Le lendemain, pour le plus grand soulagement d'Harm, Mac ne vint pas travailler. A sa question, Tiner répondit que la jeune femme avait pris un jour de congé, pour pouvoir passer la journée avec Chloé, venue exceptionnellement.
Harm put alors se consacrer à son travail avec une certaine tranquillité d'esprit. Il n'avait pas réfléchi à la façon dont il se serait comporté face à la femme qui avait alimenté un rêve érotique aussi intense que celui qu'il avait fait la veille au soir, et fut on ne peut plus soulagé de voir qu'il n'aurait pas à le faire.
Du moins pas pour l'instant. Il espérait qu'avec le temps, le souvenir de ce rêve s'estomperait.

Ce n'était pas tant le fait qu'il avait rêvé de Mac, ce n'était de toute façon pas la première fois, ni encore le caractère érotique de ce rêve, mais plutôt l'intensité de ce qu'il avait ressentit qui le troublait profondément. Quoiqu'il fasse pour penser à autre chose, c'était tantôt les sensations incroyables qu'il avait éprouvées, tantôt les soupirs de plaisir de Mac qui remontaient à la surface et forçaient le barrage de sa raison pour l'envahir.
Pour lui faire prendre conscience avec chaque fois plus de cruauté à quel point tout avait été virtuel. Et le resterait probablement toujours. S'il avait été incapable de lui voler un baiser quelques jours auparavant, comment pouvait-il espérer un jour pouvoir la tenir dans ses bras et lui faire tout ce que... tout ce que...

Harm claqua brutalement sur son bureau la pile de rapports sur lesquels il travaillait. Ses pensées couraient beaucoup trop vite. Et beaucoup trop loin.
Il regarda le dossier posé sur un coin du bureau et qui menaçait dangeureusement de s'écrouler en entraînant avec lui toute une vingtaine d'autres. Une simple chemise légèrement cartonnée, portant le logo du JAG et contenant probablement une autre pile de rapports ennuyeux.
Harm poussa un soupir. Ce dossier-là ne lui était pas destiné, mais il était à coup sûr une épreuve bien plus grande encore que les tonnes de papiers qu'il devait étudier à longueur de temps.

Ce dossier-là, il allait devoir le porter à Mac.

L'amiral l'avait fait appeler en début d'après-midi pour le lui donner.
_ "Le colonel Mackenzie aurait dû travailler sur cette affaire aujourd'hui mais j'ai eu la faiblesse de lui accorder un congé exceptionnel. En revanche, je lui ai téléphoné et elle m'a assuré qu'elle allait rattraper son retard ce week-end. Vous allez donc le lui porter.
_ A vos ordres, monsieur. Ce soir ?
_ Ou demain, comme vous préférez. Débrouillez-vous mais je veux qu'en rentrant lundi matin elle soit parfaitement au courant de ce qui l'attend.
_ Bien, monsieur."

Harm n'avait eu ni le courage de contredire l'amiral, ni celui de déléguer le travail à quelqu'un d'autre. Qui donc, d'ailleurs ? Tiner ? Un peu trop facile... Bud ? Harriet ? Ils avaient une vie de famille en dehors du travail et d'autres sujets de préoccupation... Pour son grand malheur, il était la personne la plus adéquate.

Et au vu de son comportement, ces derniers jours, Mac n'allait pas être ravie de le voir.

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Lorsque la jeune femme ouvrit la porte, Harm dut se faire violence pour refouler très loin dans sa mémoire les souvenirs de son rêve et se retenir de la détailler des pied à la tête. Ou en tout cas de façon trop évidente.
_ "Bonsoir..."

Elle portait une petite robe noire qu'il ne lui avait jamais vue. Coupée au genou, moulante et largement décolletée sur les épaules, elle mettait en valeur la fine chaîne perlée qui ornait son cou. Harm se força à la regarder dans les yeux.
_ "Harm..."
Le malaise qui s'installa avait un air de déjà-vu. Mac l'invita à entrer, referma la porte et s'adossa au chambranle, les bras repliés dans le dos, en attendant qu'il veuille bien lui expliquer le pourquoi de sa visite.
_ "Je suis venu vous apporter le dossier de l'affaire Lineback, de la part de l'amiral..." commença-t-il en posant sur le meuble le plus proche la chemise de carton qu'il tenait à la main.
_ "Merci."

