« … lil' Angel. »

"Si tu crois encore, qu'on peut sauver cette étoile"

(Damien Saez)


Elle devait avoir sept ou bien huit ans. Toute petite et si menue face au grand géant qui se trouvait devant elle, elle riait aux éclats. Un rire frais, enfantin, spontané, un rire communicatif que l'on ne devait bientôt jamais plus entendre. L'homme qui se tenait en face d'elle était aussi grand que large enfermé dans un costume gris métallisé, un homme important comme on dit qui en cet instant prenait un air de grand nounours ému… La petite le frappait son petit poing si serré que les jointures en était blanches, très sérieuse et soupirant à chaque fois que son père enfermait ce petit point dans sa grande main. Et à chaque fois, elle essayait encore. Elle essayait de son mieux de frapper le plus fort que possible. Au bout de quelques minutes, il la souleva la fit assoir sur ses genoux, et lui dit d'un ton sérieux :

-Apprends à donner des coups mon petit ange, à frapper, à morde, à griffer, et ne laisse jamais au grand jamais un homme prendre le dessus sur toi. Bien des hommes te diront ce que tu as faire. Mais aucun, ne pourra faire de toi ce qu'il voudra.

La petite hocha de la tête, très grave, dans une attitude quasi religieuse.

Ces mots devaient souvent revenir dans le futur, « jamais… aucun homme… »


Hermione ne bougeait pas. La peur ne l'avait pas quitté depuis de nombreuses heures maintenant. C'était la peur qui l'avait gardée en vie toutes ses années. Plus que la douleur, le combat, la tristesse ou encore le deuil, c'était la peur qui l'obligeait à rester debout, à réfléchir à une solution pour s'en sortir. Un gibier court toujours, même quand le chasseur l'a dans son champ de vision…


Harry souriait avec cet air suffisant de ceux qui savent qu'ils auront le dernier mot. Une assurance hautaine, qui contrastait outrageusement avec le sang froid d'Hermione.

- Granger, je vous présente Malefoy, Draco Malefoy.

Hermione sursauta, étrangement cette voix froide et forte l'avait brusquement effrayée. Elle se reprit néanmoins immédiatement. Elle était sure de ne pas avoir accusé le coup. Elle hocha la tête et attendit la suite.

- Bien, suivez nous.

C'était Malefoy qui avait parlé. Granger nota mentalement que lui aussi l'avait vouvoyé. Ce n'était pas une marque de respect, elle en avait bien conscience, c'était juste les « séquelles » d'une éducation aristocratique sorcière qui faisait que l'on ne tutoyait que ses semblables. Les êtres inférieurs avaient le droit à ce « vous » sec et dégradant, qui les remettait immédiatement à leurs places. Pour Hermione le ton était décidé : ils l'avaient cataloguée comme insignifiante. Tant mieux. Règle numéro une : ne jamais surestimer son ennemi.

Au bout de quelques minutes de marche dans une maison angoisseusement vide, ils arrivèrent au sous sol. Une pièce glauque, froide, morbide… Et pour cause, elle était entièrement noire. Des bougies flottantes ici et là rendaient l'atmosphère encore plus oppressante. Au centre une chaise. On lui fit signe de s'assoir. Elle s'exécuta.

Malefoy alla s'appuya sur le mur de droite, le visage amusé. Prêt à voir le spectacle : ce n'était pas tous les jours qu'Harry Potter menait lui-même un interrogatoire. Et ce garçon avait du moins selon la rumeur le don de les rendre des plus intéressants.

-Bien, commença Harry scrutant avec l'intérêt le plus vif sa jeune captive. Qui êtes vous ?

-Hermione Granger.

-Quel âge avez-vous ?

-17 ans

-Êtes-vous Delilah ?

-Oui.

-Sa main retentit sur le fin visage pale, comme une détonation sèche.

-Êtes-vous Delilah ?

-Oui.

Hermione n'avait pas crié. Toujours cette même voix. Assurée, définitive, mais aussi douce et grave.

-Bien.

-Comment avez-vous réussit à changer d'apparence et de voix ?

-Par mon talisman.

Deuxième coup. Cette fois portée en pleine face, à l'aide de sa baguette, utilisée comme un vulgaire bâton.

-ce n'est pas une réponse suffisante. Je répète comment avez-vous réussit à changer d'apparence et de voix ?

-Par mon talisman.

Harry laissa échapper un petit soupir, qui avait tout d'un faux. Il se mit à marcher autour d'elle, et Hermione ne put s'empêcher de penser qu'il en faisait trop comme un mauvais acteur de série B.

