CHAPITRE III

Brûler en enfer

*

Will était parti et l'agonie dans laquelle il l'avait laissée ne lui permettait même pas de le pleurer.

Lizzie aurait voulu taper du poing, hurler, se jeter contre les murs, peut-être s'ouvrir les veines. Tout plutôt que ça. Rester plongée dans cet état catatonique, dans cette douce folie passive, semblait vouloir dire que la douleur serait sans fin.

Elle désirait un exutoire, quelque chose de radical et de rapide, qui mettrait un point final à son état léthargique et à sa peine infinie.

Oh ! Si le sang et les larmes avaient pu couler, ne l'auraient-ils par purgée de tout ce chagrin ? Ne lui auraient-ils pas assurés, une fois secs, un mieux ?

Je raturai d'un grand trait les quelques lignes que je venais de noter dans mon cahier.

- Niais… Vraiment trop niais…

Je refermai le carnet d'un coup sec avant de jeter mon crayon sur mon bureau et de croquer dans ma pomme. Décidément, je n'étais pas en veine aujourd'hui.

Un lourd soupire s'échappa de mes lèvres et je décidai de me résigner pour l'instant, j'avais l'esprit trop préoccupé pour pouvoir écrire quoi que ce soit de potable.

Ma fin de semaine au lycée avait juste été… épouvantable. J'étais damnée et Edward Cullen était un démon tout droit sorti de l'enfer pour me tourmenter. Non content d'empoisonner ma vie personnelle, il avait également fait de mes moments au lycée un véritable supplice.

Je n'en pouvais plus d'entendre venter ses yeux magnifiques, sa bouche invitante, la ligne dessinée de sa mâchoire, la force de ses épaules, le tout ponctué de gloussements idiots.

Oui, Mr Cullen était une belle personne, aucun défaut en apparence, mais l'être qui se cachait derrière cette façade me donnait des frissons dans le dos.

Je tremblais de tous mes membres au souvenir de la leçon de piano que j'avais prise avec lui. L'atmosphère si glaciale, la pénombre, le silence, la manière avare dont il dispensait ses mots, le regard dur et froid qu'il posait sur moi.

Savoir qu'il me faudrait recommencer demain soir me filait presque des cauchemars. Je redoutai vraiment de me retrouver face à lui. Je l'avais rencontré à plusieurs reprises au lycée cette semaine et il n'avait même pas daigné desserrer les lèvres pour me dire bonjour. Il m'avait superbement ignorée.

On frappa trois petits coups à la porte de ma chambre.

- Bella, tu ne devrais pas partir pour le boulot, me demanda mon père derrière la porte.

Je jetai un œil à l'horloge accrochée au-dessus de mon bureau. Neuf heures quinze.

- Si, répondis-je en attrapant mon sac et ma veste déposés mon lit.

Je soupirai lourdement en descendant les escaliers, j'allais devoir pousser ma vieille Chevrolet à fond pour pouvoir arriver à Port Angeles dans les temps.

Je souhaitai une bonne journée à mon père avant de sortir de la maison en coup de vent pour heurter une épaule solide.

- Oh, pardon, marmonnai-je en rougissant.

Edward Cullen était devant moi, diablement beau et froid.

- Pas de problème.

- Vous êtes trempé, dis-je en remarquant que sa chemise lui collait à la peau et que ses cheveux dégoulinaient d'eau.

Je me souris de manière cynique en me demandant si la glace dont il semblait être fait était enfin entrain de fondre.

- Plomberie défectueuse. Ton père est là ?

Ca aurait été trop beau pour être vrai. J'avais cru un bref instant que parmi toutes les merdes que le réchauffement climatique nous apportait un avantage s'était glissé : la fonte de l'âme glaciale de mon adoré professeur.

J'hochai la tête avant de le contourner pour rejoindre ma voiture.

- Rentrez sans frapper, il est au salon. Excusez-moi, mais je suis pressée.

Pourquoi je m'excusai ? Je ne devais pas me sentir obligée d'être polie avec lui, il ne prenait même pas la peine de me dire bonjour !

Je grimpai dans mon camion, mis le contact et m'engageai dans la rue sans plus lui jeter un regard.