Le ton neutre n'avait rien de comparable avec la voix vibrante qu'il avait entendu gémir de plaisir la nuit précédente, mais c'était toujours mieux que la froideur qu'elle avait adoptée à son égard depuis quelques jours.
_ "Euh... Chloé va bien ? Je pensais qu'elle serait ici..."
A dire vrai, il l'espérait de tout son coeur, cela l'aurait sauvé d'une confrontation directe avec Mac.
_ "Non, elle est déjà repartie. Elle n'était à Washington que pour la journée, avec son père. Nous avons passé l'après-midi dans les boutiques.
_ Son père ne devait pas être ravi de vous suivre..." répondit Harm avec un sourire amusé.
_ "Non, c'est sûr, mais il faisait plutôt bonne figure !"

Il avait réussi à lui arracher un sourire. Un vrai, celui-là, pas une de ses pâles répliques.

_ "Bien... Alors... Je vais... Je vais vous laisser..."
Il s'approcha de la porte, d'où Mac n'avait pas bougé. Harm la regarda un long moment, remarquant pour la première fois à quel point elle avait l'air fatiguée, éteinte.
_ "Mac... Je suis désolé..."
La jeune femme leva les yeux et ne répondit pas. Son regard était grave mais sans aucune froideur ou agressivité.
_ "Nous avons un problème, Harm, auquel ni vous ni moi n'avons de solution.
_ Je sais... J'aurais bien quelques idées, mais..."
Il s'était encore approché, un peu hésitant, et se tenait à présent si près de sa compagne qu'il pouvait voir une toute petite veine palpiter doucement sur son cou. A moins que ce ne fût son imagination.

Et immanquablement, son regard lui échappa. Il se mit à suivre la ligne du cou, la courbure de l'épaule, la rondeur du sein, s'arrêtant finalement sur la poitrine de la jeune femme qui se soulevait au rythme de sa respiration, entraînant avec elle les quelques petites perles aux reflets gris et roses accrochées à leur chaîne.

Mac l'avait remarqué : c'était un regard qu'elle n'avait jamais vu dans les yeux d'Harm. Ou bien une fois, une seule, une vision fugitive sous une véranda.

Mais il était trop tard. Elle l'avait décidé. Celui qui avait dit que l'espoir fait vivre était un crétin fini : dans son cas, l'espoir la faisait dépérir à petit feu et elle en avait plus qu'assez. Elle voulait tourner la page une fois pour toutes.
_ "Harm..." commença-t-elle d'un ton de reproche.
Elle allait s'éloigner de la porte, et de lui, quand il posa brutalement une main sur le panneau de bois, juste au dessus de son épaule, pour l'empêcher de passer.
_ "Mac, ne fuyez pas !" lâcha-t-il.
Interloquée, la jeune femme s'immobilisa aussitôt.
_ "La dernière fois, c'est vous qui me reprochiez de fuir, vous vous rappellez ?" reprit-il d'une voix plus douce.
Il n'avait pas retiré sa main et son visage était si près du sien qu'elle pouvait sentir sa respiration lui effleurer la peau.

Quelques secondes passèrent, dans un silence absolu.

Puis, doucement, Harm se mit à l'embrasser, du bout des lèvres, avec une tendresse incroyable. Sa main droite était toujours posée sur le battant de la porte, au niveau de son visage, tandis que l'autre était venue se glisser à sa taille et la pressait contre lui. Il parcourut ses lèvres, son visage, semant des baisers un peu partout sur sa peau. Il enfouit un instant son visage dans le cou de la jeune femme, cherchant à retrouver son parfum, sa chaleur, n'importe laquelle des sensations qu'il avait éprouvées quand il l'avait serrée dans ses bras, le soir de ses fiançailles.
Mais Mac ne réagissait pas. Conscient de cette froideur, Harm s'arrêta après un dernier baiser sur la commissure des lèvres, comme une dernière tentative.
_ "Sarah..." murmura-t-il d'un ton un peu rauque.

Un frisson parcourut subitement l'échine de la jeune femme, comme à chaque fois qu'elle l'entendait l'appeler par son prénom. Il avait chuchoté son nom tout près de son oreille et son souffle l'avait faite vibrer de haut en bas.

Elle sut alors qu'elle allait craquer.

Il dut le deviner, lui aussi, parce qu'il se pencha de nouveau sur sa bouche et, cette fois, après quelques nouvelles caresses, elle sentit sa langue s'immiscer entre ses dents et la caresser longuement. Fatiguée de lutter contre ses propres réactions, elle se laissa faire un instant avant de lui rendre enfin son baiser.
Ce fut leur point de départ.