-J'ai toujours eu une fascination pour les interrogatoires moldus. Il y a moins de sang, ca joue plus sur le coté psychique de la personne, ca la teste. Etes vous une personne fragile mademoiselle Hermione Granger ?

-Que répondre à cela ?

-Allez au diable.

Harry éclata de rire, suivit par son ami.

-Mais j'y reviens justement. Voulez vous que je vous y garde une place ? J'y possède mes entrées V.I.P vous savez… Au fait je note au passage que vous me vouvoyez au lieu de s'adressez à moi à la troisième personne… Croyez-vous supérieur à moi ?

-Je ne le crois pas. J'en suis sure.

Troisième coup. Parti sans qu'Harry ne s'en aperçoive vraiment. C'était instinctif. Mauvaise réponse Nouveau coup. Un peu comme une formule de maths que l'on applique à chaque fois sans se demander pourquoi, mais en sachant qu'elle apporte le résultat désiré.

-Je vois…

Il agita sa baguette et fit apparaitre une bassine posé sur un petit tabouret juste en face d'Hermione. Doucement, elle se remplit toute seule d'eau, et avant qu'Hermione ne puisse réagir, Harry l'avait poussé dans l'eau maintenant sa tête, pour que celle-ci reste immergée.


L'eau était si glacée que son visage lui brulait. Ses cheveux autour d'elle semblaient congelés. Elle avait l'impression que sa bouche s'étirait à l'infini, lui procurant une douleur insupportable. Ses joues se craquelaient. Des millions de petites fissures apparaissaient sur son visage. Des milliards de petites coupures lui donnait envie d'hurler. Elle s'étouffait. Son visage lui brulait. Elle avait froid. Elle ne pouvait pas respirer. Elle avalait de l'eau. Elle devenait folle…


Au bout de quelques très longues secondes, Harry releva la jeune fille. Elle s'était débattue, mais en vain.

-Bien on reprend. Comment avez-vous réussit à changer d'apparence ?

Hermione ferma un court instant les yeux.

-Grace à mon talisman.

Harry soupira mais il n'eut pas le temps de répliquer qu'elle continua.

-Et à la magie de l'alchimie.

La baguette vint fouétté le visage pale encore une fois. Instinctivement. Comment était ce possible ? De qui se moquait-elle ? L'alchimie ? Impossible. Impossible.

-Impossible.


Hermione ferma à nouveau les yeux. Son visage était ensanglanté, elle avait mal. Mais elle n'avait plus le choix. Qu'on en finisse.


-Si. Mon frère était un alchimiste il me l'a créé. Pour changer d'apparence. Pour cacher ce qui doit être cacher.

Harry lui remit la tête dans l'eau. Etait ce possible ? Si oui, alors avait-elle elle-même des connaissances en alchimie ? C'était impossible les derniers alchimistes étaient mort depuis plus de 5 siècles emportant leurs savoirs avec eux. Il sursauta quand il l'a sentit se débattre plus fort que d'habitude. L'hallucinogène qu'il avait dissout dans l'eau devait avoir fait bien plus qu'effet.


Ce fils de …. Elle avait avalé de l'eau. Des quantités impressionnantes d'eau. Du moins en avait-elle l'impression. Des torrents d'eau glacée avaient pris possession de son corps, provoquant des spasmes incontrôlable… jusqu'à ce qu'il la sorte de l'eau. Elle avait sentit le gout et l'odeur spécialement acre de l'altoréiua, plante hallucinogène extrêmement forte, qui mal dosé pouvait aller jusqu'à tuer la personne. Allait-elle vraiment mourir là, après tout ca, des mains du survivant ?

Certainement pas. Va au diable Potter. Va au diable…


Harry continuait de fixer sa prisonnière.

Bien supposons que ce soit vrai. Comment a-t-il réussit à faire ca ?

Hermione reprit son souffle.

- Je ne sais pas. Il est mort le jour ou il m'a offert ce pendentif.

- Pratique.

Elle ne répondit pas.

-Comment avez-vous battu Snape ?

-Quand j'ai découvert les corps de mon oncle et ma tante, je n'ai pas réfléchit longtemps. J'ai éteint toutes les lumières et pulvérisé un ALLUCINOGENE. (Elle insista fortement sur le mot, comme pour lui montrer qu'elle savait ce qu'il avait fait, et que mine de rien elle y résistait.) dans la pièce. J'ai lancé des sorts, en ai reçus pas mal et j'ai transplanné avec les deux corps.

