Chapitre 22 : Rendez-vous à la gare King's Cross
MORTELLE PLEINE LUNE
Le cadavre de Mrs Augusta Longdubat, 77 ans, a été retrouvé ce matin sur la route de Slithy's Clapton. Cette éminente sorcière, respectée dans la communauté magique, portait tous les signes caractéristiques d'une attaque de loups-garous et la marque des Celui-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom flottait au-dessus du corps, indiquant clairement l'identité du meurtrier.
Ce crime ignoble, cependant, s'entoure de certains éléments étranges. Outre les cadavres de nombreux loups-garous qui d'après le sorcier-légiste, ont été tués à l'arme blanche (alors qu'aucune arme de cette sorte n'a été retrouvée sur Mrs Longdubat), un énorme serpent de près de trois mètres a été découvert dans les bois environnants.
Les aurors chargés de l'enquête ont refusé de faire de commentaire, mais on est en droite de supposer qu'Augusta Longdubat a reçu une aide mystérieuse et que ces alliés aient dû s'enfuir, dans l'impossibilité de sauver la vie de la malheureuse victime…
'Et ça s'étend comme ça sur trois pages !' S'exclama Gawain Robards en jetant l'exemplaire de la Gazette du Sorcier sur le bureau du ministre. 'Qu'avez-vous à dire de cela, Potter ?'
Harry, assit sur une chaise, le fixa sans mot dire, puis tourna la tête pour regarder Rufus Scrimgeour, assis face à lui dans un confortable fauteuil. Les deux hommes étaient furieux, mais Scrimgeour, à l'inverse de son subordonné, semblait contenir sa colère.
Le jeune homme s'appuya faussement tranquille sur le dossier de sa chaise et dit, d'une manière qu'il espérait compatissante et innocente : 'C'est vraiment une histoire horrible. Cette pauvre Mrs Longdubat…'
'Ne vous fichez pas de moi ! Nous savons parfaitement que 'laide mystérieuse' n'est autre que vous et quelques complices ! Que faisiez-vous là-bas ? Pourquoi ne pas m'avoir prévenu de cette attaque ? Vous étiez censé me fournir un rapport, Potter ! Si les aurors étaient intervenus, Augusta Longdubat serait encore vivante, mais non ! Harry Potter préfère jouer cavalier seul ! Vous êtes responsables de sa mort !'
Harry ignora ostensiblement Robards et la pointe de culpabilité qui le tiraillait, et s'adressa au ministre :
'J'assume entièrement ce qu'il s'est passé. Je… je regrette de ne pas avoir pu l'empêcher, mais j'ai mes raisons de n'avoir prévenu personne.'
'Et quelles sont-elles ?' Fit sèchement Scrimgeour. 'Vos raisons ont-elles un rapport quelconque avec le serpent que l'ont a retrouvé à proximité, tué d'un avada kedavra ?'
Harry cilla mais ne dit rien. Le ministre était décidément un homme très intelligent.
'Saviez-vous que l'utilisation de ce genre e sortilège est passible d'un enfermement à Azkaban, Mr Potter ?' Poursuivit-il.
'Oui.' Répondit Harry d'un ton neutre.
'Il ne tient donc qu'à vous de ne pas nous obliger à en arriver là…'
'Sans compter que cela ternirait un peu l'image du ministère !' Répliqua le jeune homme.
Le poing de Scrimgeour se crispa de fureur.
'…je pense cependant qu'une punition s'impose. L'accès aux archives vous est donc désormais formellement interdit, ainsi que tout contact quelconque avec les aurors. Vous êtes dès lors dans l'obligation de venir au ministère tous les jours pour y faire un rapport digne de ce nom à Mr Gawain Robards. A la moindre entorse aux règles, Potter, je vous fais enfermer au ministère et vous y place sous surveillance permanente. Est-ce clair ?'
'Limpide.' Dit Harry les dents serrées.
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Harry ouvrit la porte se son appartement et jeta sa cape sur le dossier d'une chaise, passablement énervé par son rendez-vous avec Rufus Scrimgeour. D'un geste sec de la baguette, il transforma à nouveau son visage, qu'il avait modifié en celui de James Evans le temps de rentrer chez lui. Il s'apprêtait à entrer dans sa chambre lorsqu'un hululement retentit.
Faisant volte-face, il vit une chouette effraie perchée sur le robinet de la kitchenette. Surpris, il l'observa s'envoler et se poser sur le dossier du fauteuil à côté de lui. Il détacha la lettre et l'oiseau repartit aussitôt par la fenêtre ouverte.