La main d'Harm glissa sur le bois verni et vint prendre la jeune femme par la nuque. Ses doigts caressants se mirent à la masser, faisant disparaître les dernières traces de tension, tandis qu'il continuait à enfoncer profondément sa langue dans sa bouche. Il avait l'impression que jamais il ne la posséderait totalement et, déjà, il tentait de s'imposer, de la faire plier à sa volonté. Il ne supportait plus qu'elle lui résiste, et maintenant qu'elle lui avait ouvert une brèche, il allait s'y engouffrer avec violence. Poser sa marque.

Harm se laissa doucement porter par ses envies, sans tenter de penser à quoique ce soit. De son autre main, il était remonté de la taille aux épaules, prenant le visage de la jeune femme pour l'embrasser avec toujours plus d'intensité. Après quoi il était redescendu, avait caressé son sein un long moment avant de repartir vers la hanche, la fesse, la cuisse. Il commençait tout juste à remonter la jupe noire lorsque Sarah interrompit leur baiser pour reprendre son souffle, haletante, les yeux brillants et les lèvres humides.
Tout allait trop vite, il en était parfaitement conscient. Ou en tout cas, la seule minuscule partie de lui qui était encore lucide le savait. Mais il avait trop attendu ce moment. Il l'avait voulue, désirée, elle avait habité ses rêves pendant trop longtemps : maintenant qu'elle était là, à sa portée, il ne voulait plus laisser passer sa chance. Il était prêt à tout perdre ensuite, s'il le fallait, mais il ne voulait pas perdre ce moment. Il n'y pensait déjà plus.

La respiration saccadée, il tentait plus ou moins de reprendre le contrôle de lui-même, mais le parfum ennivrant de la jeune femme lui montait à la tête. Il avait envie d'elle.
_ "Sarah..." murmurait-il. "Sarah..."
Il ne cherchait pas à lui dire quoique ce soit, il ne cherchait même pas à communiquer car à cet instant précis ils n'avaient pas besoin de mots pour cela. Il cherchait simplement à se rassasier de ce prénom, de ces deux syllabes qui emplissaient sa bouche en roulant comme des vagues, il le prononçait pour le simple plaisir de l'entendre. Comme pour rattraper toutes ces années où il avait préféré réserver ce mot pour les occasions très particulières, les rares moments d'intimité qu'ils avaient partagés.
En l'appelant ainsi, il reconnaissait tout simplement qu'elle n'était plus la partenaire de travail ou l'amie, mais l'amante.

Cette fois, ce fut elle qui prit son visage à deux mains pour l'embrasser langoureusement, avant que le contact de leurs lèvres et de leurs corps ne mette à nouveau le feu aux poudres. De langoureux, ils devinrent impatients, hâvides, puis passionnés. Les mains de la jeune femme avaient glissé sous le manteau d'Harm, qu'il n'avait toujours pas quitté, et y avaient retrouvé la chaleur qui leur avait tant manqué. Elles s'y posèrent un moment avant de ressortir et de repousser le manteau avec frénésie. Harm fut contraint de lâcher les hanches de la jeune femme le temps de le laisser glisser le long de ses bras et de l'écarter d'un coup de pied. Il ne quittait quasiment plus ses lèvres, et quand il y parvenait, c'était pour s'accrocher à son cou, pour lui attraper le lobe d'une oreille et le mordiller en la sentant trembler des pieds à la tête. Les réactions de Sarah ne faisaient qu'exacerber ses sens : chacun de ses soupirs, le moindre de ses frémissements le faisait redoubler d'excitation et augmentait un peu plus l'érection qu'il plaquait contre le ventre de la jeune femme.

Brusquement, il s'acharna sur la fermeture éclair de la robe qui tombait sur toute la longueur du dos et la fit glisser si vite qu'il griffa la jeune femme au passage et que celle-ci poussa un gémissement réprobateur. Mais Harm n'en avait cure : incapable de contrôler son impatience, il avait déjà entrepris de découvrir sa poitrine et de la couvrir de baisers.
_ "Harm !" souffla Sarah lorsqu'il lui mordilla un téton un peu trop fort.
Cela eut pour effet de le faire se redresser : le regard fou, il la plaqua de nouveau contre la porte, les deux mains à plat sur le bois de chaque côté de la taille de la jeune femme, et se rabattit une fois de plus sur son cou et ses épaules, à présent complètement nues.