-C'est tout ?

-Oui.

-Pourtant les bleues et autres contusions sur votre corps indiquent un combat au corps à corps.

-J'ignore les sorts qu'il m'a jetés. Certains sorts provoquent des ...

-Je le sais.

Hermione sourit. Il perdait patience. Quant à elle la douleur était toujours présente, mais elle tentait de passer outre. Après tout ce n'était que son corps qui était touché, et de ca elle en avait l'habitude.


Harry était légèrement déstabilisé. Cette gamine souriait. Se moquait-elle de lui ?

-C'est tout ce que vous avez à me dire ?

-Oui.

Harry recula, et s'appuya sur le mur en face de lui. Cette fille était intelligente, bien trop intelligente…


Hermione ne lâchait pas Potter des yeux. Elle avait fait ce à quoi il ne s'attendait pas : elle n'avait pas résisté. Si certains pouvaient voir en cet acte de la couardise, elle, elle savait que ce n'était pas ce qui l'avait motivé. Règle numéro deux de tout bon gibier : faire croire au chasseur qu'il vous est supérieur. Elle s'était débattue un minimum, sans plus. Elle avait répondu à ses questions sans les contourner… Tout ceci pour qu'il la sous estime. Prenez garde Mr. Potter…

De plus, elle avait vite comprit qui se trouvait à la tête de l'ordre du phœnix. Ce n'était pas Dumbledore comme elle l'avait toujours cru mais ce satané Potter. Hors elle ne pouvait pas rester au sein de l'ordre tant qu'elle n'aurait pas décousu avec leur chef. Il fallait donc en passer par là. A quoi bon éviter l'inévitable ? Il n'en ressortirait rien de bon, si ce n'était une séance de torture beaucoup plus longue. Et s'il y avait bien une chose dont Hermione voulait en cet instant plus que tout c'était bien rester ici… Son plan prenait à peine forme…


Le sang avait commencé à couler sur la chemise de la jeune fille, laissant apparaitre ici et là de grosses taches bleues un peu comme si un pot d'encre s'était renversé sur elle. Il vit Dray réprimer une grimace de dégout. Harry sourit. Dray n'avait jamais supporté la vue du sang d'un sang de bourbe dont la caractéristique principale était la couleur bleue.

Il haussa les épaules, et s'approcha de Dray afin de lui murmurer :

-Soignes là, endors là et emmènes la dans ma chambre. Puis viens me rejoindre tu sais ou.

Draco acquiesça d'un bref mouvement de tête, et Harry sortit.


Il marchait d'un pas rapide dans les ruelles de Londres. Il allait être en retard à son rendez vous. Tout ca à cause de cette fille. Son visage était de marbre comme à son habitude, mais à l'intérieur il ruminait…


Malefoy se baissa doucement, de façon à ce que son visage soit en face de celui de la jeune fille et commença à lancer les sorts de guérison. Elle avait fermé les yeux, pour lui faire comprendre qu'il pouvait faire ce qu'il voulait. Une sorte de fausse confiance, histoire de le déstabiliser, ce qui apparemment marchait à merveilles.

Au bout de quelques secondes, elle l'entendit lui demander d'une voix froide mais douce combien de ce genre de sorts avait elle reçue dans sa vie. Cette fois ce fut à son tour d'être surprise. Elle rouvrit les yeux.

-pas mal.

-Puis je demander pourquoi ?

Elle éclata de rire, tout en grimaçant à cause des sorts qui restructurait un visage qui elle le savait ne devait pas être beau à voir.

-c'est ce que vous faites. On a tous nos secrets Malefoy. Et même sous la torture, les secrets restent muets.

Malefoy hocha la tête pour lui faire comprendre qu'il comprenait.

-Seriez-vous en train de prendre en pitié une sang de bourbe?

Cette fois ce fut autour du blond de rire.

Non. Ne vous trompez pas sur mon compte. Je suis tout aussi mauvais qu'Harry. C'est juste que lorsque je vois un visage qui a déjà reçu plus de sorts de soins que le mien, ma curiosité naturelle me pousse à me demander pourquoi.

-La curiosité peut être dangereuse.

-Mon père me le disait souvent.

-Le mien aussi.

Le silence accompagna le reste des soins. Cette discussion presque normale, polie et calme entre une sang de bourbe et un sang pur était bien plus qu'étrange surtout dans un monde ou ils étaient censés se vouer une haine sans merci à cause de leurs origines.

