Il croisa Mac en sortant de l'ascenseur, en arrivant au Jag le lendemain matin. Impeccablement sanglée dans son uniforme, la jeune femme passa sans le voir, à moins qu'elle ne fit semblant. Mais Harm n'insista pas : depuis leur conversation de la veille, il avait pris la décision de se faire tout petit. Ou en tout cas, aussi petit qu'il lui était possible de l'être...
_ "Colonel, capitaine..."
Sturgis venait de les rejoindre, et Mac, obligée de s'arrêter, parut alors remarquer la présence d'Harm. Elle lui adressa un sourire poli, sans aucune chaleur.
_ "Bonjour, Sturgis." dit Harm en lui tendant la main. Le capitaine la prit et la serra amicalement.
_ "Hey, Buddy... Vous tombez bien, je sors de chez l'amiral et il veut justement vous voir, tous les deux.
_ Bien, nous y allons. Merci !"
Mac adressa un autre sourire poli à Sturgis et passa devant son partenaire.

La télécommande à la main, l'amiral regardait un reportage sur ZNN lorsque ses deux officiers entrèrent. Il éteignit aussitôt la télévision et se leva pour faire le tour de son bureau.
_ "Amiral..." commença Mac en guise de salutation.
Celui-ci ne répondit que vaguement, d'un signe de tête et ne les invita pas à s'asseoir. Il avait sur le front la petite ride des mauvais jours.
_ "Je serai bref, colonel. J'ai assisté à votre audience, hier après-midi et je voulais vous faire profiter de mes impressions..."
Mac pinça les lèvres. Elle se raidit et fixa son regard sur le rideau de velours qui ornait la fenêtre.
_ "Colonel Mackenzie, je voudrais que vous cessiez de prendre mon tribunal pour régler vos comptes personnels."

Harm se raidit, lui aussi, mais pas en raison du ton autoritaire de l'amiral.

_ "Vous n'avez pas aimé ma défense, amiral ?" demanda Mac d'un ton franc.
L'ironie, quoique diluée, n'échappa pas à Chegwidden.
_ "Vous auriez bien fait d'écouter un seul instant ce que vous étiez en train de dire, colonel ! Je crois savoir que votre plaidoierie collait particulièrement bien à votre propre cas !"
Mac ne répondit pas, cette fois, et serra les dents. Quant à Harm, il tentait désespérément de ne pas se faire remarquer et avait adopté l'immobilité impeccable d'une statue.
_ "Vous étiez censée me prouver que vous étiez aussi douée en défense qu'en accusation et au lieu de ça vous vous êtes laissée aller à des... à des sentimentalités qui n'aidaient pas votre cliente mais qui en revanche ont mis tout le monde au courant de vos problèmes de coeur.
_ Excusez-moi, amiral, je pensais pourtant sincèrement aider le lieutenant Whitefield..." se défendit la jeune femme.
_ Est-ce que vous vous fichez de moi, colonel ?" renchérit Chegwidden, exaspéré. "Si c'est comme ça que vous me remerciez, ne comptez plus sur moi pour vous faire une faveur ! Et à partir de maintenant, vous laisserez vos problèmes à la porte du tribunal, me suis-je bien fait comprendre ?
_ Oui, amiral.
_ Et c'est valable aussi pour vous, capitaine !" ajouta-t-il en se tournant vers Harm. "Vous n'êtes pas pour rien dans cette histoire et je ne veux plus jamais vous voir, ni l'un ni l'autre, mêler vos vies privées à votre travail ! Rompez !"
Tous deux claquèrent des talons.
_ "A vos ordres !"

A peine sortis du bureau, Harm tenta un semblant d'approche :
_ "Mac..."
Mais celle-ci accéléra le pas sans répondre et alla s'enfermer dans son bureau.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _

La lumière de la salle de bain était restée allumée mais Harm n'y prêtait aucune attention. Plongé dans son livre, il n'avait plus le courage de se lever pour aller l'éteindre avant de sombrer définitivement dans le sommeil.
L'ampoule électrique faisait jouer des tons opalescents sur le mur de verre et Harm se surprit à laisser son regard errer parmi ces couleurs. Jusqu'à ce qu'une silhouette se profile derrière...

Vêtue d'une serviette de bain bleu lavande, les cheveux humides relevés en arrière, Mac monta doucement les marches et s'approcha de lui.
_ "Mac... Qu'est-ce que vous faites là ?"

Il connaissait cette scène par coeur. Il savait pertinemment qu'elle n'était pas réelle mais il envoya au loin ces basses considérations, pour se laisser totalement aller à la douceur de l'instant, ne tentant surtout pas de se raisonner. Mac était là, c'était suffisant.

Cette fois-ci, elle ne répondit pas : elle s'assit simplement sur le lit et se pencha vers lui.
Simplement. Irrésistiblement.

