle n'aimait plus Malefoy, elle en était certaine, elle le savait... Cependant, le souvenir de l'amour reste toujours présent dans le coeur d'une personne même après que les sentiments soient partis. Et ils font mal, osent faire revivre certaines sensations, surtout lors d'un amour non assouvi... Possession, jalousie se mélangeaient alors si facilement avec haine et mépris...

Elle ne l'aimait plus, mais le souvenir de l'amour qu'elle avait un jour éprouvé pour lui arrivait à la freiner dans certains actes. Elle se rendait compte que sa réaction quand elle l'avait vu était juste…inappropriée. Elle le savait. Une personne normale aurait probablement assassiné Malefoy juste après l'avoir reconnu. Pourtant, malgré tout ce qu'il avait fait, elle avait le culot de lui laisser une chance, et même de le laisser s'expliquer. Et sa bonté envers lui n'avait rien à voir avec sa gentillesse naturelle; cette dernière avait disparue depuis des années à présent.

- J'aimerais pouvoir te détruire, dit-elle à voix basse. Bon... La suite de mes questions... Connais-tu une femme s'appellent Kyria Eleimachintruc?

Quelqu'un chose d'insoupçonné apparu dans ses yeux. Ils brillèrent soudain, puis les traits de son visage brisé s'animèrent. Les commissures de ses lèvres remontèrent sans tentative pour le cacher. D'un coup, elle aurait tué pour être à la place de cette fille qui réussissait à faire sourire la personne qu'elle aime, même sur son lit de mort.

- Evidemment! s'exclama-t-il avant de tousser.

- Aimes-tu Kyria?

- Tu sais que je n'aime personne... dit-il avec ironie, et ses mots lui parurent étrangement familiers. Comme s'il les avait déjà dit. Il se souvint... :

- Aimes-tu Granger? demanda Rogue sur un ton presque venimeux.

- Vous savez que je n'aime personne, professeur.

Hermione soupira avec impatience. Il pouvait dire ce qu'il voulait. Peut-être qu'il n'aimait pas purement et simplement cette femme; cependant le regard qu'il avait eu ne trompait pas.

Hermione ravala un sanglot et répliqua à voix basse:

- Elle est folle de toi... Elle tient vraiment à toi. Ça me donnerait presque envie de te laisser vivre. Je n'imagine même pas sa peine quand elle saura que tu es mort... Surtout qu'elle te croit en parfaite santé, tu sais.

- Je te remercie de lui avoir dit ça... Je ne veux pas qu'elle s'inquiète.

- Comment as-tu pu tomber amoureux d'une moldue? interrogea-t-elle brusquement. Toi, aimer une MOLDUE!

Et pas une sang de bourbe..

- Je ne suis pas amoureux d'elle... Mais je tiens à elle. Et j'en mourrais s'il lui arrivait quelque chose. Elle a fait tellement de choses pour moi... Tant de foi sauvé quand j'atteignais le fond... Et si tu crois que j'ai choisi la nature de son sang, tu te trompes. Même si je tiens à elle, le lien qui nous retient est fragile. Elle ne supportera plus très longtemps d'ignorer la vérité... Elle ne sait toujours pas que je suis sorcier, mais a de gros doutes. Elle supporte de moins en moins que je lui mente...

- Alors, ne lui mens pas, soupira Hermione.

- Je ne peux pas pour ma propre sécurité. Si je dévoilais ça une moldue, Tu-sais-qui n'hésiterait à mettre fin à mes jours. Pour le moment il pense que je l'utilise à des fins moins... chastes -Hermione grimaça-, mais il finit lui aussi par douter. Je n'ai pas envie de mourir. Enfin, là je n'ai pas le choix, mais si on était pas ici... Enfin tu vois ce que je veux dire.

- Cette femme avait l'air de t'aimer plus que sa propre vie, cracha-t-elle avec dureté. Et tu veux la laisser seule, la laisser tomber, juste parce que ton abruti de Maître dont tu es le toutou, a des doutes?.. Je croyais que tu tenais à elle!

Il ne répondit rien pendant quelques secondes qui lui semblèrent des siècles. Il ouvrit la bouche comme au ralenti et la regarda droit dans les yeux.

- Rares sont les gens pour lesquels on sacrifierait sa vie, Granger...

- C'est encore une fois faux... Les gens de notre camp se sacrifient pour ceux qu'ils aiment sans hésiter. La question ne se pose même pas.

- L'amour n'est pas ce que tu crois. L'amour ce n'est pas éprouvé de bons sentiments envers une personne, penser qu'il est gentil, le serrer dans ses bras, et être les meilleurs amis du monde. Ceci, c'est "apprécier" quelqu'un, même si c'est un lien parfois très fort. Comme moi et Kyria par exemple. Le vrai amour n'a rien à voir avec l'affection qu'on porte à une personne...