Environ trois quarts d'heure plus tard, je me parquai devant une boutique à la devanture en bois patinée par l'air marin dont l'enseigne vintage indiquait « Fleurs et antiquités ». J'étais quelques minutes en retard, mais heureusement, Alice, la propriétaire de la boutique n'était pas particulièrement à cheval sur la ponctualité.

- Bella, comment tu vas, m'accueillit-elle chaleureusement sans même relever mon léger retard.

- Bien, et vous, demandai-je en me dirigeant automatiquement vers la réserve où j'avais l'habitude de déposer mes effets personnels.

- Je rayonne, déclara-t-elle sans donner plus d'explications.

Je me demandai si c'était sa soirée avec Edward Cullen qui la rendait si pétillante. Je m'étais repassée un nombre incalculable de fois la scène où je les avais vus s'enlacer devant chez lui. J'avais décortiqué la manière dont elle s'était jetée à son cou, et celle dont il l'avait serrée puis gardée contre lui avant de rentrer dans la maison. Je ne savais vraiment plus quoi en penser… Il n'était pas impossible qu'elle soit une vieille amie, ou une sœur. Est-ce qu'un frère et une sœur agissaient de cette manière ? J'avais toujours été fille unique et j'étais bien ignorante à ce sujet.

Je m'étais décidée à glisser le sujet « Edward Cullen » à un moment opportun dans la conversation et à jauger ensuite la réaction d'Alice. Néanmoins, elle m'employa à dépoussiérer puis ranger les objets qu'elle venait d'acquérir dans une vente aux enchères tandis qu'elle s'occupait des clients et composait les bouquets, nous n'eûmes donc pas l'occasion de discuter.

La journée s'écoula rapidement, il y avait tant de clients dans la boutique ce samedi que je dus cesser mes activités de rangement pour aider Alice à les servir.

L'heure de la fermeture approchait et nous n'avions presque pas échangé un seul mot.

- Je suis morte, soupira Alice en se laissant tomber sur une chaise après avoir mis dehors une cliente particulièrement exigeante.

La boutique était désormais vide, et derrière la vitrine on pouvait voir que les rues de Port Angeles devenaient moins animées.

- Ca te dérange si je te laisse la boutique quelques minutes ? J'ai un rendez-vous ce soir et je voudrai monter là-haut pour me rafraîchir un peu…

- Ca devrait aller, répondis-je comme elle s'engageait déjà dans le vieil escalier en colimaçon qui montait à l'appartement où elle vivait avec son mari.

Après quelques minutes à tapoter du bout des doigts le dessus du comptoir, cherchant une quelconque activité pour m'occuper, un nouveau client débarqua dans la boutique.

- Bonsoir, dit une voix de velours qui me glaça le sang.

Je levai les yeux et j'offris un sourire moqueur à l'opportun.

- Bonsoir ? On se dit « bonsoir » désormais, dis-je décidée à lui faire remarquer son manque flagrant de politesse tout au long de cette semaine.

- Nous nous sommes toujours dit « bonsoir », Isabella. C'est « bonjour » que l'on ne se dit pas, répondit Edward d'un ton monotone.

Un petit sourire en coin tordait sa bouche dans une expression malicieuse, mais son regard n'exprimait aucune chaleur.

La combinaison de ces yeux perçants sur moi et de la manière dont il prononçait mon prénom ajoutée à ce petit sourire cynique me fit trembler de tous mes membres.

J'haussai les épaules avant de demander :

- Que voulez-vous ?

- Un bouquet…

- Mais encore ?

- Je n'y connais rien…

Il sembla décontenancé un instant, mais cette expression passa vite.

- Sais-tu lesquelles sont les préférées d'Alice ?

Une vague de colère monta en moi. Un homme offrait-il réellement des fleurs à sa sœur ou à une amie ? N'était-ce pas le geste galant par excellence ?

Ce qui me dégoûtait dans cette histoire c'est qu'ils étaient tous les deux en couple avec de très gentilles personnes et qu'ils ne se souciaient même pas de se cacher ou de ne pas ébruiter leur relation.

- Les roses crème, répondis-je d'un ton glacial.

- Douze ?

J'hochai la tête avant de passer devant le comptoir pour choisir les fleurs. Je pris soin de les organiser en un bouquet rond et serré dont je garnis le pourtour de verdure comme Alice me l'avait enseigné. Je le terminai en glissant autour un papier qui rappelait la couleur des roses.

Je lui montrais le résultat pour qu'il puisse en juger.

