Juste la fin du monde

Note de l'auteur : Wotcher ! Eh ben, ça faisait longtemps que je n'avais pas posté, dîtes donc ! J'espère que vous ne m'avez pas oubliée… Allez, bonne lecture !

-----------------------

4 Octobre 1981, au soir

J'attends avec une appréhension grandissante. Ce n'est qu'une question de minutes, maintenant. C'est particulièrement stupide, d'avoir peur. Je devrais être habitué, depuis le temps. Mais j'ai peur. Je suis absolument terrifié, comme chaque fois. Je parcours la cave de l'immeuble, cherchant désespérément quelque chose à faire de mes mains avant de m'arrêter de nouveau au milieu de la pièce vide. A travers la minuscule fenêtre, une lueur mauve rend le ciel moins noir et annonce l'arrivée de la pleine lune. Mon regard se promène autour de moi et ma légère claustrophobie commence à se faire sentir. Je suis enfermé. Et je suis seul. Irrémédiablement. Le silence m'angoisse. A mesure que la lumière devient plus évidente, les battements de mon cœur s'intensifient et s'accélèrent à tel point que ma respiration a du mal à suivre. Je meurs de chaud. Il y a comme une inertie dans l'air qui me fait étouffer. Je tire inutilement sur le col de ma chemise, déjà très ouvert.

Le premier rayon de lune passe par la fenêtre. C'est comme si mon crâne se fendait en deux par le milieu. Mes mains agrippent aussitôt les côtés de ma tête avant même que je leur en donne l'ordre. Mes tempes sont brûlantes. J'ai l'impression que tout mon corps prend feu. Je serre les mâchoires : crier, ce serait comme perdre, ce serait comme abandonner le combat avant qu'il ait commencé. Je m'efforce de me convaincre moi-même que ce n'est pas si terrible, en fin de compte. Allez, ça va passer, c'est bientôt fini. Mais comme toujours, le temps semble s'allonger et je sens à chaque seconde l'étau se serrer un peu plus autour de moi, la pression écraser mes muscles, broyer mes os. Tout devient flou. Je manque d'air. Mes genoux heurtent brutalement le sol. Je me recroqueville convulsivement alors que les pensées de l'Autre se font progressivement de la place en repoussant les miennes dans un recoin obscure et inaccessible. Je ne peux plus résister. J'ai mal. Je crie. J'ai perdu.

-----

Quartiers généraux de l'Ordre du Phénix, 5 Octobre 1981

Je suis fatigué. Très fatigué. J'ai beaucoup de mal à suivre ce que dit Maugrey, je perds ici et là des pans entiers de son rapport. J'aimerais pouvoir appuyer mon menton sur ma paume, mais un profond coup de griffe me barre la joue droite et m'interdit tout contact avec mon visage.

Je remarque vaguement que nous sommes très peu nombreux. Ca fait longtemps que Frank et Alice ne sont plus là. Caradoc Dearborn vient de disparaître de la circulation, c'est de ça que parle Maugrey. Les frères Prewett ont été attaqués dans une ruelle, à cinq contre deux, ils ont été tués. Nous tombons les uns après les autres. Les Mangemorts ne sont pas stupides. Ils nous attaquent séparément. Je regarde tour à tour les visages anxieux réunis autour de la table et il n'y a pas besoin d'avoir le troisième œil pour deviner que chacun d'entre eux se demande s'il sera le prochain. Mes yeux s'arrêtent sur Dorcas qui me fixe d'un air inquiet. Elle a toujours attaché beaucoup d'importance aux autres. Dorcas a une incroyable capacité d'empathie. Elle a deux ans de plus que moi et elle est apprentie Auror. Il ne fait aucun doute qu'elle sera une excellent Auror. Elle esquisse ce petit mouvement de sourcils interrogatif qui lui est propre. Je lui adresse un petit hochement de tête pour lui faire comprendre que tout va bien, puis mon regard tombe sur Sirius. Il regarde Maugrey avec une concentration excessive. Peter grignote nerveusement ses ongles déjà presque inexistants. Dumbledore a l'air de penser à autre chose, sans doute au sortilège de Fidelitas.