- Tu racontes vraiment n'importe quoi, lâcha-t-elle avec acidité.

- Et l'amour n'a rien à voir non plus avec le sacrifice. Vouloir sacrifier sa vie pour quelqu'un, c'est savoir qu'on n'aurait pas la force de continuer le chemin sans l'autre. L'idée de l'absence de cette personne est trop terrifiante pour qu'on puisse supporter la solitude. Pas forcément parce qu'on l'aime. Pas parce qu'on la déteste non plus. C'est au delà de tout ça.

- Je n'arrive même pas à te reconnaître. La douleur doit te faire délirer... Et tu peux te garder tes discours. Je me fiche de ton histoire avec Kyria, et je me fiche de ce qui a pu se passé entre nous à Poudlard. Je ne t'aime plus, et tu ne m'as jamais aimé.

- Peut-être, admit Drago avec un sourire forcé. Je dirais même que tu as probablement raison. Cependant... Quoi que tu deviennes après m'avoir tué, je veux juste que tu te souviennes d'une chose: malgré tout ce que j'ai dit, ne rêve pas, je te hais Granger et je pense que tu es vraiment une salope.

- Non… tu crois? s'exclama-t-elle avec ironie. Je me trouve plutôt clémente. Tu es toujours en vie. Mais plus pour longtemps. Je suis prête à te tuer... Cependant je voudrais que tu saches, Malefoy que je t'aimais, et contrairement à ce que j'ai pu prétendre, ce n'était pas qu'une amourette de collège. Je le sais car je me souviens encore avec exactitude de ce que j'éprouvais et il y a une raison pour laquelle tu n'es pas déjà mort. Je te hais, tu me hais, cependant je ne te cache pas que j'aurais aimé que tu m'aimes une fois. Comme je l'ai fait. Que tu désires mon regard, ma présence, mon toucher comme je t'ai désiré moi-même. En cet instant même, j'aurais aimé plus que tout que tu désires une fois dans ta vie être avec moi, où que j'aille. Pas maintenant, bien sûr. Mais à l'époque, j'aurais tué pour que tu me suives...

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge, et sa dernière phrase lui parut particulièrement idiote. Il ne répondit rien, n'osa même pas lever les yeux vers elle, ce qu'elle prit pour une gifle personnelle. Elle savait qu'elle aurait du garder sa petite déclaration pour elle mais à présent, il était trop tard. Ce n'était pas comme dans les films: elle n'aurait pas le loisir d'avoir un dernier regard... La vie n'était pas un film, elle n'était pas le metteur en scène. Pourtant, le personnage principal allait mourir.

Elle attendit quelques secondes. Désirant ardemment qu'il réponde quelque chose. Au bout de longues minutes, il souffla:

- Je te déteste...

Elle se tourna soudainement. Pour une raison qu'elle préférait ne pas comprendre, elle souffrait. Elle sentit ses yeux s'embuer et sa tête lui tourner, et il était hors de question qu'il la voit comme ça. Elle refusait de l'affronter en face et continua à lui tourner le dos. L'heure de l'achever était venue, et elle ressentit une vague satisfaction à cette idée sans arriver pour autant à sourire. Elle était prête à tuer.

Elle s'avança péniblement vers la petite table à quelques mètres afin de récupérer sa baguette qu'elle avait déposé. Elle cligna les yeux, sans arriver à distinguer la forme allongée se découpant sur le bois. Elle cligna les yeux. Soudain, son coeur battit plus vite et fort que jamais, son pouls faisant comme des coups répétés sur la caisse d'une batterie. Hermione comprit.

- Avada Kedavra!

Mais bien trop tard.

°°°°°°

Il y eut un éclair vert. Si vert que Drago fut aveuglé quelques secondes.

Quand sa vue redevint nette, il vit le corps de Granger tomber comme au ralenti. Soudainement mou, sa tête heurtant violemment la table pendant sa chute. Granger était morte.

Tuer ou être tué...

Il avait tué Granger.

Il ne ressentit aucun soulagement à la voir au sol, libre de toute forme de vie. La voir morte ne le fit pas sourire tout comme il n'eut aucune larme.

Il n'avait pas été dur de lui subtiliser sa baguette. Même si elle prétendait avoir changé, s'être endurcie, elle restait au fond toujours la même, même si elle ne le savait peut-être pas. Toujours distraite, passionnée, trop sensible. Et son intelligence hors du commun ne pouvait rien changer à ça; elle n'avait rien vu venir.

Il se leva lentement en retenant des cris de douleurs. Il se laissa tomber en serrant les dents à côtés de son corps aussi désarticulé qu'une poupée de chiffon. Du sang coulait de sa tempe qu'elle avait blessé dans sa chute. Son regard était surpris, mais il avait été trop vite pour qu'elle ressente de la terreur à l'idée de mourir.