Harry déroula le morceau de parchemin. Ce qu'il lut lui fit hausser les sourcils de stupeur :
Ce soir, 19h, gare King's Cross
Quai n°1
S. Rogue
Il resta immobile à fixer la lettre avec une expression pensive. Il réfléchissait : pourquoi Rogue voulait-il le voir soudain ? Ce la avait-il un rapport avec l'attaque de loups-garous ? Etait-ce un piège ? Pouvait-il y aller sans risques ?
De toute évidence, la probabilité pour que des mangemorts débarquent avec détraqueurs en laisse et baguette en main sur un quai de gare moldu était quasi nulle. Rogue semblait plutôt souhaiter rencontrer Harry discrètement, mais pour quelles raisons ?
'Bah, on verra bien !' Songea le jeune homme.
Il se laissa tomber sur la chaise la plus proche et jeta un œil sur l(horloge murale. Il avait deux heures à tuer avant le rendez-vous.
Il s'installa plus confortablement (autrement dit, il mit les pieds sur la table) et sortit son armultiple de sa poche pour jouer avec, habitude agaçante qu'il avait fini par prendre et dont il n'arrivait plus à se débarrasser.
Il fit ainsi tourner un poignard entre ses doigts en fixant le plafond d'un air ennuyé. Les secondes s'égrenaient les unes après les autres…
Le poignard vola et Harry le rattrapa de justesse par le manche. La lame s'enroula ensuite autour de ses doigts pour former un coup-de-poing américain. Il desserra le poing et sa main se retrouva enveloppée d'un gant métallique équipé de griffes.
Le jeune homme l'observa, étonné comme toujours par les extraordinaires capacités de métamorphose des armultiples. Avaient-elles seulement des limites ?
Harry ôta les pieds de la table. La matière argentée glissa sur son avant-bras comme une seconde peau. Mû par une inspiration subite, il se concentra. Il frissonna lorsque l'argent coula dans son dos et émergea par sa manche, recouvrant son autre main. Il souleva son pantalon et aperçu un éclat métallique.
Son corps tout entier était recouvert d'une couche protectrice, solide et résistante comme du kevlar et légère comme de la soie.
Il essaya de la faire se rétracter pour laisser apparaître ses mains et l'empêcher d'être visible là où sa peau était nue mais, si cela ne posa aucun problème pour la main gauche, la main droite conserva une marque argentée en travers de la paume, reliée à l'armure (car s'en était une, discrète et super efficace).
Evidemment. C'avait été l'une des premières choses qu'Hawkeye lui avait expliqué. Une armultiple ne se transforme qu'entre les mains du bretteur. Bon, eh bien, tant pis. Il mettrait des gants…
Harry passa le temps qui suivit à étudier les facultés de l'armure : des griffes aux doigts et aux orteils permettaient de grimper aux murs, une longue lame partant du dos de la main valait la meilleure des épées et des pointes acérées disposées le long des avant-bras permettait des coups de coude violents.
On pouvait malgré tout noter des inconvénients : l'impossibilité de l'armultiple à se diviser en plusieurs parties posait problème lorsqu'il fallait lancer un poignard, et bien évidemment, les métamorphoses avaient tendance à trouer vêtements et chaussures…
'Reparo.'
Les profonds sillons creusés dans les murs et le plafond par les griffes disparurent et le plâtre reprit son apparence lisse originelle.
Tout en faisant de même avec ses vêtements moldus et ses baskets, le jeune Potter regarda l'heure. Il sortit des gants d'un tiroir et enfila ensuite un blouson. Il avait rendez-vous avec Rogue.
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Gare King's Cross. Un boucan omniprésent règne dans le hall, de temps à autre couvert par la voix féminine annonçant le départ ou l'arrivée d'un train. Les gens se hâtent ou patientent, mangent u morceau ou traînent de lourdes valises, se croisent et se recroisent dans un éternel ballet de transport ferroviaire.
Harry, un petit sac sur l'épaule pour passer inaperçu, émergea du métro à la suite d'un homme d'affaires en train de téléphoner. Il le doubla rapidement et croisa une bande de boy-scouts pressés qui déboulaient en sens inverse avec d'énormes sacs sur le dos. Il leva le nez à la rechercher du panneau indiquant : 'Platform 1' et se fraya tant bien que mal un passage entre une famille nombreuse et une bande de supporters de Manchester United pour arriver au quai souhaité.
Celui-ci était presque désert, étant donné que le prochain train n'était pas prévu avant trois quart d'heure. Harry aperçut alors Severus Rogue dans un élégant costume moldu noir et lisant le Times assis sur un banc.
Il s'approcha de lui d'une démarche nonchalante et s'arrêta devant le distributeur de boissons qui trônait à côté du banc. Il introduisit une pièce dans la fente prévue à cet effet. Croisant le regard de Rogue, il appuya au hasard sur les boutons. Rogue hocha légèrement la tête. Harry prit la cannette de soda et s'assit à côté de lui. Sous prétexte de boire une gorgée de la boisson, il demanda :
'Pourquoi vouliez-vous me voir ? Et pourquoi ici ?'
