CHAPITRE VII

Déraper

*

Les jours qui suivirent, je pris soin de m'exercer au piano comme Edward me l'avait demandé. Je me mis même en frais pour acheter une crème cicatrisante pour les mains abîmées sur les conseils d'Angela afin de faire disparaître toutes les traces de coupures/gerçures/écorchures que j'avais sur le bout des doigts.

J'avais également écrit, un peu moins que d'habitude, certes, j'avais tendance à hésiter sur chaque phrase et à peser chaque mot maintenant que je savais qu'il allait me lire.

Néanmoins, j'avais l'impression générale d'avoir fait tout ce qu'il fallait pour que la soirée du mardi se déroule bien. C'était sans compter sur mon père.

Lorsque j'étais rentrée à la maison après avoir aidé Angela à bosser la littérature, le dîner était prêt, la table dressée de manière plus élégante que d'ordinaire et le couvert mis pour trois personnes. Autant dire que j'avais eu envie de sortir de la maison et de vérifier si j'étais bien rentrée chez moi, ce n'était absolument pas le genre de mon père de se mettre en quatre pour les repas.

- Bella, m'accueillit-il.

Il portait une chemise à manche courte et une cravate ridicule.

- Papa ! Pourquoi t'es-tu endimanché ?

- Euh… C'est-à-dire… Pourrions-nous parler un instant ?

Il me désigna le canapé du salon et la nausée me prit. Je ne savais pas ce qu'il avait à m'annoncer, mais d'une manière générale, je fuyais ce genre de situation comme la peste.

Je m'assis sur le divan et il prit place dans un fauteuil face à moi.

- Ca fait plusieurs semaines que je dois te dire quelque chose, Bella.

Je fronçai les sourcils, inquiète, mais je ne posai pas de question. Charlie pris une longue inspiration avant de m'annoncer tout de go :

- J'ai rencontré quelqu'un.

Un gouffre sembla s'ouvrir sous mes pieds. C'était comme si on venait de me mettre une grande gifle. Je fus incapable de répondre.

- Une femme, trouva-t-il bon de préciser.

Je ne relevai même pas. J'avais juste l'impression de nager en plein délire.

- Elle s'appelle Sue. C'est une amie de Billy, elle vit à la réserve. Je l'ai rencontrée il y a quelques temps et voilà… Elle est très sympathique… Elle a un fils qui a ton âge, Jacob.

Il avait récité ça très vite comme des arguments pour me prouver que cette relation était quelque chose de bien.

- Hum. C'est cool, fut la seule chose que je pus répondre.

En réalité, mes yeux me piquaient et j'avais envie de pleurer. C'était ridicule. Je savais que Charlie avait regretté Renée trop longtemps et que lui aussi avait droit à son petit coin de ciel bleu, mais je n'arrivai pas à réjouir pour lui. J'étais égoïste.

J'avais quitté Renée un an auparavant pour lui laisser le temps de vivre son mariage tout frais avec Phil et voilà que ma vie était de nouveau entrain de basculer.

- Bella, ça ne changera rien… Sue est quelqu'un de bien, et nous avons envie de faire un bout de chemin ensemble, mais elle a aussi sa propre vie.

C'était bien ça le problème. C'était exactement ce que ma mère avait dit au début pour Phil, mais dans une vraie relation, il y avait toujours bien un moment où les deux protagonistes commence à en avoir marre de faire chambre à part et de rentrer chacun chez soi tous les soirs.

Tout allait changer de nouveau, et bien que ma vie à Forks me semblait insipide, je ne désirai pas ce genre de changement. Je ne voulais pas encore me sentir de trop, comme la pièce supplémentaire et mal rangée d'un puzzle dont personne ne sait quoi faire.

- Dis quelque chose, Bella…

- Je ne sais pas quoi dire, soufflai-je.

- Dis au moins que c'est bien.

- Oui, tu as raison. C'est bien pour toi.

- Sue voudrait vraiment te rencontrer, alors j'ai pensé à l'inviter à dîner ce soir pour que tu la rencontre…

- J'ai rendez-vous avec Edward dans trois quarts d'heure…

Mon ton était désincarné. J'étais tellement abasourdie par cette nouvelle. Je n'avais rien vu venir. Bien sûr, Charlie s'était rendu de manière assidue à la Push dernièrement, mais Billy Clearwater, un de ses amis proches, avait eu quelques ennuis de santé et je pensais qu'il s'assurait simplement de son rétablissement.