Alors, l'absurdité de la situation m'apparait. Tout le monde est en danger de mort, en ce moment. Tous ces gens qui se battent, tous ces gens qui résistent courent le risque de perdre la vie. Pourquoi prendre autant de mesures pour protéger les Potter ? Qu'est-ce qui fait que soudain, leur vie a plus d'importance que celle des Londubat ou de Fabian et Gideon Prewett ? Et pourtant, une partie de mon cerveau est convaincue qu'il n'y a rien de plus logique et naturel que de protéger la famille Potter. C'est Dumbledore qui nous a fait comprendre que les Potter doivent absolument vivre, même si ça signifie que nous devons tous nous sacrifier pour eux. Et quand Dumbledore nous dit quelque chose, nous le croyons sur parole.

La réunion se termine. Tout le monde commence à se lever autour de moi. La salle se vide rapidement. Je vais m'endormir. Mes yeux se ferment tous seuls.

- Remus ?

Une main se pose doucement sur mon épaule. Je secoue vivement la tête pour me réveiller, mais le résultat est loin d'être à la hauteur de mes espérances. Il y a quelqu'un debout devant moi. Je m'efforce de faire le point. C'est Dorcas.

- On dirait que t'as pas dormi depuis des mois. C'était la pleine lune, hier soir, pas vrai ?

Je hoche la tête.

- Allez, viens, je te raccompagne.

Elle m'aide à me relever et nous sortons des quartiers généraux. L'air froid de l'extérieur achève de me réveiller. Nous transplanons ensemble devant chez moi. Je me tourne vers Dorcas avec un sourire reconnaissant.

- Tu veux boire quelque chose ?

Elle hoche la tête.

- Merci.

- Je t'en prie. Entre.

Je ferme la porte derrière elle, nous posons nos capes où nous pouvons et je me dirige vers mon semblant de cuisine. Je mets de l'eau à chauffer pendant qu'elle se laisse tomber sur le canapé, puis je la rejoins. Nous restons assis un moment sans parler. Elle soupire.

- C'est sympa, chez toi.

- C'est minuscule…

- Mais c'est sympa.

- Merci.

Silence.

- Comment ça va, toi ?

Je suis un peu surpris qu'elle me demande ça et encore plus surpris d'en être surpris. Je réponds machinalement.

- Ca va.

- Tu es sûr ?

Je réfléchis. Non, ça ne vas pas. Bien sûr que non. Mes meilleurs amis s'éloignent de moi à une vitesse impressionnante. Bientôt, je me retrouverai complètement seul. Ce sera comme avant que je les rencontre. Sauf qu'avec un peu de chance, je serai à la rue faute d'avoir trouvé un travail pour payer mon loyer…

- Je ne sais pas.

Sa main se pose sur la mienne. Je lève vivement la tête vers elle et mon regard s'ancre dans ses yeux bleus. D'un coup, je n'entends plus rien. C'est comme si le monde autour de nous avait cessé de tourner. Mu par je ne sais quelle impulsion qui échappe totalement à mon contrôle, je me penche lentement vers elle et nos lèvres se rencontrent. Mes yeux se ferment. Une seconde. Deux. Trois. Nous nous séparons.

- Pardon. Je n'aurais pas dû, je suis déso…

Je n'ai pas le temps de finir. Elle m'embrasse encore, plus profondément, cette fois. Je me laisse faire. Il faudrait que j'arrête ça tout de suite, mais je ne peux pas. La partie raisonnable de mon cerveau est comme anesthésiée. Mes paupières retombent. Le souffle court, ignorant la douleur qui irradie de ma griffure au visage, je réponds à son baiser avec une fougue dont je ne me serais pas cru capable. Merlin, qu'est-ce que je suis en train de faire ? J'amorce un mouvement pour me dégager, mais avant même que je comprenne ce que je fais, mes mains se posent sur ses hanches et je l'attire plus près de moi. Ses doigts passent derrière ma nuque, puis dans le col de ma chemise qu'elle commence à déboutonner. L'atmosphère devient suffocante. Avec des gestes un peu tremblants, je l'aide à enlever son t-shirt. Nous nous allongeons sur le canapé. Ma chemise est complètement ouverte, maintenant, et ses mains se promènent sur mon torse. Mes lèvres descendent dans son cou. Elle étouffe un gémissement. Mes pensées ne sont plus qu'un brouillard épais.

Soudain, une forte lumière bleue illumine la pièce. Nous sursautons tous les deux et nous séparons vivement. Un hibou grand duc argenté est entré. Il ouvre le bec et la voix de Maugrey Fol'œil s'élève dans le salon.