Une fois son visage complètement soignée, Malefoy se releva et tendit une main à Hermione pour l'aider à se relever.

-Pourquoi ne pas vous être débattue ? Il ne vous avez même pas attaché.

-Pourquoi m'avoir torturée ? pourquoi ne pas m'avoir donné une potion de vérité ou autre ? Etait ce un test?

Malefoy plongea son regard de glace dans le regard de braise de la jeune fille, mais ni l'un ni l'autre n'en retirèrent quelque chose tant leurs visages étaient fermés et sans émotions.

Harry est comme moi. Ne crois pas les rumeurs. Ce n'est pas parce qu'il est le survivant qu'il est prêt à tout pour sauver la veuve et l'orphelin. Loin de là. A force de côtoyer le mal, je crois qu'il commence à nous ronger de l'intérieur. Vaincre le mal par le mal, au jour d'aujourd'hui c'est notre seul option. S'il avait utilisé des potions sur toi, qui nous dit que tu n'étais pas déjà immuniser contre celles-ci. Quand on n'a pas confiance en la race humaine, on arrache la vérité. On ne la demande pas. Quitte à verser du sang.

Hermione ne répondit pas, mais continua de scruter le visage de son interlocuteur, au fil des secondes son discours s'était transformé en un monologue. Elle nota aussi qu'il lui avait dit " ne crois pas". Elle hocha doucement la tête, et lui lâcha la main, détournant le regard vers la porte.


Dray l'observa un instant avant de lui lancer le sort de sommeil, et la prit dans ses bras avant qu'elle ne tombe. Il l'emmena jusqu'a la chambre d'Harry, la déposa précautionneusement sur le lit puis la couvrit. Cette fille l'intriguait. Lorsqu'il l'avait soignée, le sort avait été rapide comme si elle l'avait déjà subit maintes et maintes fois. Or il n'avait jamais vu ca sauf pour Harry. Il s'approcha doucement de la jeune fille et dégagea son visage de quelques mèches emmêlées. Qui était vraiment cette fille ? Il n'en savait strictement rien et ce malgré tous les dossiers collectés sur elle à la demande d'Harry. A cet instant elle lui rappelait sa mère quand elle dormait. Fragile, innocente, en paix. Elle semblait si jeune, à peine plus âgée qu'une fillette de 7 ou 8 ans encore à l'âge de jouer à la poupée. Un ange perdue dans les limbes.

Un ange… L'espace d'une folle seconde il se prit même à croire que peut être elle pourrait sauver le survivant de lui-même.

Il continua d'observer la jeune fille endormie plongé dans ses pensées, avant de sortir d'un pas pressant la mine sombre.
Draco Malefoy n'avait pitié de personne et surtout pas d'une sang de bourbe. Alors que faisait-il ici ?


Harry traversa les différents caveaux. Il devait se rendre dans le numéro 12. Pourquoi fallait t il donc qu'IL choisisse toujours des lieux glauques, fermés, remplis de rats et connotations comme lieu de rendez vous ?

Il était là de dos. Enveloppé de sa fameuse cape bleu nuit, il fredonnait une chanson qu'Harry ne connaissait pas.

Harry ne prit pas la peine de saluer et s'affaissa sur un tonneau laissé à l'abandon.

-Elle est très intelligente.

-Est-elle toujours en vie ?

-Bien sur. Tu sais bien que j'en ai besoin à cause de cette foutue prophétie !

IL se mit à rire. Un rire froid et fade.

-et ca t'agace pas vrai ?

-Disons que j'aurai bien voulu avoir Granger vivante pour la prophétie et Delilah chez Voldy pour assurer l'arrière de mes espions.

-Je vois.

-Ce n'est pas personnelle, mais si …

-… si sa mort avait pu t'être utile, tu l'aurais tuée. Je sais.

Harry resta encore quelques minutes à lui narrer ce qu'il s'était passé, puis se releva.

Avant d'atteindre l'embrasure de la porte il lui dit :

-Elle m'a dit d'aller au diable.

-Et que lui as-tu répondu ?

-Que je te connaissais déjà.

Harry n'eut pas besoin de se retourner pour sentir « l'Homme sans âge » comme il aimait l'appeler sourire…

Thx.

a bientot.

Ness.


Voilà. Merci pour votre lecture et merci à ceux qui ont reviewvé mes chapitres, ca ma fait toujours autant plaisir de savoir ce que l'on pense de cette histoire.