- Je comprends mieux pourquoi tu allais si souvent à la réserve et pourquoi tu tenais tant à m'occuper, dis-je en faisant référence aux fameuses leçons de piano.

- Bella…

- Non, c'est bon. Ne dis rien. Tu fais ce que tu veux, tu es une grande personne. Je suis occupée ce soir. Je vais juste avaler un truc rapidement et partir.

J'avais besoin de me tirer les idées au clair.

- Ne peux-tu pas demander à Edward de déplacer ta leçon ?

A cet instant précis, je n'en avais pas la moindre envie. Même l'étrange et mystérieux Edward Cullen semblait une présence réconfortante et une échappatoire comparé à ce qui m'attendait si je restais ici.

- Reste juste un peu…

- Tu ne peux pas m'annoncer ça et me demander de ne pas être bouleversée en sachant que j'ai vécu exactement le même genre de situation il y a moins d'un an. Je n'ai pas envie de que ma vie change de cette manière, pas encore. Tu ne peux pas assurer que rien ne changera, ça serait mentir. Alors laisse-moi quelques temps pour digérer ça. Laisse-moi aller à cette leçon.

Je ne lui donnai pas le temps de répliquer et me dirigeai vers la cuisine pour sortir une part de lasagne du frigo et me servir un verre de lait. Je mis l'assiette dans le micro-onde et je la regardai tourner tandis que Charlie tentai de réengager la conversation sans succès.

Je mangeai rapidement et me brûlai la langue en avalant mon repas. Le lait m'aida à apaiser ma bouche. Comme je terminai de manger et de faire la vaisselle, on frappa à la porte. J'attrapai mon sac et ma veste avant d'aller ouvrir.

Une femme d'une bonne quarantaine d'année se tenait devant moi. Elle avait la peau mate et ses yeux noirs étaient légèrement bridés, une longue chevelure sombre tombait sur ses reins. Je lui tendis la main.

- Bella, enchantée de vous rencontrer, dis-je comme elle serrait ma main.

- Sue…

- J'ai quelque chose de prévu ce soir, mais j'espère que nous nous reverrons. Bonne soirée, la coupai-je avant de traverser la rue d'un pas rapide.

- Elle est un peu bouleversée, entendis-je comme je poussai la barrière du jardin d'Edward.

Les larmes me piquaient les yeux, bien que je trouvai cela grotesque. Mon père avait parfaitement le droit de refaire sa vie, mais cela me faisait peur.

- Isabella ?

La main d'Edward s'agita devant mes yeux. Apparemment, il se tenait devant moi depuis plusieurs secondes. Son visage exprimait une légère inquiétude.

- Je suis un peu en avance…

- Ce n'est pas une raison pour restée plantée là.

Il s'effaça pour que je puisse rentrer et je soupirai en me dirigeant d'une manière presque mécanique vers le bureau. J'avais les larmes aux yeux.

Je posai mes affaires sur une chaise et je m'installai directement au piano pour réaliser l'exercice qu'Edward m'avait demandé de travailler. Je n'étais pas d'humeur pour nos habituels échanges de remarques acides, et il sembla le comprendre puisqu'il vint s'appuyer contre le piano sans un mot.

Il ne fit aucun commentaire bien que j'étais consciente de jouer maladroitement et de me tromper constamment. Il semblait attendre quelque chose avec un air soucieux sur le visage.

Et ce qu'Edward semblait guetter vint. Alors que mes doigts choppaient une fois de plus sur les touches, je fondis en larmes. Je tentai de les essuyer, mais rien n'y fit, elles coulaient sur mes joues d'autant plus brûlantes et abondantes.

La main d'Edward glissa sur mon visage et il m'attrapa le menton pour que je tourne la tête dans sa direction. Il s'était assis sur le banc à côté de moi de manière à pouvoir me faire face et il me couvait d'un regard inquiet.

- Que se passe-t-il ?

Sa voix était douce et il essuyait mes joues du bout des doigts. Je ne voulais pas répondre à cette question. La réponse était si stupide. Mais son regard pénétrant me jaugeait, attendant une réponse. Alors je fis la seule chose idiote qui me traversait l'esprit pour ne pas devoir lui répondre. Je l'embrassai.

Je fus brutale et l'étreinte qui me répondit le fut tout autant. Je ne lui demandai pas son avis, sa bouche était ce dont j'avais besoin en ce moment et je la pris sans vergogne alors que ses bras se refermaient autour de moi, m'enserrant si fort que j'en avais mal.