"Attaque sur le Chemin de Traverse. Venez immédiatement."

Et il disparaît, nous replongeant dans une semi-obscurité. Il y a un silence embarrassé. J'émets un léger raclement de gorge. Elle murmure un « oui » gêné. Nous nous levons tous les deux en même temps. J'entreprends de reboutonner ma chemise pendant qu'elle ramasse son t-shirt et l'enfile rapidement.

- Ca n'aurait probablement pas été une bonne idée, dis-je.

Elle me regarde.

- Est-ce que tu le voulais vraiment ?

Je la regarde. Je n'ai pas vraiment besoin d'y réfléchir longtemps. Je me sens seul. La pleine lune est toute récente et mes instincts ont tendance à prendre le contrôle plus facilement que d'habitude. Je ne suis pas vraiment attiré par Dorcas.

- Non.

Elle esquisse un sourire que je n'arrive pas bien à déchiffrer. Affectueux, légèrement mélancolique.

- Moi non plus.

Silence.

- Bon. On devrait y aller.

- Oui.

Nous enfilons nos capes et nous transplanons.

-----

Le Chemin de Traverse

Nous apparaissons dans un coin de la place principale. Immédiatement, je force Dorcas à baisser la tête et le jet de lumière verte qui arrivait sur nous la manque de deux centimètre. Accroupis derrière une calèche désertée, elle m'adresse un regard de remerciement. J'incline légèrement la tête. Le combat est déjà bien entamé. Les sorts fusent dans tous les sens. Il y a deux Mangemorts allongés face contre terre dans la neige, sept sont encore debout. Nous ne sommes pas assez nombreux. Où sont Sirius et Peter ? Nous avons besoin de renforts. Ils vont probablement bientôt arriver, Maugrey a dû les prévenir.

Dorcas inspire profondément, puis se lève et avance sur le champ de bataille. Je l'imite. Nous renvoyons comme nous pouvons les sortilèges qui pleuvent. Un trait de lumière rouge passe juste à côté de mon oreille gauche. Mes yeux scannent mécaniquement la scène. Trois des membres de l'Ordre se battent encore. A part Maugrey, ce sont des novices. Dix-sept ou dix-huit ans. Ils se défendent bien, mais ce n'est pas suffisant. L'un d'entre eux manque le Mangemort qu'il visait. Il est décontenancé l'espace d'une seconde. Une seconde de trop. Je voudrais intervenir, mais mon opposant me bombarde de sortilèges, je n'ai pas le temps de m'en détourner. L'instant suivant, je vois le garçon s'écraser violemment contre le mur d'un établissement. J'envoie un sort plus violent que les autres et mon adversaire tombe.

- Bien joué, R…

A ma droite, je sens le souffle de Dorcas se couper. Elle s'écroule au sol. Avant de devoir parer un autre sort, j'ai tout juste le temps de lui jeter un coup d'œil. Ses yeux sont grands ouverts. Elle est morte. Je ne peux pas m'arrêter. La bataille continue. Nous ne somme plus que trois, mais eux aussi. Nous nous battons dos à dos, à présent. Ils nous encerclent. Nous les repoussons. Et soudain, ils disparaissent. Ils ont sans doute été rappelés par Voldemort.

Le silence retombe lourdement sur la place. Nous reprenons notre souffle. La jeune fille qui se trouve à ma gauche parait profondément choquée. C'était vraisemblablement son premier combat. Maugrey lui donne une claque dans le dos avant de marcher jusqu'au jeune homme toujours inconscient. C'est un geste qu'il veut réconfortant mais qui ne parvient qu'à faire rouler sur ses joues les larmes qu'elle retenait. Je pose une main sur son épaule. Elle me dévisage, son expression est remplie d'incompréhension. Un craquement se faire entendre. Quelqu'un vient de transplaner ici. Je lève vivement la tête, la main serrée sur ma baguette. C'est Sirius. Il est visiblement prêt à se battre, mais il arrive trop tard. Une partie de moi, celle que je déteste, ne peut pas s'empêcher de trouver ça bizarre. Il arrive juste après, comme c'est pratique… Où pouvait-il bien être ? Qu'est-ce qui lui a pris autant de temps ? Mon regard se pose de nouveau sur Dorcas. En ce moment, à mes yeux, rien ne peut justifier qu'il arrive si tard.