CHAPITRE IV
Découvrir
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Je garai ma Chevrolet sur le parking devant la maison. Nous étions dimanche soir et il était déjà tard, j'avais finalisé mon exposé de biologie avec Angela après quoi nous avions regardé l'intégrale de Orgueil et Préjugés avec Colin Firth. Nous nous étions endormies sur son canapé et si Mrs. Weber n'était pas venue me secouer l'épaule en me disant que je ferai sûrement mieux de rentrer me reposer chez moi, j'aurai probablement loupé mon cours avec Edward.
Je jetai un œil à la petite horloge sur le tableau de bord, il était vingt heures quarante, j'avais un peu de retard et je me demandai ce qu'Edward en dirait, mais d'un autre côté j'étais soulagée que le temps que je passerai avec lui soit raccourci.
J'attrapai ma besace d'où dépassaient mon classeur et le cahier dans lequel j'écrivais, et je tentai de les enfoncer un peu plus à l'intérieur, mais trop de choses inutiles encombraient le sac. Je laissai tomber et je m'en emparai avant de sortir de ma voiture. Je fis quelques pas vers la maison, avant de penser à l'heure déjà avancée. Je fis demi-tour, décidant de me rendre directement chez Edward.
Comme le mardi précédent, la porte s'ouvrit avant que j'ai pu appuyer sur le bouton de la sonnette. Edward se tenait droit et raide devant moi. Je décidai d'ignorer son regard dur comme la pierre qui me donnait déjà envie de trembler alors qu'il n'avait pas encore ouvert la bouche, mais je notai entre autre détail de peu d'importance qu'il était particulièrement beau pieds nus et vêtu de manière décontractée dans son t-shirt noir et son pantalon en lin clair.
- Tu es en retard, murmura Edward d'un ton implacable.
- On ne se dit déjà plus bonsoir ? Je suis désolée.
- Bonsoir, souffla-t-il tout de même presqu'à contre cœur.
- Bonsoir, répliquai-je d'une manière isolante.
Nous nous sommes affrontés du regard un instant, jusqu'au moment où je dus baisser les yeux, incapable de soutenir la dureté des siens. Il s'effaça pour me laisser entrer et me mena dans le petit bureau, ouvrant et fermant les portes derrières nous.
La maison était éclairée cette fois, des appliques lumineuses avaient été posées sur les murs et l'atmosphère m'y sembla moins angoissante bien que toujours lourde et silencieuse. Les cartons avaient presque tous été déballés et des meubles avaient pris place dans les pièces. Ce semblant de normalité me rassura un peu.
- Tu t'es entraînée sur le piano de l'école comme je te l'avais demandé ?
J'hochai la tête. C'était faux. J'avais fait des gammes pendant une demi-heure, c'était bien ce qu'il m'avait demandé sauf que j'étais censée le faire aussi souvent que possible.
- Assieds-toi et montre-moi.
Ses ordres sonnaient clairs et précis, mais pas d'une manière particulièrement dure étonnamment. Il ne parlait pas fort, sa voix basse formulait ces injonctions sur le ton de la conversation.
Quand il parlait de cette manière une sensation étrange se rependait en moi, et bien que lui obéir était un supplice, il y avait quelque chose de presque excitant dans sa voix.
Je commençai à jouer, mais mes doigts n'étaient pas assez souples, ce que je faisais était maladroit, approximatif. Il ne tarda pas à soupirer.
- Garde le même tempo.
Je recommençai.
- Concentre-toi, souffla-t-il comme je loupai une note.
J'essayai, mais il me décontenançait. Sa froideur et sa dureté me mettait mal à l'aise, mais ses ordres soufflés d'une manière presque sensuelle faisait naître dans mon ventre une chaleur dont je ne voulais pas.
Je me sentais excitée pour lui alors que je le trouvais simplement odieux. Mais il était juste là face à moi, si beau dans son t-shirt noir qui moulait tous ses muscles.
- Isabella, me rappela-t-il à l'ordre comme je perdais le rythme qu'il m'avait imposé.
Je respirai profondément pour me remettre les idées en place, mais mon prénom dans sa bouche était presque érotique. Non ! Je ne voulais pas de cet homme. Je ne voulais pas d'Edward Cullen. Il n'avait ni morale, ni principe !