Mes doigts se glissèrent dans ses cheveux comme je lui offrais ma bouche avec plus de ferveur, laissant sa langue habile s'y glisser et me faire des choses dont je n'avais pas soupçonné l'existence.

Tous les baisers qu'on m'avait donné étaient bien plats comparés à ces lèvres chaudes et sucrées qui m'embrassaient divinement bien et qui promettaient implicitement tant de choses que je m'en sentais très excitée.

D'un côté j'avais mal et je me sentais trahie, de l'autre j'éprouvai du plaisir. C'était contradictoire, complètement dingue, mais je me sentais vivante, enfin. Cela ne devait pas s'arrêter, je voulais plus.

J'avais passé des nuits à fantasmer sur lui, des heures à me sentir gênée des réactions de mon corps à son encontre, et en cet instant je voulais atteindre le maximum de l'excitation que je pouvais ressentir pour lui et en être libérée.

Alors qu'il m'écrasait contre son corps tout en faisant à ma langue des choses osées avec la sienne, mes doigts s'emparèrent de l'ourlet de son t-shirt et le remontai doucement en caressant ses abdominaux, son ventre et puis ses pectoraux avant qu'il lève les bras pour que je le passe au-dessus de sa tête.

Il se leva et m'entraîna avec lui avant de me caler entre le piano et son corps. Il reprit ma bouche tout en déboutonnant mon chemisier. Sa langue se faisait insistante contre la mienne et j'étais complètement humide uniquement grâce à ça. Ce fut pire quand, après avoir envoyé valdinguer mon chemisier, ses doigts défirent l'attache de mon soutien-gorge et s'en débarrassèrent pour se mettre à presser mes seins avec force.

Je posai mes mains par-dessus les siennes et les fis presser plus fort ma poitrine, j'aimais sentir ses paumes à cet endroit. Lorsqu'il sembla comprendre que je voulais qu'il me touche fort quitte à me faire des bleus, ma main descendit le long de son torse pour trouver la ceinture de son pantalon et l'amener plus près de moi. Je caressai son sexe dur au-dessus du tissu du jean et j'allais y faufiler ma main quand Edward défit la fermeture de mon propre pantalon et glissa ses doigts dans ma culotte.

Ses doigts me touchèrent à un endroit qu'aucun autre homme n'avait jamais semblé bon de stimuler et il fut forcé de m'embrasser profondément pour étouffer mes gémissements. J'étais prête depuis la seconde où ma bouche avait rencontré la sienne et ce fut avec un soupire de contentement que j'accueillis les deux doigts qu'il enfonça en moi.

Mes hanches balançaient contre sa main essayant d'atteindre ce summum que je n'avais pas encore réussi à éprouver dans les bras d'un homme. Je me faisais plus étroite sur ses doigts, prête à jouir quand il les retira. Il m'offrit un long baiser avant de s'écarter légèrement de moi.

- Retourne-toi, me souffla-t-il sur un ton doux mais ferme.

J'étais encore plus excitée de part le retour de son côté directif. Je m'exécutai et appuyai mes hanches contre l'instrument. J'entendis le bruit du zipper du jean d'Edward et je sentis son sexe tendu contre mes fesses juste après qu'il ait fait glisser ma culotte et mon pantalon sur mes chevilles.

Je m'arrondis contre lui et nous nous frottâmes l'un à l'autre un instant. Il me plaqua ensuite contre le piano, collant ses hanches à mon postérieur.

- Ecarte les jambes et penche-toi sur le piano.

Je crus que mes genoux allaient me lâcher après qu'il ait soufflé cette phrase dans mon oreille, mais j'arrivai tout de même à faire ce qu'il me demandait. Je me penchai donc sur le couvercle de son piano à queue, m'appuyant sur mes coudes pour me soutenir.

Ses mains attrapèrent mes hanches, il se présenta à mon entrée et rentra sans invitation.

- Isabella, gémit-il.

Mon prénom complet dans sa bouche était tout bonnement divin et je le remerciai en me cabrant pour le faire entrer plus loin en moi. Des mouvements un peu désordonnés commencèrent et mes hanches buttèrent quelques fois durement contre l'instrument, mais je m'en moquai. C'était ce que je voulais, que ça soit fort et un peu brutal, je voulais céder à cette pulsion, en être libérée.

Je me sentais bien, entière, en vie. Ce que je faisais était totalement irréfléchi, mais j'avais pour la première fois conscience de ce que j'étais.