- Parfait.

- Ca fera vingt dollars, annonçai-je.

Il me tendit l'argent et je lui donnais le bouquet, ma main effleura la sienne y déposant une goutte de sang.

- Tu t'es blessée, je crois.

Il n'avait même pas l'air soucieux en disant cela.

- Hum, on dirait, oui.

Je regardai le bout de mon index, une goutte de sang y perlait. Je m'étais probablement piquée avec le fil de fer en le nouant pour qu'il maintienne le bouquet. J'étais si en colère que mes mains avaient tremblé durant toute l'opération.

- Tu devrais faire attention à tes doigts. Ca serait mieux s'ils étaient en bon état.

Pour le piano, évidemment.

J'allais lui répliquer que je m'en moquais bien quand Alice réapparut dans une petite robe du soir. Comme mardi, elle se jeta à son cou et ils s'étreignirent longuement.

- Ah, c'est si bon de te revoir, soupira-t-elle.

J'avais détourné la tête pour ne pas avoir l'air de les observer, de plus cette scène m'écœurait réellement, je ne vis donc pas nettement si Edward posa sa bouche sur les lèvres ou la joue d'Alice lorsqu'il l'embrassa.

Ils se séparèrent et il lui tendit le bouquet.

- Oh, Edward ! Tu n'aurais pas dû… Jasper va être hyper jaloux, rit-elle. En plus, tu pourrais aller chercher des fleurs dans une autre boutique que la mienne !

- La tienne est la seule potable, et Isabella fait ça très bien.

- Oh, tu connais Bella ?

Ils se tournèrent vers moi et je rougis, je ne sus pas déterminer si c'était de rage ou de gêne. Tout ce qui se passait ici me semblait tellement déplacé.

- Nous sommes voisins…

- Entre autres, marmonnai-je en me retenant d'ajouter « hélas ».

- Quelle coïncidence ! Oh, dis-moi ! Comment va Carlie, demanda Alice en reportant son attention sur Edward.

Cette phrase manqua de me faire m'étouffer. Quel culot !

- Elle s'adapte, mais ce n'est pas réellement facile, dit-il sur un ton retissant en me jetant un regard en biais.

C'est clair que l'adaptation devait être d'autant plus compliquée si l'homme avec qui elle vivait était volage.

- Hum, j'imagine… Bon, si nous y allions ? Bella, peux-tu fermer la boutique ?

J'hochai la tête à contrecœur. Ils se dirigèrent vers la sortie et Alice se retourna pour me dire :

- Laisse les clés dans la boîte aux lettres ! Bonne soirée !

Ils quittèrent le magasin et la porte de referma sur eux. Je fermai les yeux et expirai fortement pour évacuer le sentiment de dégoût qui pesait sur mon estomac quand la clochette annonçant que quelqu'un poussait la porte retentit.

- C'est fermé, dis-je d'une voix sèche sans même ouvrir les yeux.

- Ce n'est que moi. N'oublie pas, demain soir vingt heures trente.

J'ouvris les yeux pour voir Edward sur le pas de la porte.

- Ca ne risque pas.

- Bien. Bonsoir, Isabella.

La porte se ferma une fois de plus et je m'empressai d'aller la verrouiller et de retourner la pancarte qui indiquait « Open ».

La voix d'Edward se répercutait dans mon crâne et ne cessait d'y résonner. Je secouai la tête et tapai du pied en poussant un gémissement rageur.

Ce type faisait vraiment de ma vie un enfer.

Fin du chapitre III

Voilà le chapitre 3 ! J'espère qu'il vous a plu, j'ai vraiment hâte de savoir ce que vous en avez pensé.

Leçon n°2 pour le chapitre suivant…

Pour FSC je sais que vous attendez vraiment la suite et que je ne suis pas du genre à vous faire trop attendre, mais le chapitre qui vient est romantique et que je n'ai pas envie de le bâcler. J'ai mis un terme plusieurs années de relation il y a 48 heures, alors disons juste que je ne me sens pas capable de l'écrire là tout de suite.

Mais don't worry, je vais bien et je vais vous l'écrire, juste besoin de digérer ça.

Allez appuyez sur le bouton vert pour me faire plaisir, une petite review c'n'est pas grand chose, non ? Faîtes-moi plaisir, s'il-vous-plaaaiiiit (yeux de Chat Poté).

Shez