_ "Colonel ?"
Tiner venait de frapper discrètement à la porte du bureau de la jeune femme.
_ "Oui, Tiner ?"
_ "L'amiral veut vous voir dans son bureau.
_ Tout de suite ?
_ Dès que vous aurez fini ce que vous êtes en train de faire...
_ Bien, dites-lui que j'arrive dans un instant.
_ A vos ordres, ma'ame !"

Tiner fit demi-tour en refermant la porte, et la jeune femme se laissa aller en arrière dans son fauteuil. Elle regarda sans la voir la pile de dossiers qu'elle était en train de classer et poussa un soupir. Il était temps pour elle de prendre les responsabilités de ce qu'elle venait d'entreprendre et d'affronter l'amiral.
Elle se leva finalement de son fauteuil, défroissa son uniforme du plat de la main, et releva le menton avant de quitter son bureau.

L'amiral était occupé, et lorsqu'elle se présenta devant lui, il ne leva pas les yeux. Il ne lui fit pas non plus signe de s'asseoir. Les lèvres serrées, Mac patienta debout, avec toute la dignité dont elle était capable, que Chegwidden termine ce qu'il était en train d'écrire.
Finalement, celui-ci reboucha son stylo, prit une feuille dans un tiroir et la déposa devant la jeune femme. Après quoi, il croisa les doigts et la regarda bien en face.
_ "Je peux savoir ce que c'est que ça ?!" commença-t-il.
Le ton n'était pas à la plaisanterie. La jeune femme garda le silence.
_ "Je vais répondre à votre place, colonel. Voici votre demande d'affectation au poste de représentant du JAG sur l'USS
George Washington."
Mac tenta de soutenir son regard.
_ "C'est... C'est exact... Monsieur.
_ Et que dois-je en penser ?"
De nouveau, la jeune femme garda le silence.
_ "Dois-je en penser, colonel, que vous ne vous plaisez plus parmi nous ? Dois-je en penser qu'une fois encore, vous allez quitter le JAG et décider d'y revenir quand vos problèmes seront résolus ?!!!"
_ Je... Je ne cherche pas à quitter le JAG, monsieur..." se défendit-elle pauvrement.
_ "Colonel ! Vous me prenez pour un idiot ?!!!" s'exclama l'amiral en se levant brusquement.
_ "Jamais, monsieur...
_ Alors de quel droit vous permettez vous de jouer avec cette institution comme avec un yoyo !!! Pourquoi voulez-vous une fois de plus quitter mon établissement ?
_ Pour des raisons... Personnelles...
_ Et vous pensez que c'est en fuyant que vous résoudrez vos problèmes ???
_ Je ne quitte pas vraiment le JAG ni Washington, monsieur, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot...
_ Ne jouez pas avec moi, colonel ! Vous rendez-vous compte que si vous partez maintenant, je n'accepterai plus de vous reprendre ? Je vous ai offert une chance, colonel, et une seule !
_ Je... J'en suis consciente.
_ Et malgré tout, vous voulez partir ?
_ J'y ai beaucoup réfléchi, monsieur, et je suis persuadée que c'est la meilleure solution.
_ Pas moi, colonel."

L'amiral fit le tour de son bureau, cherchant ses mots. Le ton se fit plus doux.
_ "Mac, vous savez comme moi que vous êtes un de mes meilleurs éléments. Je ne doute pas un seul instant que le Washington serait très fier de vous accueillir, mais je n'ai absolument pas l'intention de vous laisser partir.
_ Monsieur, je vous en prie...
_ Non, Mac. Je parle pour vous. Ce n'est pas la solution qui vous permettra de résoudre vos problèmes.
_ Vous ne savez rien de mes...
_ Détrompez-vous. Je vous connais. Et depuis cinq ans que vous travaillez chez nous, j'ai eu le temps de remarquer et de comprendre beaucoup de choses."
Mac resta silencieuse, les yeux baissés.
_ "J'aime à vous considérer comme une amie, Mac, et c'est en tant qu'ami que je vous parle. Partir serait une erreur que vous mettriez peu de temps à regretter. Donnez-lui encore un peu de temps..."
La jeune femme redressa la tête, surprise.
_ "Je... Je peux vous demander de qui vous parlez, monsieur ?"
Chegwidden eu un petit rire.
_ "Vous me prenez décidément pour un idiot, Mac... C'est du capitaine Rabb, que je vous parle.
_ Alors... Vous vous en doutiez." constata-t-elle simplement d'une voix presque inaudible.
_ "Bien sûr que je m'en doutais, et depuis un bon moment. Seulement je n'aurais pas cru que vous soyiez si... compliqués !
_ Les choses sont loin d'être faciles...
_ C'est ce que j'ai remarqué. C'est à cause de lui que vous partez, n'est-ce pas ?
_... Oui... Je l'ai attendu, je lui ai donné du temps, et..."
L'amiral, appuyé contre son bureau, les bras croisés, la regardait d'un air appitoyé, presque triste.
_ "Et maintenant, vous le quittez." acheva-t-il.
_ "Il se contentera de savoir que je vais bien", grinça la jeune femme. "Comme il l'a toujours fait. Je... Je suis fatiguée de tout ça, maintenant..."
Sa voix se brisa brusquement.
_ "Amiral, je ne demande qu'à rester, mais pas dans ces conditions ! Pas comme ça ! Je n'en peux plus !"

Le chocolat de ses yeux s'était mis à fondre : la jeune femme eut à peine le temps d'écraser une larme qui faisait mine de commencer une longue rigole sur sa joue.

_ "Je n'en peux plus...", répéta-t-elle.

Mal à l'aise, Chegwidden ne savait plus trop quelle attitude adopter. Il avait abandonné depuis longtemps son rôle de supérieur hiérarchique pour endosser celui de l'ami réconfortant. Rôle qu'il avait nettement moins l'habitude de tenir.
_ "Mac," commença-t-il doucement, "Je sais que c'est difficile et je ne cherche aucune excuse à Rabb, mais je n'accepterai pas votre demande d'affectation. Elle n'atterrira jamais sur le bureau auquel elle est destinée et ne dépassera pas le stade de ma corbeille à papiers...
_ Je sais... monsieur. Mais il fallait au moins que j'essaye, que je tente quelque chose...
_ Les choses s'arrangeront d'elles-mêmes. Une fois au creux de la vague, vous n'avez pas d'autre solution que de remonter, vous devez bien savoir ça."
La jeune femme acquiessa d'un mouvement de tête.
_ "Ne vous en faites pas. D'un jour à l'autre, tout ira mieux et vous oublierez votre projet et la conversation que nous venons d'avoir, d'accord ?
_ D'accord...
_ Bien. Rompez, maintenant."

Par réflexe, Mac se raidit instantanément en un salut militaire qui n'avait de militaire que le nom. Puis elle se dirigea vers la porte, inspira à fond pour tenter de chasser le trop plein d'eau de ses yeux, et sortit. Elle passa sans un mot devant le bureau de Tiner et traversa la salle la tête haute, en ignorant les expressions interrogatives de ceux qu'elle croisait.

Elle ne remarqua pas le regard insistant d'Harm, qui la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle se cache derrière les stores baissés de son bureau.