- Plus vite, maintenant.
La chaleur entre mes cuisses flamboya et je me rendis compte que mon sexe était devenu complètement humide. Mon visage s'embrasa, mais il ne sembla pas le noter.
Dieu que m'arrivait-il ? J'étais entrain d'éprouver du désir pour un homme que je détestais. J'étais tordue !
J'étais complètement troublée et mes doigts mal entraînés s'emmêlèrent.
- Non ! Non ! Tu n'es pas attentive !
La voix d'Edward claqua à mes oreilles, figeant mes doigts sur le clavier du piano. Il soupira d'agacement et se pinça l'arrête du nez.
- Tu n'as pas travaillé ! Tu te moques de moi et tu me fais perdre mon temps, s'emporta-t-il.
Je ne répondis rien, ne soutenant pas son regard, mais tenant la tête haute.
- Et regarde-moi ça ! Ne t'ai-je pas demandé de prendre soin de tes mains ?
Il m'attrapa le poignet et retourna ma paume. Je fermai le poing, mais il ouvrit ma main sans ménagement. Plusieurs coupures s'étalaient sur le bout de mes doigts, presque toutes étaient dues à mon travail à la boutique, les autres à ma maladresse. Celle que je m'étais faite hier en m'écorchant avec le fil de fer saignait légèrement et avait laissé de petites tâches rouges sur les touches ivoire.
- Je suis désolée, dis-je en récupérant ma main avec force.
- Je m'en moque que tu sois désolée ! Tu es une je-m'en-foutiste de première catégorie. Tu ne travaille pas, tu ne fais pas ce que je te demande, tu ne prends pas soin de tes mains, tu n'es même pas à l'heure. Tu te moques de ce qui se passe ici !
Il n'avait pas vraiment crié, mais sa voix résonnait fort dans la pièce. Je me levai brusquement je récupérai mon sac et m'apprêtai à sortir quand la porte du bureau s'ouvrit.
Le visage d'Edward se figea et ses traits s'adoucirent. Je fus tellement surprise de voir tant de douceur sur son visage d'ordinaire si dur que je ne pus qu'observer à quel point cela le rendait encore plus beau sans me soucier de la cause de ce changement soudain.
- Pourquoi tu cries si fort, papa, demanda une petite voix endormie.
Je me tournai brusquement en direction de la voix. Une petite fille de quatre ou cinq ans se tenait devant nous dans son pyjama rose. J'observai le visage d'Edward puis celui de la gamine. J'avais bien entendu. Il ne pouvait pas la renier. Les yeux verts, la bouche pleine, le nez droit, les boucles cuivrées, tout y était. C'était à se demander s'il ne l'avait pas fait seul cette enfant.
- Carlie !
Sa voix était si tendre quand il s'adressa à sa fille que j'en eus des frissons. Il n'était plus le même homme. Il n'était plus dur, ni froid, ni sombre, ni coléreux. Le mec que j'avais devant moi en cette minute était le plus doux et le plus affectueux que j'ai jamais rencontré.
Il tendit les bras à l'enfant qui se dépêcha de s'y réfugier tout en me surveillant du coin de l'œil. Elle se blottit contre lui et il la serra avec bonheur.
- Pourquoi ne dors-tu pas, lui murmura-t-il.
- Parce que tu cries ! Tu es fâché ?
- Non… Je… Un peu, mais c'est fini.
- Je n'aime pas quand tu cries et que tu es fâché.
- Je ne le ferai plus.
La gamine tourna le visage vers moi et Edward s'empressa de dire :
- Isabella s'en allait. Je vais te remettre au lit.
Son ton était un peu plus froid, mais ce n'était rien comparé à celui qu'il aurait probablement employé s'il s'était adressé directement à moi.
Il glissa les doigts dans les cheveux bouclés de sa fille et lui offrit un sourire comme je ne pensais jamais en voir un sur son visage. Elle frotta doucement son nez contre le sien.
J'étais de trop dans cette scène. Je ramassai mon sac précipitamment et quittai la maison sans plus d'invitation. J'entendis bien Edward m'appeler, mais je ne voulais plus le voir. J'étais trop abasourdie.