J'étais à des années lumières des relations fades et insipides que j'avais eues auparavant et je n'en demandais pas plus.

- Isabella…

Une de ses mains quitta ma hanche pour mon sein tandis qu'il posait une multitude baisers doux et brûlants dans ma nuque et derrière mes oreilles.

Mon prénom tomba une nouvelle fois de ses lèvres comme il pressait mon sein dans sa paume.

- Viens, supplia-t-il d'une voix tendre. Viens, j'en ai besoin.

Il allait rapidement à l'intérieur de moi et j'aimais ça, mais il me manquait quelque chose pour exploser et enfin être libérée de toute cette tension.

- Viens, maintenant, dit-il en butant plus fort en moi.

- J'essaye, haletai-je.

Sa main toujours posée sur ma hanche glissa sur mon ventre et deux de ses doigts se logèrent sur mon clitoris le stimulant tout d'abord doucement puis de plus en plus vite augmentant la chaleur dévastatrice qui me ravageait le corps.

Sa paume serra plus fort mon sein, ses doigts appuyèrent plus durement sur mon endroit sensible, son sexe alla plus loin dans mon intimité et je jouis. Une vague de plaisir déferla sur moi et si Edward n'avait pas eu la présence d'esprit d'enrouler son bras alentour de mes hanches pour me retenir je me serais probablement écroulée sur le sol tant la jouissance avait été forte.

Il venait de m'offrir mon premier orgasme sans le savoir.

Je le sentis se déverser en moi et il enroula doucement ses bras alentour mon corps, me gardant contre lui quand ce fut fini.

Edward se retira doucement et les minutes qui suivirent toute cette folie, il ne les utilisa qu'à me caresser avec tendresse. Il ne disait rien, il ne parlait pas, mais il s'assurait que j'allais bien. Ses doigts courraient sur ma peau collante de sueur et administraient de douces caresses tandis qu'il posait sa bouche sur ma nuque, mes joues et mes épaules.

J'avais mal partout, j'étais assurée d'avoir quelques ecchymoses, mais j'étais bien en cet instant, calée entre ce piano et cet homme qui s'occupait de moi.

Il toucha doucement mes hanches comme pour déterminer l'ampleur des dégâts je crus entendre qu'il murmurait une excuse comme je gémissais de douleur, mais je ne relevai pas.

Je ne voulais pas d'excuses, ce qui venait de se passer ici était la chose la plus extraordinaire que j'avais vécue, je pouvais être couverte de marques durant le prochain mois que je me donnerais de nouveau à lui de cette manière, là sur ce piano.

Nous nous rhabillâmes en silence et je posai un baiser sur le coin de sa bouche avant d'attraper mon sac et de quitter la maison. Nous n'avions pas échangé un mot, il n'y avait rien à dire. Je savais que ce qui venait de se passer entre Edward et moi était déplacé, même illégal, et que cela ne devait pas se reproduire.

La maison était silencieuse quand j'y revins. Je souhaitai que Charlie ne me fasse pas trop la tête avant de monter en haut et de me laisser tomber sur mon lit, encore collante de nos ébats. Je n'avais pas envie de prendre une douche, je voulais garder son odeur sur moi encore un peu.

J'avais traversé la rue avec l'intention de me changer les idées et j'en revenais d'autant plus bouleversée. Des millions de choses se bousculaient dans ma tête, me donnant mal au crâne. Je n'avais plus envie de penser à Charlie et Sue, ni à Edward.

Je voulais juste me replonger dans cet instant de plénitude que j'avais ressenti et qui m'avait tiré pour une seconde de l'ennui mortel dans lequel je semblais m'être enlisée.

Fin du chapitre VI

Chapitre qui arrive rapidement, mais il est écrit donc je ne vois pas pourquoi vous faire attendre. Je ne pense pas que vous vous attendiez à ça, alors j'ai hâte de voir si vous allez me crucifier ou pas… Mais je peux justifier ce tournant.

Vu le petit laps de temps entre ces deux chapitres, je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews, il y avait encore quelques interrogations sur Alice, je pense que cette réponse arrive au chapitre suivant ou dans celui d'après. Faut voir… Pas encore écrit… Mais je réponds cette fois-ci promis… J'aurai du temps demain ou tout à l'heure, plutôt.

Merci pour tous vos encouragements, aussi bien pour ma vie perso que pour cette fic, c'est génial vous êtes adorables. Mille mercis…