Harm ne fit pas un geste, il la laissa venir. Il la laissa le chatouiller de son souffle, de ses mèches de cheveux qui venaient lui effleurer le front. Il la laissa lui donner de petits coups du bout du nez, errer un instant sur sa peau comme si elle cherchait à le reconnaître, bercé par les vagues de chaleur de sa respiration. Il la laissa lui caresser longuement les lèvres du bout de la langue, à petits coups, sans précipitation et sans qu'aucune autre partie de son corps ne le touche. Puis, quand la tentation fut devenue trop forte, sans chercher à comprendre, Harm passa une main sous la nuque de la jeune femme et prit possession de ses lèvres.
Il retrouva brusquement la douce chaleur à laquelle il avait goûté sous la véranda de l'amiral, le contact de ses mains qui se crispaient sur sa poitrine, et enfonça profondément sa langue dans cette bouche tendre qui s'offrait à lui. Des vagues de sensations parcouraient tout son corps, faisant hérisser les poils de ses bras et frissoner son échine.

Sarah avait quitté ses lèvres pour explorer son cou, papillonant, butinant ça et là quelques centimètres de peau, laissant glisser sa langue en un long tracé sinueux et humide qui, une fois abandonné par la bouche de la jeune femme, se glaçait au contact de l'air ambiant. Harm frissonait. Les yeux à demi-fermés, il s'abandonnait sous la caresse. Descendue jusqu'à l'une des clavicules, Sarah remonta soudain, en une ascension calculée, jusqu'à ce petit creu, entre l'oreille et la mâchoire, où elle s'attarda un moment avant de prendre délicatement le lobe de l'oreille entre ses dents. Harm ne put retenir un gémissement : des milliers d'étincelles venaient d'éclater sous sa peau. Rejetté en arrière, totalement abandonné sur ses oreillers, il ne tint plus : il renversa brusquement la jeune femme sur le dos et reprit sa bouche, tandis qu'une de ses mains dénouait fébrilement la serviette de bain.

Commença alors un long parcours sur la peau tendre et souple. La main d'Harm glissa sur un sein, sur le ventre, effleurant toute cette tiédeur du bout des doigts. Tandis que sa main continuait son voyage un peu plus bas, les lèvres glissèrent subitement de la bouche de Sarah vers ses seins. Il s'attarda sur les pleins, les creux, sur cette peau tellement fine et souple qu'elle se creusait et frissonait au moindre contact, montant et descendant au rythme d'une respiration irrégulière et saccadée. Lui aussi laissa jouer sa langue le long de chemins imaginaires, avant de s'arrêter un long moment sur un téton qu'il se mit à sucer, à mordiller tendrement, excité de sentir la jeune femme réagir et se cambrer sous ses caresses.

Sa main avait continué son parcours, glissant sur la hanche et tout au long de la cuisse avant de s'arrêter sur l'arrière du genou. Après l'avoir caressé un moment du pouce, Harm fit demi-tour, sur l'intérieur de la cuisse cette fois. Sarah avait d'abord eu le réflexe de fermer les genoux, emprisonnant ainsi sa main, avant de se relâcher et d'écarter légèrement les cuisses. En prenant son temps, Harm était alors remonté tout doucement, attentifs aux endroits qui faisaient vibrer la jeune femme, à ces toutes petites surfaces plus sensibles que les autres. D'un doigt, il avait grimpé le long d'un muscle, dessinant d'une encre invisible la ligne de tension d'une cuisse, puis était redescendu encore une fois, et de nouveau remonté, allant cette fois jusqu'au bout.
Le sentant grimper irrésistiblement, Sarah poussa un léger cri, plutôt un souffle, qui, lorsque les doigts d'Harm atteignirent leur but, se transforma en un long gémissement. Ses mains avaient glissé sous le T-shirt d'Harm et ses ongles se crispèrent soudain sur sa peau, laissant sur ses épaules et ses flancs de longues griffes rougissantes. Sous la douleur, Harm réagit en enfonçant ses doigts encore plus loin, là où la tiédeur de la jeune femme se faisait beaucoup plus humide. Sarah haletait. Elle prit le visage de son compagnon à deux mains et l'embrassa, l'attirant vers elle par de légers et très suggestifs mouvements de bassin. Harm, de son côté, se retenait à grand peine : son membre gonflé, frustré, lui hurlait silencieusement de le laisser s'enfoncer dans toute cette chaleur humide, mais Harm prenait un malin plaisir à retarder les évènements, à se pousser lui-même à bout. Il avait envie d'elle, il la voulait et il allait l'avoir.

Ce fut à cet instant exact qu'Harm crut devenir fou.

Il se réveilla.

Son livre avait glissé au pied du lit tandis que lui-même se trouvait allongé sur le côté. La lumière de la salle de bain, toujours allumée, continuait ses jeux à travers la paroi semi-transparente, avec une parfaite indifférence.

Le souffle court, haletant, complètement paniqué, Harm jetta des regards effarés autour de lui avant de comprendre que tout cela n'avait été qu'un rêve. Il en avait eu vaguement conscience au début, mais... tout lui avait semblé si... réel.
En revanche, ce qui était bien réel, c'était son érection. Douloureuse. Terriblement frustrée de n'avoir pas été au bout de ses désirs. Mais son cerveau avait créé ce rêve à partir de souvenirs des sensations qu'il avait connues, et celle de faire l'amour avec Sarah n'en faisait pas partie. Et il se retrouvait avec une érection dont il ne savait pas quoi faire.

Il ne connaissait qu'une recette à ce genre de cas : il fila prendre une douche.

Glacée.