Sa fille ! Mon dieu, Carlie était sa fille. J'éclatai de rire en me laissant tomber sur mon lit. J'avais été si stupide.
Le silence après vingt heures trente, les cours en soirée, c'était parce qu'il y avait un enfant dont il s'occupait dans cette maison. Mais quel âge avait Edward ? Vingt-cinq ans au maximum ? Et sa fille, quatre, peut-être cinq ans ? Je ne m'en voulais pas vraiment d'avoir pensé que Carlie, le fameux amour de sa vie, était sa femme.
Dieu, je n'avais jamais vu tant d'amour, de tendresse et de dévotion dans un regard. Il y avait vraiment un cœur sous cette glace, un cœur plutôt sensible qui plus est.
Néanmoins, il pouvait également être plus dur que la pierre. Les mots qu'il avait eus à mon encontre me revinrent en mémoire. Je savais qu'il avait raison, mais il n'était plus question qu'il me parle de nouveau sur ce ton. Je ne prendrai plus de cours avec lui.
Le fait qu'il puisse se comporter d'une manière civilisée face à sa fille n'en faisait pas moins un être détestable à mes yeux. Alice Whitlock était bien une femme mariée, c'était sûr et certain, et je ne concevais pas qu'il puisse sortir avec elle en sachant qu'elle était liée à quelqu'un d'autre. De plus, son comportement était juste inacceptable à mon encontre. Enfin, je ne voulais plus jamais me sentir troublée ou excitée par lui, et la meilleure chose pour ça était de me tenir à distance.
C'est avec un dernier sourire pour ma bêtise que je m'endormis profondément.
Le lendemain au lycée, j'eus bien du mal à tenir ma langue. Souffler dans une oreille attentive qu'Edward Cullen était père de famille aurait eu plus d'un avantage à mes yeux. Premièrement, j'aurais eu la satisfaction de me sentir vengée pour le comportement général qu'il avait eu à mon égard. Deuxièmement, cela aurait peut-être fait descendre d'un cran l'attirance sexuelle que les filles qui m'entouraient éprouvaient pour lui et qu'elles se sentaient obligées de manifester à tout bout de champ.
Oh, je sais. Je ne valais pas plus que toutes ces groupies, mais j'avais au moins la décence de ne pas fantasmer ouvertement sur lui. La nuit avait été plutôt longue et mes rêves très explicites. Définitivement, le fait qu'il soit papa ne le rendait pas moins sexy, cela le rendait peut-être encore plus attirant si c'était possible. Entrevoir toute la douceur dont il était capable était littéralement excitant.
En rentrant de l'école, je me sentais en veine pour écrire, je cherchai donc partout après mon cahier, incapable de me souvenir où je l'avais déposé pour la dernière fois. J'avais tendance à l'emmener partout avec moi pour pouvoir noter mes idées et ne pas les oublier. Je retournai toute ma chambre, ainsi que mon sac à sa recherche sans pouvoir mettre la main dessus. Tête en l'air comme j'étais, je pouvais l'avoir abandonné n'importe où et je ne souhaitais pas qu'un regard mal veillant tombe dessus. On mettait toujours plus de soi qu'on ne le croyait dans ses écrits.
J'arrêtai mes fouilles comme la sonnette retentissait dans la maison. J'allais ouvrir la porte, préoccupée, et trouvai Edward Cullen sur le pas.
- Mon père n'est pas là, dis-je sèchement juste avant de lui claquer la porte au nez.
Il la cala avec son pied.
- Isabella…
Son ton était plus doux que d'ordinaire.
- JE NE…
J'allais lui hurler dessus, mais il agita mon carnet d'écriture sous mon nez.
- Où avez-vous trouvé ça ?!
- Je peux entrer ? J'aimerai te parler.
- Rendez-moi ça, d'abord !
- Pour que tu me claques la porte au nez ? T'es gentille, mais je préfère assurer mes arrières.
Je bouillonnais de rage sur le pas de la porte. Ma paume brûlait de le gifler. C'était mon carnet, c'était personnel, il n'avait pas à me faire de chantage avec ça.
- Parlez, ordonnai-je.