Hermione Granger, son bourreau, celle qui avait faillit le tuer, était désormais morte à ses pieds.

Mais... Pourquoi ne ressentait-il aucune satisfaction? Pourquoi n'avait-il pas un grand sourire, pourquoi n'était-il pas soulagé? Et surtout, pourquoi ne s'était-il pas enfui pour retrouver le Seigneur des Ténèbres dès la mort de celle qui le retenait en ce lit?

Pire: pourquoi ne ressentait-il aucune envie de fuir?

Face à ce manque d'enthousiasme, on aurait pu croire qu'il éprouvait du chagrin. Des regrets pour le meurtre qu'il venait de commettre, voir même de la douleur. Mais ce n'était pas le cas. Ni tristesse. Ni joie.

Pourquoi? Tout simplement parce qu'il eut à cet instant l'impression d'avoir toujours su comment cela allait se finir. Et car il ne voyait plus d'autres suites, plus d'autres destins, plus d'autres futurs. Il dit d'un ton las en se forçant à sourire:

- Tu sais Granger, je ne sais pas ce qu'il y a après la mort. Peut-être que tu vois ce que les vivants font et que tu continues à exister d'une certaine manière; je ne peux pas le savoir. En tout cas, s'il y a une conscience après la mort, tu dois me haïr encore plus. Et te dire que je suis un vrai salaud de t'avoir retiré la seule chose qu'il te restait, la vie. Tu dois te dire: "ça ne lui suffisait pas de m'avoir arraché les seules personnes qui me tenaient à coeur? Il faut en plus qu'il m'assassine dans mon dos! Je te hais, Malefoy!". Les refrains habituels. Il y a tellement de choses que je voudrais que tu saches mais je n'ai pas la force de tout te dire…

Il soupira et reprit:

- Tu penses que je ne sais pas ce qu'est la perte d'un être cher. Tu as tort. Tu te rappelles de la mort de Pansy? Elle a été tuée par des Auror pendant qu'ils fouillaient le manoir de ses parents. "Pour le bien de tous" "Un moindre mal". C'est ce qu'ils ont dit et les rares gens aux courant se sont contentés d'hocher la tête. J'ai souffert comme jamais. Je sais moi aussi, ce que ça fait. Mais tu vois on survit. Je suis toujours là en vie. Tu dois être surprise que je n'éprouve aucun sentiment particulier face à ton décès. Je dois être immunisé, ah, ah...

Et maintenant, tu dois penser que je vais courir et rejoindre le seigneur des ténèbres. Me vantant d'avoir tué la si recherchée Sang de Bourbe ancienne amie de Potter. Je devrais le faire. Je vais être couvert de félicitations, je vais être un Mangemort un peu moins méprisé. Avec le temps le Lord me fera de plus en plus confiance. J'aurai un vrai rang et tout ça, ce sera grâce à toi. Je te hais Granger. Mais je t'aime pour toute les opportunités que ta mort m'offre..

Il marqua une longue pause de plusieurs minutes. Au moment même où il avait finit sa phrase, il savait qu'il ne le ferait pas. Parce que comme il l'avait pensé tout à l'heure, il savait que tout était déjà écrit. Tout était prévu depuis le début. Depuis leur rencontre à leur fin.

- Pourtant, je sais que je ne ferais pas tout ça. Je n'en ai pas envie. Cette histoire de Seigneur des Ténèbres me fatigue. Dans ce cas je suppose que je devrais plutôt partir loin, en solitaire...

Il prit la baguette de la Gryffondor, la toucha une dernière fois, d'une main caressante. Il ressentit un vide, un manque affreux, premiers sentiments de ces dernières minutes. Il regarda le sang couler sur le côté de la tête de Granger. Il n'était pas sûr que les mots qu'il s'apprêtait à dire étaient tout à fait ceux qui auraient convenus. Cependant il n'arriva pas à en trouver qui qualifiaient mieux ce qu'il ressentait du fond de son armure...

- Sauf que je ne le ferais pas non plus. Parce que même si je méprise ton sang, que j'abhorre tes idées, que ta façon manichéenne de penser aux choses m'exaspère... Même si tu n'es pas comme j'aurais voulu, et que tu n'étais ni aussi belle ou amusante que ce qu'il aurait fallu... Même si tu restes la personne que je hais le plus au monde...

Il marqua une pause, soupira, leva la baguette magique en direction de Granger. La regarda une dernière fois. L'oeil qui capte l'image en une fraction de seconde, puis la conserve dans la mémoire. Pour toujours.

- ...je n'aurais jamais le courage de continuer sans toi…

Il tourna le poignet, puis posa la baguette contre sa propre tempe.

You cry, I cry, you die, I die. Damn me for loving you, it burns a million fireflies.


N'oubliez pas l'épilogue ;)