Frissonante, Sarah s'abandonna de nouveau, oubliant la légère douleur de son sein. Elle passa ses bras autour de son amant et nicha son visage dans son cou, se plaquant contre lui autant qu'elle le pouvait, puis elle se mit à l'embrasser dans le cou, accrochant ses doigts autour de son col pour obtenir toujours un peu plus de peau tiède et tendre à explorer, et faisant courir sa langue un peu partout.

Lorsqu'elle lui agrippa une oreille, le désir qu'Harm avait d'elle lui fit soudain oublier toute mesure. Leurs baisers, toujours plus intenses et plus profonds, loin de le combler, lui faisait chaque fois ressentir à quel point il avait envie de la basculer à l'horizontale. Quoiqu'il se sente aussi capable de lui faire l'amour là, debout contre la porte... Elle le rendait fou. Il était tellement excité que si Sarah l'avait pris dans sa main à ce moment-là, il aurait joui instantanément.
Harm s'arrêta soudain et s'écarta légèrement. La jeune femme allait lever vers lui un regard interrogateur quand il la prit de nouveau dans ses bras, l'attirant cette fois loin de la porte. Ils firent quelques pas ainsi, plus ou moins à l'aveuglette, les mains d'Harm glissant dans le dos de la jeune femme par la fente ouverte de la fermeture éclair, sans pouvoir décrocher leurs lèvres de la peau ou de la bouche de l'autre.

Lorsqu'ils arrivèrent au pied du canapé, Harm la fit brutalement basculer, lui arrachant un hoquet de surprise, et entreprit de s'allonger sur elle, une main sur sa cuisse pour relever le bas de la robe qui ne l'était pas encore et faire glisser le long de ses jambes la culotte de dentelle noire qu'elle portait. Sans cesser de la couvrir de baisers.
_ "Harm, doucement..." protesta la jeune femme. "Harm !"

Mais Harm n'écoutait rien. Totalement accaparé par ce qu'il ressentait, il n'avait plus qu'une idée en tête : assouvir cette faim incroyable qu'il avait d'elle.
Il la pénétra d'un seul coup, un peu violemment, et Sarah poussa de nouveau un gémissement douloureux. Cette fois, Harm s'arrêta un instant, luttant avec tant bien que mal contre l'instinct sexuel irrésistible qui le poussait à agir. Et lorsque la jeune femme parut ne plus trop se formaliser du traitement qu'il lui imposait, il reprit son mouvement de va et vient.

Il n'arrivait plus à s'arrêter. Il arrivait tout juste à prendre conscience de ce qu'il était en train de faire. Il faisait l'amour à la femme de ses rêves et il était en train de tout gâcher. Il semblait ne plus se soucier que de son propre plaisir, sans aucun égard pour elle.
Il voulait jouir. Ici et maintenant, sous peine de devenir totalement fou s'il n'arrivait pas à assouvir ce désir, purement physique pourtant, qui prenait des dimensions irréelles.
Il en avait besoin.

Lorsque l'orgasme arriva enfin, Harm poussa un gémissement étouffé, les muscles crispés, les poings fermés et la mâchoire serrée à lui faire mal.
Et ce ne fut que lorsqu'il reprit enfin son souffle qu'il eut conscience de ce qu'il venait de faire.

_ "Oh... Oh mon Dieu..." bredouilla-t-il.
Sarah, sa robe remontée sur les hanches et la poitrine nue, était allongée à la va-vite en diagonale sur son canapé.

Il l'avait violée.

_ "Mon dieu... Sarah..." bredouilla-t-il encore.

Il se releva soudain, horrifié, et se rhabilla aussi vite qu'il put, fourrant brutalement son sexe encore dur dans son pantalon au risque de se faire mal.
_ "Sarah... Sarah, je suis désolé... Je suis... Sarah..."

La jeune femme s'était assise sur le canapé, aussi effarée que lui.
_ "Harm... Qu'est-ce que vous faites ?
_ Je suis désolé... Sarah, je... Désolé..."

Maladroit, il tournait sur lui-même, fouillant la pièce du regard à le recherche de son manteau qu'il récupéra au pied de la porte. Sarah comprit enfin qu'il allait partir sur-le-champ.
_ "Harm... Harm, je vous en prie, ne gâchez pas tout !"

Harm s'immobilisa quelques secondes et lui jetta un regard bouleversé.

Après quoi, son manteau en travers du bras, il s'enfuit.