- Puis-je entrer ?
Je m'effaçai pour le laisser pénétrer à l'intérieur de la maison et le guidai jusqu'à la cuisine. Je pris appui contre un des meubles et lui désignai une chaise où il ne s'assit pas.
- Tu as été surprise hier, n'est-ce pas ?
Je ne répondis pas.
- OK. Je vais faire les questions et les réponses. Ca ne me dérange pas…
- Oui, le coupai-je en me rendant compte que même s'il m'énervait refuser de lui parler était puéril.
- Ca s'est vu à ta tête.
- Je ne pensais pas… Mon père… Enfin, je n'avais pas compris…
Il hocha la tête avant de demander :
- Tu peux garder ça pour toi ?
Je fis un signe approbatif de tête en me mordant la lèvre. Je m'en voulais d'avoir pensé à tout dévoiler au lycée maintenant. J'aurais vraiment été la pire des idiotes.
- Pourquoi, demandai-je tout de même. Auriez-vous honte ?
Son regard se durcit.
- Non.
- Pourquoi alors ?
- Si tu es une fille aussi intelligente que Mr Grant semble le prétendre, Isabella, j'imagine que tu as fait un calcul très simple.
- Je ne suis pas sûre, soufflai-je.
- Je suis sorti du Conservatoire en juin dernier. J'ai vingt-quatre ans. Carlie en a cinq.
- Vous étiez au lycée quand…
- Oui.
Il fit une courte pause.
- Je n'ai pas honte de Carlie. Je veux juste éviter que ça se sache trop parmi les élèves. D'un point de vue professionnel, ma paternité n'a pas toujours été vue d'un bon œil.
- Comment ça ?
Edward hésita.
- J'ai dû quitter ma dernière place parce que quelques parents d'élèves puritains trouvaient déplacé qu'un père si jeune enseigne à leurs enfants. Sait-on jamais, j'aurai pu leur montrer le mauvais exemple…
- C'est stupide, soufflai-je.
Il haussa les épaules.
- Là n'est pas la question.
Il posa mon carnet sur la table de la cuisine.
- Il est tombé de ton sac dans la précipitation…
Je récupérai mon bien.
- Je n'utiliserai pas les mots emplis de dévotion de ton professeur de littérature pour parler de ton écriture, mais tu as du talent.
Mes joues s'empourprèrent.
- Vous l'avez lu, m'étranglai-je.
Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.
- Je suis très curieux. Will est un égoïste et Lizzie une hypersensible, mais ils sont tous les deux attachants.
Je ne desserrai pas les lèvres.
- Bien. Jeudi vingt heure trente, dit-il en quittant la cuisine.
Je ne bougeais pas et ne répondis rien. Mais il n'attendait apparemment pas de réponse.
- Fais tes gammes, et soigne-moi ces mains pour l'amour de Dieu, me lança-t-il du couloir.
La porte d'entrée claqua annonçant qu'il venait de quitter la maison. Je le regardai traverser notre jardin par la fenêtre de la cuisine et réalisai que c'était lui qui avait eu le mot dernier mot.
Je m'empressai d'ouvrir la fenêtre de la cuisine.
- Edward, le hélai-je.
Il se retourna et une expression interrogatrice se dessina sur son visage.
- Isabella ?
- Bonsoir, Edward, dis-je en lui offrant mon sourire le plus insolent.
- Bonsoir, Isabella.
Il me fit un sourire moqueur avant d'enfoncer ses mains dans ses poches et de continuer sa route.
Je refermai la fenêtre d'un coup sec. Qu'Edward Cullen aille rôtir en enfer.
Fin du chapitre IV
Bon voilà, le mystère est levé ! Pour Carlie du moins… J'espère que ça aidera ceux qui avaient dû mal à accrocher à la fic.
Un grand merci à tous pour tous vos encouragements, et tous vos petits mots gentils quant à ma vie personnelle, mais je vais bien, ne vous en faîtes pas. Je n'ai pas répondu aux reviews par manque de temps, mais je pense que ce chapitre répond à la plupart de vos interrogations.
Je me demande vraiment ce que vous allez en penser.
Encore un grand merci pour votre soutien.
SHEZ