Le mangemort tourna une page de son journal et répondit sans le regarder :
'Nous sommes tous surveillés. J'ai dû raconter à Drago que j'allai chercher des ingrédients chez l'apothicaire…'
'Drago ?'
'Oui. Le maître m'a chargé de m'occuper de lui – de le surveiller. Il se méfie de lui depuis qu'il s'est montré incapable de… tuer Dumbledore.'
'Je vois.' Dit Harry d'un ton froid. Il but une longue gorgée de soda.
'Ne commencez pas à m'accabler de reproches, Potter, vous n'avez rien à dire ! Qu'est-ce qui vous a pris de tuer ce serpent ? Vous vouliez voir si vous étiez suffisamment malin pour lancer l'Avada Kedavra ?
Harry tourna la tête vers lui pour le fusiller du regard. Rogue lui lança un regard assassin.
'Mêlez-vous de vos affaires !' Siffla le jeune homme.
'Oh, Potter s'amuse à tuer l'animal favori du Seigneur des Ténèbres, mais bien sûr, il n'a pas envisagé un seul instant quelles en seraient les conséquences ! Le Lord noir était hors de lui, il nous a tous… interrogés les uns après les autres pour savoir qui vous avait informé de l'attaque – '
'Vous ne m'avez pas fait venir ici pour me raconter la manière dont Voldemort vous traite, j'espère ?'
Rogue tourna une nouvelle page du journal si violemment qu'elle s'arracha en partie.
'Non. Je suis venu vous donner un renseignement, même si, quand je vois ce que cela donne…'
Harry se tourna vers lui, la cannette à mi-chemin de sa bouche.
'Enfin, je suppose qu'avec votre intelligence habituelle, cela ne servira pas à grand-chose de vous le donner. J'ai interrogé discrètement Lucius Malfoy au sujet de votre coupe.'
Il fit une pause, apparemment passionné par un article du journal.
'Et ?' Fit Harry, exaspéré.
'Oh, vous êtes intéressé par ce que je dis, maintenant ?' Rogue lui adressa un sourire sadique.
'Oui. S'il vous plait.' Répondit Harry du ton le plus aimable qu'il le put.
'Mieux.' Dit Rogue. 'Donc, Malfoy m'a dit qu'il n'avait fait que remettre la coupe au maître, à Pré-au-Lard.'
Harry le regarda, les sourcils froncés.
'A Pré-au-Lard ? Que faisait Voldemort à Pré-au-Lard ?'
'Il avait rendez-vous avec Dumbledore, au sujet du poste de professeur de Défense Contre les Forces du Mal…'
Oui, Harry s'en souvenait. Il l'avait vu, dans la pensine de Dumbledore, demander s'il pouvait devenir professeur. Il jeta un coup d'œil furtif à Rogue. Il était donc mangemort depuis si longtemps ?
Il se rendit compte que l'homme parlait à nouveau.
'… il n'est pas sûr sûr, mais il pense que le Seigneur des Ténèbres avait la coupe avec lui lorsqu'il s'est rendu à Poudlard.'
Un train siffla au loin. Rogue replia soigneusement soin journal et le jeta dans la poubelle à côté sans se lever. Une idée stupéfiante germa dans l'esprit du jeune homme.
'Bien, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vais y aller…'
'Attendez !' S'exclama Harry. 'Est-ce que ça voudrait dire que la Coupe se trouve à Poudlard ?!?'
Rogue l'observa d'un air songeur.
'C'est une possibilité.' Admit-il. 'Bon, Potter, au plaisir de ne pas vous revoir avant longtemps, cette fois.'
Et il s'éloigna à grands pas avant de disparaître parmi la foule qui se pressait dans la gare. Harry y prit à peine garde, occupé à réfléchir à la nouvelle hypothèse qu'il venait de formuler.
En supposant que Voldemort soit effectivement allé à l'école avec l'intention d'y dissimuler la Coupe, cela signifierait qu'il l'a fait sus le nez de Dumbledore en personne, sans que celui-ci ne s'en aperçoive ! Il avait dû s'en occuper, disons, dès qu'il était sorti du bureau directorial… C'était possible après tout…
Pas possible : probable. Et extrêmement intelligent, car qui pouvait imaginer qu'un des horcruxes de Lord Voldemort était dissimulé quelque part dans l'immense château, à portée de main de on plus grand adversaire ?
L'ultime horcruxe, à Poudlard… L'idée était aussi séduisante qu'horrifiante. Un objet aussi petit qu'une coupe pouvait être n'importe où !
Harry jeta sa cannette vide à la poubelle et se leva. Une conversation avec Ron et Hermione s'imposait.
